Un investissement perdant

La décision de la Caisse de dépôt et placement du Québec d’investir davantage (à hauteur de 16,7 milliards en 2016) dans les énergies fossiles, le secteur gazier, le pétrole des sables bitumineux et les pipelines fut plutôt à courte vue et insensée.

Cette stratégie financière de la Caisse contrevient à l’esprit de la politique environnementale de la province voulant s’attaquer aux gaz à effet de serre et hisser le Québec au niveau de champion de la lutte aux changements climatiques sur le continent.

Il s’agit aussi d’un placement à court terme qui se met en porte à faux avec le but ultime de l’investisseur institutionnel qui cherche à maximiser les rentes de retraite des Québécois. À quoi sert-il d’amasser des milliards de dollars pour la future retraite des citoyens si les placements que nous effectuons fragilisent le climat, polluent notre environnement et détériorent notre qualité de vie et celle des futures générations de retraités?

À cette époque de gains rapides et de maximisation des profits sans considération de l’avenir, la Caisse de dépôt et placement, au contraire, devrait être un moteur de changement vers une transition énergétique viable, car elle est de propriété publique et se doit d’être responsable envers ses actionnaires, les citoyens québécois.

À quoi bon épargner afin de jouir plus tard d’une retraite dorée si le futur n’est plus assuré ?

La lutte des âges

La grève étudiante, à propos des droits de scolarité, opposant la jeunesse au gouvernement libéral de Jean Charest, nous laisse présager une « lutte des âges ».

Le cycle initié par le baby boom arrive bientôt à sa fin.  Avec son achèvement, les contrecoups d’une démographie vieillissante se révéleront tels qu’un fossé entre les générations et un risque d’une détérioration du climat social.

En effet, en 2056, plus du quart de la population sera formé de personnes de 65 ans et plus et, en 2031, il n’y aura que deux travailleurs pour un retraité.

En ce sens, il existera une dichotomie entre le poids démographique et politique d’un segment plus âgé de la population et le fardeau fiscal incombé aux contribuables plus jeunes pour subvenir à la demande croissante en soins de santé et en hébergement de longue durée.

Ainsi, un véritable antagonisme entre les intérêts propres des plus de 50 ans et ceux des moins de 50 ans se révélera pour encore des décennies à venir.

La lutte des âges est cependant des plus particulières et se différencie de la traditionnelle lutte des classes des marxistes basée sur le sempiternel conflit entre la riche bourgeoisie et le pauvre prolétariat – se traduisant par le concept de l’axe gauche-droite.

Cette nouvelle lutte comporte sa propre dynamique, car, elle ne se maintient pas dans un carcan idéologique fermé tant dans les moyens que les paradigmes – comme la lutte des classes.  En fait, elle évolue, au gré des besoins ponctuels et des intérêts des générations sans dogmatisme et n’hésite pas à prendre des moyens contraires à ceux du passé afin d’atteindre ses objectifs.

Par exemple, les parents et grands-parents, les plus de 45 ans, se disent fortement favorables, selon les sondages, à la hausse de droits de scolarité, bien que, il y a 30 ou 40 ans, ils eurent réclamés, eux aussi, un accès facile aux études universitaires.  De peur de voir leur impôt augmenter et de sacrifier un peu de leur bien-être matériel, ces derniers adoptent ici une position de droite contrairement à leur profession de foi de gauche d’antan – tandis que leurs enfants et petits-enfants sont résolument à gauche en 2012.

Le passé étant généralement garant de l’avenir, nous pouvons prophétiser que le même épiphénomène s’opérera dans deux ou trois décades.

La surcharge fiscale qui écrasera les travailleurs de demain, les étudiants d’aujourd’hui,  pour faire face au défi social du vieillissement de la population, incitera ces derniers à se libérer de leurs chaînes.  Alors, l’idée d’une privatisation de la santé deviendra de plus en plus alléchante pour les moins âgés tandis que les retraités s’y opposeront, bien évidemment, avec véhémence.

Le principe d’utilisateur-payeur en éducation, décrié par la jeunesse étudiante et appuyé par leurs ainés, redeviendra d’actualité dans l’avenir, cette fois-ci dans le domaine de la santé, sanctifiant encore la divergence entre les groupes d’âges et confirmant les aléas sinueux des générations, parfois antinomiques avec le passé.

Cette lutte des âges est loin d’être terminée…

Texte relié:  Une révolution… grise?

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication : 205 (initié)

Une révolution… grise?

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Au train où vont les choses, on se demande bien quand cette crise économique s’arrêtera. 

Selon ce que l’on en sait, elle sera très longue et la reprise éventuelle très lente.

Ses victimes se répertorient autant parmi les jeunes familles qui perdent des revenus importants que les retraités qui voient fondre comme neige au soleil les épargnes de toute une vie de travail.

Et si la situation persiste encore trop longtemps, le mécontentement peut éventuellement s’exacerber et les risques de débordements sociaux se multiplier.

Les prédictions sur un dénouement éventuel de cette crise frappant surtout le monde occidental développé constituent d’emblé un terrain glissant.  Il est difficile de prévoir la finalité de cette méga-récession ainsi que ses répercussions futures.   

Mais, en corrélation avec le vieillissement de la population occidentale, nous pouvons y aller d’une hypothèse qui n’est, après tout, pas si farfelue que ça : devant l’érosion des fonds de retraite et les déficits budgétaires poussant les États à sabrer dans les services sociaux ainsi que dans une prestation à moindre coût des soins médicaux, nous pourrions assister à une révolte, non pas de la jeunesse, comme c’est usuellement le cas, mais cette fois-ci de la masse de retraités qui voit tout l’accomplissement de son dur labeur s’envolé en fumée avec cette crise économique.

La prochaine « révolution », si nous pouvons appeler ainsi la prochaine remise en question de l’ordre économique ou de la politique économique en place, sera peut-être engendrée par les « têtes grises » qui refuseront de perdre tous leurs avantages durement acquis et de devoir payer pour des besoins essentiels dont on leur avait promis un accès sans complication.

Cependant, oubliez la révolution violente avec son lot d’émeutes et de répression.  Le poids démographique en constante progression et l’influence politique conséquente des personnes âgées joueront grandement sur les aboutissements des élections futures (voir graphique). 

Nonobstant les lourds déficits budgétaires appréhendés pour les prochaines années, la pression politique sera forte pour maintenir un système de protection sociale adéquat malgré les avertissements des hautes instances financières internationales. 

Peut-être verrons-nous, enfin, que la simple et bête logique comptable est incompatible avec l’assouvissement des besoins du plus grand nombre.