L’autre contre-pouvoir

Cet article a été publié dans Métro Montréal le 13 janvier 2021 et dans Le Devoir le 14 janvier 2021

L’influence de l’argent en politique américaine

La décision de plusieurs grandes entreprises américaines de ne plus financer les élus, surtout républicains, qui n’ont pas dénoncé ouvertement l’insurrection du 6 janvier au Capitole fut une surprise pour bien des analystes.  Mais elle met en lumière l’influence du pouvoir économique, en général négative, mais pas toujours, sur la vie politique américaine.

La vaste majorité des grandes démocraties occidentales ne permettent pas les dons politiques des entreprises privées lors des élections afin d’éviter collusion et corruption.  Toutefois, au pays de l’ultra capitalisme, le privilège de promouvoir ses intérêts avec son argent est considéré comme un droit fondamental.  Un phénomène qui s’est accentué avec l’avènement des Super PAC à la suite d’un jugement de la Cour suprême en 2010.

Avec l’initiative de ces grandes sociétés de mieux cibler les récipiendaires de leurs contributions politiques, on assiste à une nouvelle prise de conscience du milieu économique de son influence sur les affaires de l’État et de la nation.

La balance et l’équilibre des pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire) dont s’inspire la Constitution américaine sont des concepts bien connus en science politique. Les grandes entreprises, par cette action concertée, essaient de jouer un rôle de contre-pouvoir, un cinquième pouvoir après le quatrième pouvoir des médias, face à des représentants et sénateurs républicains qui ont oublié leurs responsabilités envers la démocratie américaine pour satisfaire leur désir de réélection.

Pour les dirigeants de ces entreprises, un climat politique instable est néfaste pour les affaires.  Ce n’est pas souvent le cas, mais ici leurs intérêts convergent avec ceux de la préservation des institutions politiques démocratiques américaines…

Vices de constitution

Devant la confirmation de la victoire de Joe Biden et après avoir essuyé plusieurs revers en cours sur les allégations de fraude électorale, le camp Trump envisage de déplacer le combat vers le collège électoral. Les gouvernements des États ayant théoriquement le droit dans la constitution de désigner leurs grands électeurs (une pratique abandonnée en 1860), on espère convaincre les législatures locales, aux mains des républicains dans les États-clés, de passer outre le choix des citoyens et de choisir elles-mêmes leurs grands électeurs favorables à Donald Trump. Bien que la manœuvre a peu de chances de réussir, elle nous permet d’examiner d’un peu plus près la fameuse Constitution des États-Unis.

On est en droit de se demander comment Donald Trump a été élu président en 2016 et a failli obtenir un deuxième mandat quatre ans plus tard. Dans un régime présidentiel « normal » que l’on retrouve ailleurs dans le monde, le président est élu au scrutin direct. Chaque vote a donc le même poids. Mais la première démocratie de l’histoire moderne a conçu un système alambiqué reposant sur le concept d’un collège électoral. Même si certains clameront que l’élection de ce 45e président est le résultat d’une grogne d’électeurs désabusés des campagnes électorales préformatées qui caractérisent dorénavant la vie politique américaine, ce qui est en partie véridique, ce système est tout de même à la source d’un grave défaut de conception du régime démocratique des États-Unis qui a permis l’accession de Trump au poste de chef de l’État et de l’exécutif. Remémorons-nous l’élection de 2016, lorsqu’il remporta la présidence sans le vote populaire avec un déficit record de près de trois millions de voix.

Mais revenons à la source, la Constitution américaine. Ses rédacteurs l’ont écrite afin d’émanciper l’ancienne colonie de la tutelle de la Couronne britannique. On élabora cette loi suprême de la nouvelle nation de façon à empêcher un despote de prendre éventuellement le pouvoir en instaurant des contre-pouvoirs se contrebalançant mutuellement. Bien qu’elle se veut audacieuse pour l’époque avec des concepts novateurs comme l’équilibre et la séparation des pouvoirs, des idées empruntées à des penseurs comme Montesquieu et John Locke, son élaboration traduit plutôt la volonté de maintien des privilèges de la classe dominante que représentaient les Pères fondateurs qui la rédigèrent. Ces derniers, de riches notables et propriétaires terriens des 13 colonies, signèrent la Constitution non seulement afin de fonder une nouvelle nation, mais aussi pour s’assurer de leur mainmise sur le pouvoir politique dans le nouveau pays. L’historien américain renommé Charles A. Beard (1874-1948) dénonce sans ambages cette « prise du pouvoir » par les puissants de l’époque. Selon lui, au-delà des nobles principes démocratiques, l’objectif inavoué des Pères fondateurs fut surtout de préserver les intérêts des élites et des nantis. Les écrits de James Madison, l’un des principaux auteurs de la Constitution, dans les Federalist Papers semblent appuyer cette hypothèse. Le 4e président des États-Unis craignait que la démocratie directe échappe aux élites si des « factions populaires » devenaient trop influentes. Afin d’endiguer les aspirations revendicatrices du peuple, il intégrera avec ses pairs le principe de représentativité dans la Constitution américaine, à l’exemple du Parlement de Grande-Bretagne de l’époque. Mais ils poussèrent l’idée un peu plus loin en allant même à l’implanter dans le processus d’élection du chef de l’État avec l’introduction de grands électeurs. Nous y reviendrons.

Mais comment assurer la mainmise des nantis dans une nouvelle nation? Tout d’abord en s’assurant d’un immobilisme politique à l’aide d’une application dévoyée du principe d’équilibre des pouvoirs. La fameuse notion de « checks and balances » entre les trois organes du pouvoir, c’est-à-dire le législatif (la Chambre des représentants et le Sénat réunis dans le Congrès), l’exécutif (le Président) et le judiciaire (la Cour suprême ), fonctionne tellement efficacement dans la prévention de l’avènement d’un tyran que des transformations profondes du système politique ou de la société ne se réalisent que rarement, car chaque pouvoir court-circuite les autres lorsque les deux partis politiques se partagent les deux chambres du Congrès et la Maison-Blanche — un phénomène de blocage davantage présent ces dernières décennies avec l’extrême polarisation politique.

En fait, trop souvent dans l’histoire politique américaine, les chambres haute et basse du Congrès ainsi que la Maison-Blanche s’opposent selon les déclinaisons idéologiques des deux formations politiques. Ainsi, toute tentative d’entériner une loi réformiste adaptée à une situation donnée se révèle très difficile. Ajoutons que le Sénat dispose de plus de pouvoirs que la Chambre des représentants et que l’octroi de 2 sénateurs par État favorise les moins peuplés de ceux-ci.

Traitons maintenant du fameux collège électoral. Officiellement, on désirait donner plus d’importance aux États dans le processus électoral présidentiel, à l’image du Congrès avec le Sénat qui se veut une chambre des États. De fait, le collège électoral donne le même nombre de grands électeurs à un État que le nombre de représentants et de sénateurs qu’il détient. Ensuite, ces grands électeurs désignent le futur président. Rappelons que si un candidat à la présidence obtient plus de voix que les autres dans un État, tous les grands électeurs de cet État lui reviennent, ce qui engendre parfois des aberrations antidémocratiques avec un président élu avec moins de voix que son adversaire (comme en 1888, 2000 ou 2016). Comme je l’évoquais ci-haut, les Pères fondateurs voyaient d’un mauvais œil l’émancipation des petites gens par la démocratie directe. Ils désiraient ainsi instituer un « tampon  » entre ceux-ci et la désignation du président, comme le notait Maurice Duverger, politicologue français. Contrairement au scrutin direct, les citoyens votent pour de grands électeurs qui à leur tour désignent le locataire de la Maison-Blanche. De plus, ceux-ci peuvent même changer leur allégeance politique en votant pour un autre candidat en porte-à-faux avec le choix des électeurs. Récemment, cela s’est déjà produit 7 fois en 2016. Le cas le plus connu est celui d’un grand électeur démocrate d’Hawaï qui décida de ne pas voter pour Hillary Clinton. Cependant, de nos jours, plusieurs États imposent des amendes aux grands électeurs s’ils dérogent du choix de votes des électeurs.

On constate ici très bien que les Pères fondateurs craignaient une prise de contrôle politique de la populace et cherchaient à limiter le pouvoir des simples citoyens par la voie constitutionnelle. Mentionnons, par ailleurs, les nombreuses limitations au droit de vote de la première démocratie libérale de l’histoire. Ces entraves limitaient, différemment selon les États, les droits démocratiques des femmes, des non-blancs et de ceux ne possédant aucune terre. Au fil des décennies et de la progression de la modernité, ces droits furent élargis à tout citoyen.

Il est à noter que le collège électoral donne un poids électoral supérieur aux États du centre et du sud plus ruraux. Alors, comme dans plusieurs autres pays, le vote urbain, plus concentré, est désavantagé par rapport au vote régional. Ces États américains, on le sait, sont plutôt conservateurs et réfractaires au progrès social.

En définitive, dans leur crainte de trop grands changements sociétaux au désavantage de la classe dominante, les Pères fondateurs ont instauré un conservatisme institutionnel difficile à briser. C’est cette inertie politique qui a contribué à l’atonie dans la résolution des problèmes socio-économiques et de la question raciale depuis près de deux siècles et demi aux États-Unis.

Comble de l’ironie, les Pères fondateurs n’avaient point prévu dans un avenir lointain un climat politique aussi délétère que celui régnant au début du XXIe siècle et qui rend pratiquement obsolètes les remparts constitutionnels qu’ils ont voulu construire afin d’éviter l’avènement d’un dictateur. Et c’est bien ce qui a failli se réaliser avec l’entrée à la Maison-Blanche d’un certain Donald Trump, il y a quatre ans…

Une fraude parallèle

Cette lettre a été publiée le 09 novembre 2020 dans Le Devoir

Donald Trump affirme que la corruption à grande échelle vient de lui ravir sa reélection à la présidence américaine. Est-ce à dire alors que tous les officiers des deux partis surveillant le processus électoral de chaque état à la grandeur des États-Unis (chaque état compilant à sa façon les voix pour la présidence) sont dans le coup?

Bien qu’il n’existe aucune preuve de fraude électorale et que la décentralisation dans chaque état du dépouillement du vote rende très difficile un détournement dans l’ensemble du pays du résultat du scrutin présidentiel, Trump et ses partisans continuent de crier à la fraude électorale sans considération des faits ou de la logique.

C’est ce qui arrive lorsqu’on vit dans un univers parallèle.

Petit guide du dictateur

Cet article a été publié dans Le Devoir le 13 octobre 2020

Le Dictateur

L’histoire politique d’un certain pays d’Europe centrale gouverné par un caporal allemand d’origine autrichienne un peu avant la Deuxième Guerre mondiale est riche d’enseignements pour tous les despotes en devenir du XXIe siècle comme Donald Trump. Voici un petit guide en 5 étapes très utiles.

La première étape du b.a.-ba de la prise du pouvoir par le dictateur est d’installer un climat de méfiance envers tout ce qui est racialement et culturellement différent de la majorité de la population. Jadis, on attaquait les Juifs ou les Tsiganes. Aujourd’hui, on pointe du doigt les Noirs, les Latino-Américains et les Arabes.

La deuxième étape consiste à créer une aura de sauveur autour du chef qui libérera le peuple d’une grande cabale internationale ourdie par de grands corrupteurs sans âme. Avant, on désignait en ce sens la juiverie internationale. De nos jours, on cible (aussi) des pédosatanistes sanguinaires gouvernant secrètement le monde à partir d’un « État profond ».

La troisième de ces étapes se résume en l’établissement d’une propagande idéologique mur-à-mur faisant passer les mensonges pour la vérité. À une époque, on lisait Mein Kempf et on se faisait laver le cerveau par les films propagandistes du parti unique. Maintenant, on se laisse embrigader par les allégations fallacieuses de QAnon, les « fake news » ou la désinformation du réseau Fox. On se laisse aussi influencer par le travail d’agences de marketing inondant les réseaux sociaux de commentaires faussement favorables au chef.

Quatrième étape, la formation d’escadrons disciplinés suivant à la lettre les ordres du chef. Dans les années 20 et 30 du siècle dernier, les SA et les SS faisaient régner la terreur en combattant les communistes. En 2020, on excite des milices d’extrême droite qui essaient de renverser des gouvernements par les armes et de kidnapper des élus jugés de gauche radicale.

Cinquième et dernière étape, la non-reconnaissance des institutions politiques et la prise du pouvoir total selon des motifs douteux. Autrefois, on tentait un putsch en Bavière et on incendiait le Reichstag en blâmant une minorité. Désormais, on laisse planer des doutes sur la validité d’un scrutin et sur la passation pacifique du pouvoir en cas de défaite…

Des Américains noirs… de colère

Même s’il y en a eu bien d’autres auparavant, le meurtre particulièrement odieux de George Floyd par l’agent Derek Chauvin largement diffusé sur les réseaux sociaux dans un pays transcendé depuis sa fondation par la problématique raciale et les iniquités sociales et économiques a littéralement embrasé les feux de l’indignation et de la colère de la communauté noire et de tous ceux luttant pour la fin de la discrimination raciale.

La preuve est accablante et le geste révoltant.  Même les plus fervents républicains hésitent à commenter tellement les faits parlent d’eux-mêmes.

Cette discrimination raciale, que certains qualifient de trait systémique de la société américaine, trouve son origine au débarquement des premiers esclaves noirs africains par des Néerlandais sur le sol des premières colonies britanniques en Amérique du Nord vers l’an 1619. Cette main-d’œuvre peu coûteuse contribua à l’implantation sur le territoire des premières colonies anglaises dans les conditions de vie difficiles de l’époque. Son apport à la construction de ce nouveau pays en gestation est sans équivoque.

Malgré l’émancipation des esclaves en 1865, leur nouvelle liberté n’étant pas appuyée par une élévation de leur niveau de vie, plusieurs retournèrent au service de leurs anciens maîtres et d’autres émigrèrent vers le nord dans l’espoir d’améliorer leur sort.  Mais, force est de constater que les Afro-Américains n’ont jamais atteint un statut socio-économique comparable à celui des blancs, même après plus d’un siècle et demi de liberté théorique.  Encore aujourd’hui, le salarié noir gagne en moyenne moins que le salarié blanc pour un travail comparable et le taux d’incarcération des noirs est de beaucoup supérieur à celui de la population blanche.

Depuis l’événement, les manifestations en général pacifiques, mais parfois violentes, ayant eu lieu d’un bout à l’autre des États-Unis, ont donné comme résultat l’arrestation des quatre policiers impliqués dans l’assassinat filmé de Georges Floyd, ce qui fut suffisant pour calmer l’agitation populaire.

Néanmoins, cette contestation est encore loin de son dénouement. Il reste à entendre le verdict du procès qui aura possiblement lieu dans plusieurs mois en pleine période d’élection présidentielle.  Leur acquittement ou leur condamnation déterminera la suite des événements dans cette triste histoire, soit une recrudescence de la violence dans les rues lors de l’une des campagnes électorales les plus tendues de l’histoire américaine, soit un changement de paradigme sur la problématique raciale qui se fait depuis si longtemps attendre aux États-Unis…

Franchir le Rubicon

Cet article a été publié dans le journal Métro Montréal le 15 janvier 2020 et dans Le Devoir le 16 janvier 2020

Les menaces de guerre contre un pays hostile d’un président américain dans l’eau chaude ou sur le point de perdre sa réélection ne sont pas choses nouvelles dans l’histoire politique américaine. Donald Trump, avec l’assassinat du général iranien Soleimani, tente à son tour de jouer cette carte en espérant que les électeurs américains se rangent derrière le président comme ils le font habituellement lors d’un conflit ou d’une menace de conflit.

Bien évidemment, le rapport de force militaire avec l’Iran est grandement à l’avantage des États-Unis et le désir de ses deux puissants alliés, la Chine et la Russie, de s’engager dans un affrontement avec l’Oncle Sam est loin d’être une certitude. Une guerre serait probablement gagnante pour les États-Unis. Mais, les conséquences, elles, ne le seraient pas.

Sans compter le risque de déstabiliser encore plus le Moyen-Orient déjà traversé par des frictions politiques, culturelles et religieuses, le contrecoup économique d’une telle guerre tomberait à un bien mauvais moment dans la conjoncture financière mondiale.

En effet, une guerre dans cette région du monde propulsant le prix du pétrole à des sommets (et aussi l’inflation qui en découlerait) risquerait de plomber une économie mondiale déjà alourdie par les risques d’un fort ralentissement en 2020 engendré par les tensions commerciales entre nations, bien sûr, mais aussi par le taux d’endettement colossal tant des ménages, des entreprises privées que des gouvernements des pays riches et émergents – un endettement record depuis les années 70, prévient la Banque mondiale, qui annonce fréquemment, selon elle, une importante crise financière.

Donald Trump franchira-t-il le Rubicon? Possiblement bénéfique à court terme du point de vue électoral, cette éventuelle guerre pourrait être désastreuse à moyen terme au plan économique ainsi que géopolitique pour le monde et pourrait aussi se retourner contre le présent locataire de la Maison-Blanche lors de la prochaine élection présidentielle, encore plus si la situation économique se détériore ensuite dans son pays…

À l’école comme dans la société​ ​

Cet article a été publié dans le journal Métro Montréal le 28 novembre 2019

Nous apprenions récemment que La Fédération autonome de l’enseignement (FAE) intente une poursuite contre le gouvernement du Québec à propos de la Loi 21 sur la laïcité de l’État sur les bases d’une atteinte aux droits fondamentaux de ses membres. Mais des idéaux plus grands sont aussi défendus dans cette démarche.​

Essentiellement, l’école joue un rôle de microsociété visant à préparer les enfants à la vie en communauté et a aussi comme devoir d’inculquer des valeurs de diversité et de respect aux futures générations. De plus, la connaissance que diffusent les institutions d’enseignement entre en conflit avec l’esprit de cette loi qui vise à camoufler les différences et à faire rentrer les enseignant.es dans le moule de la majorité en niant ces différences présentes dans la société, des différences auxquelles devront un jour ou l’autre faire face les élèves une fois adultes.​

D’autre part, même si le gouvernement Legault a utilisé la clause dérogatoire, il s’agit toujours d’une législation instituant la discrimination à l’embauche selon la religion si l’on considère que les enseignant.es oeuvrant dans les écoles privées du Québec ne subissent pas le même préjudice.​

Le vivre-ensemble s’apprend tout d’abord à l’école, qui demeure la première expérience sociale à grande échelle des enfants. Ne pas balayer la diversité sous le tapis à l’école favorise une meilleure cohésion sociale dans une société au profil culturel voué à se modifier avec la venue de nouveaux arrivants dont le Québec a grandement besoin pour assurer son avenir.

 

metro nov19

 

 

Du vert conservateur

Cet article a été publié dans le journal Métro Montréal le 16 septembre 2019

À une lointaine époque, j’ai milité pour le Parti vert du Québec, car je croyais à un certain progressisme social et environnemental. Mais, les récentes prises de position de son cousin fédéral me font douter de voter vert au prochain scrutin pancanadien.

Les verts canadiens semblent bien différents de leurs collègues québécois situés plus à gauche. Sa base principale se trouvant dans l’Ouest canadien, ce parti vert peut être considéré comme une aberration au plan idéologique.

En effet, le mouvement politique vert se place idéologiquement à gauche sur le spectre politique, car le programme environnemental qu’il soutient implique nécessairement une réforme socio-économique profonde de la société. Ce n’est manifestement pas le cas ici pour le Parti vert canadien qui s’est positionné, pour sa part, ouvertement pour l’exploitation des sables bitumineux à moyen terme, pour une privatisation des infrastructures d’eau des Premières Nations et pour permettre à ses éventuels députés de voter librement lors d’un possible projet de loi des conservateurs sur le droit à l’avortement – bien que la cheffe Elizabeth May se soit rétractée récemment dans la confusion la plus totale.

D’aucuns pourraient penser qu’avec un parti vert comme ça, nous n’avons pas vraiment besoin d’un parti conservateur…

Débats sans fin

Cet article a été publié dans le journal Métro Montréal le 20 février 2019

Je commence à être las de ces débats sans fin sur les valeurs culturelles, la nation, les ethnies, de ce que certains conçoivent comme étant correct au plan culturel.

Il y a des choses tellement plus importantes qui nous rejoignent tous, comme un monde sans pollution, sans discrimination et la problématique du réchauffement climatique.

On cherche en soufflant ainsi sur les braises de la haine et de l’incompréhension à nous détourner des problèmes fondamentaux de notre époque qui impliquent pourtant la survie même du genre humain en nous dressant les uns contre les autres.

Un acteur manquant

Une autre conférence sur le réchauffement climatique (COP 24) vient de se conclure à Katowice en Pologne et les divers représentants des nations du monde retourneront dans leur capitale respective sans avoir, comme d’habitude, de réelles capacités à respecter les ententes signées. Ils se rencontrent et pondent à chaque fois des résolutions qui tomberont dans l’oubli une fois le sommet terminé sous la pression des impératifs économiques dictés par la concurrence internationale en dépit des voyants rouges clignotant de plus en plus fort appuyés par la fonte rapide des pôles et aussi par l’avènement d’épisodes climatiques extrêmes aux quatre coins du globe.

Et si, en fait, il manquait une variable à l’équation de la solution du réchauffement climatique? On évoque toujours une participation accrue des États, du politique, mais presque jamais de l’économique, c’est-à-dire des efforts que l’on devrait demander aux sociétés commerciales nationales et multinationales. Évidemment, le monde des affaires prétend faire sa part, mais force est de constater que ses initiatives sont bien timides et bien en deçà de ce qu’il devrait faire. Certains diraient même qu’une grande partie de la responsabilité repose désormais sur les épaules de ces organisations dont est issue la prolifération des gaz à effets de serre, c’est-à-dire les sociétés commerciales et industrielles qui produisent nos biens de consommation multiples, tels les voitures et tous les autres biens.

En tant qu’entreprises prétendument responsables et soucieuses de l’environnement, celles-ci ne devraient-elles pas franchir le cap et entreprendre d’elles-mêmes le changement des habitudes de consommation? Au lieu de cela, l’offre demeure la même et ignore une demande pour des produits plus écologiques. Par exemple, on nous propose encore des véhicules VUS énergivores. On rétorquera que les technologies alternatives de véhicules autres qu’à explosion ne sont pas encore prêtes, mais si l’on avait investi en environnement autant de centaines de milliards de dollars que nous l’avons fait dans l’industrie de l’armement et de la guerre ces dernières décennies, notre problème actuel serait bien près de la solution. Toutefois, il est bien plus rentable de fabriquer des armes à court terme que de préparer un avenir meilleur à l’humanité à long terme.

Aussi, on s’étonne de constater le manque de vision des multinationales quant à l’urgence de la situation. Pourtant, elles devraient être les premières à user du principe de précaution afin d’assurer leur propre pérennité. Après tout, une terre dévastée en permanence par les bouleversements climatiques n’est pas bonne pour les affaires.

Le Pacte pour la transition, par exemple, est une bonne initiative, mais la situation climatique actuelle dépasse la simple sphère de la société civile ou même de la politique. Il manque un acteur important dans la résolution globale de cette problématique. Sans une attitude proactive du monde des affaires à l’international dans le changement de paradigme de consommation, jamais nous ne pourrons opérer le changement de cap si escompté…