Une bouteille de plastique à la mer

L’eau potable devient de plus en plus une ressource convoitée et le mouvement fut fort pour la commercialiser.  En effet, depuis plusieurs années, la consommation de l’eau embouteillée a crû de manière exponentielle sous une étiquette de pureté et de qualité encensée par de grandes compagnies commerciales comme Nestlé, Pepsi, Coca-Cola ou Danone.

Pourtant, considérant que le quart de l’eau en bouteille provient des réseaux d’aqueduc municipaux(1), on doit s’interroger sur la pertinence de cette tendance moussée par la publicité incessante.  Et cela est sans considérer le coût d’une bouteille d’eau pouvant être jusqu’à 1 000 fois plus dispendieuse que l’eau fournit par une desserte publique(2) ainsi que la proportion de bactéries y étant par deux fois supérieure : l’eau du robinet contiendrait en moyenne 1,6 million de bactéries par 100 ml d’eau pendant que l’eau embouteillée atteindrait les trois millions par 100 ml(3).

Au-delà de toutes ces considérations, la principale problématique de l’eau en bouteille est son caractère pollueur.

À chaque année, en Amérique du Nord, près de 70 millions de bouteilles de plastique sont jetées dans les sites d’enfouissement et, au Canada, 80% de celles-ci ne sont pas recyclées.  Elles prendront un millénaire avant de se décomposer entièrement (4).

Ici, au Québec, selon Recyc-Québec, 166 millions de bouteilles vides auraient été, à ce jour, expédiées aux dépotoirs ou dans des incinérateurs nuisibles pour l’environnement.

Par ailleurs, l’empreinte écologique est substantielle en raison du transport physique des bouteilles dégageant des gaz à effet de serre et aussi du coût onéreux en énergie et matériaux pour la production du contenant plastique.  Par exemple, il faut 3 litres d’eau pour manufacturer une bouteille d’un litre.

Et dans les océans, la situation est d’autant plus désastreuse.  Les berges et les plages reçoivent des centaines de kilos de détritus, dont surtout du plastique, repoussés par les courants marins (5).  Pis encore : une récente étude américaine dévoile que 35% des poissons du monde seraient contaminés par des matériaux plastiques(6)!  Des animaux que nous ingurgitons et qui nous transmettent ainsi ces mêmes particules au risque de notre santé.

Conséquence paradoxale pour un produit clamant vendre la santé tandis que les embouteilleurs s’objectent catégoriquement à imposer une consigne sur leurs bouteilles car la résine de plastique recyclée coûte 65% de plus à produire que la résine vierge.

Plus que jamais, face à cet état d’urgence, nous sommes contraints, comme consommateurs, d’orienter nos choix d’achat afin de pallier à cette dangereuse dérive.

En vérité, il est mille fois plus écologique et économique d’utiliser un filtre à charbon à la maison pour assainir encore plus une eau du robinet déjà d’excellente qualité…

Sources :

1. Eau Secours

2. Pierre Payment, microbiologiste et professeur à l’INRS-Institut Armand-Frappier       

3. Protégez-Vous

4. www.filtrezpourlavie.ca/

 5. http://www.oceanattitude.org/index.php?post/2011/02/08/iuhiluhgiughiou

6. http://glissespirit.com/wordpress/2011/04/14/le-plastique-present-dans-35-des-poissons/

 

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication :  178 (universitaire)

La nouvelle utopie

Ce texte a été publié dans Métro Montréal le 5 avril 2011

L’autre soir, m’endormant dans les bras de Morphée, un rêve étrange s’empara de moi. Le monde n’était plus ce qu’il est.

Tous roulaient en petites voitures électriques. Des éoliennes pullulaient sur toute la surface du globe, autant sur les océans que sur les continents. D’immenses panneaux solaires couvraient les zones désertiques et on captait l’énergie des mers à l’aide de grandes palmes marémotrices.

Les villes, parsemées d’espaces verts ainsi que de petits plans d’eau, étaient traversées par des lignes de trains électriques tout en étant ceinturées de terres arables. Les dépotoirs n’empilaient plus de déchets. Tout était recyclé, et ce qui ne pouvait l’être était flanqué d’illégalité. L’argent n’existait plus. La communauté fournissait le nécessaire à tout un chacun en échange d’une participation active à la vie et à la prospérité de la cité.

Les politiciens avaient disparu. Comme dans le meilleur de l’antique république athénienne, les fonctions politiques étaient attribuées par tirage au sort. Les lois étaient entérinées par le peuple via des référendums populaires englobant de multiples projets de législation.

Tout à coup, je fus brusquement réveillé par mon réveille-matin et, déçu de ne pouvoir vivre dans ce monde issu d’un tel délire onirique, je bus mon café en regardant, comme toujours, les tristes nouvelles quotidiennes à la télé…

Supermarchés: recycler dans la cour du voisin

Mardi dernier, les supermarchés Metro, Loblaw et IGA ont contesté, à la Commission des transports et de l’environnement, les consignes présentes sur les canettes en aluminium ainsi que sur les bouteilles de plastique pendant que plusieurs groupes demandent l’instauration de ce système d’incitation au recyclage à tous les contenants en matières réutilisables.

On apporte en preuve de la prétendue inutilité des consignes que le taux de récupération des contenants à remplissage unique avoisine celui de la collecte sélective ménagère (71% contre 67%).  Donc, ce procédé assurant le retour des contenants ne serait plus nécessaire.  Selon les représentants des supermarchés, les bonnes habitudes et la conscientisation dont font preuve les citoyens garantiraient le recyclage des canettes et des bouteilles de plastique. Cependant, il faut noter que la récupération des bouteilles de bières est de 98% car les consignes sont plus élevées. Alors, pourquoi ne pas hausser celles des autres contenants afin de maximiser leur réutilisation au-delà du 71% actuel?  Ce serait ainsi plus performant que la cueillette sélective et encore meilleur pour l’environnement.

On rétorque que ce système de consignation est six fois plus dispendieux, selon les experts des géants de l’alimentation, que la collecte sélective des municipalités. Est-ce à dire, que pour une fois, le public est plus efficace que le privé?

Mais les demandes de l’oligopole québécois de l’alimentation au détail cache un autre dessein.

Par cette tentative, on désire simplement refiler la facture du recyclage commercial au domaine public qui devra investir davantage en conséquence de ce délestage dans sa “cour” des opérations de recyclage de l’alimentation mercantile. Le processus est trop coûteux pour les entreprises? Laissons alors l’État le prendre en charge et payer les frais, comme on le fait partout ailleurs. En somme, on nous sort encore le bon vieux principe: on privatise les profits et on nationalise les pertes.

Pour une Police du recyclage

L’insouciance des citoyens et des entreprises dans la pratique d’un recyclage systématique dirige à chaque année dans les dépotoirs des milliers de tonnes de produits réutilisables. On a bien muni les ménages et les compagnies de bacs bleus, mais trop souvent, par négligence ou manque de temps, on jette encore à la poubelle du plastique, du papier, du carton, du verre et des métaux. 

La volonté écologique est noble, mais, dans la pratique, beaucoup trop de laxisme demeure.

On devrait s’inspirer du Japon qui a établi dans certaines municipalités des escouades bénévoles de « gardiens des déchets » qui surveillent les familles ne procédant pas à un recyclage adéquat de leurs rejets domestiques.  Aucune « répression » contre les fautifs n’est instaurée à ce jour, mais on harcèle les contrevenants afin qu’ils se plient à cette nouvelle convention. La petitesse de cette île a accéléré la prise de conscience environnementale et la pression populaire est forte sur tous les japonais.

Il faudrait même aller plus loin au Québec.  Pourquoi ne pas créer une police du recyclage qui, à l’aide d’échantillons recueillis dans les vidanges des ménages et des entreprises privées ou publiques, émettrait des contreventions salées afin de forcer plus de rigidité dans le recyclage des biens de consommation en fin de vie utile? Fini la bouteille d’eau jetée à la poubelle au bureau.  Les employeurs eux-mêmes formeraient leurs employés dans une attitude plus verte qui se répercuterait dans la vie quotidienne, autant au travail qu’à la maison.   

À l’aide de ces amendes, on pourrait dégager des fonds pour investir dans les usines de recyclage et permettre un comportement optimal dans la réutilisation des ressources.

Les vœux pieux ne sont plus capables de protéger l’environnement.  Il est maintenant temps d’introduire des lois et règlements plus strictes pour tous et chacun afin de s’assurer que demain soit possible.