Wisconsin : la dictature de la liberté

Les événements du Wisconsin initiés par le programme d’austérité du jeune gouverneur républicain Scott Kevin Walker, en poste depuis seulement deux mois, constituent le premier jalon de la politique libertarienne du Tea Party.  Au grand plaisir des partisans du mouvement ultraconservateur, l’accession au pouvoir de l’un des leurs est une victoire inespérée et propulsera encore plus en avant leur dogmatisme ainsi que leur arrogance.

Ainsi donc, les diaboliques syndicats, ayant pris le contrôle de l’appareil de cet État du Middle West américain, sont mis en échec, malgré les protestations populaires réunissant, à plus d’une reprise, des centaines de milliers de personnes devant le Capitole du Wisconsin.  Pourtant, les syndicats ont déjà été passablement affaiblis depuis les trente dernières années et les leaders syndicaux du Wisconsin avaient déjà ouvert la porte à des compromis afin d’alléger le déficit de l’État. 

Mais que cela ne tienne.  Comme un éléphant entrant dans une boutique de porcelaine, on saccage tous les droits sociaux les plus élémentaires en usant de stratagèmes antidémocratiques frisant le despotisme. Cela donne aussi le ton que pourront employer les entreprises privées dans leurs pourparlers avec leurs salariés syndiqués.

Non seulement les républicains du Wisconsin ont empêché à des élus d’entrer dans la Chambre lors de l’adoption du contesté projet de loi, ils ont aussi fait fi des règles parlementaires au Sénat en contournant le quorum de l’assemblée par une entourloupette procédurale – 14 sénateurs démocrates ayant refusé de siéger à cette occasion.  On voit clairement ici que la démocratie passe bien loin derrière les velléités idéologiques des ultraconservateurs qui affichent donc comment ils régleront le cas de ceux qui osent s’opposer à leurs politiques.

Par ailleurs, toutes ces manœuvres autocratiques vont à contre sens de la pierre angulaire de l’idéologie des républicains du Tea Party : la liberté.  Ainsi donc, en bafouant le processus de négociation syndicale-patronale, ils contreviennent à la liberté d’association, un droit reconnu internationalement, ne laissant primer que les libertés individuelles afin de diviser pour mieux régner.  En reléguant l’individu comme seule entité morale capable de revendiquer la plénitude de ses droits, il le confine dans un coin en étant l’unique responsable de ses déboires ou de ses succès. 

La situation aurait été probablement moins explosive si le gouverneur Scott Walker avait réparti l’ensemble des coupures à une communauté plus large.  Ce qui n’a pas été le cas.  Un autre pan de son programme fut d’allégé les impôts sur les hauts revenus et d’abaisser la taxation aux entreprises –  la belle vieille rhétorique des républicains depuis les années Reagan stipulant que seuls les nantis peuvent créer de la richesse.  Une croyance qui a pourtant mené les États-Unis dans un criant état d’inégalité des revenus ayant généré la crise économique de grande ampleur qui perdure depuis 2008 par un taux d’endettement record.  De la pure pensée magique.  On préfère détrousser la classe moyenne pour satisfaire les envies des riches. 

La vague libertarienne commence à déferler sur une Amérique en désarroi économique. L’Ohio est la prochaine en liste. Elle visera à recroqueviller l’État sur lui-même, en sabrant dans les services et la fonction publique avec, comme effet, de laisser les individus seuls avec eux-mêmes et dépourvus de réseaux de protection sociale.  Autre conséquence : ces coupes sauvages auront tendance à faire vaciller la timide reprise économique car bien des personnes, dont les employés de l’État, perdront en pouvoir d’achat pour s’assurer des avantages sociaux de base (santé, assurance, pension) que le gouvernement ne leur fournira plus.

Trop de liberté, c’est comme pas assez.  En vérité, la liberté, sans l’égalité la soutenant, ne mène qu’à la dictature idiote de la liberté…

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication :  173 (universitaire)

La droite xénophobe

Une tendance inquiétante balaie la droite politique dans le monde occidental.

De l’Europe à l’Amérique du nord, l’ancienne droite libérale multiculturaliste cède la place à une droite conservatrice réactionnaire et xénophobe.

Les représentants du pouvoir exécutif des trois grandes nations européennes, tous conservateurs, tournent le dos à l’intégration des immigrants qu’ils qualifient comme étant un échec: le président de la France, Nicolas Sarkozy; la chancelière allemande, Angela Merkel; le premier ministre britannique, David Cameron.  À ce stade, il n’y a qu’un pas à franchir pour parler de xénophobie, voire de racisme.

De plus, en Suède, un parti d’extrême droite a réussi à faire élire des députés au parlement tandis qu’en Hongrie, un régime fasciste contrôle le pays d’une main de fer.

Et, en Amérique du nord, le Tea Party de Sarah Palin, mouvement politique ultraconservateur, accusé de racisme, prend de l’ampleur en dénigrant fanatiquement le premier président américain noir de l’Histoire, Barack Obama.

Lentement, mais sûrement, l’Occident s’éloigne des principes démocratiques et d’ouverture sur les autres cultures de la planète tandis que le monde musulman s’éveille aux principes du libéralisme politique, pourtant issu de la sphère occidental, dans sa propre Renaissance en pleine ébullition, notamment en Libye, Tunisie et en Égypte.

Une situation plus que paradoxale.

D’un coté, un glissement vers l’extrême droite est en train de s’opérer dans les sociétés occidentales et de l’autre, les pays musulmans, qui s’ouvrent à la démocratie et à l’éveil des libertés individuelles, dont celles des femmes.

Par ailleurs, sociologiquement, le paradoxe est encore plus prononcé.  Une jeune population musulmane aspirant à plus de liberté et de justice s’oppose à une communauté vieillissante en Occident cherchant à protéger à tout prix ses prérogatives et ses paradigmes culturels face à une immigration étrangère en progression, beaucoup composée de personnes de confession musulmane.

Cependant, on peut se questionner sur les véritables motifs de cette montée de l’extrême droite en Occident.  Le multiculturalisme a connu bien des heurts, exacerbés par les médias aux penchants sensationnalistes, mais, globalement, on ne peut parler implicitement de fiasco.  Sans compter que les nations occidentales ont besoin d’immigrants pour contrer l’implosion de ses populations générée par leur déficit de régénération démographique.

Mais, surtout, les motivations de la droite conservatrice doivent être mises en examen.

En propageant la crainte de l’étranger à la nation ou d’une immigration menaçante et agressive contre les caractéristiques culturelles de l’Occident via la propagande des conglomérats médiatiques privés souvent sous son contrôle idéologique, la nouvelle droite xénophobe espère susciter la peur afin de maintenir sa mainmise sur le pouvoir politique et même de l’accentuer encore plus.

C’est pourtant vieux comme le monde.  Adolf Hitler a déjà usé du même stratagème dans le but d’obtenir l’autocratie totale en échafaudant l’incident de l’incendie du Reichstag tout en rejetant sa paternité sur la communauté juive après avoir monté son peuple contre elle…

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication :  191 (initié)

Tucson : pas morts en vain

Il y a des événements dans l’actualité qui changent la course de l’Histoire.

La tuerie de Tucson en Arizona, perpétrée par Jared Lee Loughner, quoi que malheureuse par ses victimes innocentes, dont la représentante démocrate Gabrielle Giffords gisant sur un lit d’hôpital, peut éventuellement et contre tout attente débouchée sur un aspect positif.

Dans ces moments de stupeur et de tristesse devant le drame humain et l’inconséquence du geste meurtrier commis, le contexte est propice à une remise en question et à des changements de paradigmes importants dans la société américaine.

En effet, cet incident lugubre a permis de découvrir, pas son allocution, la grandeur d’un président, Barack Obama, hautement contesté par une puissante droite idéologique, appuyée par des médias colossaux comme le réseau Fox, n’hésitant pas à appeler aux armes pour renverser l’administration en place.

Aussi, il a dévoilé l’inconsistance d’une Sarah Palin, oracle du néoconservatisme, et l’irresponsabilité des ténors du Tea Party évoquant l’utilisation de la violence dans le débat politique.

De plus, cela donne des munitions aux opposants du trop libre accès à l’armement aux États-Unis, ce fer de lance de la droite républicaine.  Nul ne peut prévoir les agissements d’un individu dérangé lorsqu’il saisit une arme à feu dans ses mains, malgré la constitution américaine qui permet à tout américain de posséder une arme pour lutter contre la tyrannie.  Ce qui n’est sensiblement pas le cas ici.

Ainsi, le pendule devrait retourner dans l’autre direction et recentrer la politique américaine vers la modération et le bon sens.

Comme un papillon battant des ailes et créant une tempête à l’autre bout du monde, cette tragédie pourrait avoir des conséquences ultérieures dans les vents orageux de l’Histoire.

Ce serait, en fait, le seul moyen d’honorer la mémoire des victimes de Tucson et de s’assurer que leurs morts ne soient pas vaines.

Tea Party : un masochisme à l’américaine

La popularité montante du Tea Party aux États-Unis a permis récemment aux candidats de ce mouvement politique ultraconservateur de ravir les primaires républicaines aux Delaware, New Hampshire et dans l’État de New York.

Cette ascension qui se veut une réaction aux politiques keynésiennes du président Barack Obama puise sa force dans l’endettement public ainsi que le mécontentement suscité par la chancelante reprise n’ayant pas encore apportée une diminution du taux de chômage officiel qui voisine le 10% tandis que le taux réel est de 16%.

Pour les Tea Partyers, avec Glen Beck et Sarah Palin en figures de proue, l’État doit être réduit au minimum et il demeure vain de soutenir une économie ébranlée par l’une des pires crises de l’Histoire – ironique lorsque l’on sait que ce sont des républicains près des idéaux du Tea Party qui ont surendetté l’État fédéral et ont jeté les bases de la débandade économique actuelle.

Ces partisans du « moins d’État » dénoncent les onéreux programmes de stimulation économique d’Obama, mais oublient que la vaste majorité de l’endettement public américain est l’héritage des administrations républicaines Reagan, Bush père et fils comme nous pouvons le constater sur le graphique ci-contre.  Comparativement, il est à noter que le poids de la dette a été stoppé et même amoindri sous le président démocrate Bill Clinton.

De surcroît, la déréglementation du secteur banco-financier et de l’économie, encore l’œuvre de ces mêmes présidents républicains, est la cause directe de la présente crise économique.

Ainsi, les prétentions et politiques de ce succédané du Parti Républicain frôlent le masochisme.

Il propose aux américains les mêmes recettes ayant déjà démontré leur inefficacité comme s’ils n’avaient pas déjà payé assez cher l’expérience désastreuse de l’application de ces dogmes socio-économiques.

Et comment les américains peuvent-ils encore tomber pour ce genre de fadaises quand les prédécesseurs idéologiques du Tea Party – les dernières gouvernances républicaines – ont aussi brandi de pareils préceptes tout en chargeant par la suite le pays d’un passif budgétaire désastreux – contrairement à leur idéologie anti-État – que les générations futures devront payer?

Appuyé par de grandes corporations conservatrices telles que Verizon, AT & T, Philip Morris ainsi que des milliardaires du pétrole comme les frères Koch et moussé par la propagande des réseaux médiatiques de droite comme Fox, le Tea Party prend racine dans un terreau fertile caractérisé par des exacerbations du sans-emploi et reçoit en conséquence de plus en plus d’appuis chez les électeurs déboussolés malgré le bon sens et les vérités historiques.

Sarah Palin : future présidente des États-Unis?

La gouverneure de l’Alaska annonce sa démission du poste de chef de l’exécutif de son état. Le 26 juillet, elle passera les rênes du pouvoir à son lieutenant-gouverneur.

Malgré sa défaite aux dernières présidentielles américaines en tant que colistière de John McCain, madame Palin demeure l’une des meilleurs prospects possibles du Parti Républicain pour lutter contre Barack Obama à l’élection de 2012.

Ce serait d’ailleurs pour préparer sa campagne présidentielle qu’elle quitterait la gouvernance de l’Alaska.

On constate bien ici que les républicains se débattent comme des diables dans l’eau bénite afin de se relever de la débandade qu’ils connaissent d’un océan à l’autre des États-Unis.

Les candidats à la présidence ne doivent pas faire la queue devant les bureaux du Parti Républicain et ce dernier semble désespérément prêt à accepter n’importe qui avec un semblant de notoriété pour porter son flambeau.

La déconnection des républicains avec la réalité est de plus en plus évidente.

Après avoir souligné vivement leur opposition au programme de relance économique d’Obama, ils s’apprêteraient à choisir comme leader une femme qui fut la risée de la planète par sa bêtise et son manque de connaissance du monde. De plus, sa récente déclaration qu’Obama mène l’Amérique vers le socialisme n’a rien pour bonifier le peu de crédibilité qu’elle possède.

Il faut dire que la venue de Sarah Palin à la tète des républicains constituerait la suite logique du règne de G.W. Bush. Tant qu’à promouvoir des ignares sans culture, le Parti Républicain irait encore plus dans la même lignée avec madame Palin.

Mais quelle expérience possède Sarah Palin pour oser prétendre à la présidence? Sa fonction de gouverneure de l’Alaska?

Pas du tout.

N’importe quel imbécile peut gérer un état qui engrange des surplus faramineux en raison de sa faible population et de ses ristournes pétrolières. En fait, l’état de l’Alaska est tellement riche qu’il octroie des allocations universelles à tous ses habitants.

Mais la donne a changé récemment. La crise économique ainsi que la demande baissière de pétrole à travers le monde ont miné la prospérité de l’Alaska. Le nombre de sans-emplois a cru de 27% depuis un an et le taux de chômage a bondi de 6.8% à 8.4% depuis décembre 2008.

Le plus inquiétant est que la gouverneure quitte le navire de son état en pleine crise économique même s’il restait encore 18 mois à son mandat.

Elle a déclaré d’ailleurs : « Cela me fait mal de faire ce choix mais je fais ce qu’il y a de mieux pour l’Alaska« .  Que voulait-elle dire?  Quelle est trop incompétente pour gérer une situation économique difficile?

Je vous le demande : les États-Unis ont-ils besoin de ce genre de politiciens qui tirent leur révérence lorsque les choses tournent au pire?

Ceci en dit long sur l’implication sociale et l’engagement public de Sarah Palin.