Une ombre sur nos libertés

Avec le pire attentat terroriste depuis le 11 septembre 2001, l’horreur s’étend désormais des deux côtes de l’Atlantique, mais au lieu de venir du ciel, elle vient cette fois-ci des rues.

Il s’agit d’un cocktail contextuel explosif qui laisse craindre une réponse politique extrême de la part des électeurs en proie au désarroi et à l’impuissance.

On connaissait déjà depuis quelque temps la montée d’un certain populisme de droite en Europe et cet événement devrait mousser encore plus son ascendance… avec toutes les dérives que cela comporte  : instauration d’un État policier, effritement des libertés fondamentales et racisme rampant.

Jadis, les nazis avaient pu susciter une peur irrationnelle envers les Juifs avec de la propagande mur à mur. Imaginons alors ce qui peut arriver à une société avec un «  ennemi  » déambulant dans les mêmes rues et avenues que le simple citoyen et procédant à des exécutions de masse.

Le choix de Paris par les terroristes n’était pas fortuit. Au niveau de la psyché occidentale, elle est un peu le berceau de la modernité.

Dans la «  Ville lumière  » des terroristes de l’État islamique ont semé la mort et peut-être du même coup planté les graines de l’érosion du concept même de liberté sur lequel s’est érigée notre civilisation occidentale…

L’ennemi utile

Cet article a été publié le 3 mars 2015 dans Métro Montréal

Les résultats de deux récents sondages auprès des Québécois – l’un sur le projet de loi antiterroriste C-51 et l’autre sur l’approbation de l’établissement d’une mosquée à proximité – démontrent une propension à l’islamophobie de plus en plus prononcée chez la population. Une conclusion qui étonne devant l’esprit de tolérance habituel qui nous anime. De toute évidence, les événements à Ottawa, à St-Jean-sur-Richelieu et à l’international ont suscité cet éveil d’une crainte envers ceux qui sont différents.

Néanmoins, il faut se remémorer un autre pan de notre histoire afin de mieux saisir la genèse d’une telle dérive xénophobe.

Il existait, dans les années 30 et 40 du siècle dernier, un sentiment antisémite prédominant au Québec. Le juif, à cette période troublée de crise économique et de bruits de guerre, était ostracisé tout comme le musulman commence à l’être à notre époque… une époque tout aussi inquiétante avec le terrorisme et la « grande récession ».

L’inconscient collectif nous joue parfois de mauvais tours. Face à l’inquiétude, nous cherchons un coupable et un fautif pour exorciser nos peurs ainsi que nos tourments… et c’est malheureusement de cette façon que nous créons ce que l’on peut appeler « l’ennemi utile ».

Le fil d’Ariane de la violence

Cet article a paru dans Le Devoir,  le 23 janvier 2015 et dans Métro Montréal, le 27 janvier 2015

Comment ne pas voir de relation entre les écarts extrêmes de richesse étalés par Oxfam ces derniers jours et la prolifération de groupes intégristes islamiques dans les zones les plus démunies de la planète?

La misère et le désespoir frappant le Moyen-Orient déstabilisé par les conséquences de l’intervention américaine en Irak ainsi que le Nigeria où environ deux tiers de la population vivent en dessous du seuil de la pauvreté grandissent sans cesse les rangs de l’État islamique et de Boko Haram dans ces régions du globe.

Au lieu d’évoquer encore et encore une « guerre au terrorisme » exacerbant la haine et la violence, il devient de plus en plus nécessaire de remonter enfin le fil d’Ariane liant la pauvreté à l’extrémisme religieux tout en s’interrogeant sur la problématique des inégalités sociales dans le monde…

Antiterrorisme 101

L’attentat perpétré au Charlie Hebdo élève à un nouveau paroxysme ce conflit séculaire entre l’Occident et le monde musulman qui fait rage depuis les premières batailles entre chrétiens et dévots d’Allah au VIIIe siècle de notre ère.

Les motifs et les blâmes fusent de part et d’autre pour expliquer ce feu sanglant perpétuel – les deux côtés croyant posséder l’unique vérité.

Les intégristes dénoncent l’occupation de la Palestine, le néocolonialisme, l’ingérence de l’Occident, les occupations militaires et les bombardements parfois indiscriminés sur leurs pays.

Le monde occidental, lui, s’offusque de l’obscurantisme et du barbarisme sans nom des tenants de cet islamisme radical échappant à la raison.

Devant cette escalade de la haine, plusieurs se demandent comment mettre un terme au terrorisme.

Certains suggèrent une réponse avec plus de répression et d’interventions militaires dans les zones où pullule la «  main-d’œuvre terroriste  ». Mais ce serait une erreur. Répondre à la violence par la violence ne fait que perpétuer ce cercle vicieux dont la fin ne sera jamais à notre portée si nous continuons à emprunter cette voie.

L’alternative la plus positive serait de s’attaquer directement aux racines du terrorisme.

Premièrement, rappelons-nous les déclarations récentes du Pape François qui pointait «  la pauvreté, le sous-développement, l’exclusion  » comme les principales sources de la genèse du terrorisme contemporain. Il souligne ainsi les défauts de notre capitalisme implacable laissant sur le bas-côté les moins chanceux de la vie. Il serait alors de plus en plus pressant d’organiser une véritable social-démocratie planétaire soutenant les oubliés du système économique afin d’éradiquer les germes du terrorisme.

Deuxièmement, il deviendrait nécessaire d’atteindre un nouveau moment tournant dans les relations internationales entre les démocraties libérales et la sphère musulmane en y incluant un paradigme de respect mutuel. L’impérialisme occidental dans cette région devrait céder le terrain à une entente sur le développement et les riches élites des pays arabo-musulmans, principalement celles de la péninsule arabique, devraient arrêter de faire double jeu et de financer subrepticement les organisations terroristes.

Évidemment, il demeure difficile d’oublier la haine ainsi que les fantômes du passé et les forces de l’immobilisme combinées à la pluralité des acteurs rendent pratiquement utopique l’application de ces solutions. Mais, au moins, elles sont énoncées ici…

Soupçon de démocratie

Cet article a paru dans Le Devoir,  le 31 octobre 2014

Il faut éviter de tomber dans le piège tendu par les actes des deux forcenés s’en étant pris à des militaires et à la Chambre des communes la semaine dernière.

Et c’est exactement ce qu’entend faire le gouvernement conservateur avec l’aide de la Gendarmerie royale du Canada en réponse à ces attentats. En effet, on songe à donner aux forces policières le pouvoir de surveiller ou d’arrêter les personnes soupçonnées de terrorisme, et ce, sans l’aval du procureur général qui vise normalement à faire contrepoids aux enquêteurs dans le but d’empêcher des violations aux droits et libertés de la personne.

Une telle législation viendrait affaiblir les fondations démocratiques en y créant une brèche qui ne ferait que s’accentuer avec le temps et édulcorer les principes mêmes de l’État de droit sur lesquels s’est érigée notre société…. et c’est exactement cela que recherchent ces nouveaux convertis à l’islamisme radical.

Les conséquences d’une telle dérive sont multiples et dangereuses : violation des droits de la personne; abus policiers; nouvelle forme d’inquisition à la maccarthysme et délation entre les citoyens; autocensure nuisant à la liberté d’expression des citoyens sur leurs opinions plus contestataires ou non-conformistes…

L’un de mes professeurs à l’université clamait que la démocratie est une belle porcelaine fine, et que si l’on n’y prend pas soin en l’échappant sur le sol, jamais les morceaux ne pourront être recollés.

Nous devons alors rester sur nos gardes pour conserver nos acquis démocratiques afin de ne pas devenir, contre notre gré, un «  soupçon de démocratie  »…

De l’extrémisme musulman à l’extrémisme chrétien

Petit mot sur la tuerie en Norvège : comment cet homme, Anders Behring Breivik , s’élevant en tant que défenseur de l’Occident et de ses valeurs chrétiennes, peut-il estimer ses actions comme meilleures de celles des intégristes musulmans qu’il pourfend en assassinant ses compatriotes?

D’une religion à l’autre, le radicalisme a le même visage.

La sainte croisade de Richard Martineau

Richard Martineau dans son « Franc-parler » publié le 11 septembre 2010 dans Le Journal de Montréal élève sur un piédestal la sainte chrétienté, tout en dénigrant au passage un monde musulman dangereux par son intégrisme et ses exactions sommaires.

En premier lieu, affubler de barbarisme une religion qui englobe près de 1,8 milliard d’individus sur la planète est tout autant irrespectueux que démagogique.

Tous les musulmans ne sont pas des terroristes ou des intégristes en puissance.  Martineau use d’une généralisation malsaine qui traduit son étroitesse d’esprit et ses préjugés xénophobes.

En second lieu, Martineau semble occulter l’héritage de l’histoire chrétienne qui elle aussi n’a pas brillé pour son humanisme.  A-t-il oublié les bûchés de l’inquisition qui carbonisaient les « hérétiques »?  A-t-il oublié les croisades avec son lot de massacres de musulmans au Proche-Orient?  Et se souvient-il de la prise de Constantinople par les croisés contre d’autres chrétiens de confession orthodoxe?

Pas très reluisant comme passé, n’est-ce pas?

Ainsi, nous sommes mal placés pour faire la morale aux musulmans.

Et surtout, il faut démontrer de l’empathie envers ces peuples de foi musulmane qui ont subi la brutale colonisation européenne pendant des siècles.  De plus, la création de l’État d’Israël et les occupations de la Palestine, de l’Irak ainsi que de l’Afghanistan sont des constants rappels de l’impérialisme occidental qui domine dans l’ensemble de la sphère musulmane.

Difficile alors de jouer la vierge offensée.

Martineau ne prouve pas son intelligence ici en sortant une telle diatribe antimusulmane la journée même de l’anniversaire des événements du World Trade Center.

Il dénonce le sectarisme de l’Islam, mais en fait lui aussi preuve, tout comme les croisés du Moyen-âge…

Gaza et Israël à la cour d’école

Il y a deux garçons à la cour d’école du Proche-Orient qui ne cessent de se chamailler à la récréation.

L’un, Israël, est baraqué et l’autre, Gaza, est petit et chétif. Le premier arbore de beaux vêtements et le second est habillé de lambeaux.

À chaque jour, dès que la cloche de la récréation sonne, Israël harcèle Gaza en lui volant ses collations et en lui enlevant le ballon des mains. Ce dernier tente de répliquer de ses mains frêles mais il ne reçoit en conséquence qu’une bonne raclée à toutes les fois.

Son visage est contusionné, son nez saigne, des bleus apparaissent sur tout son corps. L’extrême violence et le mépris d’Israël envers Gaza sont évidents pour tous les élèves.

Alors le directeur de l’école réprimande verbalement le jeune agresseur à chaque occasion mais ne lui inflige jamais de punition corporelle car son papa est le puissant maire de la Ville…

Une chance que ce genre d’injustice ne se produit pas dans le monde des adultes…

La valeur d’une vie selon l’armée américaine

Le 6 juillet 2008, un bombardement américain en Afghanistan causa la mort de 47 civils lors d’un rassemblement précédent une cérémonie de mariage, dont des femmes, des enfants et la mariée elle-même. Le fait fut avoué par le gouvernement américain même si au départ l’armée avait dénié être responsable.

Afin de réparer la faute, on a fait parvenir aux proches des victimes un montant de 2000 $US par mort et 1000$ pour ce qui est de chaque blessé.

Une bien piètre compensation qui vise à racheter une erreur opérationnelle qui n’aurait jamais dû avoir lieu.

Mais, ce qui est le plus abjecte et le plus incohérent, fut de fournir des dollars américains dans un pays dénué d’un réseau commercial et délaissé par les grandes entreprises de consommation en raison de la guerre qui sévit.

Que vont faire les familles de ces victimes avec cet argent? Certains diront que la valeur du dollar américain en Afghanistan est très élevée, et que ces dons constituent donc une compensation appréciable. Mais, où vont-elles les utilisés? Au Wal-Mart ou au Brick de Kaboul?  Ils seraient plus utiles, finalement, en tant que source de chauffage.

Ce geste traduit encore la mentalité des américains de tout solutionner avec l’argent ou en bombardant tout ce qui bouge. C’est trop compliqué, selon eux, de bâtir une infrastructure urbaine, des écoles ou des hôpitaux en Afghanistan et ils pensent tout régler avec des rétributions monétaires qui ne serviront en rien dans ce cas précis.

Les "Méchants" musulmans


Nous avons accepté (moi et ma conjointe) de donner la responsabilité de la garde de notre enfant (dans le cadre du programme des CPE) à une dame de confession musulmane, originaire du Maroc. Il s’agit bien sûr d’une garderie en milieu familial sous l’égide du gouvernement.

Néanmoins, on nous a reproché de l’avoir fait. Des reproches de certaines de nos connaissances, frôlant le racisme, en passant par la pédophilie, nous ont choqué au plus au point.

Soyons limpide : je n’ai pas de problème à confier la garde partielle de mon enfant à une personne musulmane. Pourquoi ces personnes seraient-elles inaptes à occuper ce genre de fonction? En raison de leur religion? De leur culture? De leur nationalité? Les qualités personnelles ne prévalent-elles pas dans cette situation?

Au contraire, je crois que cela sera un atout pour mon enfant. Le fait de côtoyer des individus issus d’une autre sphère culturelle lui sera sûrement bénéfique.

Mais la rhétorique occidentale nous informe que les musulmans sont méchants, des terroristes en puissance, tandis qu’en fait, la grande majorité ne sont que des gens ordinaires qui désirent vivre leurs vies sans nuire à quelqu’un d’autre.

L’extrémisme islamique est une aberration pour ces personnes tout autant pour le chrétien laïc face au fondamentalisme chrétien.