Qui sont les maîtres du Québec?

Le libertarien Éric Duhaime peut crier, à qui veut l’entendre, à la tyrannie syndicale au Québec, mais la nouvelle dévoilée via Le Devoir par Wikileaks démontre bel et bien la domination du capital, ici Power Corporation, sur la direction des affaires publiques du Canada et surtout du Québec.

Au-delà de toutes allégations plus ou moins fondées, laissons les chiffres parler d’eux-mêmes et déterminer qui détient une influence financière déterminante sur les décisions gouvernementales.

Du côté gauche, le Fond de solidarité de la FTQ et le fondaction de la CSN cumulent respectivement des actifs de 7,7 milliards et de 635 millions totalisant donc plus de 8 milliards de dollars.  Ajoutons aussi les cotisations syndicales pour les puristes : 800 000 travailleurs sont syndiqués sont leurs bannières récoltant approximativement un 832 millions pour ces deux principales centrales syndicales du Québec.

Du côté droit, les revenus bruts du conglomérat Power Corporation et de son rival médiatique Québécor s’élèvent à 29,6 milliards pour le premier et 4 milliards pour le second. Une somme de près de 34 milliards annuellement.

Aisé alors de deviner lesquels de ces protagonistes remporteront la bataille du lobbying étatique.

Un autre élément pour étayer ce constat : même si près du deux tiers des Québécois s’oppose à l’exploitation des gaz de schiste selon des sondages, le gouvernement Charest va de l’avant malgré les maintes protestations pour satisfaire les visées du clan Desmarais (Power Corporation) qui détient des parts importantes dans la compagnie gazière et pétrolière française Total.

De plus, pourquoi notre premier ministre s’oppose-t-il avec tant de véhémence au projet de prix plafond pour l’essence à la pompe?

Alors, qui sont les véritables maîtres du Québec?

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication :  173 (universitaire)

Torpiller la santé pour faire rentrer le privé

Les négociations dans le secteur de la santé paraissent être sans issue. Les infirmières rejettent à fond la dernière offre patronale et les nuages gris de la grève planent au-dessus des pourparlers avec l’État dirigé par les intransigeants libéraux de Jean Charest.

Comme à son habitude et semblablement au dernier budget Bachand, le gouvernement libéral appelle à la concertation mais agit de façon contraire en fonction de son agenda minimaliste de l’appareil gouvernemental. Il suffit de nous remémorer le leitmotiv de sa campagne électorale de 2003 qui appelait à une réingénierie réductrice de l’État laissant plus de place à la sous-traitance et aux PPP.

Vain de dire ici que nous connaissons les raisons de cette position idéologique pro-privée avec les nombreuses divulgations de copinage et de relations incestueuses des firmes d’ingénierie-conseils ainsi que des grandes entreprises avec les libéraux.

Dans le domaine de la santé, les visées de privatisation de la présente administration libérale sont limpides et le cul-de-sac de l’état des négociations avec les infirmières traduit un manque de volonté – le but étant de miner le système public afin de favoriser une intrusion du privé – qui découle des rapports de financement du Parti Libéral du Québec avec la multinationale Power Corporation détenant la compagnie d’assurance Great West pour qui une privatisation des soins au Québec serait très profitable.

En mettant la pression sur le personnel hospitalier et en rejetant du revers de la main leur demande de réorganisation du travail, qui pourrait éviter grandement le temps supplémentaire obligatoire, on cherche évidemment à mettre des bâtons dans les roues aux infirmières (et infirmiers) pour les pousser à quitter le secteur public, à grossir les rangs de la main-d’œuvre du domaine privé et à aggraver la pénurie de personnel.

Tout ce stratagème commence à porter fruit dans la population. L’idée de privatiser la santé afin d’en améliorer la performance fait son chemin, mais la réalité ne correspond pas à la perception qu’à la population de l’efficacité du privé dans la dispensation des soins.

Le service de santé privé n’est pas la panacée. Mêmes nos voisins du sud commencent à se rendre compte des faiblesses d’un système assis sur une couverture d’assurances privées.

D’abord, la pénurie existe tout autant dans le privé. Que les soins soient publics ou privés, cela ne change pas le nombre d’infirmières et de médecins disponibles sur le territoire.

Rappelons aussi que l’accessibilité est moindre dans un encadrement privé et que son coût est supérieur, car le malade a tendance à reporter ses visites médicales afin d’éviter des tarifs et que l’aggravation subséquente de la maladie multiplie les frais pour le client en raison de la trop grande attente dans la prise en charge de traitement.

De plus, les compagnies d’assurance étant des entreprises privées, la motivation n’est pas de servir l’assuré, mais d’engranger des profits aux actionnaires envers lesquelles les employés sont redevables. Ainsi, de nombreuses demandes de clients sont rejetées malgré des années de paiement de primes mensuelles onéreuses.

Ceci dit, Jean Charest et son ministre Yves Bolduc devraient tendre l’oreille aux revendications des infirmières. Ces dernières ne rechignent pas sur la question salariale, mais sur une structure organisationnelle du travail déficiente.

Or, il serait pourtant aisé pour le gouvernement d’accommoder les infirmières qui portent à bout de bras le système de santé.

Un réaménagement du travail pourrait s’opérer avec de la bonne volonté de l’État sans compromettre le budget de la santé.

Mais, comme nous l’avons vu, l’attitude actuelle du gouvernement libéral cache des considérations toutes autres que l’amélioration de la santé publique et de la protection des intérêts de tous les québécois.

Les ti-amis de Thierry Vandal et Hydro-Québec

Aujourd’hui, on se serait cru dans les années 50.

Le PDG d’Hydro-Québec, Thierry Vandal, a voulu octroyer avec des fonds publics un don de 250 000$ au collège Notre-Dame, une école secondaire privée qu’il a lui-même fréquenté et qui est pourtant subventionnée à 60% par l’État québécois (l’un des taux les plus généreux parmi toutes les provinces canadiennes). De plus, il est le président du conseil d’administration de cette école!

Il s’agit ici d’un flagrant conflit d’intérêt.

Thierry Vandal, qui travailla jadis dans l’industrie pétrolière, est habitué de diriger une entreprise sans considération envers la justice sociale.  Les mauvais plis sont difficile à aplanir lorsqu’on a depuis toujours la mentalité d’un haut cadre du secteur privé accoutumé à arroser ses petits copains et ceux qui lui ont permis de gravir les échelons.

Malgré que l’institution d’enseignement privée ait refusé cette donation, il en demeure que le dossier soulève de nombreuses questions d’éthique dans le domaine de la gestion des entreprises publiques.

Est-ce que Hydro-Québec et toutes les autres sociétés d’État sont dirigés comme de vulgaires compagnies privées sans profession de foi envers les contribuables et le bien-être de la société québécoise?

On aurait tendance à le croire.

Pensons à la Caisse de dépôt et placement du Québec avec son ancien président Henri-Paul Rousseau, ex-décideur pour la Banque Nationale et la Banque Laurentienne, qui a quitté le navire de cette société publique lorsque que celle-ci naviguait en eaux troubles tout en empochant une prime de 380 000$ avant d’aller vendre ses services à Power Corporation.

Pourquoi toujours demander à des ressortissants du privé de venir gérer des institutions publiques lorsqu’on constate qu’ils n’ont pas la fibre morale ou sociale nécessaire à l’occupation de ce genre de fonctions ?

N’existe-t-il pas au Québec des gestionnaires formés et expérimentés dans la sphère du management public qui seraient plus aptes à gérer nos avoirs collectifs sans la fâcheuse tendance à copier les agissements du monde des affaires ?

Oui, probablement, mais ces gens pourtant compétents ne sont pas dans la clique d’affaires du Parti Libéral du Québec et ne pourront espérer occuper des postes de haute direction tant que ce gouvernement sera au pouvoir.

À lire: Hydro-Libéral