Survie ou profit

Avec la conclusion de la conférence COP21 à Paris, les leaders politiques de la planète se congratulent mutuellement et déposent le dossier du réchauffement climatique sur la pile des problèmes quasi réglés. Mais la réalité est tout autre.

Ce nouvel accord international suscite beaucoup d’espoir, comme le défunt Kyoto, et tel ce dernier, il risque de tomber caduc en raison de ses moyens contraignants édentés.

Il faut aussi tenir en considération cette phase économique actuelle que l’on appelle la «  Grande Récession  » dont la porte de sortie apparaît encore lointaine et qui prive beaucoup d’États des ressources financières nécessaires à un combat efficace contre la hausse des températures mondiales – autant en soutien aux pays en développement qu’en transition vers des énergies alternatives moins polluantes.

Et, fait important, ce sommet fut commandité en partie par quelques grandes multinationales soucieuses de redorer leur image verte (Air France, Volkswagen, Nike…) et certains bonzes du capitalisme mondial, tel Richard Branson (Virgin), Mark Zuckerberg (Facebook) ou Bill Gates (Microsoft), ont proposé leur collaboration dans ce projet.

Reste à voir si leurs bonnes intentions tiendront la route devant la facture à payer. La tentation sera grande pour ces grandes entreprises de refiler la facture à leurs clients ou de demander des subventions onéreuses afin d’opérer la conversion écologique de leurs activités.

Mais voilà… la classe moyenne occidentale a été délestée de plus en plus de sa richesse en trois décennies d’ère néolibérale et les gouvernements n’ont guère de marge de manœuvre financière pour faire face à ce nouveau défi.

Donc, apparemment, à moins d’un revirement spectaculaire dans la balance du pouvoir dans notre monde, la balle est dans le camp des investisseurs et des grands acteurs privés qui devront soit s’éveiller à une prise de conscience urgente à la survie de l’humanité en modifiant leurs façons de faire au-delà des coûts engendrés, soit demeurer sur le même chemin de vision à court terme qu’ils ont toujours emprunté afin d’assurer plus de profits à leurs actionnaires… au grand dam du genre humain.

Cancun: un accord de façade

Le 11 novembre 2010, à Cancun, devant les cameras de journalistes internationaux, les représentants de 194 pays signèrent un accord international sur les moyens à prendre pour ralentir le réchauffement climatique,  voulant ainsi effacer des mémoires le souvenir du fiasco de Copenhague.

Enfin, les nations du monde sont parvenues à un accord, peut-on lire de part et d’autres dans les médias du globe.

Rien de moins certain.

Avant de pavoiser, sachons que cette entente, encore en gestation, n’impose aucune cible contraignante, contrairement à celle de Kyoto.  En fait, l’accord de Kyoto a été officieusement débouté lors de ces séances plénières car jugé trop encadrant.  Pourtant, cette entente constituait un strict minimum nécessaire à la lutte contre les modifications du climat.

On a évoqué le vœu pieu de réduire la hausse de la température moyenne de la planète à 2°C au-dessus des niveaux préindustriels.  Or, le texte de Cancun n’amène rien de nouveau sur le palier de réduction des émissions, considéré comme trop faible pour atteindre l’objectif de ces deux degrés maximums.

De plus, Cancun engage les pays développés à rapetisser leurs rejets carbones dans l’atmosphère… même si l’un des plus grands pollueurs de la planète, après la Chine, les États-Unis, vient de rejeter au Congrès une législation sur les gaz à effet de serre et utilise encore le charbon comme producteur d’énergie électrique dans nombre de ses États.  En effet, les élus démocrates du centre du pays ont voté contre ce projet de loi malgré la présence d’un président plus écologiste issu de leur formation politique.

À Cancun, on constate que la pensée magique a prédominé sur la réalité.

Il y a la future mise en place du REDD (Reducing Emissions from deforestation and degradation), un mécanisme basé sur les principes du marché concocté pour équilibrer la pollution de GES du nord en sauvegardant ou plantant des arbres au sud.  Ainsi, un grand pollueur américain pourra s’acheter bonne conscience en investissant dans un projet forestier au Brésil.  Les « hics» sont que les vautours de la spéculation risquent de s’emparer de ce nouvel eldorado du carbone,  qu’il sera difficile d’évaluer combien d’hectares de forêt il faut ensemencer pour contrecarrer les effets de milliards de tonnes de gaz à effet de serre et que les retards des dernières décennies dans ce dossier demandent des politiques beaucoup plus musclées.   Alors, pas surprenant que la socialiste Bolivie ait refusé de signer l’accord.

Par ailleurs, l’idée du Fonds vert, malgré son avant-gardisme, semble être une invention creuse car aucune source de financement n’a été stipulée.  On parle de taxes sur le transport ou les transactions boursières.  Mais, chacun sait qu’en période de grave récession économique et de crise des dettes souveraines, plus précisément en Europe, de telles taxes sont inenvisageables car elles entraveraient le commerce déjà affaibli par la chute générale de la demande en Occident.  Sans compter que la Chine et l’Inde verraient d’un mauvais œil une telle initiative pouvant nuire à leur développement économique.

Et, comble de ridicule, la Banque Mondiale se voit donner la gérance de cet éventuel Fonds pour une période de 3 ans!  Ce Fonds, devant aider les pays en développement à pallier à leurs problèmes de développement socio-économique dans la déférence envers l’environnement, sera sous l’égide d’une organisation qui, depuis 30 ans, applique un diktat économique néolibéral sur les pays en difficulté en les obligeant à des privatisations des services publics, diminutions des salaires, déréglementations de l’économie avec comme conséquence le bilan socio-économique désastreux que l’on observe aujourd’hui avec la crise économique!   La Banque Mondiale représente la dernière instance capable de gérer un tel Fonds vert car sa raison d’exister n’est pas la protection des habitats vivants, mais le bon déroulement du capitalisme sous la férule du marché.

Bref, l’entente de Cancun est aussi timide qu’incohérente.

On cherche à épater la galerie et à rassurer des citoyens désormais plus soucieux de l’écologie.

Cependant, la crise économique et les dissensions entre pays développés et en voie de développement enlèvent les moyens d’un véritable plan global sur l’atténuation du phénomène négatif des gaz à effet de serre.

Et déjà, à Kyoto, nous avions entendu ce refrain de quasi-consensus sur ce sujet.  Avec les résultats que l’on connaît.

En fait, considérant qu’il faudrait 4 planètes terre pour suffire à la demande de toute la population si chaque être humain vivait comme un nord-américain, l’unique alternative demeure de réduire notre consommation, de revenir à l’essentiel, de privilégier la production locale et de modifier notre système économique selon une approche de développement durable plus respectueuse de l’environnement.

Peut-être que la crise économique amènera ces changements….

À Lire:   En attendant le déluge…

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication :  174 (universitaire)

Les conservateurs s’attaquent encore aux changements climatiques

Le Devoir dévoilait mercredi dernier qu’Ottawa allait couper les vivres  à la Fondation canadienne pour les sciences du climat et de l’atmosphère.

En effet, cet organisme s’attardant à la recherche sur les changements climatiques ne recevra plus de financement fédéral et les scientifiques qui y sont rattachés perdront leurs rémunérations habituelles.

Fidèle à leurs habitudes, les conservateurs en ont passé une petite vite en pleine vacances de la construction afin d’éviter la médiatisation de cette décision et tout débat public.

On le sait, le gouvernement conservateur, très lié d’amitié avec les pétrolières, ne croit pas au réchauffement climatique ainsi qu’à l’implication humaine dans l’accentuation du phénomène.  En 2002, Stephen Harper lui-même, parlait à la Chambre des communes de « complot socialiste » à propos du protocole de Kyoto.

Ainsi, afin de couper l’herbe sous le pied aux écologistes et aux études attestant de la réalité du réchauffement climatique, l’administration conservatrice procède à un délestage du support monétaire fédéral en ce domaine.  Cette tactique est aisément plus pratique que de confronter les données et susciter un véritable dialogue sur ce sujet « chaud » pendant que l’industrie pétrolière en Alberta génère en énorme quantité des gaz à effet de serre dans la transformation des sables bitumineux.

Le plus incohérent dans toute cette histoire est que près de 200 scientifiques canadiens risquent de se retrouver sans emploi en temps de crise économique et pourraient fuir le pays vers des cieux plus cléments.

Le ministre de la Défense, Peter Mackay, n’a pas hésité à accorder, le 8 juillet dernier, 5 milliard$ au secteur de la défense malgré les prévisions d’un déficit budgétaire accumulé de 172 milliard$ sur cinq ans et le cabinet conservateur se permet d’éliminer ces misérables petits subsides de 10 millions de dollars dans les recherches sur le climat!!!

En fait,  les contraintes budgétaires ne sont évidemment pas les réels motifs de cette coupure, mais bien les prétentions idéologiques.

Les beaux discours de Michael Ignatieff

En fin stratège, le nouveau chef du Parti Libéral du Canada semble diriger sa formation vers la gauche en épousant la cause des travailleurs sans-emplois dans l’espoir de prendre le pouvoir.  La droite étant largement occupée par le Parti Conservateur de Stephen Harper, Michael Ignatieff se doit de conquérir un terrain plus facile à investir où la division perdure.  Ainsi, il louche vers le centre-gauche en espérant recueillir un bon nombre d’électeurs du Nouveau Parti Démocratique ainsi que du Bloc Québécois.

Cependant, ses déclarations concernant l’assouplissement des conditions d’admissibilité à l’assurance-emploi et l’établissement d’une taxe sur le carbone traduisent un électoralisme flagrant.

À propos de la diminution du nombre d’heures de travail nécessaires pour obtenir des prestations d’assurance-emploi, une demande copiée sur les revendications des deux autres partis d’opposition, il faut se remémorer que Jean Chrétien, ancien premier ministre libéral, avait procédé à l’implantation de restrictions majeures en 1996-97 dans ce programme d’aide aux chômeurs.  Alors, devrions-nous croire le nouveau chef du PLC dans sa volonté de défaire ce que l’un de ses prédécesseurs a mis en place ?  Cela ne signifierait-il pas un désaveu de l’héritage du Parti Libéral du Canada ?

Au sujet d’une taxe sur le carbone, l’intention est bonne.  Mais, encore une fois, il faut regarder vers le passé pour constater que même après la signature du protocole de Kyoto, les libéraux au pouvoir n’ont pas levé le petit doigt afin de promouvoir une réduction significative des gaz à effet de serre selon les objectifs de cette entente internationale.   Comme le Parti Conservateur, et contrairement au Nouveau Parti Démocratique, le PLC accepte des dons de grandes entreprises qui voient depuis toujours d’un mauvais œil toute législation environnementale trop restrictive. En fait, il parle et parle d’environnement, mais lorsque le moment est venu d’agir, il retourne sa veste afin de satisfaire ses contributeurs électoraux.

En somme,  Michael Ignatieff, lors de son congrès d’investiture, nous a servi un beau discours que nous sommes habitués d’entendre de la part d’un chef libéral.  Un discours répétitif qui ne mène, finalement, jamais à rien.  Nous avons pourtant eu dix ans d’expérience sous le mandat de Jean Chrétien pour évaluer la mauvaise foi et l’hypocrisie des libéraux fédéraux.  Il faut plus que jamais en tenir compte devant la hausse des intentions de vote du PLC dans les derniers sondages.