Démocratie et économie de marché

Cet article a été publié dans Le Soleil de Québec, le 27 janvier 2023

Nous apprenions, sans grande surprise, que l’écart entre les revenus des salariés et ceux des PDG des grandes entreprises canadiennes (et partout dans le monde) s’était encore accentué. Le phénomène, au lieu de se résorber, tend à s’amplifier en corrélation avec la disparition lente et certaine de la classe moyenne depuis plus d’une trentaine d’années en Occident.

Comment alors définir notre civilisation en regard de ce creusement inédit des inégalités? Certes, nous nous berçons dans l’illusion de vivre dans une démocratie politique représentative idéale, mais dans la réalité, la démocratie réelle, c’est-à-dire économique, est aussi mise à mal et sa détérioration arrive même à compromettre la démocratie politique par l’ascendance délétère de riches personnages et de puissances d’argent sur les élus et les institutions politiques.

Paradoxalement, les principes démocratiques et de liberté hérités du siècle des Lumières, qui ont pourtant permis l’essor de l’économie de marché dans un cadre libéral, sont désormais menacés par la concentration excessive des richesses et l’influence de super-riches (qui sont l’ultime aboutissement du capitalisme) situés bien au-dessus des lois et des réglementations étatiques (notamment dans le paiement de leurs impôts), comme si la civilisation occidentale avait fait un retour en arrière vers l’ancien régime féodal qui était dominé par quelques familles possédant l’essentiel des richesses et du pouvoir politique face à une masse servile et appauvrie.

Ces nouveaux maîtres du monde, comme les anciens nobles et aristocrates du Moyen Âge, dans un contexte social de désinformation, de remise en question de la science, de recul des droits fondamentaux et d’atomisation de la société, hésitent à suggérer des changements positifs de paradigmes, qui seraient pourtant bénéfiques à la collectivité, de peur de perdre leurs avantages et tout ce qui a permis leur enrichissement, comme la consommation de masse polluant à l’extrême l’environnement et la commercialisation à grande échelle des énergies fossiles réchauffant dangereusement le climat.

Il y a plus de quatre siècles advenait une Renaissance qui a permis de sortir d’une époque de ténèbres. Espérons, bientôt, qu’une nouvelle renaissance émerge de ce nouveau Moyen Âge pour guider le genre humain vers une période historique plus humaniste et respectueuse de l’environnement… pour la suite du monde.

Photo de Karolina Grabowska: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/suivre-caoutchouc-riche-empiler-4386476/

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Les occasions manquées

Cet article a été publié dans Le Soleil de Québec, le 17 janvier 2023

La Banque mondiale, en ce début de 2023, dresse un portrait plutôt sombre des années à venir pour l’économie mondiale. La guerre en Ukraine, l’inflation galopante, la montée des taux d’intérêt, les événements météorologiques extrêmes liés au réchauffement climatique et les tensions géopolitiques sont dans le tableau et entraîneront, selon les experts de l’institution, un faible taux de croissance un peu partout sur la planète et même une croissance nulle en Europe.

On parle aussi d’une deuxième récession en une seule décennie, ce qui serait du jamais vu depuis la Deuxième Guerre mondiale, ainsi que des taux de croissance anémiques qui ne s’étaient pas produits depuis les années 1960.

Et si les forts taux de croissance que nous avons connus avec les Trente Glorieuses et le début des années 2000 tiraient à leur fin? Plusieurs personnes l’ont évoqué: la croissance infinie dans un monde fini est impossible selon les conclusions du Rapport Meadows de 1972.

Serait-ce alors notre chance d’opérer le changement dont le monde a tant besoin avant que la réalité nous rattrape? Les échecs du néolibéralisme et du laisser-faire économique deviennent de plus en plus patents. Le non-respect de l’environnement et du climat, l’exploitation abusive des richesses naturelles planétaires ainsi que les grands écarts de richesse (même décriés par l’OCDE) nous dirigent inéluctablement vers un cul-de-sac.

Nous avons eu, plus d’une fois, notre chance de procéder à un changement de modèle socio-économique. La crise financière mondiale de 2007-2008, qui a fait vaciller le capitalisme, et la pandémie de la COVID-19, qui nous a démontré qu’un style de vie moins déjanté était possible, ont été autant d’opportunités de changer de cap. 

Aujourd’hui, un fort ralentissement économique se pointe à l’horizon. Serons-nous capables d’en profiter pour le mieux? Combien d’occasions manquées raterons-nous encore?

La faim du monde

Cet article a été publié dans Le Devoir et Le Soleil de Québec, le 22 décembre 2022

L’année 2022 se conclut avec la COP15 sur la préservation de la biodiversité, et malgré les laïus rassurants, on se doute que le tout risque de rester lettre morte en raison des tractations difficiles qui ont marqué le sommet. S’il y a un sujet aussi important, sinon plus que tout autre, c’est bien la biodiversité. Grâce à elle, la pyramide du monde vivant se maintient ainsi que la pérennité alimentaire de l’humanité.

Pourtant, de nombreuses espèces continuent à s’éteindre à un rythme effarant (dont les abeilles, qui jouent un rôle essentiel dans la pollinisation) dans ce qu’on appelle déjà la sixième extinction de masse, et nous persistons dans la monoculture qui appauvrit les sols sans oublier l’utilisation de pesticides, de semences et d’organismes génétiquement modifiés à la Monsanto-Bayer qui comportent des risques pour l’environnement ainsi que pour la santé humaine.

Sans un changement de paradigme dans l’agriculture et la conservation des espèces animales et végétales, serons-nous capables d’éviter dans l’avenir la faim du monde ?

Photo de Lena Sova: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/nature-foret-feuille-arbre-9902192/

Une nouvelle course au nucléaire

Cet article a été publié dans Le ZigZag, la voix du citoyen, le 15 décembre 2022

Nous apprenions, il y a quelques jours, qu’une équipe de scientifiques américains avait réussi un exploit technologique lors d’une expérience de fusion nucléaire qui est un peu le Saint Graal en matière d’énergie.

Au contraire de la fission nucléaire bien connue, la fusion nucléaire assemble deux atomes pour produire plus d’énergie qu’il en est investi, et ce avec peu de déchets nucléaires et aucun gaz à effet de serre.

Pour l’humanité, cette découverte peut constituer une planche de salut en matière énergétique et suppléer aux énergies fossiles qui ont tant contribué au réchauffement climatique.

On peut s’imaginer alors que les équipes de scientifiques déjà au travail sur la planète s’activent davantage pour réussir eux aussi une expérience de fusion nucléaire, car les enjeux sont énormes pour les superpuissances mondiales et les plus petites. Le pays qui parviendrait à générer le premier en quantité industrielle de l’énergie grâce à la fusion nucléaire obtiendrait un avantage économique et militaire indéniable.  

Et au plan éthique, les pays qui pourront produire une grande quantité d’énergie de cet ordre l’utiliseront-ils simplement pour accroître leur puissance ou pour améliorer la qualité de vie de leurs citoyens? Feront-ils confiance au secteur privé avide de profit ou au secteur public pour gérer cette nouvelle manne énergétique? 

Le coup de départ vient de se faire entendre. Il s’agit possiblement d’une nouvelle course au nucléaire, un peu comme celle que nous avons connue après Hiroshima et la Deuxième Guerre mondiale, entre les grandes nations et les conséquences futures sur l’échiquier politique mondial restent encore à déterminer…

L’autre révolution culturelle

Cet article a été publié dans Le Soleil de Québec, le 2 décembre 2022

Le peuple chinois. Depuis des temps immémoriaux il est soumis aux exactions des absolutistes ayant gouverné l’Empire du Milieu. Sauf que récemment, la colère gronde et des manifestations inédites depuis les évènements de Tiananmen (eux aussi au nom de la liberté et de la démocratie) parsèment les régions touchées par les nouvelles restrictions sanitaires contre la COVID19 du gouvernement central.

Et il ne faut pas s’en étonner. Depuis 40 ans, les Chinois ont goûté au mode de vie occidental, du moins à son volet consumériste, et son pendant politique ne saurait attendre. En effet, ce qu’on appelle le libéralisme économique (ou le capitalisme) peut difficilement s’exclure indéfiniment du libéralisme politique. Il en est même un corollaire. La liberté économique, celle d’entreprendre, de fonder son entreprise dans un marché concurrentiel non assujetti aux diktats d’un État omniprésent ou d’une élite cherchant à préserver son pouvoir, est intimement liée aux libertés civiles et politiques comme la liberté d’expression, de déplacement ou le droit de vote. Un environnement économique favorable demande un climat politique et social favorables. Par ailleurs, les pays les plus développés au plan économique sont pratiquement tous des démocraties libérales de longue date. 

Nous devons nous attendre possiblement à une prise de conscience de la nouvelle classe moyenne chinoise récemment éduquée qui, jusqu’à ce jour, a profité de la croissance inégalée de l’économie chinoise depuis des décennies en échange de ses libertés politiques, mais elle risque bien d’être moins docile advenant un fort ralentissement économique mondial (qui semble se profiler) qui plomberait son niveau de vie qu’elle a acquis avec peines et labeurs. 

Pendant les dix années avant sa mort, Mao Zedong initia sa Révolution culturelle qui s’avérera être un échec. Peut-être la Chine connaîtra-t-elle, sous peu, une nouvelle révolution culturelle, mais accomplie cette fois… 

Photo de Sabel Blanco: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/touristes-au-temple-interdit-1486577/

Et si le capitalisme était une religion?  

Une idéologie et une croyance religieuse ont beaucoup de choses en commun.  Toutes les deux cherchent à définir la réalité en imposant des règles qui supportent leurs visions du monde. Une question me vint alors à l’esprit : et si le capitalisme était une religion? Voyons-y de plus près.

Le capitalisme, comme tout culte, a eu un prophète qui est à l’origine de la rédaction du livre sacré qui deviendra la bible du mouvement de croyance ( Adam Smith et La richesse des nations). De plus, le capitalisme a créé aussi un véritable clergé de la théorie du marché qui n’hésite pas à user d’un prosélytisme dans toutes les sphères de la société (groupes de réflexion, groupes de pression, etc.). 

Et comme les religions monothéistes, il n’a qu’un seul Dieu. L’argent.

De façon semblable au christianisme, le capitalisme a étendu son emprise sur d’autres contrées et continents afin de propager la bonne parole et d’accaparer ainsi autant les esprits des indigènes que leurs richesses naturelles, allant même parfois à faire la guerre.

Le capitalisme cherche également à remplacer les anciennes religions et même à les intégrer en partie dans son système de croyances comme le fit la religion chrétienne.  Pensons seulement à la thèse présentée par Max Weber dans L’Éthique protestante et l’Esprit du capitalisme. 

Dans le dogme capitaliste, comme dans la plupart des confessions, il y a des déclinaisons entre les pratiquants orthodoxes et hétérodoxes, autrement dit ceux qui croient sur parole et ceux qui se posent des questions. Nous pouvons relater ici le courant libéral classique et l’école keynésienne en économie qui proposent des façons de faire différentes dans l’application du capitalisme. 

Enfin, la doctrine capitaliste a connu aussi sa guerre sainte, plus précisément dans son cas contre l’Empire du mal (dixit Ronald Reagan) que constituait l’URSS et tout l’ancien bloc communiste. Une guerre sainte dont le capitalisme est sorti vainqueur et qui prouva indubitablement la justesse de sa cause et l’appui inébranlable du Divin en son credo.

La Russie des extrêmes

Cet article a été publié dans Le Devoir, le 13 août 2022 et dans Le Soleil de Québec, le 19 août 2022

L’histoire contemporaine de la Russie fut mouvementée et les événements récents en Ukraine tendent encore à le démontrer. En 1917, elle se sortit des griffes du régime monarchique des Tsars avec la prise du pouvoir des bolcheviks et 72 années plus tard, après la déroute de l’expérience communiste en ce pays, la Russie tenta de copier le modèle de la démocratie libérale qui s’avéra être aussi un échec dans un pays où les mœurs démocratiques ne se sont jamais vraiment développées.

Nous le savons, Poutine règne désormais en maître en son pays depuis plus de 20 ans. Les nombreux opposants politiques sont emprisonnés, voire pire. Les médias indépendants du régime ne sont qu’une vue de l’esprit, encore plus depuis la guerre en Ukraine. Poutine déclare même sans ambages que son pays s’aligne maintenant dans l’axe des pays autocratiques qui sont opposés à la démocratie occidentale (dans lequel figure aussi la Chine).

Dans la foulée, le pays du Grand Ours sombre de plus en plus vers l’ultraconservatisme aux accents nationalistes avec l’adoption de nouveaux amendements à la Constitution russe interdisant le mariage homosexuel et privilégiant l’enseignement patriotique à l’école, entre autres. Par ailleurs, il existe même un parc d’attractions familial consacré à la glorification de l’armée russe — ce qui aurait fait pâlir de jalousie les plus fervents partisans du national-socialisme de l’Allemagne du Troisième Reich.

De plus, la Russie, tout comme son adversaire naturel, les États-Unis, n’est pas à une contradiction près. Elle délaissa un régime communiste pour se vouer corps et âme au capitalisme en moins d’une génération, tout en reproduisant les pires travers de ce système économique : les inégalités en Russie sont parmi les plus criantes du G20, l’impôt sur le revenu est à taux unique (ce qui est une mesure régressive favorisant les plus riches) et le 1 % des mieux nantis, c’est-à-dire les oligarques, détient la moitié de la richesse nationale.

Cette invasion de l’Ukraine par la Russie nous révèle aussi d’autres contradictions. Le régime de Poutine, dont les tendances fascistes sont évidentes, reproduit les mêmes politiques expansionnistes d’un certain chef allemand autoritaire du XXe siècle que le peuple russe a pourtant combattu avec acharnement pendant la Deuxième Guerre mondiale. Qui plus est, le chef du Kremlin accuse fallacieusement le gouvernement ukrainien d’être d’obédience nazie pour mieux justifier une simple « opération militaire spéciale » et pour camoufler du même coup son propre autoritarisme d’extrême droite…

Une liberté contre nature

Ce texte a été publié dans Le Devoir en version abrégée, le 27 juillet 2022

La cohérence est primordiale lorsqu’on manifeste pour une cause. La fin de semaine dernière, en Ontario, un convoi provenant de l’Ouest, associé de toute évidence à la manifestation de camionneurs d’il y a plusieurs mois à Ottawa, est venu soutenir les agriculteurs néerlandais dans leur lutte contre des lois environnementales plus strictes de leur gouvernement, au nom, encore, de la liberté. Les manifestants craignent qu’on instaure de semblables lois au Canada.

Alors, où est l’incohérence ? Ces protestataires défendent prétendument l’industrie agricole, qui est pourtant tributaire d’un environnement sain et d’une nature en bon état. L’agriculture est un secteur économique vital, bien sûr, mais comme toutes les industries, elle n’est pas à l’abri d’un changement de réglementation dans le temps qui servirait à l’adapter aux nouvelles réalités.

La biosphère est en péril. La vie animale est en déclin. Des périodes de canicules et de sécheresses seront de plus en plus fréquentes et auront un impact significatif sur la production agricole. Il faudrait alors aller vers moins de protection de l’environnement lorsqu’au contraire, la planète demande qu’on la protège et la respecte plus?

S’agit-il d’un prélude à des manifestations du genre contre toute loi visant à combattre le réchauffement climatique, qui devient partout un problème criant, sauf pour ces gens ?

Liberté, je scande ton nom, en m’opposant à la nature qui m’octroie pourtant cette liberté…

Suprême inconséquence

Cet article a été publié dans Le Soleil de Québec, le 8 juillet 2022 et de manière écourtée dans Le Devoir, le 6 juillet 2022

Photo by Jesse Collins on Unsplash

Il est rare dans l’histoire politique américaine qu’un président d’un unique mandat et, qui plus est, des plus controversés de tous les temps ne laisse autant son empreinte que Donald Trump. Les répercussions des deux récents jugements d’une Cour suprême dont il a contribué au remodelage avec les nominations de trois juges ultraconservateurs en son sein se feront sentir pendant longtemps.  

Ainsi, avec des décisions en porte-à-faux avec l’opinion publique, la Cour suprême des États-Unis a signé l’annulation de l’arrêt pro-avortement Roe v. Wade que pourtant 70% des Américains appuient selon un sondage de mai 2022. Et dans un autre jugement impliquant l’industrie du charbon, la Cour limite grandement le pouvoir de l’Agence pour la protection de l’environnement (EPA) de réglementer les émissions de gaz à effet de serre même si encore une vaste majorité des Américains (72%) considèrent les changements climatiques comme un réel problème selon un sondage de l’Université Yale en 2021.

Il est alors facile de constater que l’influence d’un certain monde des affaires avide de profits et de groupes de pression religieux vient d’atteindre un nouveau sommet dans les institutions politiques américaines. Le pouvoir judiciaire, la Cour suprême, qui se doit pourtant de refléter la société dont elle est issue en interprétant les lois selon les préoccupations et les enjeux contemporains, n’est plus un instrument de progrès et de stabilité comme elle le fut jadis. Force est de constater qu’elle devient progressivement un simple organe idéologique et dogmatique de certaines minorités influentes dont les intérêts vont à l’encontre de la volonté de la majorité en violation du principe de séparation des pouvoirs si cher aux Pères fondateurs.  Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que son prestige et sa crédibilité décroîssent de plus en plus selon ce qu’indiquent d’autres récents coups de sonde. 

Finalement, il est intéressant de pointer du doigt le caractère contradictoire et l’inconséquence de ces deux jugements de la Cour suprême américaine concernant l’avortement et les gaz à effet de serre. De l’un, on cherche à protéger la vie à tout prix, mais de l’autre, on prend des mesures anti-environnementales qui polluent l’atmosphère des générations futures et qui fragilisent plus que jamais la pérennité de la vie humaine sur Terre en contribuant à la crise climatique…  

Véganisme, écologie et société  

Cet article a été publié en version abrégée dans Le Soleil de Québec, le 29 juin 2022

La récente flambée des prix en alimentation due aux récentes périodes caniculaires anormales donne du poids au dernier rapport  du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) qui suggérait, en avril de cette année, une réduction drastique de la consommation alimentaire carnée afin de privilégier une alimentation essentiellement d’origine végétale dans le but de lutter contre les changements climatiques qui s’apprêtent à franchir le point de non-retour. 

Le GIEC nous rappelait alors les coûts environnementaux énormes de la production de viande à grande échelle, comme les émissions des gaz à effet de serre (GES) tels le CO2 et surtout le méthane (un très grand gaz à effet de serre). Selon les rapports du GIEC, l’agriculture et l’élevage à des fins commerciales représentent la deuxième source d’émission de GES de causalité humaine dans le monde, derrière le secteur énergétique et devant le secteur industriel.  Il est à noter que les grands pays producteurs de viande, mécontents des conclusions du rapport, firent pression sur le groupe pour qu’on n’élimine pas entièrement de l’équation la consommation de viande. 

À cela s’ajoute la déforestation croissante afin d’accroître les pâturages destinés au bétail (comme en Amazonie), la surutilisation d’eau potable (surtout dans le secteur bovin), la pollution des cours d’eau et l’appauvrissement des sols qui, regroupés tous ensembles, affaiblissent encore davantage la capacité agricole de la planète à moyen et long terme.

Le véganisme (c’est-à-dire un régime alimentaire composé exclusivement de sources végétales à la différence du végétarisme qui permet l’élevage du bétail de façon complémentaire), dont la popularité se fait croissante et que même le GIEC semble promouvoir dans son troisième et dernier rapport, constitue une piste de solution intéressante à la réduction des GES et comporte des avantages indéniables autant pour l’environnement que pour la santé des individus.

Tout d’abord, une production alimentaire à base végétale nécessite moins d’utilisation de ressources (dont l’eau), moins d’équipements spécialisés et met moins de pression sur l’écosystème et sur le climat.  Elle est aussi moins affectée par les perturbations du climat que sa contrepartie animale et elle facilite une capture accrue de GES dans l’atmosphère.  

Par ailleurs, l’individu bénéficierait tout autant d’une telle transformation des habitudes alimentaires avec une nourriture plus saine.  Notons que la production industrielle de viande ne garantit pas la qualité de la nourriture avec l’ajout d’hormones ou d’agents de conservation dont on ne connaît pas toujours les effets sur la santé humaine.

Mais au-delà de ces considérations environnementales, quelles seraient les implications sociales, économiques ou philosophiques d’une alimentation uniquement à base végétale?

L’accès à la nourriture et son abondance sont des facteurs de stabilité sociale.  Rappelons-nous que des troubles sociaux et même des révolutions ont déjà débuté avec des disettes ( c’est-à-dire un manque général de vivres).  La crise alimentaire suscitée par le changement climatique mettra encore plus de pression sur le pouvoir politique pour répondre aux besoins alimentaires de base des citoyens afin de calmer l’insatisfaction populaire.

Et dans ce contexte de rareté alimentaire dans un monde déjà confronté à des écarts grandissants de richesses et de revenus, la première des inégalités sociales se révèlera être l’inégalité devant l’alimentation.  Le pauvre a peu de moyens de se nourrir adéquatement, ce qui impacte négativement sa santé ainsi que sa qualité de vie.   Dès lors, la question alimentaire deviendra de plus en plus une source d’inégalité majeure avec les changements climatiques et ses différentes conséquences négatives sur la production alimentaire de viande (qui se retrouve encore au centre de notre alimentation), car celle-ci est plus sensible aux sécheresses que la production alimentaire végétale qui demeure plus stable et résiliente, même dans un milieu naturel moins favorable.  En somme, une diète de type végan permettrait de démocratiser la saine alimentation à un coût abordable et d’empêcher les augmentations marquées des prix suscitées par le déclin de l’offre alimentaire mondiale ébranlée à la suite des répercussions du réchauffement climatique.

Il est d’ailleurs fort probable qu’à terme, la production de viande s’avérera tellement onéreuse et risquée en raison des soubresauts du climat que les investisseurs privés et les agriculteurs se tourneront naturellement vers la production alimentaire végétale.

Ce changement dans l’alimentation amènera aussi à une redéfinition au plan philosophique de la relation entre l’être humain et la nature.  Depuis le début de l’ère industrielle, l’humanité n’a cessé de s’approprier les ressources naturelles et la vie animale sans aucun respect du vivant ou du fragile équilibre de la biosphère.  En se retrouvant prochainement acculé au pied du mur en raison d’une exploitation abusive des richesses naturelles et de la pollution, le genre humain devra redécouvrir son lien intime avec toutes choses sur cette planète et réaliser qu’il fait partie d’un tout dont les animaux font aussi partie intégrante en tant qu’êtres vivants.    Le respect qu’il prodiguera aux autres espèces que la sienne, autant animale que végétale, lui assurera une survie qui lui échappe aujourd’hui en raison de son mode de vie destructeur de l’environnement.  

Un style de vie végan ne sauvera pas la planète à lui seul, mais il peut constituer néanmoins une partie de la solution à ce vaste problème qu’est le réchauffement climatique.