Débats sans fin

Cet article a été publié dans le journal Métro Montréal le 20 février 2019

Je commence à être las de ces débats sans fin sur les valeurs culturelles, la nation, les ethnies, de ce que certains conçoivent comme étant correct au plan culturel.

Il y a des choses tellement plus importantes qui nous rejoignent tous, comme un monde sans pollution, sans discrimination et la problématique du réchauffement climatique.

On cherche en soufflant ainsi sur les braises de la haine et de l’incompréhension à nous détourner des problèmes fondamentaux de notre époque qui impliquent pourtant la survie même du genre humain en nous dressant les uns contre les autres.

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Le faux centre d’Emmanuel Macron

Cet article a été publié dans Le Devoir et le journal Métro Montréal le 18 septembre 2017 

Pendant les élections, le nouveau président de la République française fut présenté comme le candidat du centre cherchant la grande concorde entre la gauche et la droite, supputant ainsi la fin des grands partis politiques et des grandes idéologies.

Le parti d’Emmanuel Macron, La République en marche!, se définit comme un parti de centre à inspiration social-libérale. Or, il n’en est rien, à voir la manière dont a été libellé le nouveau projet de loi sur la réforme du travail en France qui brisera l’équilibre toujours fragile entre patronat et syndicats en donnant l’avantage aux entreprises en ce qui a trait, notamment, aux indemnités de licenciement abusif (beaucoup moindres) et à la négociation dans les petites entreprises (plus difficile pour les syndicats).

Comme presque tous les partis de centre de notre époque, le parti de Macron n’est qu’une formation politique de droite qui s’ignore, car le centre ne constitue pas une idéologie légitime et ancrée au milieu dans le ciment du spectre politique.

En fait, le centre d’aujourd’hui n’est plus le centre d’hier. C’est le résultat de quatre décennies de propagande médiatique mur à mur encensant les préceptes de la loi du marché qui désormais sont devenus la norme acceptable en politiques publiques. En conséquence, en Occident, l’axe central du spectre politique, fluctuant de nature selon les aléas des conflits sociaux et du développement de la culture politique, s’est déplacé progressivement vers la droite, entraînant la position de centre avec lui.

On peut bien le constater en France, notamment lorsque le Parti socialiste, anciennement bien positionné à gauche, a hésité à appuyer les manifestations syndicales des derniers jours contre cette réforme du travail touchant les salariés. Sans compter qu’Emmanuel Macron est un ancien socialiste…

 

 

Despotisme parlementaire

La loi 28 adoptée sous le bâillon par le gouvernement Couillard, englobant une kyrielle de lois sans rapport apparent, amorce au Québec une mouvance aux projets de lois « mammouth » très semblables à la méthode utilisée par les conservateurs à Ottawa. Tout comme ces derniers, les libéraux québécois tassent sur le bas-côté leurs prétentions de transparence et de consensus si longuement évoquées avant leur prise du pouvoir et sous prétexte de l’urgence de la situation, ils sapent ainsi les préceptes mêmes de la démocratie en court-circuitant les débats sur ces diverses lois – ce qui maintient encore plus le public dans l’ignorance sur les enjeux des politiques qui l’affecteront directement.

Une situation qui alimente encore plus le questionnement sur la vétusté de notre système électoral uninominal majoritaire à un tour de type britannique. Un système qui alloue la totalité du pouvoir au parti majoritaire en chambre même si celui-ci n’obtient pratiquement jamais la majorité absolue en terme de voix.

Cette nouvelle tendance aux lois « mammouth » pourrait constituer un aboutissement naturel de ce mode de scrutin ne laissant que peu de place à l’opposition parlementaire comme à la contestation citoyenne. Mais nos élus au pouvoir devraient réaliser que la majorité parlementaire n’est pas synonyme de majorité absolue et que ce genre de manœuvre législative autocratique s’éloigne dangereusement de l’esprit de la démocratie libérale.

Alexis de Tocqueville édictait jadis que la démocratie était le « despotisme de la majorité »… mais force est de constater que nous vivons actuellement sous le « despotisme parlementaire », sans majorité absolue…

Un parti pas si libéral que ça

Le parti de Philippe Couillard brandit fièrement le libellé « libéral » dans sa diatribe contre la Charte des valeurs québécoises du Parti Québécois.

Le Parti libéral du Québec prônait une latitude quasi-totale sur la question des signes religieux ostentatoires, mais la sortie fracassante de Fatima Houda-Pepin, une députée libérale de confession musulmane, lui a imposé de revenir aux racines mêmes du libéralisme politique en l’obligeant à opter pour des restrictions inspirées de la Commission Bouchard-Taylor – c’est à dire une interdiction des symboles religieux qu’aux agents coercitifs de l’État (policiers, juges, procureurs de la couronne).

Tout d’abord, l’ancienne position du PLQ s’inscrivait complètement en faux avec la notion libérale de séparation de l’État et de la religion.  En effet, John Locke (1632-1704), considéré comme le premier penseur du courant libéral, édictait clairement dans ses écrits la nécessité d’une séparation distincte du politique et des confessions religieuses dans le but évident d’éviter un absolutisme théocratique néfaste.  Nul doute alors que Locke se serait prononcé pour un interdit des signes religieux, surtout en ce qui concerne les personnes détenant un pouvoir coercitif sur leurs concitoyens.

Ensuite, nous pouvons constater plusieurs incohérences dans le fonctionnement interne du PLQ par rapport à un principe cher au libéralisme : la démocratie avec sa notion de contre-pouvoirs.

Étrangement, ce parti démontre une façade toujours monolithique et les dissensions y sont rares.  En tenant serré le collier de sa députation, l’establishment du parti étouffe les voix des contestataires.  La belle famille libérale montre toujours une image d’unité, mais, malheureusement, au détriment des préceptes démocratiques du libéralisme politique qu’elle défend théoriquement.

Plusieurs exemples le démontrent : l’ascendance autocratique bien connue de l’ancien chef et premier ministre, Jean Charest, sur ses militants et députés (dont Couillard continue la tradition); l’incident du rejet d’une motion sur la tenue d’une enquête sur la corruption en plein congrès libéral (la proposition a été rejetée dans le brouhaha sans débat ni vote); le refus du vote libre par Philippe Couillard à propos du projet de loi sur la Charte des valeurs; et bien sûr, les déclarations houleuses d’il y a quelques jours de Fatima Houda-Pepin qui voulait ainsi sortir du carcan imposé par son parti.

Pour mieux comprendre la mécanique du Parti libéral du Québec, il est utile de se référer à la classification des partis politiques de Maurice Duverger.

Selon ce juriste et politologue français, les partis politiques se divisent en deux groupes : les partis de cadres et les partis de masse. Le premier groupe se campe surtout à droite et la pyramide décisionnelle va de haut en bas, c’est-à-dire que les élus dictent les priorités à la base du parti.  Au contraire, le deuxième groupe donne une grande influence à l’organisation du parti et les élus sont soumis à ses orientations.

Nous pouvons alors affirmer, selon ce classement, que le Parti libéral du Québec est un parti de cadres dans lequel l’élite assied son pouvoir sur le reste de la formation politique… en contradiction des valeurs démocratiques libérales.

La prière de la discorde

Cet article a paru dans Le Quotidien de Chicoutimi le 7 juin 2013

Le jugement de la Cour d’appel sur la prière aux conseils municipaux de Ville Saguenay consacrant la victoire du maire Jean Tremblay – s’il n’est pas contesté en Cour suprême – vient de planter la graine de discordes futures.

Même si l’histoire du Québec a été marquée par la religion – comme l’énonçaient les juges –  et que les croyants catholiques sont majoritaires dans la société québécoise, cela ne leur donne nullement la primauté au niveau de la gouvernance, car l’État ne représente pas seulement un segment de la société, aussi majoritaire soit-il, mais bien l’ensemble de ses parties.

Bien que tout d’abord ce jugement contrevient au principe laïque de la séparation de la religion et de l’État assurant la neutralité de ce dernier, il crée une discrimination institutionnalisée en faveur de la confession chrétienne catholique au détriment des autres.  Ce concept de séparation n’est pas seulement une règle arbitraire, mais un cautionnement de paix sociale et de respect entre les diverses cultures d’un même corps social.

Par ailleurs, il s’agit d’un jugement à courte vue en considération du changement de visage de la société québécoise.  La rentrée massive d’immigrants, souvent de religions différentes, transformera à long terme la composition ethnoculturelle du Québec, rendant ainsi problématique la récitation de la prière dans les assemblées politiques.

Et viendra un temps où les croyants non catholiques demanderont d’avoir eux aussi une prière à leur image… une boîte de pandore qu’il serait préférable de refermer immédiatement avant les possibles tensions que cette pratique pourrait engendrer dans l’avenir.

L’État, c’est nous… dirait Stephen Harper

Que cela ne soit la réforme drastique de l’assurance-emploi – du jamais-vu – votée sans consultation d’aucune sorte précarisant les chômeurs ayant pourtant contribué au financement du programme ou le changement d’orientation de l’ACDI passant d’objectifs d’aide humanitaire à une politique néocoloniale appuyée par les entreprises canadiennes à l’étranger ou encore la déréglementation dangereuse pour la santé publique de l’Agence canadienne d’inspection des aliments laissant le champ libre aux producteurs alimentaires dans l’hygiène de leurs installations, il y avait déjà bien des raisons de se questionner sur le caractère autocratique de la gouverne conservatrice.

Toutes ces mesures passent encore, même si contestables, car elles demeurent légales dans le cadre constitutionnel canadien ainsi que dans les paramètres d’un gouvernement majoritaire.

Cependant, la récente nouvelle que les députés conservateurs emploieront désormais la communication écrite permise aux élus pour rejoindre leurs commettants dans un sens partisan – c’est-à-dire pour attaquer la personne du nouveau chef du Parti libéral, Justin Trudeau – soulève une problématique éthique criante, même si Stephen Harper approuve d’emblée cette démarche. Mais, il faut savoir que cette pratique est une première et que le Parti conservateur exploite une faille dans les réglementations du jeu politique, une faille qui, par ailleurs, n’existe pas au Québec où l’on fait une distinction claire à ce niveau entre la fonction du député et sa filiation partisane.

En fait, l’éthique est plutôt élastique chez les conservateurs. Il y a quelques années, des députés conservateurs avaient usé du même stratagème dans leurs circonscriptions, mais, devant l’inaction subséquente d’Élection Canada, le PC a opté maintenant pour l’application généralisée de cette tactique dans sa lutte contre les libéraux. Donnez-leur un pouce, et ils prendront trois pieds…

Mais, il y a plus.

En 2009, 47 députés et ministres conservateurs ont posé fièrement devant des chèques géants signés de leurs mains et arborant le logo du Parti conservateur… même si ces fonds alloués pour divers projets gouvernementaux étaient directement puisés du Trésor public canadien! Le député libéral, David McGuinty, a vivement dénoncé cette manœuvre: « La confusion entre les fonds gouvernementaux et partisans rappelle des situations que l’on constate régulièrement dans les pays en développement, qui n’ont pas encore de structure démocratique solide. »

Autre chose : tout récemment, on a éliminé les mots « Environnement Canada » sur le site météorologique du gouvernement fédéral, comme si l’on voulait éradiquer toute référence à la protection de l’environnement sur les portails internet de l’État. De plus, le fond de page, habituellement vert, a été changé pour le bleu… couleur du Parti conservateur!

Sur le plan communicationnel, depuis l’accession des conservateurs au pouvoir, les critiques ne cessent de pleuvoir sur les entraves à l’accès à l’information des données du gouvernement.

Depuis 2008, le Conseil du Trésor a laissé tomber la mise à jour du Système de coordination des demandes d’accès à l’information (SCDAI). Cette base de données électronique permettait depuis 2003 à tout citoyen ou organisme d’accéder à des renseignements sur la gestion du gouvernement fédéral.

De plus, une étude internationale, datant de février 2013, place le Canada bon dernier parmi les démocraties parlementaires sur la question de la libre circulation de l’information gouvernementale. Une chute surprenante depuis 2011 : le Canada a passé du 40e rang au 55e, juste derrière la Mongolie et la Colombie!

Explication? Il est connu que toutes les communications de l’État fédéral doivent passer obligatoirement par le bureau du premier ministre Harper pour approbation.  Encore une fois, une méthode inédite jamais pratiquée dans les gouvernements précédents minant les principes démocratiques pourtant acquis depuis des décennies…

« L’État, c’est moi », lançait jadis le roi Louis XIV à ses parlementaires… et notre chef de gouvernement canadien, Stephen Harper, fier porte-drapeau du monarchisme britannique, assimile fort bien le concept sous-jacent à cette formulation dans son exercice du pouvoir exécutif… quitte à faire reculer le Canada des décades en arrière.

Transparence et intégrité clamait Stephen Harper en 2006… pourtant, l’expérience de six années d’administration conservatrice amène le constat contraire.

Bref, la séparation du Parti et de l’État pour Stephen Harper ne constitue pas un enjeu crucial. Comme dans toutes les dictatures fascistes, communistes ou les monarchies absolutistes, « l’État, pour les conservateurs, c’est nous. »

Un gouvernement de coalition?

Ce texte a été publié dans Métro Montréal le 4 octobre 2012

Chantal Hébert évoque depuis un certain temps dans Les coulisses du pouvoir ainsi que dans sa chronique dans L’actualité la probabilité d’une coalition du Parti libéral du Québec (PLQ) avec la Coalition avenir Québec (CAQ).

Bien que cela soit possible sur le plan constitutionnel, si le lieutenant-gouverneur du Québec le permet, je ne suis pas d’accord avec une telle assertion.

Politiquement, ça se joue mal face à l’électorat.

À court terme, on voit mal une alliance entre ces deux formations politiques sans qu’un chef du Part libéral n’ait été désigné. Dans cette éventualité, Legault deviendrait premier ministre parce qu’il est le seul chef à avoir été élu en tant que tel.  Peu probable.

De plus, advenant une coalition avec un nouveau chef libéral, qui n’a pas été plébiscité en tant que premier ministre lors d’une élection générale, je vois mal la légitimité de ce possible gouvernement.

Par ailleurs, si un vote de confiance défait le gouvernement sur le budget et provoque des élections générales hâtives, l’odieux risque de revenir aux partis d’opposition qui pourraient y perdre des plumes.

Au fédéral, on avait évoqué une telle possibilité d’alliance pour éjecter les conservateurs du pouvoir sur une question budgétaire, sans jamais le faire.

Bref, il faut vraiment une crise majeure pour valider ce genre de « putsch » et ce ne semble pas être le cas ici.