Un fascisme à l’américaine?

Comment expliquer la soudaine popularité de Donald Trump dans les rangs du Parti républicain? Et quels sont les risques inhérents à sa possible victoire à l’élection présidentielle de 2016?

La prospérité des États-Unis a pâli depuis une trentaine d’années et une certaine angoisse foisonne chez beaucoup d’américains de la frange anglo-saxonne encore majoritaire au pays mais dont la prépondérance serait menacée par le taux de natalité supérieur des communautés afro-américaine et surtout hispanique.

Donald Trump, archétype du rêve américain, joue sur ces tableaux et promet de redonner sa grandeur à l’Amérique tout en qualifiant les immigrants mexicains de violeurs et accusant les noirs américains de la responsabilité d’une supposée vague de crimes à travers le pays. Et il suggère un pouvoir policier accru en réponse à ces « problématiques ».

Populisme, référence à un passé glorieux de la nation, propagation de la peur de l’autre et xénophobie, désignation de boucs émissaires, État policier… tous des traits caractéristiques d’une idéologie que l’on croyait pourtant appartenir au passé : le fascisme.

L’historien Henri Michel évoquait en 1977 la possibilité que les États-Unis puissent un jour tomber dans les griffes de ce régime autoritaire dans son essai « Les fascismes »… et c’est malheureusement ce qui risque de se produire si Trump accède à la présidence avec un Congrès majoritairement républicain.

De quoi nous faire regretter l’époque de son prédécesseur républicain non moins controversé, G.W. Bush….

Dichotomie de foi

L’encyclique « inattendue » sur l’environnement du Pape François a fustigé les milieux ultraconservateurs américains pourtant très croyants et pourfendeurs avérés de la thèse du rôle de l’activité humaine dans le réchauffement climatique.  Même un journaliste de Fox News (Greg Gutfeld), chaine d’extrême droite aux États-Unis, a affublé le Pape du qualificatif d’«homme le plus dangereux de la planète».

L’évêque de Rome dénonce l’égoïsme des puissants employant les carburants fossiles pour engranger plus de richesses – tandis que les plus pauvres de la planète subissent les contrecoups de la hausse des températures –  et qui se complaisent dans leur inaction en évoquant l’implacable diktat du marché.  Le Pape François appelle ainsi à un changement de paradigmes économique, social et écologique afin d’assurer l’avenir d’un monde qui se détériore rapidement.

Le plus paradoxal est de constater une véritable dichotomie de foi entre un représentant divin sur terre naviguant habituellement dans l’intangible qui se réfère à des données scientifiques probantes pour étayer son discours écologique et des fondamentalistes chrétiens acoquinés au grand capital qui accumule de nombreuses ressources financières et matérielles à l’aide d’une science et d’une technologie utiles au capitalisme tout en réfutant simultanément cette même méthodologie scientifique sur laquelle s’appuie aussi la thèse plus que certaine de la causalité humaine dans le réchauffement climatique…

Despotisme parlementaire

La loi 28 adoptée sous le bâillon par le gouvernement Couillard, englobant une kyrielle de lois sans rapport apparent, amorce au Québec une mouvance aux projets de lois « mammouth » très semblables à la méthode utilisée par les conservateurs à Ottawa. Tout comme ces derniers, les libéraux québécois tassent sur le bas-côté leurs prétentions de transparence et de consensus si longuement évoquées avant leur prise du pouvoir et sous prétexte de l’urgence de la situation, ils sapent ainsi les préceptes mêmes de la démocratie en court-circuitant les débats sur ces diverses lois – ce qui maintient encore plus le public dans l’ignorance sur les enjeux des politiques qui l’affecteront directement.

Une situation qui alimente encore plus le questionnement sur la vétusté de notre système électoral uninominal majoritaire à un tour de type britannique. Un système qui alloue la totalité du pouvoir au parti majoritaire en chambre même si celui-ci n’obtient pratiquement jamais la majorité absolue en terme de voix.

Cette nouvelle tendance aux lois « mammouth » pourrait constituer un aboutissement naturel de ce mode de scrutin ne laissant que peu de place à l’opposition parlementaire comme à la contestation citoyenne. Mais nos élus au pouvoir devraient réaliser que la majorité parlementaire n’est pas synonyme de majorité absolue et que ce genre de manœuvre législative autocratique s’éloigne dangereusement de l’esprit de la démocratie libérale.

Alexis de Tocqueville édictait jadis que la démocratie était le « despotisme de la majorité »… mais force est de constater que nous vivons actuellement sous le « despotisme parlementaire », sans majorité absolue…

L’art de financer les riches

Il est tout à fait inacceptable que le dernier budget Leitao ne comporte aucune mesure de rétablissement de la taxe sur le capital aboli complètement en 2011 sous Jean Charest, particulièrement pour les institutions financières.

On évoquait comme motif son effet néfaste sur l’investissement et la modernisation des entreprises, ce qui est probablement justifié dans le cas des entreprises en difficulté, mais rien ne supporte l’idée que les banques puissent en profiter lorsque ces dernières engrangent des milliards chaque année et que leurs employés gagnent des salaires beaucoup plus élevés que la moyenne.

De fait, l’État québécois se prive de 800 millions de dollars par année que pourrait lui rapporter cette taxe sur le capital des institutions financières et le récent budget avec ses coupures générales de 800 millions dans tous les portefeuilles du gouvernement démontre bien que l’on préfère miner la paix sociale avec la grogne générale qui s’amplifie que de faire payer leur juste part à des entreprises richissimes amies du pouvoir ploutocratique…

Sans les intellectuels…

Sans les intellectuels que Jean Tremblay honnit, il n’y aurait pas eu de progrès.

Sans les intellectuels, il n’y aurait pas eu de lois.

Sans les intellectuels, il n’y aurait pas eu d’égalité ni de droits de l’homme.

Sans les intellectuels, il n’y aurait pas eu de démocratie.

Et sans les intellectuels, Jean Tremblay n’aurait jamais été élu maire…

L’ennemi utile

Cet article a été publié le 3 mars 2015 dans Métro Montréal

Les résultats de deux récents sondages auprès des Québécois – l’un sur le projet de loi antiterroriste C-51 et l’autre sur l’approbation de l’établissement d’une mosquée à proximité – démontrent une propension à l’islamophobie de plus en plus prononcée chez la population. Une conclusion qui étonne devant l’esprit de tolérance habituel qui nous anime. De toute évidence, les événements à Ottawa, à St-Jean-sur-Richelieu et à l’international ont suscité cet éveil d’une crainte envers ceux qui sont différents.

Néanmoins, il faut se remémorer un autre pan de notre histoire afin de mieux saisir la genèse d’une telle dérive xénophobe.

Il existait, dans les années 30 et 40 du siècle dernier, un sentiment antisémite prédominant au Québec. Le juif, à cette période troublée de crise économique et de bruits de guerre, était ostracisé tout comme le musulman commence à l’être à notre époque… une époque tout aussi inquiétante avec le terrorisme et la « grande récession ».

L’inconscient collectif nous joue parfois de mauvais tours. Face à l’inquiétude, nous cherchons un coupable et un fautif pour exorciser nos peurs ainsi que nos tourments… et c’est malheureusement de cette façon que nous créons ce que l’on peut appeler « l’ennemi utile ».

Le fil d’Ariane de la violence

Cet article a paru dans Le Devoir,  le 23 janvier 2015 et dans Métro Montréal, le 27 janvier 2015

Comment ne pas voir de relation entre les écarts extrêmes de richesse étalés par Oxfam ces derniers jours et la prolifération de groupes intégristes islamiques dans les zones les plus démunies de la planète?

La misère et le désespoir frappant le Moyen-Orient déstabilisé par les conséquences de l’intervention américaine en Irak ainsi que le Nigeria où environ deux tiers de la population vivent en dessous du seuil de la pauvreté grandissent sans cesse les rangs de l’État islamique et de Boko Haram dans ces régions du globe.

Au lieu d’évoquer encore et encore une « guerre au terrorisme » exacerbant la haine et la violence, il devient de plus en plus nécessaire de remonter enfin le fil d’Ariane liant la pauvreté à l’extrémisme religieux tout en s’interrogeant sur la problématique des inégalités sociales dans le monde…