Le triste héritage d’Alcan au Saguenay


En visite au Saguenay, on ne peut qu’être émerveillé devant la beauté des forêts et la majesté de la rivière. Un royaume naturel que l’on croirait à l’abri de la pollution. Mais la réalité est toute autre. La multinationale Alcan établie à Jonquière (Arvida) en 1926 a pollué sans restriction la vallée du Saguenay pendant des décennies avant l’établissement de normes environnementales plus strictes dans les années 80. Dans un passé pas si lointain, des épisodes de smog intense ont déferlés sur cette région imprégnant l’air d’une odeur nauséabonde et de poussières salissantes.

Les habitants du Saguenay ont une incidence plus grande de cas de cancers que dans les autres populations du Québec : cancers de la vessie, des poumons, du foie, de la prostate, etc. On a même découvert des traces de polluants industriels dans les organes des bélugas du St-Laurent échoués sur les berges. Aussi, les probabilités de cancer de la vessie chez ces animaux furent estimées à 20%, soit un taux 10 fois supérieur à la normale.

Les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) furent les principaux déchets polluants rejetés par les cheminées de l’usine et les déversements toxiques dans la rivière. Une étude a démontré que la concentration des HAP serait plus prononcée à Jonquière qu’à Montréal ! C’est aussi le cas de Shawinigan où l’on retrouve une aluminerie. Le responsable: le procédé Sodenberg avec ses bains d’électrolytes qui dégagent de nombreux produits chimiques dans l’air. Heureusement, en 2004, on a arrêté définitivement la production dans ces salles de cuves pour se concentrer uniquement sur une technique moins polluante, appelée la précuite.

Bien qu’Alcan ait reçu des prix ces dernières années à propos de ses politiques de santé, sécurité et de protection de l’environnement, notamment dans son usine moderne d’Alma, le mal est déjà fait. Les plusieurs dizaines d’années d’exploitation intensive de l’usine de Jonquière en l’absence de la moindre préoccupation environnementale ne peuvent s’effacer d’un claquement de doigt. Les écosystèmes de la région en resteront marquer pour très longtemps.

Mais le véritable drame est vécu par les anciens travailleurs de l’aluminerie de Jonquière. Conditions de travail insécuritaires et exposition quotidienne à des produits cancérigènes furent le triste lot des ouvriers de l’endroit.

L’apparition de cancers est de 5 à 10 fois supérieur chez ce groupe que dans le reste de la population. En fait, 70 ex-ouvriers des salles de cuves Sodenberg ont été atteints du cancer de la vessie. Il y a aussi des exemples de troubles cardiaques, de pontages et de cancers multiples.

Par ailleurs, plusieurs malades n’ont pas reçu d’indemnisation car Alcan conteste l’assurabilité d’un certain type de cancer. Le cancer du poumon est fréquemment associé à celui de la vessie que l’on détecte chez les anciens travailleurs des salles de cuves. L’aluminerie soutient que la cigarette en est responsable car la grande majorité des employés d’Alcan étaient des fumeurs. La cause sera bientôt entendue en cour de justice.

Par contre, les choses se sont améliorées depuis 15 ans en ce qui a trait à la santé des travailleurs suite aux amendes salées que la CSST délivrait à la compagnie.

En somme, c’est un lourd prix écologique et humain que paie la région du Saguenay pour son développement économique passé et présent. En outre, il existe une réticence à soulever les problèmes de pollution car on ne veut pas déplaire à l’Alcan qui est le véritable pilier économique de la région.

Maintenant, on parle d’un nouveau projet pilote d’usine de 4e génération de production de l’aluminium. Cependant, on laisse entendre que cette nouvelle technologie AP50 générerait un champ magnétique en raison de l’utilisation d’un volume d’électricité de 50 000 ampères. Le Syndicat promet d’étudier de près le dossier afin de s’assurer de la santé des travailleurs et de la population. En effet, des études européennes et canadiennes semblent démontrer la fréquence élevée de leucémie chez les habitations situées près des grandes lignes électriques qui produisent aussi des champs magnétiques.

La compagnie Alcan crie sur les toits son virage vert : « Tout est lié à la planète » clame-t-elle. Mais, en avril 2007, elle a déversé dans le Saguenay une grande quantité d’une substance rouge qui a coloré l’eau de la rivière de Chicoutimi jusqu’à LaBaie. Alcan affirme que ces produits ne sont pas toxiques et qu’elle prend soin de l’environnement. On aimerait la croire.

Une inconsistance syndicale en environnement


Cet article a paru le 18 septembre 2007 dans le journal « Le Quotidien » (Saguenay) sous le titre « La FTQ s’allie aux forestières »

La dernière action d’éclat de Greenpeace au port de Saguenay a suscité bien des réactions. On s’attendait à une pluie de réprimandes de la part du maire de Saguenay, le populiste de droite Jean Tremblay ou du président du Conseil de l’industrie forestière du Québec, Guy Chevrette, mais la déclaration de Jean-Marc Crevier, représentant régional de la Fédération des Travailleurs du Québec (FTQ) laisse perplexe.

On peut affirmer que Greenpeace s’appuie parfois sur de fausses prémisses, ce qui reste à démontrer, mais elle a entièrement raison concernant l’exploitation abusive de la forêt boréale québécoise. L’industrie forestière coupe près de 300 000 hectares par année et, selon le rapport Coulombe en 2004, il ne reste que 15% de la forêt boréale intacte.

Alors pourquoi une telle sortie de monsieur Crevier face à Greenpeace, qui tente, après tout, d’alerter la population sur une crise environnementale majeure. Il évoque que des syndiqués pourraient perdre leurs emplois, et alors? Il est préférable qu’ils perdent leurs emplois que la richesse naturelle forestière qui est pourtant la leur et celle de toute la population québécoise.

Il affirme aussi que Greenpeace est déphasée, car elle se fierait sur des faits qui datent de 15 ou 20 ans selon lui. Soyons clair : un arbre résineux prend des décennies avant d’atteindre sa maturité. Ce n’est pas en 15 ou 20 ans qu’une forêt arrive à un stade d’exploitation. Est-ce à dire que les compagnies forestières coupent des arbres immatures depuis tout ce temps?

L’attitude de ce représentant de la FTQ démontre une vision à court terme. Elle tente de retarder un futur qui est déjà à nos portes. On ne peut exploiter une forêt intensivement et lui permettre de se régénérer avec le mode d’exploitation systématique que pratique les papetières assoiffées de profits. C’est aussi du petit syndicalisme qui oublie l’intérêt de l’ensemble de la société à l’avantage d’un petit groupe. On se serait attendu à un peu plus de responsabilité sociale et de pensée progressiste de la part d’une organisation syndicale. Les syndicats ont souvent été des précurseurs en matière sociale et environnementale, mais on voit cette fois-ci de quel coté penche la FTQ.