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L’essayiste et romancier de renommée internationale, John Saul, critique de façon virulente la mondialisation dans son livre « Mort de la globalisation ». La pensée pan-économique serait vacillante depuis 1995, clame-t-il, et la tendance devrait se maintenir dans les prochaines années.

Depuis trois décennies, on nous impose cette vision du monde qui s’est répandue en passant par le Consensus de Washington des années 80. Cette déclaration de principes a édicté des règles financières drastiques afin de remonter l’économie des pays en difficultés par une libéralisation totale et une ouverture généralisée au commerce international.

En résumé, la globalisation met l’économie en tant que valeur première des sociétés en reléguant à des rangs inférieurs tous les autres aspects de la vie communautaire. La politique, la culture, le social, les relations internationales sont ainsi considérés comme ayant une moindre importance en rapport aux nouveaux préceptes économiques. Une situation sans précédent dans l’Histoire du monde, selon Saul, où la sphère économique a toujours été positionnée en 2e, 3e ou 4e place dans les priorités de toutes les civilisations antérieures.

Une croyance importante des globalistes est que la combinaison entre la technologie et l’économie peut régler tous les problèmes. Une affirmation que les faits n’ont pas encore démontré avec les difficultés environnementales qui ne cessent de s’aggraver.

On prétend aussi que celle-ci (la globalisation) est inéluctable, quelle est la conclusion logique de la marche normale de l’Histoire, ce qui révélerait la faiblesse des arguments des globalistes car le bien fondé de leur système de valeurs ne se base sur rien de concret dans la réalité.

En fait, l’idéologie de la globalisation ne comporterait rien de novateur. En effet, l’Histoire suggère qu’il n’y a que 3 ou 4 théories économiques récurrentes, et que l’une ou l’autre reviendrait dans le décor de façon cyclique. En somme, la globalisation, ou néolibéralisme, serait une fusion de l’école libre échangiste britannique et de l’école du capitalisme sauvage, toutes les deux ayant apparues au XIXe siècle. Cependant, cette union contiendrait un paradoxe qui affaiblirait cette idéologie : la première école prône un échange mondial accru avec des baisses de tarifs douaniers, tout en imposant des règles sociales empruntes de justice sociale (comme l’interdiction du travail des enfants); mais, la deuxième école, demande le relèvement de tous les obstacles au libre commerce comme les lois concernant l’imposition des entreprises, les services sociaux et la protection de l’environnement. Donc, la fondation même de cet ensemble idéologique est tiraillée entre deux pôles contradictoires.

Les élites occidentales verraient la globalisation comme une vérité absolue et ces dernières seraient incapables d’esprit critique face à cette doctrine car celle-ci aurait été bien implantée dans les esprits depuis plus de 2 générations. Cela expliquerait le faible nombre de discours contre le néolibéralisme dans les médias. Elles feraient aussi preuve d’une hypocrisie lorsque les échanges commerciaux ne tournent pas à leur avantage. Le succès des exportations des produits de la Chine et la délocalisation d’usines vers l’Asie sont tellement prononcées que l’on peut lire maintenant dans le Financial Times et le Wall Street Journal qu’il faudrait établir de lourds tarifs douaniers envers les biens provenant du territoire chinois. Des déclarations qui vont bien sûr à l’encontre des règles de la globalisation économique.

Monsieur Saul évoque aussi plusieurs signes du déclin de la globalisation. Plusieurs penseurs non-occidentaux mettent en doute ce système. Il y a bien accroissement de la production, mais qui n’est pas suivi par une juste répartition des revenus dans les pays en développement. Par ailleurs, il n’y aurait pas une croissance de la richesse réelle au niveau de la planète, mais seulement un déplacement concrétisé par le jeu des fermetures et de réouvertures d’usines d’une nation à une autre.

Les exemples de l’échec de la globalisation apparaissent maintenant un peu partout sur le globe. En Amérique latine, l’application des mesures du consensus de Washington a été désastreuse pour les économies locales : en Argentine, le niveau de vie en 1920 était supérieur à celui du Canada, mais à partir de 1950 et surtout depuis la décennie 1980, les nouvelles règles du FMI et de la banque mondiale ont poussé ce pays vers la banqueroute. En conséquence, le gouvernement Argentin a choisi de mettre le social au premier plan et de ne pas payer ses dettes aux créanciers de nord, comme bien d’autres pays de ce continent; en Chine, l’implantation du dernier plan quinquennal dicte maintenant le respect du domaine social, de l’environnement, du milieu rural et la priorisation des objectifs domestiques plutôt qu’internationaux. Une remise en question du néolibéralisme mondial que peu de médias occidentaux ont cité.

Même dans les pays développés, on voit l’émergence de mesures protectionnistes : aux États-unis, on bloque l’accès des ports aux exportations de certains pays; en Espagne, on entrave le commerce énergétique avec l’Allemagne.

En vérité, les multinationales ne sont pas capitalistes car elles voient d’un mauvais œil la concurrence. Elles opèrent un chantage envers les pays du monde lorsqu’on pourrait les contrecarrer par un traité international sur les impôts des multinationales. Les monopoles et les oligopoles contemporains rappellent le mercantilisme du XVIIe siècle où proliférait de grandes compagnies dominant l’économie, comme la Baie d’Hudson anglaise. Nous serions simplement revenu en arrière.

Entre autres, les États-Nations commencent à se réveiller. Devant la croissance forte et les milliards des multinationales payant peu d’impôts qui ne se résultent pas par une diffusion équitable de la richesse à l’ensemble de la terre, les pays réalisent peu à peu que le néolibéralisme ne fonctionne pas. On prétendait que les grandes entreprises deviendraient les nouveaux États transcendants toutes les frontières politiques, mais le mouvement se renverse lentement et les États-Nations commencent à reprendre le terrain perdu depuis 30 ans.

En conclusion, John Saul affirme que nous passons dans un vide idéologique. L’influence des citoyens ayant décliné dans la vie politique depuis des décennies, l’avènement de cette période d’incertitude peut augmenter le pouvoir de ceux-ci car l’idéologie de la globalisation économique sera remise en question et permettra un débat plus ouvert sur la voie à prendre pour l’avenir du monde.

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