Le fil d’Ariane de la violence

Cet article a paru dans Le Devoir,  le 23 janvier 2015 et dans Métro Montréal, le 27 janvier 2015

Comment ne pas voir de relation entre les écarts extrêmes de richesse étalés par Oxfam ces derniers jours et la prolifération de groupes intégristes islamiques dans les zones les plus démunies de la planète?

La misère et le désespoir frappant le Moyen-Orient déstabilisé par les conséquences de l’intervention américaine en Irak ainsi que le Nigeria où environ deux tiers de la population vivent en dessous du seuil de la pauvreté grandissent sans cesse les rangs de l’État islamique et de Boko Haram dans ces régions du globe.

Au lieu d’évoquer encore et encore une « guerre au terrorisme » exacerbant la haine et la violence, il devient de plus en plus nécessaire de remonter enfin le fil d’Ariane liant la pauvreté à l’extrémisme religieux tout en s’interrogeant sur la problématique des inégalités sociales dans le monde…

Antiterrorisme 101

L’attentat perpétré au Charlie Hebdo élève à un nouveau paroxysme ce conflit séculaire entre l’Occident et le monde musulman qui fait rage depuis les premières batailles entre chrétiens et dévots d’Allah au VIIIe siècle de notre ère.

Les motifs et les blâmes fusent de part et d’autre pour expliquer ce feu sanglant perpétuel – les deux côtés croyant posséder l’unique vérité.

Les intégristes dénoncent l’occupation de la Palestine, le néocolonialisme, l’ingérence de l’Occident, les occupations militaires et les bombardements parfois indiscriminés sur leurs pays.

Le monde occidental, lui, s’offusque de l’obscurantisme et du barbarisme sans nom des tenants de cet islamisme radical échappant à la raison.

Devant cette escalade de la haine, plusieurs se demandent comment mettre un terme au terrorisme.

Certains suggèrent une réponse avec plus de répression et d’interventions militaires dans les zones où pullule la «  main-d’œuvre terroriste  ». Mais ce serait une erreur. Répondre à la violence par la violence ne fait que perpétuer ce cercle vicieux dont la fin ne sera jamais à notre portée si nous continuons à emprunter cette voie.

L’alternative la plus positive serait de s’attaquer directement aux racines du terrorisme.

Premièrement, rappelons-nous les déclarations récentes du Pape François qui pointait «  la pauvreté, le sous-développement, l’exclusion  » comme les principales sources de la genèse du terrorisme contemporain. Il souligne ainsi les défauts de notre capitalisme implacable laissant sur le bas-côté les moins chanceux de la vie. Il serait alors de plus en plus pressant d’organiser une véritable social-démocratie planétaire soutenant les oubliés du système économique afin d’éradiquer les germes du terrorisme.

Deuxièmement, il deviendrait nécessaire d’atteindre un nouveau moment tournant dans les relations internationales entre les démocraties libérales et la sphère musulmane en y incluant un paradigme de respect mutuel. L’impérialisme occidental dans cette région devrait céder le terrain à une entente sur le développement et les riches élites des pays arabo-musulmans, principalement celles de la péninsule arabique, devraient arrêter de faire double jeu et de financer subrepticement les organisations terroristes.

Évidemment, il demeure difficile d’oublier la haine ainsi que les fantômes du passé et les forces de l’immobilisme combinées à la pluralité des acteurs rendent pratiquement utopique l’application de ces solutions. Mais, au moins, elles sont énoncées ici…

La solidarité profitable des conservateurs

Retour vers le passé pour le gouvernement conservateur de Stephen Harper.  Après les politiques rétrogrades à l’interne, comme le laxisme en environnement, les coupures à l’assurance-emploi, les lois plus sévères en justice, voici qu’il s’attaque à faire revenir en arrière les paradigmes contemporains des relations internationales.

En effet, le ministre de la coopération internationale, Julian Fantino, a récemment modifié la mission de l’Agence canadienne de développement international (ACDI). Désormais, les investissements privés seront privilégiés dans les dossiers traités par cet organisme gouvernemental au détriment des subsides autrefois octroyés aux acteurs de la société civile à but non-lucratif.

Également, l’ACDI a aussi annoncé en 2011, par l’entremise de Stephen Harper, la création de l’Institut canadien international pour les industries extractives et la coopération – abus de langage et termes complètement antinomiques, s’il en est.  Ce qui inquiète le Conseil canadien pour la coopération internationale (CCCI) qui y voit un danger pour les pays en développement en matière de protection de l’environnement,  des droits des collectivités ainsi que pour l’aide aux entreprises locales, pierre angulaire dans l’élévation du niveau de vie des nations les plus pauvres.

Or, pourquoi qualifier ce changement de cap de l’ACDI comme un mouvement rétrograde en relation internationale? C’est simple.

Tout d’abord, associer le secteur des minerais à la coopération internationale constitue un sophisme éhonté.  Ceci contredit le principe d’émancipation des peuples.

Les compagnies minières étrangères ayant des activités dans les pays du sud ne permettent en rien un développement optimal de l’économie.  Elles peuvent créer quelques emplois, souvent peu rémunérés, en raison de l’absence ou de la faible réglementation en matière de travail.  Mais, surtout, ces compagnies transnationales pillent les richesses minières de ces nations avec, plus souvent qu’autrement, l’appui du FMI et de la Banque mondiale qui dictent, à leur avantage, les politiques économiques, les conditions du marché et les normes du travail à coup de menaces de sanctions économiques.

Bref, avec les conservateurs se drapant de bonnes intentions, l’on nage en plein colonialisme digne des siècles passés dans lesquels les conquérants exploitaient sans vergogne les ressources des pays colonisés…

Un monde sans gouvernail

L’humanité est à la dérive et personne n’ose sortir la tête du sable.

Les croyances religieuses des communautés pastorales d’antan ont cédé le pas à une nouvelle divinité contemporaine: le marché.

Le genre humain ne pouvant se passer d’idéalisme, la main divine a été remplacée par la « main invisible » du libre marché – comme s’il ne pouvait décider de sa propre destinée sans appeler à des forces intangibles.

Tel un nouveau prosélytisme – cette fois-ci économique -,  les prêtres de la nouvelle idole répandirent la bonne nouvelle à un point tel que tout un chacun de part et d’autre de la planète finirent par s’agenouiller devant l’autel du productivisme capitaliste.

En conséquence, de nos jours, cette nouvelle confession consumériste acceptée comme dominante empiète désormais sur l’écosystème global et menace la pérennité même de l’humanité.

Ainsi, les ressources s’épuisent, de nombreuses espèces animales ainsi que végétales sont en voie de disparition, le climat planétaire se dérègle, la pollution de la biosphère atteint des sommets inquiétants –  générant de plus en plus de cancers.

Au niveau social, les écarts de revenu et les iniquités économiques s’accentuent.

Les tensions géopolitiques, suscitées par les velléités d’accaparation de ressources naturelles,  pouvant dégénérer en conflits régionaux ou mondiaux, se multiplient proportionnellement à la raréfaction de celles-ci.

Cependant, tout semble être pour le mieux dans le meilleur des mondes. Les médias corporatistes se taisent devant de telles évidences et nous proposent des émissions insipides et futiles nous détournant des véritables enjeux.

Le monde a pourtant besoin de planification afin de faire face aux défis de demain.

Mais, on se fie toujours sur la « main invisible » – en pure pensée magique -, censée tout contrôler et qui réglera tous nos problèmes.

Pourtant, le sacro-saint marché a maintes fois montré ses limites.

La crise financière de 2008 – dont on ressent encore les secousses -, les prix élevés de l’alimentation et du pétrole et les oligopoles antinomiques à la libre-concurrence travestissant les lois du marché sont autant de preuves de la faillite du nouveau dogme mercantiliste.

Semblable à un navire sans boussole, la course de la race humaine risque de s’échouer sur les rivages toujours renouvelés de l’histoire…

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication : 168 (universitaire)

Le premier jalon

Les puissants de ce monde jubilent.  À l’aide de leurs associés investissant les mairies des principales villes « occupées », le  mouvement contestataire des Indignés a été évincé des parcs jouxtant les sanctuaires du capitalisme financier.

Plusieurs raisons de sécurité publique servant de prétexte à l’éviction ont été évoquées, bien, qu’en définitive, on sait que ces « sit-in » nouveau genre déplurent grandement aux maitres du monde et qu’il fallait y mettre un terme, car ils représentaient une épine à leurs pieds et que, surtout, ils leurs renvoyaient en pleine face, tel un reflet de miroir, leur avarice ainsi que leur apathie envers leurs congénères.

Mais, ils ont tort de se réjouir trop rapidement.

Le premier jalon d’une nouvelle mouvance politique vient d’être posé.

On la sentait venir depuis les années 90.  Cela a commencé avec les altermondialistes qui ont été interrompus dans leur élan par les événements du 11 septembre.  Cependant, après une décennie et le traumatisme passé, les opposants à l’ordre social établi ont repris le flambeau.

Bien qu’on ait vidé les lieux des occupations, le nombre des participants, l’appui d’une majorité de la population ainsi que la caution morale des richissimes Warren Buffet ou Bill Gates, démontrent bien que, même étouffée, la cause est toujours vivante.  Et l’aggravation de la crise économique exacerbant les inégalités sociales jettera encore plus d’huile sur le feu dans l’avenir.

Tout comme les premières révoltes arabes ou les soubresauts démocratiques dans l’ancien bloc soviétique durement réprimés, le mouvement « Occupy » ne pourra être éradiqué aussi facilement sans un changement majeur dans l’attitude des élites économiques et financières contrôlant tous les organes du pouvoir politique.

Et l’histoire a souvent démontré que la répression des puissants ne réussit qu’à ralentir un mouvement politique, pas à l’éliminer. Bien au contraire. Elle l’alimente…

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication : 159 (universitaire)

Le Printemps occidental

Ce texte a été publié dans Métro Montréal le 18 octobre 2011

Les divers mouvements « d’occupation » initiés par les « indignés »sur Wall Street à New York se répandent comme une trainée de poudre dans tout l’Occident et au-delà.

Les temps sont mûrs à la contestation populaire transnationale.  La hausse des prix des aliments partout sur le globe et la débâcle financière – ayant dégénéré en crise systémique du capitalisme –  ont planté les germes d’une opposition à l’ordre socio-économique existant.  Les chômeurs – souvent de jeunes diplômés – prennent d’assaut les temples de la finance et réclament plus de justice sociale.

Cependant,  le fait le plus ironique, au niveau historique de cet événement, est que ce « Printemps occidental » a succédé aux révoltes du « Printemps arabe », comme si le monde arabo-musulman avait allumé la mèche d’une révolution du paradigme social dans la civilisation voisine au nord.

Ironique, car la période du Moyen-âge occidental dans laquelle l’Europe fut plongée – se caractérisant par une noirceur philosophique et une perte de connaissances techniques – côtoyait un monde musulman fleurissant et qui conservait le savoir que l’Occident avait jadis perdu et qu’il se réappropriera quelques siècles plus tard grâce à lui.

Aujourd’hui, la civilisation occidentale s’enfonce dans une pénombre sociale dominée par les nouveaux prêtres de la finance et de l’argent, et c’est les voisins arabes qui nous éclairent encore une fois sur la voie à emprunter…

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication : 220 (initié)

Une société de prisonniers

On le sait. Les conservateurs de Stephen Harper prétendent haut et fort lutter contre le crime et envoyer illico presto dans leurs prisons revampées les délinquants en tout genre afin de satisfaire leur électorat traditionnel de l’Ouest préconisant la répression plutôt que la réinsertion sociale des criminels, même s’ils ne sont âgés que de 14 ans.

Or, leurs divers projets de loi resserrant les peines de détention auront comme répercussion un coût supplémentaire au niveau fédéral et surtout pour les provinces qui accueilleront par ricochet un nombre plus élevé de prisonniers – mais sans de subsides supplémentaires provenant du gouvernement fédéral.

Devant les récriminations des provinces,  notamment le Québec, le ministre fédéral de la Sécurité publique, Vic Toews, a simplement rétorqué que les provinces devront couper dans les services sociaux (santé, éducation, aide sociale) afin de financer l’accroissement de la population carcérale suscité par les orientations du cabinet de Stephen Harper.

En suggérant aux États provinciaux de sabrer plus dans les dépenses sociales en cette période de déficits budgétaires dus au ralentissement de l’économie, les conservateurs engendreront plus de pauvreté et en conséquence plus de criminalité qui dirigeront encore plus de citoyens vers le système pénitencier parasitant alors davantage les finances publiques qui injecterons plus d’argent vers l’administration des prisons et ainsi de suite…

Comme toujours, les conservateurs démontrent leur jugement sans faille et leur grande vision sociale.

À croire que les conservateurs espèrent que le Canada batte le record peu enviable du plus haut taux d’incarcération des pays développés détenu aujourd’hui par les États-Unis…

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication : 302 (initié)