Une vérité alternative

Ce texte a été publié dans Le Devoir le 24 janvier 2017

Le concept de « faits alternatifs » lancé par Donald Trump revient à dire que chacun a droit à son opinion et que toutes les opinions sont égales, ce qui est fallacieux. On peut avoir droit à son point de vue, mais le simple fait de l’exprimer ne le rend pas plus valable s’il est dénué de sens logique ou de références à des faits avérés. Affirmer que toutes les opinions se valent sous-entend que tout le monde a tort et raison à la fois et que la vérité ne revêt plus aucune importance…

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Un protectionnisme à deux tranchants

Cet article a été publié le 10 janvier 2017 dans le journal Métro Montréal

Donald Trump n’est même pas encore au pouvoir que ses menaces d’un protectionnisme agressif influent déjà sur la direction des grands constructeurs automobiles américains qui revoient tranquillement leurs politiques de production au Mexique.

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Certains applaudissent cette initiative de Trump dans le monde ouvrier américain devant sa résultante escomptée d’un rapatriement de milliers de bons emplois sur le territoire.

Nous pouvons affirmer que le protectionnisme peut s’avérer viable dans des domaines essentiels, comme l’agriculture ou les ressources naturelles. Cependant, l’application de telles mesures ne s’annonce pas sans répercussions dans d’autres secteurs plus industriels.

En effet, la montée généralisée de barrières tarifaires sur les importations étrangères de biens de consommation aux États-Unis pourrait amorcer une nouvelle guerre commerciale avec des partenaires commerciaux importants, comme la Chine, l’Inde ou l’Union européenne, dont les conséquences peuvent se résulter par une spirale inflationniste plombant le pouvoir d’achat de millions de travailleurs.

Une stratégie plus efficace reposerait sur un plan concret d’achat local par les autorités municipales, étatiques et fédérales ou par un programme réglementé de subventions à des entreprises locales aboutissant vraiment à des créations d’emplois – il faut noter que de tels programmes ont déjà été mis en place depuis la crise de 2008, mais que le manque de restrictions et de suivi de ceux-ci n’a pas mené à de véritables nouveaux emplois.

Côté politique, Donald Trump suscite encore plus la dissension avec les bonzes républicains sur ce sujet. Bien qu’il ait tenté de satisfaire son parti avec des nominations de personnages très à droite en politique étrangère et en sécurité, sa fixation protectionniste sur le plan économique détonne avec l’héritage pro-libre-échange et non tarifaire de sa formation politique depuis le début des années 80. La suite sera intéressante…

 

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Antithèse présidentielle

Bien qu’il soit limpide que Barack Obama et Donald Trump ne logent pas à la même enseigne, nous pouvons dire avec certitude qu’il n’y a jamais existé une telle dissemblance entre un président sortant et rentrant dans l’histoire des États-Unis.

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Au-delà de la couleur de la peau, il existe un monde de différence entre les deux.

Comme nous le savons tous, Trump penche plutôt à droite dans plusieurs secteurs, tels que l’environnement (nier les changements climatiques), l’immigration (mur mexicain et déportation) et la santé (défaire Obamacare) tandis qu’Obama, plus à gauche, voulait investir dans les énergies propres, donner un statut légal aux immigrants illégaux et assurer en soins de santé tous les Américains.

Mais, au plan personnel, le contraste est encore plus flagrant.

Le prochain président est issu de la haute bourgeoisie de New York. Barack Obama, pour sa part, provient d’une famille de classe moyenne et a débuté sa carrière en tant qu’organisateur communautaire.

De plus, Trump a reçu, dès son jeune âge, le soutien financier de son père dans la construction de son empire. Le président bientôt sortant est parti de rien et a pu s’enrichir avec la vente de ses livres, entre autres.

Finalement, Donald Trump se vante de ne pas lire de livres pendant que Barack Obama, lui, peut être considéré comme un grand intellectuel par sa culture et ses lectures.

La succession de l’un à la suite de l’autre de deux présidents que tout sépare trace un portrait assez troublant d’un peuple américain plus divisé que jamais ayant perdu ses points de repère et en proie à un désespoir qui finira par lui faire perdre toute crédibilité aux yeux du monde…

Une démocratie en péril

La grogne d’une grande partie des Américains s’est fait sentir dès le lendemain de la victoire surprise de Donald Trump à la présidentielle américaine. Des manifestations spontanées ont éclos dans plusieurs grandes villes américaines en guise de protestation (Not my president).

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Beaucoup évoquent un manque de légitimité du nouveau président à la suite de la divulgation du résultat final qui donne une majorité des voix à Hillary Clinton.

Le même phénomène s’est aussi produit à la présidentielle de l’année 2000 mettant en lumière un dysfonctionnement du système électoral américain lorsqu’il est confronté à un écart serré entre les candidats. Cependant, cette fois-ci, le discours de Donald Trump suscite beaucoup plus d’appréhension et d’incertitudes que celui de G.W. Bush à l’époque – ce qui explique cette explosion de contestations.

Les motifs de ce mouvement anti-Trump résident plus dans la crainte d’un affaiblissement des principes fondateurs de la démocratie américaine que dans la personnalité incisive et imprévisible du personnage. En effet, ses promesses d’un pouvoir accru octroyé aux forces policières et son dénigrement des minorités, entre autres, se placent en contradiction avec la pensée de la constitution américaine et de ses idéaux de liberté et de justice.

Les prochaines années seront houleuses sous la gouverne de Donald Trump et l’on est en droit de se demander si la première démocratie libérale de l’époque moderne ne deviendra pas la première à vaciller dangereusement sur ses fondations…

Frères ennemis

Cet article a paru dans Le Devoir,  le 15 février 2016

Les victoires respectives des «  outsiders  » Donald Trump et de Bernie Sanders aux primaires du New Hampshire – ce petit État de taille démographique relative, mais considéré souvent comme influent lors des élections présidentielles – ont pu surprendre en raison de l’opposition idéologique de ces deux candidats aux clientèles fort différentes.

Ce résultat extrême dans ce laboratoire politique du New Hampshire traduit une nouvelle tendance dans le système bipartite américain à la polarisation des options. Face à un candidat républicain xénophobe et réactionnaire, les électeurs du parti démocrate se sentent poussés à rétablir la balance en favorisant une «  Némésis  » socialiste située de l’autre côté du spectre politique.

Ce phénomène nous remémore une autre époque, celle de l’Europe d’avant-guerre des années 30, dans laquelle deux idéologies aux antipodes s’affrontaient dans une civilisation en crise sociale et économique en proposant chacune sa solution radicale. Le socialisme et le fascisme étaient alors considérés selon certains penseurs comme des frères ennemis… tout comme Sanders et Trump peuvent l’être aujourd’hui.

Un fascisme à l’américaine?

Comment expliquer la soudaine popularité de Donald Trump dans les rangs du Parti républicain? Et quels sont les risques inhérents à sa possible victoire à l’élection présidentielle de 2016?

La prospérité des États-Unis a pâli depuis une trentaine d’années et une certaine angoisse foisonne chez beaucoup d’américains de la frange anglo-saxonne encore majoritaire au pays mais dont la prépondérance serait menacée par le taux de natalité supérieur des communautés afro-américaine et surtout hispanique.

Donald Trump, archétype du rêve américain, joue sur ces tableaux et promet de redonner sa grandeur à l’Amérique tout en qualifiant les immigrants mexicains de violeurs et accusant les noirs américains de la responsabilité d’une supposée vague de crimes à travers le pays. Et il suggère un pouvoir policier accru en réponse à ces « problématiques ».

Populisme, référence à un passé glorieux de la nation, propagation de la peur de l’autre et xénophobie, désignation de boucs émissaires, État policier… tous des traits caractéristiques d’une idéologie que l’on croyait pourtant appartenir au passé : le fascisme.

L’historien Henri Michel évoquait en 1977 la possibilité que les États-Unis puissent un jour tomber dans les griffes de ce régime autoritaire dans son essai « Les fascismes »… et c’est malheureusement ce qui risque de se produire si Trump accède à la présidence avec un Congrès majoritairement républicain.

De quoi nous faire regretter l’époque de son prédécesseur républicain non moins controversé, G.W. Bush….

Géopolitique de l’injustice

Lors de son allocution du 29 juillet dernier sur l’Ukraine et l’ingérence de la Russie sur son territoire, le président des États-unis, Barack Obama, s’exclamait sur le rôle de chef de file des États-Unis dans la promotion et la défense des libertés de tous les individus à travers le monde. Tout comme l’Union européenne, le gouvernement américain a décidé d’instaurer des mesures dissuasives par une série de sanctions envers la Russie.

Par contre, concernant Gaza et Israël, une situation tout aussi injuste en rapport aux libertés, le gouvernement américain n’ose entreprendre des représailles contre son allié au Proche-Orient et ne se contente que d’une timide condamnation officielle envers Israël tout en maintenant son approvisionnement en munitions.

En dépit de son Nobel de la paix en 2009, force est de constater que l’actuel président américain est tout autant ballotté que ses prédécesseurs par les aléas de la géopolitique internationale dont les priorités sont dictées par les intérêts économiques, politiques, diplomatiques ou militaires du pays et non pas, malgré ce qu’il veut nous faire croire, par les droits de la personne ou la liberté…