Budget Charest/Bachand 2010 : tout sauf courageux

Que de culot de la part du ministre des Finances du Québec, Raymond Bachand, de proclamer que son budget lourd en déficiences marquera l’Histoire à l’image des initiatives prises lors de la Révolution tranquille.

On ne peut voir aucune similitude avec cette période charnière du Québec moderne dans laquelle on instaura les bases d’un système public digne d’un pays moderne. Il est même de mise d’affirmer que ce budget va à contre-sens de la pensée de la Révolution tranquille.  De la sorte, on surcharge encore plus en tarifs la classe moyenne et l’on promet de couper prochainement dans les services afin d’équilibrer les finances publiques.

Si la Révolution tranquille avait pour but de servir le québécois et de l’enrichir collectivement, cette « révolution culturelle » de Bachand a pour objectif de léser le québécois et de l’appauvrir individuellement.

Ce qui marque ce budget, c’est son caractère régressif.

Une taxe ou franchise sur la santé, une hausse de la taxe de vente (TVQ), une augmentation des frais de service comme sur l’électricité ou une majoration des droits en éducation ne sont que de diverses mesures touchant plus grandement le niveau de vie de la classe moyenne que les couches les plus opulentes.

Les projections qui établissent qu’en 2013 une famille gagnant 100 000$ par année verra sa participation aux coffres de l’État montée de 1 267$ tandis qu’une autre famille générant 60 000$ déboursera 1 044$ sont complètement erronées.  Le fardeau sera le même pour tous, indépendamment des revenus, et même si les plus nantis paieront plus de TVQ sur les produits de luxe qu’ils achètent, il suffirait qu’ils modifient subséquemment leurs comportements pour annuler les prémisses de ces projections.

Ce soi-disant budget courageux, comme le qualifie Jean Charest, ne peut être affublé ainsi.   Ce n’est pas un budget empreint de courage.  Il s’agit plutôt d’une manœuvre teintée de lâcheté.

Le vrai courage politique, c’est de cesser de faire payer les travailleurs moyens.

Le vrai courage politique, c’est d’extirper l’argent là d’où il se cache au-lieu de voler une classe moyenne déjà étouffée par la crise économique, les hypothèques à grand capital et les forts prix du carburant fossile.

Le vrai courage politique réside dans l’implantation de paliers d’imposition supplémentaires sur les revenus de ceux enregistrant 76 770$ et plus par année.

Le vrai courage politique trouve sa source dans une taxation majorée des compagnies présentes sur le territoire du Québec connaissant le plus bas taux d’imposition des entreprises en Amérique du Nord.

Le vrai courage politique se caractérise par la fixation d’une redevance adéquate appliquée sur l’exploitation de nos ressources naturelles par des intérêts privés et mercantiles.

En définitive, le vrai courage politique, pour le Parti Libéral du Québec, serait de mettre de coté les directives occultes de ses contributeurs électoraux issus du monde des affaires et des lobbys de droite et de rechercher, pour une fois, le bien-être de ses électeurs qu’ils l’ont mis au pouvoir.

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Le Parti Libéral du Québec n’attendait qu’une bonne période de précarité économique pour nous glisser en douce, avec le récent budget 2009, le principe de l’utilisateur-payeur si chère aux partisans des thèses néolibérales.

Sans surprise, cette nouvelle politique du cabinet de Jean Charest s’inspire d’une idée maitresse de l’Action Démocratique du Québec (ADQ) lors de la dernière campagne électorale. Ce qui confirme que ces deux partis de droite sont du pareil au même.

Comme l’a dit la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget: « Le tarification doit reposer sur l’idée selon laquelle celui qui utilise un service doit également être celui qui paye. C’est le concept d’utilisateur-payeur. »

Enfin, au grand bonheur des tenants de la droite économique, l’accès à certains services publics se voudra attacher à un coût supplémentaire!  Le ver sera alors introduit dans la pomme et cela ouvrira la porte à une privatisation éventuelle des services gouvernementaux.

Ne soyons pas naïfs. Une fois cette étape franchie, il sera facile d’imposer progressivement un ticket modérateur à l’ensemble des utilités publiques et de dériver insidieusement vers une privatisation généralisée.  Par la force des choses, le citoyen s’habituera à débourser un frais pour un service public comme cela est le cas dans le privé lorsqu’il paie pour la rénovation de sa maison ou pour un changement d’huile sur sa voiture et, progressivement, il n’y verra plus de différence.

Sur des bases plus théoriques, ce principe d’utilisateur-payeur est socialement inéquitable. On refile alors une surcharge monétaire arbitraire dans l’attribution d’une assistance publique sans considération du revenu du citoyen. Par exemple, un tarif modérateur de 20$, 40$ ou 60$ n’a pas la même signification pour un travailleur au salaire minimum que pour un haut salarié. Ainsi, certaines personnes limitées à un faible niveau de vie préféreront ne pas se prévaloir d’un service étatique afin de mettre du pain sur leurs tables. L’universalité deviendra donc un concept vide de sens car il exclura les individus les plus vulnérables de la société.

Par ailleurs, cette nouvelle mesure de la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, constitue une hausse d’impôt déguisée, comme ce fut le cas avec les élévations marquées des prix d’Hydro-Québec ou des tarifs de la SAAQ depuis quelques années.  Elle peut bien prétendre ne pas vouloir soutirer de l’argent aux contribuables en situation de crise économique afin de ne pas nuire à la relance, mais c’est exactement ce qu’elle fait.

Ces accroissements d’impôts par la bande sont tout autant injustes que les frais utilisateur-payeur proposés dans le dernier budget.  Au lieu d’intensifier l’apport dans les coffres publics des revenus provenant des particuliers les plus riches par un ajustement progressif des tables d’impôt, on transfère la charge fiscale de ces augmentations sur les classes sociales les moins nanties.

Tout ce « budget de crise » traduit une chose : l’élite économique acoquinée avec le Parti Libéral du Québec salive en imaginant la manne de milliards de profits que pourrait lui apporter une privatisation accrue de la sphère gouvernementale dans ce contexte incitatif de déficit budgétaire de l’État.

En effet, dans l’avenir, la crise économique ne laissera plus de marges bénéficiaires intéressantes pour les traditionnels biens et services mercantiles et les affairistes se tournent alors à long terme vers les seuls secteurs pouvant susciter encore des profits intéressants : c’est-à-dire ceux relevant des services publics…