Un investissement perdant

La décision de la Caisse de dépôt et placement du Québec d’investir davantage (à hauteur de 16,7 milliards en 2016) dans les énergies fossiles, le secteur gazier, le pétrole des sables bitumineux et les pipelines fut plutôt à courte vue et insensée.

Cette stratégie financière de la Caisse contrevient à l’esprit de la politique environnementale de la province voulant s’attaquer aux gaz à effet de serre et hisser le Québec au niveau de champion de la lutte aux changements climatiques sur le continent.

Il s’agit aussi d’un placement à court terme qui se met en porte à faux avec le but ultime de l’investisseur institutionnel qui cherche à maximiser les rentes de retraite des Québécois. À quoi sert-il d’amasser des milliards de dollars pour la future retraite des citoyens si les placements que nous effectuons fragilisent le climat, polluent notre environnement et détériorent notre qualité de vie et celle des futures générations de retraités?

À cette époque de gains rapides et de maximisation des profits sans considération de l’avenir, la Caisse de dépôt et placement, au contraire, devrait être un moteur de changement vers une transition énergétique viable, car elle est de propriété publique et se doit d’être responsable envers ses actionnaires, les citoyens québécois.

À quoi bon épargner afin de jouir plus tard d’une retraite dorée si le futur n’est plus assuré ?

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Une électrification improbable

Cet article a paru dans Le Devoir,  le 25 avril 2016 et dans Métro Montréal, le 26 avril 2016

On apprenait récemment que Québec désire instaurer l’obligation d’une borne de chargement à voiture électrique dans chaque construction résidentielle neuve dans la foulée du plan d’électrification des transports prévoyant la présence de 1,2 million de véhicules de ce type en 2030.

Un vœu louable, mais qui se heurte malheureusement à la réalité économique d’un marché du pétrole et de l’automobile peu enclin à une telle mutation de la flotte véhiculaire au Québec et même ailleurs.

En effet, il demeure peu probable que l’industrie et les consommateurs amorcent volontairement ce changement de cap avec les aléas du cours du pétrole: de l’un, la hausse éventuelle du prix de l’essence fait engranger des milliards de dollars de profits aux pétrolières acoquinées avec les constructeurs automobiles qui n’ont qu’à maintenir le statu quo à leur avantage au lieu de provoquer une transformation du secteur ; de l’autre, advenant la baisse du coût du carburant fossile, les clients retardent l’achat d’une voiture plus «  verte  » et vont même jusqu’à se procurer des véhicules utilitaires sport dispendieux pourtant très énergivores au grand bonheur des industriels.

Un cercle vicieux du marché qui ne se brisera qu’avec une conscientisation véritable de la population et une volonté politique concrète d’en finir avec le pétrole ou ultimement avec une crise environnementale telle que l’urgence de la situation forcera un changement de paradigme dans le domaine des énergies du transport…

L’argent n’a pas de patrie

La vente du fleuron québécois RONA au géant américain LOWE’S confirme bien que l’élite économique du Québec ne s’entrave pas de considérations nationalistes lorsque vient le temps d’empocher le magot, tout comme la Caisse de dépôt et placement du Québec – actionnaire à 17% – qui n’a pas levé le petit doigt pour bloquer la transaction en se réfugiant derrière une neutralité politique douteuse qui concorde étrangement avec la position de l’actuel gouvernement libéral.

Lointaine est désormais l’époque du «  Maître chez nous  » d’un autre gouvernement libéral qui portait jadis le flambeau d’un nationalisme économique nécessaire à l’émancipation d’un peuple minoritaire à l’avenir incertain.

Avec un dollar canadien particulièrement bas, la table est mise pour les achats à rabais de plusieurs entreprises québécoises que les actionnaires ne peuvent refuser en raison des énormes montants engagés. Le «  Québec Inc.  » oublie de cette façon les acquis de la Révolution tranquille et les aspirations de tout un peuple, celui dont il est pourtant issu, et se vend au plus offrant ainsi que son peuple dans la foulée.

Mais ce manque de sensibilité nationaliste ne se limite pas aux entreprises qui se sabordent en se faisant avaler par la concurrence étrangère. Il touche aussi celles ayant encore leurs sièges sociaux chez nous et qui profitent de soutien financier important du gouvernement provincial tout en délocalisant dans l’indifférence certaines de leurs activités vers des contrées au faible coût de main-d’œuvre… comme Bombardier.

Oui, sans aucun doute, les événements des derniers mois nous ont démontré que l’argent n’a pas de patrie…

Vent de folie libéral

Plusieurs furent abasourdis par le récent coup de sonde de l’électorat projetant une victoire majoritaire du Parti libéral de Philippe Couillard aux prochaines élections générales.

Pourtant, avant la candidature de Pierre Karl Péladeau pour le Parti québécois et sa profession de foi souverainiste, l’actuel parti au pouvoir se dirigeait vers une reconduction de son mandat gouvernemental en voguant sur la vague de la Charte des « valeurs québécoises » largement appuyée par les électeurs francophones. Certains diront que la rentrée de PKP dans l’arène électorale fut une grave erreur de la part des tacticiens du PQ qui croyaient ainsi susciter un nouvel élan à la cause souverainiste, un peu comme le fit la venue de Lucien Bouchard comme chef spirituel du « OUI » avant le référendum de 1995.

Et maintenant, le vent a tourné.

On peut comprendre alors qu’une partie des souverainistes « mous » éparpillés entre la CAQ et le PQ ont été échaudés par la manœuvre et dirigent désormais leur préférence électorale vers les libéraux. De la sorte, ils s’ajoutent aux clientèles traditionnelles du PLQ telles que les minorités ethniques, les anglophones et le segment le plus âgé des Québécois dits de « souche » – ce qui crée ainsi la masse critique nécessaire pour obtenir une majorité en chambre.

Comme il arrive souvent en politique, des électeurs désabusés votent pour ce qu’ils considèrent être le moindre mal… mais dans ce cas précis, il est difficile de saisir la logique derrière ce genre de vote considérant le passé trouble du Parti libéral du Québec en matière d’éthique.

Les nombreux scandales de ce parti par rapport au domaine de la construction pendant la période de Jean Charest et la présence de nombreux membres de l’ancien règne libéral dans les rangs de l’équipe de Philippe Couillard laissent pourtant présager d’autres scandales advenant une réélection libérale. Et ceci est sans compter les futures enquêtes de l’UPAC et la continuation de la Commission Charbonneau après les élections qui pourraient déterrer des cadavres que le PLQ ne voudrait pas voir resurgir… ce qui promettrait une gouvernance libérale houleuse empreinte de perte de légitimité rappelant les pires années de l’ère Charest.

Albert Einstein disait jadis « La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent » et cette affirmation se colle très bien au déroulement de ces élections générales : de nombreux Québécois veulent en finir avec la corruption et les conflits d’intérêts dans le monde politique, mais voilà qu’ils s’apprêtent à reporter au pouvoir la formation politique la plus entachée par ces maux.

Au final, si cela n’est pas de la folie, ça s’y rapproche…

De la place de l’anglais en justice au Québec

Le jugement de la Cour suprême du Canada, dans la récente affaire de la place du français dans les dossiers judiciaires en Colombie-Britannique, porte à confusion et soulève un questionnement sur la place de l’anglais en justice au Québec.

Devant cet arrêté qui viole indéniablement la constitution de 1867 assurant «que la langue française ou la langue anglaise peut être utilisée dans toute plaidoirie devant des tribunaux du Canada ou du Québec et dans toute pièce de procédure émanant de ceux-ci » et la déclaration du juge Wagner stipulant précisément que seul le Nouveau-Brunswick a l’obligation de permettre des séances dans les deux langues, le Québec n’a alors aucune obligation d’octroyer à son tour des procédures en anglais dans ses cours de justice considérant que le français est sa langue officielle depuis 1974 (loi 22).

Le principe du bilinguisme ne s’appliquant pas dans cette province du Pacifique, il en est de même dans toutes les autres provinces, sauf celle ayant un statut bilingue – le Nouveau-Brunswick.

La Cour suprême, majoritairement anglophone, n’a pas daigné prendre en compte l’inconstitutionnalité de cette décision et a allégrement discriminé les minorités francophones dans l’ensemble du Canada.

Si le Québec avait un semblant de colonne vertébrale, il obligerait uniquement le français en justice… et ce serait son droit plein et entier.

Québec 2025

Nous sommes en 2025.

Depuis dix ans, le Parti libéral du Québec est au pouvoir avec Philippe Couillard à sa tête, régnant d’une main de fer et à coup de décrets.

L’immigration massive a rendu les francophones minoritaires dans la grande région de Montréal et les privatisations effectuées dans les dernières années en raison des mesures d’austérité imposées par le FMI ont totalement éradiqué les derniers vestiges de la Révolution tranquille.

Le taux de criminalité a décuplé tout autant que la pauvreté.  De véritables ghettos sont apparus sur l’île de Montréal où les policiers mettent rarement les pieds.

Le paysage politique est éclaté.  Le Parti Québécois s’est disloqué laissant dernière lui une poudrée de petits partis indépendantistes. Certains modérés, et beaucoup d’autres radicaux.  Cependant, seulement deux ont une représentation à l’Assemblée nationale : l’Union sociale, résultat d’une fusion entre l’aile gauche du PQ et Québec solidaire, se maintient avec une vingtaine de députés tandis que le Parti nationaliste, une formation d’extrême droite xénophobe, en rassemble plus de 30.

Et, en toile de fond de l’instabilité sociale, le Nouveau front de libération du Québec, composé de jeunes révolutionnaires, revendique des explosions de bombes ici et là de plus en plus fréquentes, visant surtout les institutions gouvernementales et les symboles anglophones.

La dictature s’approche…

Et vous, qu’elle est votre vision du Québec en 2025?

Note: ce texte se veut un exercice de prospective cherchant à susciter le débat sur l’avenir du Québec.

Casser les étudiants

Toute cette saga entourant la hausse des droits de scolarité ne nous ramène qu’à une chose : le gouvernement libéral de Jean Charest, représentant les segments les plus âgés de la population ainsi que le monde des affaires, cherche à casser l’émancipation politique des jeunes étudiants.

En effet, ignorer les revendications des travailleurs de demain – en refusant toute véritable négociation – revient à nier leurs droits de citoyen pleins et entiers.

C’est simplement les considérer avec condescendance.  C’est les inférioriser en les traitant comme des citoyens de seconde classe.

Mais, surtout, c’est les préparer à un avenir politique dans lequel leurs voix ne compteront guère.

En fait, il s’agit de les formater, de les conditionner, de les modeler à devenir des êtres apolitiques, déconnectés des autres, recroquevillés sur eux-mêmes et incapables de tout mouvement collectif –  tout ça pour maintenir la prédominance future des élites… mais à quel prix?

Une démocratie qui ne considère pas sa relève est vouée à disparaître…

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication : 161 (universitaire)