Despotisme parlementaire

La loi 28 adoptée sous le bâillon par le gouvernement Couillard, englobant une kyrielle de lois sans rapport apparent, amorce au Québec une mouvance aux projets de lois « mammouth » très semblables à la méthode utilisée par les conservateurs à Ottawa. Tout comme ces derniers, les libéraux québécois tassent sur le bas-côté leurs prétentions de transparence et de consensus si longuement évoquées avant leur prise du pouvoir et sous prétexte de l’urgence de la situation, ils sapent ainsi les préceptes mêmes de la démocratie en court-circuitant les débats sur ces diverses lois – ce qui maintient encore plus le public dans l’ignorance sur les enjeux des politiques qui l’affecteront directement.

Une situation qui alimente encore plus le questionnement sur la vétusté de notre système électoral uninominal majoritaire à un tour de type britannique. Un système qui alloue la totalité du pouvoir au parti majoritaire en chambre même si celui-ci n’obtient pratiquement jamais la majorité absolue en terme de voix.

Cette nouvelle tendance aux lois « mammouth » pourrait constituer un aboutissement naturel de ce mode de scrutin ne laissant que peu de place à l’opposition parlementaire comme à la contestation citoyenne. Mais nos élus au pouvoir devraient réaliser que la majorité parlementaire n’est pas synonyme de majorité absolue et que ce genre de manœuvre législative autocratique s’éloigne dangereusement de l’esprit de la démocratie libérale.

Alexis de Tocqueville édictait jadis que la démocratie était le « despotisme de la majorité »… mais force est de constater que nous vivons actuellement sous le « despotisme parlementaire », sans majorité absolue…

Un peu de philosophie: Alain

« L’individu qui pense contre la société qui dort, voilà l’histoire éternelle, et le printemps aura toujours le même hiver à vaincre. »

Alain (Émile Chartier, dit) Propos de politique (1934) 

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Seul l’individu peut bouleverser l’ordre social, car ce dernier tend à se perpétuer et à conserver les mêmes structures à l’avantage des élites et des privilégiés.

Sans le libre penseur, aucune société ne pourrait évoluer ni progresser….

Un peu de philosophie: Jean-Jacques Rousseau

« Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire : ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la vie civile. « 

Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1754)

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En d’autres termes, le concept de propriété, ou du « ceci est à moi », ne relève pas de la providence ou d’une volonté divine, mais de la directe appropriation ancestrale ou contemporaine par certains individus et/ou familles de biens meubles et surtout immeubles.

Il s’agit d’un questionnement sur qui possède quoi et sur la pertinence ainsi que la justesse de cet état de fait.

Donc, pourquoi quelqu’un possède beaucoup tandis qu’un autre possède peu?  Parce que le premier a décrété que ceci était sa propriété et que le dernier s’est soumis à la volonté du premier….

Un peu de philosophie : Kant

« Agis comme si la maxime de ton action devait être érigée par ta volonté en loi universelle de la nature. « 

Emmanuel Kant –  Fondements de la métaphysique des mœurs (1785)

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Autrement dit, accomplis tes gestes quotidiens selon une perspective de bien commun et demande toi s’ils sont acceptables pour un être raisonnable.

Ainsi, il n’est pas approprié de mentir, de voler, de tuer, de se suicider ou, dans une vision moderne, de polluer l’environnement pour des motifs de gain personnel – car on doit toujours se poser la question : si chacun agissait de la sorte?

Dommage que nos sociétés contemporaines aient oublié cette pensée philosophique si profonde et pertinente…

De la corruption

Des anciens écrits plein de sagesse concernant les dirigeants politiques… et la corruption.

« Aussitôt qu’ils posséderont individuellement une terre leur appartenant en propre, des maisons, des pièces de monnaie, alors, au lieu d’être gardiens, ils seront administrateurs de leur bien et propriétaires fonciers; ils deviendront des maîtres détestés au lieu de rester des alliés pour les autres citoyens, haïssant d’ailleurs aussi bien que haïs; fauteurs et victimes de complots, ils passeront ainsi toute leur existence, craignant plus souvent, et davantage, les ennemis du dedans que ceux du dehors, emportés alors dans une course qui déjà les mène, eux et l’État tout entier, tout au bord de la ruine.» 

Platon (La République, III, 417 a et b.)

Pour une économie humaine

« La seule finalité légitime de l’économie est en effet le bien-être des hommes, à commencer par celui des plus démunis.  Et, par bien-être, il faut entendre la satisfaction de tous les besoins des hommes; pas seulement ceux que comblent les consommations marchandes, mais aussi l’ensemble des aspirations qui échappent à toute évaluation monétaire : la dignité, la paix, la sécurité, la liberté, l’éducation, la santé, le loisir, la qualité de l’environnement, le bien-être des générations futures, etc.

Corollaires de cette finalité, les méthodes de l’économie humaine ne peuvent que s’écarter de l’économisme et du scientisme de l’économie mathématique qui a joué un rôle central au XXe siècle.  L’économie humaine est l’économie d’un homme complet (dont l’individu maximisateur de valeurs marchandes sous contrainte n’est qu’une caricature), d’un homme qui inscrit son action dans le temps (et donc l’histoire), sur un territoire, dans un environnement familial, social, culturel et politique ; l’économie d’un homme animé par des valeurs et qui ne résout pas tout par le calcul ou l’échange, mais aussi par l’habitude, le don, la coopération, les règles morales, les conventions sociales, le droit, les institutions politiques, etc.

L’économie humaine est donc une économie historique, politique, sociale et écologique.  Elle ne dédaigne pas l’usage des mathématiques comme un langage utile à la rigueur d’un raisonnement, mais refuse de cantonner son discours aux seuls cas où ce langage est possible.  Au lieu d’évacuer la complexité des sociétés humaines (qui ne se met pas toujours en équation), l’économie humaine s’efforce de tenir un discours rigoureux intégrant la complexité, elle préfère la pertinence à la formalisation, elle revendique le statut de science humaine, parmi les autres sciences humaines, et tourne le dos à la prétention stérile d’énoncer des lois de la nature à l’instar des sciences physiques.  »

 

Jacques Généreux (économiste) dans Introduction à l’économie (Éditions du Seuil)

À lire: Le capitalisme est contre-nature

Le participalisme et l’après capitalisme

ac« Le participalisme implique une réappropriation populaire des moyens de production ; bien entendu le plus souvent sans le consentement des propriétaires. Ceux qui travaillent s’expriment de plus en plus ouvertement en faveur d’une nouvelle forme d’économie, mais leurs entreprises restent essentiellement des structures soumises à une quête sans fin de profits. Et les luttes se poursuivent pour de meilleures conditions de travail, pour redéfinir les emplois, etc. Mais lorsque la bataille aura été gagnée, il n’y aura plus à se battre contre une classe de propriétaires avides de profits ou une classe de coordinateurs cherchant à maximiser leurs avantages. Pour empêcher que nos adversaires trouvent assez de monde pour brandir les armes qu’ils possèdent en masse, il faut fournir à leurs « volontaires » des raisons pour qu’ils n’acceptent plus de jouer le jeu des dominants. Le participalisme fournit ces raisons. »

Michael Albert, auteur du livre « Après le capitalisme »

À lire aussi: L’anarcho-syndicalisme : le meilleur des deux mondes

Citation pleine de sagesse d’un précurseur de la justice sociale

« Partout où la propriété est un droit individuel, où toutes choses se mesurent par l’argent, là on ne pourra jamais organiser la justice et la prospérité sociale, à moins que vous n’appeliez juste la société où ce qu’il y a de meilleur est le partage des plus méchants, et que vous n’estimiez parfaitement heureux l’État où la fortune publique se trouve la proie d’une poignée d’individus insatiables de jouissances, tandis que la masse est dévorée par la misère. »

Thomas MoreL’Utopie (1516 après Jésus-Christ)

Ces lignes auraient pu être écrites hier matin…

Un excellent ouvrage de philosophie politique que je recommande à tous. Un incontournable!

Tout est relié


« La vie est le bien le plus précieux de l’être humain.

Pour vivre, l’être humain a besoin d’air, d’eau, de nourriture, d’un abri, de vêtements et d’espace.

L’air, l’eau, la nourriture, l’abri, les vêtements et l’espace sont issus des ressources de la nature.

Ces ressources sont abondantes.

Mais elles sont également fragiles et présentes en quantités limitées.

Et la population de la terre s’accroît toujours.

Mais il y a pire!

Une poignée d’humains consomment bien au-delà de ce qui leur est nécessaire pour vivre, tandis que la majorité des humains manquent d’air, d’eau, de nourriture, d’abri, de vêtements, d’espace.

Alors, c’est bien simple.

Le progrès par la croissance économique engendre non seulement la croissance de la destruction des ressources de la nature, mais aussi la croissance des inégalités entre les humains. »

Extrait de « Le Défi écologiste » de Michel Jurdant