Wisconsin : la dictature de la liberté

Les événements du Wisconsin initiés par le programme d’austérité du jeune gouverneur républicain Scott Kevin Walker, en poste depuis seulement deux mois, constituent le premier jalon de la politique libertarienne du Tea Party.  Au grand plaisir des partisans du mouvement ultraconservateur, l’accession au pouvoir de l’un des leurs est une victoire inespérée et propulsera encore plus en avant leur dogmatisme ainsi que leur arrogance.

Ainsi donc, les diaboliques syndicats, ayant pris le contrôle de l’appareil de cet État du Middle West américain, sont mis en échec, malgré les protestations populaires réunissant, à plus d’une reprise, des centaines de milliers de personnes devant le Capitole du Wisconsin.  Pourtant, les syndicats ont déjà été passablement affaiblis depuis les trente dernières années et les leaders syndicaux du Wisconsin avaient déjà ouvert la porte à des compromis afin d’alléger le déficit de l’État. 

Mais que cela ne tienne.  Comme un éléphant entrant dans une boutique de porcelaine, on saccage tous les droits sociaux les plus élémentaires en usant de stratagèmes antidémocratiques frisant le despotisme. Cela donne aussi le ton que pourront employer les entreprises privées dans leurs pourparlers avec leurs salariés syndiqués.

Non seulement les républicains du Wisconsin ont empêché à des élus d’entrer dans la Chambre lors de l’adoption du contesté projet de loi, ils ont aussi fait fi des règles parlementaires au Sénat en contournant le quorum de l’assemblée par une entourloupette procédurale – 14 sénateurs démocrates ayant refusé de siéger à cette occasion.  On voit clairement ici que la démocratie passe bien loin derrière les velléités idéologiques des ultraconservateurs qui affichent donc comment ils régleront le cas de ceux qui osent s’opposer à leurs politiques.

Par ailleurs, toutes ces manœuvres autocratiques vont à contre sens de la pierre angulaire de l’idéologie des républicains du Tea Party : la liberté.  Ainsi donc, en bafouant le processus de négociation syndicale-patronale, ils contreviennent à la liberté d’association, un droit reconnu internationalement, ne laissant primer que les libertés individuelles afin de diviser pour mieux régner.  En reléguant l’individu comme seule entité morale capable de revendiquer la plénitude de ses droits, il le confine dans un coin en étant l’unique responsable de ses déboires ou de ses succès. 

La situation aurait été probablement moins explosive si le gouverneur Scott Walker avait réparti l’ensemble des coupures à une communauté plus large.  Ce qui n’a pas été le cas.  Un autre pan de son programme fut d’allégé les impôts sur les hauts revenus et d’abaisser la taxation aux entreprises –  la belle vieille rhétorique des républicains depuis les années Reagan stipulant que seuls les nantis peuvent créer de la richesse.  Une croyance qui a pourtant mené les États-Unis dans un criant état d’inégalité des revenus ayant généré la crise économique de grande ampleur qui perdure depuis 2008 par un taux d’endettement record.  De la pure pensée magique.  On préfère détrousser la classe moyenne pour satisfaire les envies des riches. 

La vague libertarienne commence à déferler sur une Amérique en désarroi économique. L’Ohio est la prochaine en liste. Elle visera à recroqueviller l’État sur lui-même, en sabrant dans les services et la fonction publique avec, comme effet, de laisser les individus seuls avec eux-mêmes et dépourvus de réseaux de protection sociale.  Autre conséquence : ces coupes sauvages auront tendance à faire vaciller la timide reprise économique car bien des personnes, dont les employés de l’État, perdront en pouvoir d’achat pour s’assurer des avantages sociaux de base (santé, assurance, pension) que le gouvernement ne leur fournira plus.

Trop de liberté, c’est comme pas assez.  En vérité, la liberté, sans l’égalité la soutenant, ne mène qu’à la dictature idiote de la liberté…

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication :  173 (universitaire)

La faillite des nations

Adam Smith avec sa Richesse des Nations peut se rhabiller.

Les dernières semaines ont remises en question ce que nous consacrions il n’y pas si longtemps comme des vérités économiques inaltérables : le concept d’un État minimal, de l’infaillibilité du marché et du libre-échange global. Au gré des déchéances actuelles du crédit bancaire, de la crise du subprime et des désastreuses chutes boursières, ces soi-disant sacro-saints paradigmes mordent la poussière.

Dans les deux dernières semaines, ce fut à Wall Street de subir un « Krach au ralenti » encore pire que celui de 1929 et vendredi dernier c’était au tour des bourses européennes et asiatiques de connaître une séance parmi les plus sombres de leurs histoires.

Et pour la première fois depuis le début de cette tourmente économique, une nation occidentale est au bord de la faillite.

L’Islande, un pays considéré comme un modèle de réussite économique depuis quelques années, est sur le point de déclarer banqueroute!

Dès les années 90 ce pays a procédé à une déréglementation massive de l’économie et à une privatisation des services publics s’étant résulté par une poussée temporaire de la croissance économique de l’Ile. Par ailleurs, le secteur financier islandais devint au cours des années le principal pilier de l’économie islandaise. En fait, la valeur de son système financier équivalait à huit fois le PIB national en 2007!

Alors comment expliquer cette déroute économique nationale?

C’est bien simple. Le gouvernement islandais s’est rabattu sur le libre-échange, le commerce financier international, la déréglementation touts azimuts et la vente de ses leviers économiques que constituaient les sociétés d’État tout en négligeant le développement de son infrastructure économique interne.

Pourtant, cette nation avait tout pour réussir, malgré son isolement relatif, dont un secteur industriel présent en énergie, en recherche biomédicale, en tourisme et en pharmaceutique contribuant à près du tiers de son PIB.

Il ne suffisait qu’une crise financière internationale pour acculer les banques islandaises et par ricochet l’ensemble de l’économie du pays au bord du gouffre. En fait, on a mit tous les œufs dans le même panier sans se soucier de diversifier davantage les activités économiques.

Les politiques néolibérales ont affaibli la santé économique de l’Islande, mais désormais l’État se doit de revenir sur ses positions en nationalisant la Landsbanki, la deuxième banque du pays, et il devra sans doute réévaluer la totalité de son idéologie non-interventionniste.

Quel sera la prochaine nation à tomber?  Vous vous en doutez.

Plus globalement, l’échec des théories fumeuses des génies néolibéraux se confirme avec les investissements d’urgence à coups de centaines de milliards des diverses banques centrales occidentales afin de maintenir à flot le système bancaire international et surtout avec les intentions du secrétaire au trésor américain Henry Paulson de porter le gouvernement fédéral acquéreur d’une portion des actions bancaires! Autrement dit, une socialisation partielle!

Les temps changent en Occident. La situation impose une intervention accrue des pouvoirs publics dans l’économie et une remise en question des préceptes dogmatiques du libéralisme économique. Les nombreuses délocalisations d’entreprises, les fermetures d’usines, le dépérissement entier de franches économiques autrefois prospères au nom du libre-échangisme international soulèvent aussi des interrogations.

Face à la dépression économique appréhendée, les nations s’éveilleront à la nouvelle donne économique et s’inspiront dans l’avenir d’une philosophie économique plus socialisante devant l’écroulement du capitalisme sauvage et le dépérissement de l’économie.

Les affairistes ont maintenant raté leur coup depuis leur prise du pouvoir dans les années 80 et nous devrions bientôt assister à un retour de balancier salutaire en faveur du bien collectif.

Voir aussi: La faillite des nations II et La pire crise économique depuis 1929

La pire crise économique depuis 1929

Le blogueur que je suis vous avait pourtant averti plusieurs fois de la dépression économique à venir et cela depuis plus d’un an (voir les liens ci-dessous).

En conséquence, on m’a décrié, on m’a insulté, on m’a traité d’oiseau de malheur et on a dit que je ne connaissais rien en économie car je ne suis qu’un minable petit gauchiste.

Mais la réalité rattrape les incrédules.

Voila aujourd’hui que plusieurs économistes vont dans le même sens en parlant de la pire crise économique depuis 1929 et ils entrevoient peu de développements positifs pour les prochaines années.

Nous en sommes rendus là.

L’économie occidentale et mondiale vient d’atteindre le fond du baril et ce ne sont pas les injections massives de milliards de dollars ou d’euros dans les institutions financières privées provenant des trésors publics ou les baisses des taux directeurs des banques centrales qui y changeront quelque chose.

Le système économique capitaliste est malade de sa propre inefficacité et de l’avarice de ses élites.

On a poussé trop loin la logique mercantile sans considération du facteur humain ou social tout en favorisant le crédit à l’extrême afin de soutenir une croissance déconnectée du monde réel qui ne profitait qu’à une infime minorité en absence d’une juste répartition des richesses.

L’Histoire se souviendra de cette année 2008 comme le début de la pire dépression économique du capitalisme et de l’avénement d’une nouvelle ère pour l’Humanité.

À lire encore et toujours:

Frénésie boursière et endettements massifs : un signe des temps ?

La Bourse: au bord du gouffre financier?

L’économie américaine au bord du gouffre

Une croissance à crédit

La globalisation économique en déclin

Économie américaine : le point de rupture à l’horizon?

Le cul-de-sac américain

Le cul-de-sac américain II: inflation, hausse du taux d’intérêt et subprime

Le public toujours à la rescousse du privé

Une crise économique salvatrice pour la planète?

Nouveau: La faillite des nations

Une crise économique salvatrice pour la planète?

La course du capitalisme mondial est effrénée. Comme une machine folle s’étant emballée, rien ne paraît pouvoir l’arrêter. La Chine et l’Inde embarquent dans la danse tandis que les richesses sont encore plus dilapidées, la terre polluée et que la surconsommation des uns fait contraste avec la pauvreté de plusieurs.

Comment stopper ou au moins mettre un frein à ce mouvement apparemment irréversible? Les États souverains ne peuvent s’y opposer et encore moins les groupes d’intérêts sociaux, humanitaires ou écologistes.

On en vient à souhaiter que ce système se saborde lui-même et jette par son inconsistance les fondements de sa propre chute.

La récession américaine à venir, la crise du crédit (subprime) et leurs répercussions sur le commerce et le système financier mondial pourraient éventuellement mener à une nouvelle grande dépression économique. La baisse de la demande du principal client des puissances économiques montantes en Orient n’épargnera pas ces dernières d’une baisse de leurs activités économiques.

Alors, pourquoi ne pas la désirer, cette crise? Cela forcerait les nations à opter pour de nouvelles méthodes d’allocation plus équitables des biens et des services, comme ce fut le cas dans les turbulentes années 30 du siècle dernier. On peut citer le New Deal aux États-Unis ou les politiques du Front Populaire en France.

On remettrait ainsi en question l’ordre économique mercantile mondialisé et favoriserait l’implantation d’une production locale et d’une consommation responsable moins axée sur la frivolité.

Les producteurs locaux seraient aussi avantagés car on ferait appel à leurs services au lieu d’importer de l’autre bout de la planète des produits dispendieux en coûts environnementaux et de transport.

De plus, cela est sans compter l’impact positif sur la préservation de l’écosystème et sur l’exploitation des ressources planétaires en conséquence d’une baisse de la consommation.

Il est vain de croire que la décroissance et la simplicité volontaire vont s’imposer par elles-mêmes sans un ébranlement de la structure économique actuelle. La situation économiquement difficile des futures années risque de réussir là où les bonnes intentions passées ont échoué.

L’Humain ne change pas par plaisir ou par grandeur d’âme, mais seulement lorsque le contexte l’impose.

Le cul-de-sac américain II: inflation, hausse du taux d’intérêt et subprime

Devant la poussée inflationniste dû à la hausse record du prix du baril de pétrole à 120,36 dollars en mai 2008,  la FED (banque centrale américaine) se trouve dans une position délicate.

En fait, depuis un an, on a abaissé substantiellement le taux d’intérêt directeur jusqu’à 2,25% en mars 2008 en espérant une reprise, mais il faudra revoir cette politique avec une inflation haussière annuelle de 4,3% en janvier 2008 (du jamais vu depuis 17 ans).

Normalement, devant la hausse de l’inflation, on augmente les taux d’intérêt afin de contrer l’envolée des prix, comme on l’a vécu dans les années 70 lors des premières crises pétrolières. On évite ainsi une hyperinflation désastreuse pour l’économie en contractant le crédit et la consommation.  

Mais, aujourd’hui, la donne est différente.  L’endettement des américains bat des records.

La déroute financière immobilière incarnée par le subprime a déjà étranglé monétairement plusieurs citoyens plus ou moins solvables et toute augmentation du taux les pousserait encore plus vers la banqueroute, entraînant avec eux plusieurs institutions de crédit déjà ébranlées par la crise.

De plus, majorer le taux directeur nuirait encore plus à la santé de la consommation et à l’équilibre du monde bancaire car plusieurs américains ont acheté à crédit des biens de consommation avec des fonds qu’ils ne possédaient pas.   Il faut aussi tenir compte des énormes dettes des entreprises commerciales.

En véritable oracle, le Wall Street Journal publiait, le 5 juillet 2000, les données suivantes sur l’endettement des Américains : ” le niveau d’endettement des ménages a augmenté de 60 % pour se situer à 6500 milliards. Plus de 160 milliards de dollars de prêts hypothécaires (soit 11 % du total) ont été accordés à des emprunteurs à risque, contre 40 milliards en 1993. Selon les analystes du marché hypothécaire, près d’un quart des nouvelles hypothèques sont contractées par des gens qui sont ” fauchés “. La quantité d’obligations pourries impayées s’élève à 529 milliards de dollars contre 173 milliards il y a dix ans. 5,4 % des entreprises américaines ayant contracté ce type de dettes ont été dans l’impossibilité de verser les intérêts au cours des douze derniers mois, le plus haut taux de défaut de paiements depuis 1992. En outre, environ 320 milliards de prêts de consortium ont été accordés à des sociétés ayant une faible notation de crédit contre 58 milliards en 1990. Le ménage américain moyen dispose de treize cartes de crédit, bancaires et non bancaires confondues. La dette des ménages atteint le record de 101 % par rapport au revenu, alors qu’elle était de 84 % en 1990. Elle est passée de 4100 milliards en 1993 à 6500 milliards au premier trimestre 2000, soit une augmentation de 59 %. La dette des entreprises représente aujourd’hui 46 % du PIB, le plus haut pourcentage jamais atteint. Quant aux entreprises financières, on sait que c’est cette catégorie de dette qui croît le plus rapidement : depuis 1993, elle a ainsi augmenté de 132 % “.

Nul doute que la situation est pire en 2008.

Quelle sera la ligne directrice de la FED?  Up or Down?

Elle se retrouve seule à tenir les reines de l’économie car le gouvernement fédéral est devenu impuissant parce qu’il ne peut investir afin de redémarrer la croissance ou déréglementer encore plus l’économie pour éveiller les forces du marché, comme je le citais dans Le cul-de-sac américain.

Ce dilemme doit donner de sérieux maux de tête à l’actuel président de la FED,  Monsieur Ben Bernanke.

Le cul-de-sac américain

La récession, voire la dépression économique, guette les États-unis d’Amérique (Voir: Économie américaine: le point de rupture à l’horizon?, Une dépression économique à venir?, Une croissance à crédit, L’économie américaine au bord du gouffre).

Comment sortir de cette impasse?

Dans les années 30 du siècle dernier, les autorités publiques avaient injecté des fonds dans l’économie par de grands projets et l’établissement de programmes sociaux, quitte à endetter le gouvernement, afin de relancer la croissance et mettre fin à la grande dépression.

Aussi, dans les années 70, dans lesquelles on assista à deux crises pétrolières qui se résultèrent par une inflation galopante et l’avènement de la stagflation ébranlant les fondements mêmes de l’économie par un chômage chronique ainsi qu’une élévation de la dette publique, on procéda à une déréglementation des marchés, à un retrait de l’État par la privatisation des entreprises gouvernementales et au sabordement des acquis de l’État Providence jugés trop coûteux.

Maintenant, l’une et l’autre de ces alternatives en politique économique paraissent inappropriées dans le climat désastreux de l’économie américaine alimenté par la crise du crédit et la hausse du coût du carburant.

Appliquer le keynésianisme accroisserait encore plus la dette publique qui frôle maintenant les 9 100 milliards de dollars.

Mettre encore plus en vigueur les principes néolibéraux inspirés du monétarisme de l’école de Chicago se voudrait difficilement applicable car on a déjà sabrer dans les budgets socio-économiques de l’État fédéral depuis 30 ans et déréglementer à fond l’économie, ce qui a mené d’ailleurs à des pertes majeures de contrôle comme la crise financière du subprime.

L’enlisement de la première puissance économique mondiale se concrétise de plus en plus. Le taux directeur de la FED actuellement à près de 2% et qui ne cesse de décroître (diminution de 5% à 2,25% de juillet 2007 à mars 2008 ) afin de stimuler l’économie américaine laisse présager de sombres lendemains.

Qu’arrivera-t-il lorsque ce taux atteindra 0,25% et qu’aucun levier de relance ne sera à la portée des autorités?

Lire la suite: Le cul-de-sac-américain II: inflation, hausse du taux d’intérêt et subprime

Le krach chinois


Marc Fiorentino, PDG d’Euroland Finance et spécialiste des marchés financiers, annonce l’effondrement de l’économie chinoise pour le deuxième trimestre de 2008.

Le développement trop rapide de la Chine et le manque d’infrastructures traduiraient un délabrement chronique de ce pays.  On a accéléré trop rapidement la machine sous la pression des investisseurs étrangers, clame-t-il, et la surproduction industrielle combinée aux emprunts des particuliers dans l’achat d’actions mèneraient à une situation de crise explosive rappelant le krach de 1929 en Occident.

Cet an de grâce 2008 serait une année noire pour les pays émergents qui ont profité de la croissance de la consommation dans les pays développés depuis 1990, mais le ralentissement économique qui se profile à l’horizon en conséquence de la crise du crédit et de la hausse du prix du pétrole frapperait de front des nations comme la Chine ou l’Inde.  Leurs marchés internes n’étant pas assez développés, leur dépendance envers l’exportation devenue vacillante en ferait des géants aux pieds d’argile.

Monsieur Fiorentino a souligné que la bourse de Shanghai a diminué de 15% à 20% depuis son plus haut niveau historique et que le krach chinois adviendrait avant la tenue des jeux olympiques en août 2008. 

À suivre…

Fêter comme si c’est 1929

Voici, en traduction libre, le texte d’opinion du columnist Paul Krugman du journal The New York Times concernant la crise financière qui frappe actuellement les États-Unis.

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 « Partying Like It’s 1929 (21 of march 2008,The NY Times) »

Si Ben Bernanke (président de la Fed), parvient à sauver le système financier de l’effondrement, il sera, à juste titre, loué pour ses efforts héroïques.

Mais ce que nous devrions poser comme question est la suivante: comment en sommes-nous arrivés là?

Pourquoi est-ce que le système financier a besoin d’être sauvé?

Pourquoi des économistes à la manière douce doivent devenir des super-héros?

La réponse, à un niveau fondamental, c’est que nous payons le prix de l’amnésie volontaire. Nous avons choisi d’oublier ce qui s’est passé dans les années 1930 – et ayant refusé d’apprendre de l’histoire, nous allons la répéter.

Contrairement à la croyance populaire, le krach boursier de 1929 n’a pas été le moment déterminant de la Grande Dépression. Ce qui a transformé une simple récession en un danger pour la civilisation a été la vague de retraits massifs bancaires qui a balayé l’Amérique en 1930 et 1931.

Cette crise bancaire des années 1930 a montré que non réglementés, sans supervision, les marchés financiers peuvent trop facilement subir une défaillance catastrophique.

Avec les décennies qui se sont écoulées, la leçon a été oubliée – et maintenant nous devons réapprendre, à la dure.

Pour appréhender le problème, vous devez comprendre ce que les banques font.

Les banques existent parce qu’elles permettent de concilier les désirs des épargnants et des emprunteurs. Les épargnants veulent la liberté – l’accès à leur argent sans préavis. Les emprunteurs veulent un engagement: ils ne veulent pas risquer d’être confrontés à des demandes subites de remboursement.

Normalement, les banques satisfassent à la fois deux désirs: les épargnants ont accès à leurs fonds quand ils le veulent, mais la plupart de l’argent placé dans une banque est utilisé pour faire des prêts à long terme. La raison que cela fonctionne est que les retraits sont généralement plus ou moins compensés par de nouveaux dépôts, de sorte que la banque n’a besoin que d’une modeste réserve de trésorerie afin de tenir ses promesses.

Mais parfois – souvent basé sur rien d’autre qu’une rumeur – les banques font face à des retraits massifs, car de nombreuses personnes tentent de retirer leur argent en même temps. Une banque qui est confrontée à un retrait massif par les déposants, manquant de liquidités pour répondre aux exigences, peut faire faillite même si la rumeur est fausse.

Pire encore, les retraits massifs d’une banque peuvent être contagieux. Si les épargnants d’une banque perdent leur argent, les déposants d’autres banques sont susceptibles de devenir nerveux, eux aussi, et cela déclenche une réaction en chaîne. Et il peut y avoir des effets économiques d’ensemble: comme les banques survivantes tentent de soulever des fonds par le paiement des emprunts, il peut y avoir un cercle vicieux dans lequel les banques vont provoquer un « crunch » du crédit en conséquence de plus de retraits massifs, ce qui conduit à plus de faillites d’affaires et de difficultés financières pour les Banques, et ainsi de suite.

Voilà, en bref, ce qui s’est passé en 1930-1931, ce qui a fait de la Grande Dépression la catastrophe qu’elle fut. Donc, le Congrès a essayé de faire en sorte qu’elle ne se reproduise jamais, en créant un système de réglementations et de garanties qui a fourni un filet de sécurité pour le système financier.

Et nous avons tous vécu avec bonheur pendant un moment – mais pas pour toujours.

Wall Street a usé de réglementations qui limitent les risques, mais qui ont limité également les bénéfices potentiels. Et peu à peu, les règles ont été atténuées- en partie en persuadant les hommes politiques d’assouplir les règles, mais surtout par la création d’un «système bancaire de l’ombre » qui s’est fondé sur des arrangements financiers complexes pour contourner la réglementation visant à assurer que la banque était en sécurité.

Par exemple, dans l’ancien système, les épargnants ont inscrits, dans les caisses d’épargne,  des dépôts assurés strictement réglementés et les banques ont utilisé cet argent pour faire des prêts au logement. Avec le temps, cependant, cela a été en partie remplacé par un système dans lequel les épargnants plaçaient leur argent dans des fonds qui ont servi à acheter des placements commerciaux prétendus prometteurs par le biais de véhicules de placement qui ont à leur tour achetés les obligations consolidées de la dette créées à partir des prêts hypothécaires sécurisés– sans régulateur en vue.

Au fil des ans, le système bancaire « camouflé » a pris de plus en plus de contrôle sur l’activité bancaire, parce que ces joueurs non réglementés de ce système semblaient offrir de meilleures offres que les banques classiques. En attendant, ceux qui s’inquiétaient du fait que ce brave nouveau monde de la finance n’a pas de filet de sécurité ont été rejetés car qualifiés de désespérément vieillots.

Dans les faits, cependant, nous avons fêté comme en 1929 – et maintenant, c’est 1930.

La crise financière en cours est essentiellement une version à jour de la vague de faillites bancaires qui ont balayé le pays il y a trois générations. Les gens ne sortent pas leur argent des banques pour le mettre dans leurs matelas – mais ils font l’équivalent moderne, tirant leur argent à l’ombre du système bancaire afin de le transfromer en bons du Trésor. Et le résultat, maintenant comme alors, c’est un cercle vicieux de contraction financière.

M. Bernanke et ses collègues de la Fed font tout ce qu’ils peuvent pour mettre fin à ce cercle vicieux. Nous ne pouvons qu’espérer qu’ils réussissent. Sinon, les prochaines années seront très désagréables – pas de nouvelle Grande Dépression, espérons-le, mais sûrement la pire crise que nous avons vu depuis des décennies.

Même si M. Bernanke réussit, cependant, ce n’est pas une façon de gérer l’économie. Il est temps de réapprendre les leçons des années 1930, et obtenir le retour d’un système financier sous contrôle.

 Paul Krugman, le 21 mars 2008

Source: http://www.nytimes.com/2008/03/21/opinion/21krugman.html?_r=1&hp&oref=slogin

 Voir aussi: Frénésie boursière et endettements massifs : un signe des temps ?

Économie américaine : le point de rupture à l’horizon?

Un vent de panique s’est installé de l’autre coté de la frontière.  La baisse de 0.75% du taux directeur de la FED traduit une inquiétude face à la santé de l’économie américaine. 

Dans le passé, l’injection de fonds publics dans l’activité économique par l’entremise de grands projets, les baisses d’impôts et la réduction des taux d’intérêts ont permis de sortir de la plupart des crises et récessions.
Mais aujourd’hui, ces anciens remèdes pourront difficilement s’appliquer. La crise du subprime, l’endettement généralisé des consommateurs et la dette intérieure astronomique du gouvernement fédéral ont acculé les États-Unis au pied du mur et une voie de sortie est de plus en plus inaccessible. 

Il ne serait pas surprenant de voir redescendre le taux directeur à 1%, comme cela a été le cas il y a quelques années, qui réduirait encore plus la marge de manœuvre du gouvernement américain.  De plus, il faut compter l’écart dans la répartition de la richesse qui s’est aggravé depuis 10 ans et qui rend inopérante toute baisse d’impôt ponctuelle.   

L’interdépendance économique planétaire se remettrait mal d’un embourbement de l’économie américaine.  En exemple, la Chine perdrait l’un de ses gros clients et s’enfoncerait elle aussi dans le marasme. 

Le capitalisme néolibéral a abattu pratiquement toutes les barrières au développement du commerce et de l’industrie en imposant une déréglementation des marchés et l’intégration des diverses économies nationales.  Et c’est peut-être ce qui causera sa perte, car maintenant, il ne possède que peu de leviers économiques afin de relancer la croissance.

AJOUT AU 30 JANVIER 2008: La banque centrale américaine abaisse son taux directeur d’un demi pourcent.  Il est maintenant à 3%. Quand ça va mal…. 

AJOUT AU 31 JANVIER 2008: Les pertes d’emplois aux États-Unis dépassent les créations d’emplois pour la première fois depuis 2002.

Une dépression économique à venir?

NOUVEAU! LA PIRE CRISE ÉCONOMIQUE DEPUIS 1929

La chute récente des marchés boursiers sur l’ensemble de la planète laisse craindre le pire.

Voici en rappel quatre billets de 2007 qui évoquaient la triste éventualité d’une crise économique mondiale majeure:

Une croissance à credit

L’économie américaine au bord du gouffre

La bourse au bord du gouffre financier

Frénésie boursière et endettements massifs

Bonne lecture!