Un test de civilisation

Photo de Markus Spiske provenant de Pexels

Cet article a été publié dans Le Devoir le 14 juillet 2021, Le Soleil de Québec le 15 juillet 2021 et dans le Métro Montréal le 19 juillet 2021

Toute civilisation humaine connaît une période de croissance, un apogée et ensuite un déclin. Que cela soit dû à un épuisement des ressources, à une catastrophe naturelle, à une défaite militaire face à une civilisation plus puissante ou pour toute autre raison, aucune n’a pu y échapper.  Et la nôtre  connaîtra aussi probablement le même sort. 

La montée des températures ainsi que la fonte rapide des glaciers qui amèneront inexorablement une hausse du niveau des mers et des périodes caniculaires plus qu’inhabituelles nous indiquent sans ambages que notre modèle civilisationnel industriel triomphant – qui éclipsa tous ses concurrents et conquit tous les continents – s’approche du point de rupture. 

Par contre, il réside de l’espoir. De grandes organisations économiques internationales comme le FMI, la Banque mondiale ou l’Agence internationale de l’énergie préconisent désormais l’abandon des énergies fossiles à court ou moyen terme. Il s’agit d’un discours que nous n’avions pas l’habitude d’entendre de ces organisations auparavant, même si dans le concret cela n’incite pas les gouvernements à respecter leur plan de réduction de gaz à effet de serre – jusqu’à ce jour.

Le temps que nous laissons passer réduit les possibilités d’éviter la catastrophe climatique et cela demandera un plus grand effort dans le changement de cap du grand navire de l’économie mondiale qui ne modifie sa direction que très lentement. Passerons-nous ce test de civilisation en nous adaptant à la nouvelle situation ou échouerons-nous comme tant d’autres civilisations avant nous?

Du vert conservateur

Cet article a été publié dans le journal Métro Montréal le 16 septembre 2019

À une lointaine époque, j’ai milité pour le Parti vert du Québec, car je croyais à un certain progressisme social et environnemental. Mais, les récentes prises de position de son cousin fédéral me font douter de voter vert au prochain scrutin pancanadien.

Les verts canadiens semblent bien différents de leurs collègues québécois situés plus à gauche. Sa base principale se trouvant dans l’Ouest canadien, ce parti vert peut être considéré comme une aberration au plan idéologique.

En effet, le mouvement politique vert se place idéologiquement à gauche sur le spectre politique, car le programme environnemental qu’il soutient implique nécessairement une réforme socio-économique profonde de la société. Ce n’est manifestement pas le cas ici pour le Parti vert canadien qui s’est positionné, pour sa part, ouvertement pour l’exploitation des sables bitumineux à moyen terme, pour une privatisation des infrastructures d’eau des Premières Nations et pour permettre à ses éventuels députés de voter librement lors d’un possible projet de loi des conservateurs sur le droit à l’avortement – bien que la cheffe Elizabeth May se soit rétractée récemment dans la confusion la plus totale.

D’aucuns pourraient penser qu’avec un parti vert comme ça, nous n’avons pas vraiment besoin d’un parti conservateur…

Un acteur manquant

Une autre conférence sur le réchauffement climatique (COP 24) vient de se conclure à Katowice en Pologne et les divers représentants des nations du monde retourneront dans leur capitale respective sans avoir, comme d’habitude, de réelles capacités à respecter les ententes signées. Ils se rencontrent et pondent à chaque fois des résolutions qui tomberont dans l’oubli une fois le sommet terminé sous la pression des impératifs économiques dictés par la concurrence internationale en dépit des voyants rouges clignotant de plus en plus fort appuyés par la fonte rapide des pôles et aussi par l’avènement d’épisodes climatiques extrêmes aux quatre coins du globe.

Et si, en fait, il manquait une variable à l’équation de la solution du réchauffement climatique? On évoque toujours une participation accrue des États, du politique, mais presque jamais de l’économique, c’est-à-dire des efforts que l’on devrait demander aux sociétés commerciales nationales et multinationales. Évidemment, le monde des affaires prétend faire sa part, mais force est de constater que ses initiatives sont bien timides et bien en deçà de ce qu’il devrait faire. Certains diraient même qu’une grande partie de la responsabilité repose désormais sur les épaules de ces organisations dont est issue la prolifération des gaz à effets de serre, c’est-à-dire les sociétés commerciales et industrielles qui produisent nos biens de consommation multiples, tels les voitures et tous les autres biens.

En tant qu’entreprises prétendument responsables et soucieuses de l’environnement, celles-ci ne devraient-elles pas franchir le cap et entreprendre d’elles-mêmes le changement des habitudes de consommation? Au lieu de cela, l’offre demeure la même et ignore une demande pour des produits plus écologiques. Par exemple, on nous propose encore des véhicules VUS énergivores. On rétorquera que les technologies alternatives de véhicules autres qu’à explosion ne sont pas encore prêtes, mais si l’on avait investi en environnement autant de centaines de milliards de dollars que nous l’avons fait dans l’industrie de l’armement et de la guerre ces dernières décennies, notre problème actuel serait bien près de la solution. Toutefois, il est bien plus rentable de fabriquer des armes à court terme que de préparer un avenir meilleur à l’humanité à long terme.

Aussi, on s’étonne de constater le manque de vision des multinationales quant à l’urgence de la situation. Pourtant, elles devraient être les premières à user du principe de précaution afin d’assurer leur propre pérennité. Après tout, une terre dévastée en permanence par les bouleversements climatiques n’est pas bonne pour les affaires.

Le Pacte pour la transition, par exemple, est une bonne initiative, mais la situation climatique actuelle dépasse la simple sphère de la société civile ou même de la politique. Il manque un acteur important dans la résolution globale de cette problématique. Sans une attitude proactive du monde des affaires à l’international dans le changement de paradigme de consommation, jamais nous ne pourrons opérer le changement de cap si escompté…

Un investissement perdant

La décision de la Caisse de dépôt et placement du Québec d’investir davantage (à hauteur de 16,7 milliards en 2016) dans les énergies fossiles, le secteur gazier, le pétrole des sables bitumineux et les pipelines fut plutôt à courte vue et insensée.

Cette stratégie financière de la Caisse contrevient à l’esprit de la politique environnementale de la province voulant s’attaquer aux gaz à effet de serre et hisser le Québec au niveau de champion de la lutte aux changements climatiques sur le continent.

Il s’agit aussi d’un placement à court terme qui se met en porte à faux avec le but ultime de l’investisseur institutionnel qui cherche à maximiser les rentes de retraite des Québécois. À quoi sert-il d’amasser des milliards de dollars pour la future retraite des citoyens si les placements que nous effectuons fragilisent le climat, polluent notre environnement et détériorent notre qualité de vie et celle des futures générations de retraités?

À cette époque de gains rapides et de maximisation des profits sans considération de l’avenir, la Caisse de dépôt et placement, au contraire, devrait être un moteur de changement vers une transition énergétique viable, car elle est de propriété publique et se doit d’être responsable envers ses actionnaires, les citoyens québécois.

À quoi bon épargner afin de jouir plus tard d’une retraite dorée si le futur n’est plus assuré ?

Extinction inc.

S’il y a un marché dans lequel vous devriez investir vos billes, c’est bien celui de l’extinction des espèces qui connaît un taux de croissance phénoménale dépassant toutes les espérances.

image

En effet, la disparition des populations des oiseaux, poissons, reptiles et mammifères s’accélère à un rythme effréné depuis plus de 40 ans. Selon le Fonds mondial pour la nature (WWF), 58 % de ceux-ci ont été rayés de la carte du monde depuis 1970 et, d’ici 4 ans, ce taux pourrait grimper à 67 % en raison de l’activité humaine. Ajoutons aussi les changements climatiques qui bouleverseront éventuellement des milliers d’habitats et qui fragiliseront ainsi encore plus d’espèces. Devant la surexploitation du globe et la croissance démographique – nous consommons environ l’équivalent des ressources de 1,6 planète – l’organisme lance un cri d’alarme.

Et pourtant, ce qui devrait passer à la Une des journaux et des canaux de nouvelles se voit relégué à une information anodine sans conséquence.

L’humanité se cantonne encore dans l’axiome fallacieux que le capitalisme est la seule voie possible – une foi inébranlable que le développement de l’économie de marché sera toujours infini sans qu’il ne rencontre d’obstacle à sa course dans un monde fini où les ressources sont limitées.

Mais, la pensée magique finira par se dissiper lorsqu’elle rencontrera brusquement le mur de la réalité… et, à ce moment, il sera peut-être trop tard pour réparer ce qui ne peut pas être réparé.

Cependant, ce n’est pas la première fois que les voyants rouges s’illuminent. En 1972, le premier rapport du Club de Rome (Rapport Meadows) sonnait l’alarme sur les conséquences de la croissance économique sur l’environnement, prédisant même une chute brutale de l’économie mondiale vers 2030. En 2012, une version actualisée de cette étude confirme le postulat précédent en implorant les responsables politiques d’opérer un changement de paradigme socio-économique incontournable pour assurer la suite de notre civilisation et de notre race.

La finalité de la route que nous avons empruntée aboutira à une raréfaction des ressources et à un effondrement de la chaîne alimentaire dont nous tirons notre subsistance. Et, en bout de course, c’est l’humanité tout entière qui disparaîtra, car on aura dérobé sous ses pieds les fondations de sa pérennité.

En fin de compte, le capitalisme – système par excellence du consumérisme – réalisera probablement sa plus grande réussite en ayant consommé pratiquement tout ce qui existe de vivant sur cette terre, tel un trou noir dont rien ne s’échappe…

Une électrification improbable

Cet article a paru dans Le Devoir,  le 25 avril 2016 et dans Métro Montréal, le 26 avril 2016

On apprenait récemment que Québec désire instaurer l’obligation d’une borne de chargement à voiture électrique dans chaque construction résidentielle neuve dans la foulée du plan d’électrification des transports prévoyant la présence de 1,2 million de véhicules de ce type en 2030.

Un vœu louable, mais qui se heurte malheureusement à la réalité économique d’un marché du pétrole et de l’automobile peu enclin à une telle mutation de la flotte véhiculaire au Québec et même ailleurs.

En effet, il demeure peu probable que l’industrie et les consommateurs amorcent volontairement ce changement de cap avec les aléas du cours du pétrole: de l’un, la hausse éventuelle du prix de l’essence fait engranger des milliards de dollars de profits aux pétrolières acoquinées avec les constructeurs automobiles qui n’ont qu’à maintenir le statu quo à leur avantage au lieu de provoquer une transformation du secteur ; de l’autre, advenant la baisse du coût du carburant fossile, les clients retardent l’achat d’une voiture plus «  verte  » et vont même jusqu’à se procurer des véhicules utilitaires sport dispendieux pourtant très énergivores au grand bonheur des industriels.

Un cercle vicieux du marché qui ne se brisera qu’avec une conscientisation véritable de la population et une volonté politique concrète d’en finir avec le pétrole ou ultimement avec une crise environnementale telle que l’urgence de la situation forcera un changement de paradigme dans le domaine des énergies du transport…

Un monde sans gouvernail

L’humanité est à la dérive et personne n’ose sortir la tête du sable.

Les croyances religieuses des communautés pastorales d’antan ont cédé le pas à une nouvelle divinité contemporaine: le marché.

Le genre humain ne pouvant se passer d’idéalisme, la main divine a été remplacée par la « main invisible » du libre marché – comme s’il ne pouvait décider de sa propre destinée sans appeler à des forces intangibles.

Tel un nouveau prosélytisme – cette fois-ci économique -,  les prêtres de la nouvelle idole répandirent la bonne nouvelle à un point tel que tout un chacun de part et d’autre de la planète finirent par s’agenouiller devant l’autel du productivisme capitaliste.

En conséquence, de nos jours, cette nouvelle confession consumériste acceptée comme dominante empiète désormais sur l’écosystème global et menace la pérennité même de l’humanité.

Ainsi, les ressources s’épuisent, de nombreuses espèces animales et végétales sont en voie de disparition, le climat planétaire se dérègle, la pollution de la biosphère atteint des sommets inquiétants –  générant de plus en plus de cancers et de maladies.

Au niveau social, les écarts de revenus et les iniquités économiques s’accentuent.

Les tensions géopolitiques, suscitées par les velléités d’accaparation de ressources naturelles par les nations,  pouvant dégénérer en conflits régionaux ou mondiaux, se multiplient proportionnellement à la raréfaction de celles-ci.

Cependant, tout semble être pour le mieux dans le meilleur des mondes. Les médias corporatistes se taisent devant de telles évidences et nous proposent des émissions insipides et futiles nous détournant des véritables enjeux.

Le monde a pourtant besoin de planification afin de faire face aux défis de demain.

Mais, nous nous fiions toujours sur la « main invisible » – en pure pensée magique -, censée tout contrôler et qui réglera tous nos problèmes.

Pourtant, le sacro-saint marché a maintes fois montré ses limites.

La crise financière de 2008 – dont on ressent encore les secousses -, les prix élevés de l’alimentation et du pétrole et les oligopoles antinomiques à la libre concurrence travestissant les lois du marché sont autant de preuves de la faillite du nouveau dogme mercantiliste.

Semblable à un navire sans boussole, la course de la race humaine risque de s’échouer sur les rivages toujours renouvelés de l’histoire…

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication : 168 (universitaire)

Les contradictions de Stephen Harper et de ses conservateurs

Rarement a-t-on vu autant de contradictions dans une gouvernance fédérale.  Le Parti Conservateur de Stephen Harper brandit vainement la menace d’un gouvernement de coalition entre les libéraux, les « socialistes » de Jack Layton et les séparatistes en espérant cacher les incohérences de ses politiques et le péril d’une majorité conservatrice.

La prétention de transparence détonne avec l’opacité des décisions gouvernementales et la Loi sur la responsabilité votée en grande trompe par les conservateurs eux-mêmes après le scandale des commandites.  Conflits d’intérêts, trafics d’influence, nominations partisanes, clientélisme culturel, outrage au parlement, utilisation de l’État à des fins politiques démagogiques se placent en contraste avec l’image éthique et d’ouverture du premier ministre Harper qui contrôle l’accès à l’information et musèle ses ministres ou députés trop encombrants.  Évoquons aussi les fraudes électorales des élections de 2006 avec le stratagème du « In and Out » dénoncé par Élection Canada et les tentatives d’éliminer le financement public des partis politiques pouvant avantager grandement les conservateurs déjà hautement financés par les pétrolières ainsi que le monde des affaires.  Tout ça en parfaite antinomie avec l’allocution du ministre de la défense, Lawrence Cannon, prétendant promouvoir la démocratie à travers le monde tandis que son parti viole les processus démocratiques les plus élémentaires.

L’allégement des taxes aux grandes entreprises, la mesure privilégiée des conservateurs pour appuyer la reprise économique, se porte en porte-à-faux à l’efficacité de la relance. En effet,  il est démontré, selon diverses études, dont celles de Statistique Canada et de la fiscaliste Brigitte Alepin, que l’investissement, qui se doit d’être inversement proportionnel à l’abaissement de la taxation, n’est pas au rendez-vous depuis les années 80.    La cible est ratée quand on considère que ce sont les petites et moyennes entreprises qui contribuent à 80% dans la création d’emplois.

Leur animosité face à l’avortement occulte une inconsistance philosophique profonde de cet aspect du conservatisme social.  Les conservateurs stipulent que seuls les enfants issus d’un mariage sont acceptables, mais enlèvent le droit aux femmes de se faire avorter à la suite d’un viol ou d’une relation amoureuse passagère.  Si l’enfantement n’est digne que dans le cadre des vœux sacrés du mariage, pourquoi alors refuser ce droit à l’extérieur de ceux-ci?

Les conservateurs érigent la famille comme valeur suprême, mais mettent en péril celle-ci en négligeant la protection de l’environnement.  En déniant le réchauffement planétaire et en atténuant la réglementation environnementale à l’exploitation des sables bitumineux, par exemple, ils laisseront à leurs enfants une planète malade et en piteuse état.  Belle façon de protéger sa descendance.

La loi et l’ordre, le crédo conservateur, ne s’arrime pas avec la réalité sociale canadienne.  Le crime est en baisse partout au Canada depuis plusieurs années.  Aussi, leurs attaques incessantes contre le registre des armes à feux, pourtant très utile aux policiers dans leur lutte contre les délinquants, sont incompréhensibles dans une logique de répression du crime. Même la Fédération des policiers municipaux clame avec véhémence l’utilité de ce registre.  De plus, permettre à des jeunes fautifs de 14 ans de purger une peine de prison avec de grands criminels adultes ne fait que perpétuer les comportements antisociaux générant encore plus de criminalité.

La militarisation, dont sont friands les conservateurs, va à l’encontre de leur mantra de réduction de l’État –  le budget de la défense gonflant de manière pléthorique.  Sans compter que les contrats sont donnés à l’extérieur du pays, privant ainsi les travailleurs canadiens de nouveaux emplois, lorsqu’il serait possible, dans certains cas, de les octroyer à l’interne.    Le gouvernement conservateur affirme, pour se justifier, que la majeure partie de l’entretien des avions F-35, par exemple, sera effectué à l’intérieur des frontières, ce qui s’avère erroné selon le Pentagone.  Bilan : les déficits cumulés depuis l’accession au pouvoir du Parti Conservateur atteignent 100 milliards de dollars – même si l’héritage de la précédente administration libérale avait dégagé des surplus de 13 milliards en 2006.  En parallèle, plus de 93 milliards ont été dédiés à l’achat de nouveaux équipements militaires. Très bonne gestion des finances publiques pour un parti prônant la rigueur budgétaire!  Il est ainsi inconséquent d’endetter le pays pour satisfaire le bellicisme des conservateurs.

Face à autant de contradictions, on peut se questionner sur le genre d’électeurs se confortant dans le programme de ce parti politique de droite. Le clientélisme qu’opèrent les conservateurs visant à cibler des segments de l’électorat favorables à telles ou telles promesses électorales semble avoir été récemment porteur pour ces derniers.  Néanmoins, les limites d’une stratégie aussi éclatée cherchant à séduire les uns et les autres risquent d’apparaître sans une ligne directrice et cohérente au niveau pancanadien.  Ce qui manque cruellement pour la formation de Stephen Harper…

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication :  179 (universitaire)

Cancun: un accord de façade

Le 11 novembre 2010, à Cancun, devant les cameras de journalistes internationaux, les représentants de 194 pays signèrent un accord international sur les moyens à prendre pour ralentir le réchauffement climatique,  voulant ainsi effacer des mémoires le souvenir du fiasco de Copenhague.

Enfin, les nations du monde sont parvenues à un accord, peut-on lire de part et d’autres dans les médias du globe.

Rien de moins certain.

Avant de pavoiser, sachons que cette entente, encore en gestation, n’impose aucune cible contraignante, contrairement à celle de Kyoto.  En fait, l’accord de Kyoto a été officieusement débouté lors de ces séances plénières car jugé trop encadrant.  Pourtant, cette entente constituait un strict minimum nécessaire à la lutte contre les modifications du climat.

On a évoqué le vœu pieu de réduire la hausse de la température moyenne de la planète à 2°C au-dessus des niveaux préindustriels.  Or, le texte de Cancun n’amène rien de nouveau sur le palier de réduction des émissions, considéré comme trop faible pour atteindre l’objectif de ces deux degrés maximums.

De plus, Cancun engage les pays développés à rapetisser leurs rejets carbones dans l’atmosphère… même si l’un des plus grands pollueurs de la planète, après la Chine, les États-Unis, vient de rejeter au Congrès une législation sur les gaz à effet de serre et utilise encore le charbon comme producteur d’énergie électrique dans nombre de ses États.  En effet, les élus démocrates du centre du pays ont voté contre ce projet de loi malgré la présence d’un président plus écologiste issu de leur formation politique.

À Cancun, on constate que la pensée magique a prédominé sur la réalité.

Il y a la future mise en place du REDD (Reducing Emissions from deforestation and degradation), un mécanisme basé sur les principes du marché concocté pour équilibrer la pollution de GES du nord en sauvegardant ou plantant des arbres au sud.  Ainsi, un grand pollueur américain pourra s’acheter bonne conscience en investissant dans un projet forestier au Brésil.  Les « hics» sont que les vautours de la spéculation risquent de s’emparer de ce nouvel eldorado du carbone,  qu’il sera difficile d’évaluer combien d’hectares de forêt il faut ensemencer pour contrecarrer les effets de milliards de tonnes de gaz à effet de serre et que les retards des dernières décennies dans ce dossier demandent des politiques beaucoup plus musclées.   Alors, pas surprenant que la socialiste Bolivie ait refusé de signer l’accord.

Par ailleurs, l’idée du Fonds vert, malgré son avant-gardisme, semble être une invention creuse car aucune source de financement n’a été stipulée.  On parle de taxes sur le transport ou les transactions boursières.  Mais, chacun sait qu’en période de grave récession économique et de crise des dettes souveraines, plus précisément en Europe, de telles taxes sont inenvisageables car elles entraveraient le commerce déjà affaibli par la chute générale de la demande en Occident.  Sans compter que la Chine et l’Inde verraient d’un mauvais œil une telle initiative pouvant nuire à leur développement économique.

Et, comble de ridicule, la Banque Mondiale se voit donner la gérance de cet éventuel Fonds pour une période de 3 ans!  Ce Fonds, devant aider les pays en développement à pallier à leurs problèmes de développement socio-économique dans la déférence envers l’environnement, sera sous l’égide d’une organisation qui, depuis 30 ans, applique un diktat économique néolibéral sur les pays en difficulté en les obligeant à des privatisations des services publics, diminutions des salaires, déréglementations de l’économie avec comme conséquence le bilan socio-économique désastreux que l’on observe aujourd’hui avec la crise économique!   La Banque Mondiale représente la dernière instance capable de gérer un tel Fonds vert car sa raison d’exister n’est pas la protection des habitats vivants, mais le bon déroulement du capitalisme sous la férule du marché.

Bref, l’entente de Cancun est aussi timide qu’incohérente.

On cherche à épater la galerie et à rassurer des citoyens désormais plus soucieux de l’écologie.

Cependant, la crise économique et les dissensions entre pays développés et en voie de développement enlèvent les moyens d’un véritable plan global sur l’atténuation du phénomène négatif des gaz à effet de serre.

Et déjà, à Kyoto, nous avions entendu ce refrain de quasi-consensus sur ce sujet.  Avec les résultats que l’on connaît.

En fait, considérant qu’il faudrait 4 planètes terre pour suffire à la demande de toute la population si chaque être humain vivait comme un nord-américain, l’unique alternative demeure de réduire notre consommation, de revenir à l’essentiel, de privilégier la production locale et de modifier notre système économique selon une approche de développement durable plus respectueuse de l’environnement.

Peut-être que la crise économique amènera ces changements….

À Lire:   En attendant le déluge…

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication :  174 (universitaire)

Une crise économique salvatrice pour la planète?

La course du capitalisme mondial est effrénée. Comme une machine folle s’étant emballée, rien ne paraît pouvoir l’arrêter. La Chine et l’Inde embarquent dans la danse tandis que les richesses sont encore plus dilapidées, la terre polluée et que la surconsommation des uns fait contraste avec la pauvreté de plusieurs.

Comment stopper ou au moins mettre un frein à ce mouvement apparemment irréversible? Les États souverains ne peuvent s’y opposer et encore moins les groupes d’intérêts sociaux, humanitaires ou écologistes.

On en vient à souhaiter que ce système se saborde lui-même et jette par son inconsistance les fondements de sa propre chute.

La récession américaine à venir, la crise du crédit (subprime) et leurs répercussions sur le commerce et le système financier mondial pourraient éventuellement mener à une nouvelle grande dépression économique. La baisse de la demande du principal client des puissances économiques montantes en Orient n’épargnera pas ces dernières d’une baisse de leurs activités économiques.

Alors, pourquoi ne pas la désirer, cette crise? Cela forcerait les nations à opter pour de nouvelles méthodes d’allocation plus équitables des biens et des services, comme ce fut le cas dans les turbulentes années 30 du siècle dernier. On peut citer le New Deal aux États-Unis ou les politiques du Front Populaire en France.

On remettrait ainsi en question l’ordre économique mercantile mondialisé et favoriserait l’implantation d’une production locale et d’une consommation responsable moins axée sur la frivolité.

Les producteurs locaux seraient aussi avantagés car on ferait appel à leurs services au lieu d’importer de l’autre bout de la planète des produits dispendieux en coûts environnementaux et de transport.

De plus, cela est sans compter l’impact positif sur la préservation de l’écosystème et sur l’exploitation des ressources planétaires en conséquence d’une baisse de la consommation.

Il est vain de croire que la décroissance et la simplicité volontaire vont s’imposer par elles-mêmes sans un ébranlement de la structure économique actuelle. La situation économiquement difficile des futures années risque de réussir là où les bonnes intentions passées ont échoué.

L’Humain ne change pas par plaisir ou par grandeur d’âme, mais seulement lorsque le contexte l’impose.