Police à vendre

Par ces temps difficiles, le Service de police de la ville de Montréal (SPVM) cherche de nouvelles sources de financement.  La métropole n’ayant plus d’argent,  la direction de la ville se tourne vers ceux qui en possèdent : le secteur privé.

Ainsi, on propose la nouvelle formule : rent-a-cop.

Le directeur adjoint du SPVM, Mario Gisondi,  l’affirme d’emblée : « ma vision ultime, c’est que le service de police s’autofinance ».

C’est d’une aberration sans borne.

D’accord pour un financement hors du champ de la taxation municipale.  Remettre des contraventions pour infractions au code de la route afin d’arrondir les fins de mois d’un service de police est une chose, mais vendre au plus offrant les services des policiers en est une autre.

La bêtise a atteint son paroxysme lorsque le directeur du SPVM lui-même, Yvan Delorme, a demandé à ses policiers d’être créatifs et de repérer les opportunités d’affaires!!!

On pourrait l’entendre dire : « En passant les gars (et les filles), entre deux arrestations, faites du porte à porte chez les riches commerçants de la municipalité ».

Et les citoyens ordinaires dans tout ça?  Jouiront-ils de la même protection civile? Devront-ils donner un petit pourboire aux agents de leur secteur afin de s’assurer de leur assistance?

De plus, les policiers pourront-ils garantir la sécurité du public dans leur nouvelle fonction de représentant de commerce? Et auront-ils tendance à accourir chez leurs clients-commerçants et à trainer les pieds chez le petit citoyen qui ne gratifie pas le service de quelques dollars?

Aussi, l’indépendance et l’intégrité de la police ne seraient-elles pas mises en péril avec une telle manœuvre ?  Un service de police n’aurait-il pas avantage à ignorer un crime commis par une compagnie ou par l’un de ses employés si une inculpation se traduisait par une coupure subséquente de l’aide financière privée provenant de cette entreprise?

Allons plus loin.  Ne serait-ce que la première étape de l’instauration de milices privées dont chaque grande entreprise se munirait afin de lutter contre la criminalité qui l’assaille avec tous les problèmes éthiques que cela comporte?

Devant les crises budgétaires qui touchent la plupart des gouvernements occidentaux, cette alternative peut s’avérer alléchante pour les États face à la criminalité croissante.

Mais la police est un service public et se doit de demeurer ainsi.  Le privé est subordonné à l’État de droit et il ne peut s’ingérer, financièrement ou autrement, dans l’action policière au risque de la corrompre et de la vendre aux intérêts particuliers.

Les compagnies désirent plus de protection policière afin de préserver leurs biens et bénéfices ?  Qu’elles acquiescent alors à payer un peu plus d’impôt afin de dégager des argents qui seront destinés à cette fin sans ingérence ou pression monétaire de leur part comme on pourrait le connaître si ce projet est adopté.

Le privé dans la police : un dangereux précédent

On apprenait mardi dernier que des discussions étaient encours entre l’Association des banquiers du Canada et le Service de police de la ville de Montréal (SPVM) afin de créer une escouade d’enquête spéciale sur les fraudes bancaires qui serait entièrement financée par les institutions financières. 

En toile de fond, il y a l’augmentation des fréquences de clonage de cartes de débit dont les opérations frauduleuses auraient presque triplées depuis 2003.  En fait, en 2007, cela aurait coûté 107 millions de dollars aux banques.

Si une telle entente est conclue, ce serait la première fois au Québec que des entreprises privées subventionneraient des forces d’ordre public.  Pour l’instant, ce financement s’arrêterait au domaine financier, mais cela n’ouvrirait-il pas la porte à d’autres contributions financières du privé dans l’exercice du maintient de la loi des services de police ?

On pourrait imaginer, dans l’avenir, que n’importe quelle compagnie de n’importe quel secteur d’activité finance la police locale afin de protéger ses intérêts.

L’indépendance et l’intégrité de la police ne seraient-elles pas mises en péril avec de telles manœuvres ?  Un service de police n’aurait-il pas tendance à ignorer un crime commis par une compagnie ou par l’un de ses employés si une inculpation se traduisait par une coupure subséquente de l’aide financière privé provenant de cette entreprise?  Par exemple, une compagnie dont un salarié est arrêté pour fraude dans le sein de l’organisation nuirait à son image et elle essaierait probablement de cacher l’incident à tout prix.

Allons plus loin.  Ne serait-ce que la première étape de l’instauration de milices privées dont chaque grande entreprise se munirait afin de lutter contre la criminalité qui l’assaille avec tous les problèmes éthiques que cela comporte?    

Devant les crises budgétaires qui touchent la plupart des gouvernements occidentaux, cette alternative peut s’avérer alléchante pour les États face à la criminalité croissante.

La police est un service public et se doit de demeurer ainsi.  Le privé est subordonné à l’État de droit et il ne peut s’ingérer, financièrement ou autrement, dans l’action policière au risque de la corrompre et de la vendre aux intérêts particuliers.

Les compagnies désirent plus de protection policière afin de préserver leurs bénéfices ?  Qu’elles acquiescent alors à payer un peu plus d’impôt afin de dégager des argents qui seront destinés à cette fin sans ingérence ou pression monétaire de leur part comme on pourrait le connaître si cet accord est adopté.