Les derniers tyrans

Cet article a été publié dans Le Devoir et Le Soleil de Québec, le 24 septembre 2022

Des agitations anti-Poutine en Russie jusqu’aux manifestations des femmes en Iran contre la théocratie, l’axe des pays autoritaires semble vouloir s’effriter de plus en plus. Le vent de la liberté, même réprimé pendant des décennies, paraît vouloir souffler et emporter avec lui les vestiges autocratiques du passé.

Les dictateurs et les dirigeants autoritaires actuels raisonnent encore avec les mêmes logiques et les mêmes schémas qu’autrefois. Nous avons pu le constater avec la guerre en Ukraine, que Poutine a planifiée à tort avec une logistique du XXe siècle. Même chose en Iran avec les ayatollahs, qui pensaient bien avoir gagné la bataille de l’assujettissement de la femme, mais qui se sont heurtés récemment à une modernité insoupçonnée en leur contrée.

En cette ère de grande diffusion de l’information et de grandes aspirations populaires, il est plus ardu de maintenir un despotisme sur des millions de personnes sans, qu’un jour ou l’autre, une étincelle mette le feu aux poudres.

Les autres dictatures sur la planète doivent regarder avec un air circonspect ce qui se passe en Russie et en Iran comme s’il s’agissait d’un présage de ce qui peut leur arriver. Comme l’affirmait Maurice Duverger, politologue français aujourd’hui décédé, la démocratie donne l’apparence d’être traversée par de grandes contradictions, car elles apparaissent librement au grand jour, mais elles sont encore plus vives sous une dictature qui réprime vivement toute dissidence malgré l’image trompeuse d’unité de la société civile. 

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Leçon de guerre

Ce texte a été publié dans Le Devoir, le 28 Février 2022

Photo de Karolina Grabowska provenant de Pexels

J’ai lu quelques livres de stratégie militaire dans ma vie, Sun Tzu, Clausewitz et autres. Un concept de base semble constant chez tous les auteurs : on ne s’engage pas dans une attaque sans être certain de vaincre à court ou à moyen terme.

Ici, Poutine a pris un dangereux pari en sous-estimant la résistance ukrainienne. Cette guerre d’invasion risque de s’enliser et de perdurer beaucoup plus longtemps que le pensait le maître du Kremlin, sans compter que les Occidentaux fournissent en armes et équipements les Ukrainiens dans leur lutte.

Pourtant, les exemples de conquêtes s’étiolant devant l’usure du temps et la volonté combative des indigènes sont nombreux dans l’histoire. Le Vietnam et l’Afghanistan en sont les cas les plus patents.

Soumettre une population contre son gré au diktat de l’envahisseur n’est pas chose facile et s’avère pratiquement impossible, surtout à notre époque avec les nouveaux moyens de communication. Nous ne sommes plus au temps de la guerre froide, et Poutine et ses sbires risquent de le réaliser amèrement…

Une poutine néofasciste

Les parallèles entre le régime de Poutine en Russie et l’ancien Troisième Reich allemand d’Adolf Hitler ne sont plus à démontrer  : homophobie avouée ( une loi a été entérinée en ce sens); xénophobie rampante ( raids policiers contre les «  étrangers  »); contrôle des médias par l’État; pouvoir autocratique du gouvernement; répression des opposants politiques; et culte du chef.

Et, dernièrement, la ressemblance vient de se resserrer encore plus entre les deux régimes avec l’invasion de l’est de l’Ukraine par les forces armées russes et l’annexion antérieure de la Crimée.

En effet, tout comme les nazis ayant annexé les Sudètes en Tchécoslovaquie et l’Autriche à l’orée du deuxième conflit mondial sous le prétexte de réunir tous les Allemands de souche, le Kremlin use du même prétexte dans sa velléité d’étendre ses frontières en Ukraine afin de ramener au bercail les ressortissants russes de ce pays.

À l’époque, les futurs pays alliés avaient concédé aux demandes de l’Allemagne espérant ainsi atténuer ses ardeurs hégémoniques. Mais rien n’y fit. Hitler continua ses conquêtes jusqu’à l’invasion de la Pologne qui déclencha les hostilités de la Seconde Guerre mondiale.

Nous pouvons constater le même schème de pensée de la part de Vladimir Poutine. Après la prise de possession de la Crimée et de l’est de l’Ukraine, voici que ce dernier affirme lors d’un discours prononcé il y a deux jours devant une foule en liesse que «  le peuple russe et le peuple ukrainien sont quasiment un seul et même peuple  »… laissant présager des manœuvres militaires expansionnistes à venir.

Un pareil scénario que jadis se profile à l’horizon et advenant la conquête totale de l’Ukraine par la Russie, les puissances occidentales pourraient être obligées de monter dramatiquement le ton afin de sécuriser les frontières de ses alliés de l’OTAN jouxtant l’Ukraine.

Avec une telle «  poutine néofasciste  » composée d’ingrédients aussi indigestes, reste à savoir si l’histoire se répétera…