Du vert conservateur

Cet article a été publié dans le journal Métro Montréal le 16 septembre 2019

À une lointaine époque, j’ai milité pour le Parti vert du Québec, car je croyais à un certain progressisme social et environnemental. Mais, les récentes prises de position de son cousin fédéral me font douter de voter vert au prochain scrutin pancanadien.

Les verts canadiens semblent bien différents de leurs collègues québécois situés plus à gauche. Sa base principale se trouvant dans l’Ouest canadien, ce parti vert peut être considéré comme une aberration au plan idéologique.

En effet, le mouvement politique vert se place idéologiquement à gauche sur le spectre politique, car le programme environnemental qu’il soutient implique nécessairement une réforme socio-économique profonde de la société. Ce n’est manifestement pas le cas ici pour le Parti vert canadien qui s’est positionné, pour sa part, ouvertement pour l’exploitation des sables bitumineux à moyen terme, pour une privatisation des infrastructures d’eau des Premières Nations et pour permettre à ses éventuels députés de voter librement lors d’un possible projet de loi des conservateurs sur le droit à l’avortement – bien que la cheffe Elizabeth May se soit rétractée récemment dans la confusion la plus totale.

D’aucuns pourraient penser qu’avec un parti vert comme ça, nous n’avons pas vraiment besoin d’un parti conservateur…

Les verts partent en guerre

Deux groupes écologistes, Les Amis de la Terre et le Sierra Legal, initient une démarche qui pourra devenir un précédent et faire boule de neige tout autour de la planète. Pour la première fois, un gouvernement se fera poursuivre au niveau juridique pour ne pas suivre ses politiques de diminution d’émissions de gaz à effet de serre.

La cause sera entendue en Cour fédérale où l’on jugera de la nécessité d’ Ottawa de suivre la Loi canadienne sur la protection de l’environnement qui oblige le pays à respecter ses engagements internationaux.

Le ministre Baird de l’environnement s’étant engagé à réduire de 20% en rapport aux niveaux de 2006 les GES de provenance industrielle, une vaste majorité d’intervenants doute tout de même de la sincérité des conservateurs. Il faut se rappeler qu’ils ont exempté pour une période de 3 ans la très pollueuse Alberta du plan vert déjà incomplet des conservateurs et que les affinités du PC avec l’industrie pétrolière est évidente.

Les environnementalistes en sont rendus là.

Devant un gouvernement central qui fait la sourde oreille aux doléances des provinces qui déplorent l’absence de cibles fixes pour les industries, ignore les avertissements du grand patron du protocole de Kyoto, Yvo de Boer, concernant l’accélération des changements climatiques depuis le début de la décennie et finalement tente de ralentir le projet de loi C-288 sur le respect de Kyoto au sénat afin de le tuer dans l’oeuf avant la fin de la session parlementaire, les « verts » ont décidé de suivre les conseils de David Suzuki dans son esclandre du mois d’avril dernier qui suggérait de traîner devant les tribunaux le gouvernement conservateur.

Les émissions canadiennes de gaz à effet de serre ont dépassé en 2005 de 32,7% les objectifs de Kyoto et le présent parti au pouvoir ne trouve rien de mieux à faire que de blâmer le gouvernement précédent pour son inaction envers ce dossier. La bonne vieille rhétorique politique nous est encore servie.

Au lieu de mettre en place des politiques diluées à l’avantage des industries qui les supportent, les conservateurs devraient prendre le taureau par les cornes, imposer maintenant des normes strictes pour tout le monde à la grandeur du pays et cesser de retarder les mesures qui s’imposent afin d’endiguer le réchauffement de la planète.