Du vert conservateur

Cet article a été publié dans le journal Métro Montréal le 16 septembre 2019

À une lointaine époque, j’ai milité pour le Parti vert du Québec, car je croyais à un certain progressisme social et environnemental. Mais, les récentes prises de position de son cousin fédéral me font douter de voter vert au prochain scrutin pancanadien.

Les verts canadiens semblent bien différents de leurs collègues québécois situés plus à gauche. Sa base principale se trouvant dans l’Ouest canadien, ce parti vert peut être considéré comme une aberration au plan idéologique.

En effet, le mouvement politique vert se place idéologiquement à gauche sur le spectre politique, car le programme environnemental qu’il soutient implique nécessairement une réforme socio-économique profonde de la société. Ce n’est manifestement pas le cas ici pour le Parti vert canadien qui s’est positionné, pour sa part, ouvertement pour l’exploitation des sables bitumineux à moyen terme, pour une privatisation des infrastructures d’eau des Premières Nations et pour permettre à ses éventuels députés de voter librement lors d’un possible projet de loi des conservateurs sur le droit à l’avortement – bien que la cheffe Elizabeth May se soit rétractée récemment dans la confusion la plus totale.

D’aucuns pourraient penser qu’avec un parti vert comme ça, nous n’avons pas vraiment besoin d’un parti conservateur…

Despotisme parlementaire

La loi 28 adoptée sous le bâillon par le gouvernement Couillard, englobant une kyrielle de lois sans rapport apparent, amorce au Québec une mouvance aux projets de lois « mammouth » très semblables à la méthode utilisée par les conservateurs à Ottawa. Tout comme ces derniers, les libéraux québécois tassent sur le bas-côté leurs prétentions de transparence et de consensus si longuement évoquées avant leur prise du pouvoir et sous prétexte de l’urgence de la situation, ils sapent ainsi les préceptes mêmes de la démocratie en court-circuitant les débats sur ces diverses lois – ce qui maintient encore plus le public dans l’ignorance sur les enjeux des politiques qui l’affecteront directement.

Une situation qui alimente encore plus le questionnement sur la vétusté de notre système électoral uninominal majoritaire à un tour de type britannique. Un système qui alloue la totalité du pouvoir au parti majoritaire en chambre même si celui-ci n’obtient pratiquement jamais la majorité absolue en terme de voix.

Cette nouvelle tendance aux lois « mammouth » pourrait constituer un aboutissement naturel de ce mode de scrutin ne laissant que peu de place à l’opposition parlementaire comme à la contestation citoyenne. Mais nos élus au pouvoir devraient réaliser que la majorité parlementaire n’est pas synonyme de majorité absolue et que ce genre de manœuvre législative autocratique s’éloigne dangereusement de l’esprit de la démocratie libérale.

Alexis de Tocqueville édictait jadis que la démocratie était le « despotisme de la majorité »… mais force est de constater que nous vivons actuellement sous le « despotisme parlementaire », sans majorité absolue…

Soupçon de démocratie

Cet article a paru dans Le Devoir,  le 31 octobre 2014

Il faut éviter de tomber dans le piège tendu par les actes des deux forcenés s’en étant pris à des militaires et à la Chambre des communes la semaine dernière.

Et c’est exactement ce qu’entend faire le gouvernement conservateur avec l’aide de la Gendarmerie royale du Canada en réponse à ces attentats. En effet, on songe à donner aux forces policières le pouvoir de surveiller ou d’arrêter les personnes soupçonnées de terrorisme, et ce, sans l’aval du procureur général qui vise normalement à faire contrepoids aux enquêteurs dans le but d’empêcher des violations aux droits et libertés de la personne.

Une telle législation viendrait affaiblir les fondations démocratiques en y créant une brèche qui ne ferait que s’accentuer avec le temps et édulcorer les principes mêmes de l’État de droit sur lesquels s’est érigée notre société…. et c’est exactement cela que recherchent ces nouveaux convertis à l’islamisme radical.

Les conséquences d’une telle dérive sont multiples et dangereuses : violation des droits de la personne; abus policiers; nouvelle forme d’inquisition à la maccarthysme et délation entre les citoyens; autocensure nuisant à la liberté d’expression des citoyens sur leurs opinions plus contestataires ou non-conformistes…

L’un de mes professeurs à l’université clamait que la démocratie est une belle porcelaine fine, et que si l’on n’y prend pas soin en l’échappant sur le sol, jamais les morceaux ne pourront être recollés.

Nous devons alors rester sur nos gardes pour conserver nos acquis démocratiques afin de ne pas devenir, contre notre gré, un «  soupçon de démocratie  »…

L’État, c’est nous… dirait Stephen Harper

Que cela ne soit la réforme drastique de l’assurance-emploi – du jamais-vu – votée sans consultation d’aucune sorte précarisant les chômeurs ayant pourtant contribué au financement du programme ou le changement d’orientation de l’ACDI passant d’objectifs d’aide humanitaire à une politique néocoloniale appuyée par les entreprises canadiennes à l’étranger ou encore la déréglementation dangereuse pour la santé publique de l’Agence canadienne d’inspection des aliments laissant le champ libre aux producteurs alimentaires dans l’hygiène de leurs installations, il y avait déjà bien des raisons de se questionner sur le caractère autocratique de la gouverne conservatrice.

Toutes ces mesures passent encore, même si contestables, car elles demeurent légales dans le cadre constitutionnel canadien ainsi que dans les paramètres d’un gouvernement majoritaire.

Cependant, la récente nouvelle que les députés conservateurs emploieront désormais la communication écrite permise aux élus pour rejoindre leurs commettants dans un sens partisan – c’est-à-dire pour attaquer la personne du nouveau chef du Parti libéral, Justin Trudeau – soulève une problématique éthique criante, même si Stephen Harper approuve d’emblée cette démarche. Mais, il faut savoir que cette pratique est une première et que le Parti conservateur exploite une faille dans les réglementations du jeu politique, une faille qui, par ailleurs, n’existe pas au Québec où l’on fait une distinction claire à ce niveau entre la fonction du député et sa filiation partisane.

En fait, l’éthique est plutôt élastique chez les conservateurs. Il y a quelques années, des députés conservateurs avaient usé du même stratagème dans leurs circonscriptions, mais, devant l’inaction subséquente d’Élection Canada, le PC a opté maintenant pour l’application généralisée de cette tactique dans sa lutte contre les libéraux. Donnez-leur un pouce, et ils prendront trois pieds…

Mais, il y a plus.

En 2009, 47 députés et ministres conservateurs ont posé fièrement devant des chèques géants signés de leurs mains et arborant le logo du Parti conservateur… même si ces fonds alloués pour divers projets gouvernementaux étaient directement puisés du Trésor public canadien! Le député libéral, David McGuinty, a vivement dénoncé cette manœuvre: « La confusion entre les fonds gouvernementaux et partisans rappelle des situations que l’on constate régulièrement dans les pays en développement, qui n’ont pas encore de structure démocratique solide. »

Autre chose : tout récemment, on a éliminé les mots « Environnement Canada » sur le site météorologique du gouvernement fédéral, comme si l’on voulait éradiquer toute référence à la protection de l’environnement sur les portails internet de l’État. De plus, le fond de page, habituellement vert, a été changé pour le bleu… couleur du Parti conservateur!

Sur le plan communicationnel, depuis l’accession des conservateurs au pouvoir, les critiques ne cessent de pleuvoir sur les entraves à l’accès à l’information des données du gouvernement.

Depuis 2008, le Conseil du Trésor a laissé tomber la mise à jour du Système de coordination des demandes d’accès à l’information (SCDAI). Cette base de données électronique permettait depuis 2003 à tout citoyen ou organisme d’accéder à des renseignements sur la gestion du gouvernement fédéral.

De plus, une étude internationale, datant de février 2013, place le Canada bon dernier parmi les démocraties parlementaires sur la question de la libre circulation de l’information gouvernementale. Une chute surprenante depuis 2011 : le Canada a passé du 40e rang au 55e, juste derrière la Mongolie et la Colombie!

Explication? Il est connu que toutes les communications de l’État fédéral doivent passer obligatoirement par le bureau du premier ministre Harper pour approbation.  Encore une fois, une méthode inédite jamais pratiquée dans les gouvernements précédents minant les principes démocratiques pourtant acquis depuis des décennies…

« L’État, c’est moi », lançait jadis le roi Louis XIV à ses parlementaires… et notre chef de gouvernement canadien, Stephen Harper, fier porte-drapeau du monarchisme britannique, assimile fort bien le concept sous-jacent à cette formulation dans son exercice du pouvoir exécutif… quitte à faire reculer le Canada des décades en arrière.

Transparence et intégrité clamait Stephen Harper en 2006… pourtant, l’expérience de six années d’administration conservatrice amène le constat contraire.

Bref, la séparation du Parti et de l’État pour Stephen Harper ne constitue pas un enjeu crucial. Comme dans toutes les dictatures fascistes, communistes ou les monarchies absolutistes, « l’État, pour les conservateurs, c’est nous. »

Réforme de l’Assurance-emploi: deux poids, deux mesures

La réforme de l’assurance-emploi suscite de nombreuses controverses de la part des associations et des groupes de défense des travailleurs quelques jours seulement après son application.

L’instauration de mesures coercitives jugeant tout chômeur comme un fraudeur potentiel et le forçant à rechercher un emploi à moindre salaire et à une heure de son lieu de résidence ainsi que les récentes révélations sur les quotas imposés aux fonctionnaires de Service Canada font planer encore plus de doutes sur cette ré-ingénierie de l’assurance-emploi entérinée sans aucune consultation et dictée davantage par des préoccupations idéologiques que par des analyses judicieuses de la problématique du chômage.

Dans une vision intrinsèquement néolibérale, trouvant ses racines dans la culture bien-pensante des puissants et des nantis, les conservateurs cherchent à décourager au maximum le recours à l’assistance de l’État pour les sans emplois en compliquant leur admissibilité le plus possible. Citons l’hebdomadaire libéral The Economist qui écrivait, en 2010, cet énoncé : « Il y a deux manières de favoriser le retour au travail des chômeurs: l’une est de rendre inconfortable ou précaire la vie de ceux qui reçoivent une allocation chômage; l’autre consiste à faire que la perspective d’un emploi devienne viable et attirante.»

Et cette attitude paternaliste envers les chômeurs – sous prétexte de leur rendre service – ne date pas d’hier.  Benjamin Franklin, l’un des pères de la constitution américaine, affirmait, en 1766 : «  Plus on organise des secours publics pour prendre soin des pauvres, moins ils prennent soin d’eux-mêmes et, naturellement, plus ils deviennent misérables. Au contraire, moins on fait pour eux, plus ils font pour eux-mêmes, et mieux ils se tirent d’affaire .»

Pourtant, les conservateurs ne semblent pas transposer cette même logique aux entreprises, logique qui dicterait que moins on les appuie, plus elles deviendraient prospères!

Avec la crise financière, les banques ont obtenu 114 milliards $ d’aide financière du gouvernement conservateur. Ironique, car ce sont ces mêmes institutions financières qui ont creusé leur propre tombe par leur laxisme et provoqué la débâcle financière. Selon le raisonnement que l’on applique aux chômeurs, l’État fédéral n’aurait jamais dû consentir un centime aux banques, pour leur propre bien!

Autre exemple : le Canada subventionne à raison de 2,8 milliards $ par année l’industrie pétrolière… même si ces sociétés de l’or noir engrangent des milliards de profits! Pure contradiction avec la médecine servie aux chômeurs…

Et, finalement, le cas le plus patent: de 2000 à 2010, le fédéral diminua de 28% à 15% le taux d’imposition général des entreprises. De cette façon, selon le credo néolibéral, les entreprises devaient créer plus d’emplois en raison de l’allègement de leur fardeau fiscal.  Or, de nombreuses études en sont venues à la conclusion contraire : la baisse des impôts des entreprises devant supposément stimuler l’investissement n’a jamais concordé avec une baisse du chômage.

En fait, au lieu d’investir dans la main-d’œuvre, les entreprises ont préféré verser ces montants à leurs actionnaires ou spéculer sur les marchés financiers.  Ainsi, on récompense les entreprises de ne pas avoir engendré de nouveaux emplois et on fait payer les travailleurs pour l’incompétence des PDG de ces entreprises!

En conclusion, le mépris des conservateurs et des milieux d’affaires envers le salariat frise l’indécence.  Ils se proclament « Champions de l’économie », mais font tout pour miner la situation économique à longue échéance.  Cependant, le gouvernement conservateur devrait être sur ses gardes. Les rangs de chômeurs risquent de croître lorsque la crise mondiale atteindra réellement les frontières du Canada….ce qui pourrait leur nuire sur le plan électoral lors des prochaines élections.

La solidarité profitable des conservateurs

Retour vers le passé pour le gouvernement conservateur de Stephen Harper.  Après les politiques rétrogrades à l’interne, comme le laxisme en environnement, les coupures à l’assurance-emploi, les lois plus sévères en justice, voici qu’il s’attaque à faire revenir en arrière les paradigmes contemporains des relations internationales.

En effet, le ministre de la coopération internationale, Julian Fantino, a récemment modifié la mission de l’Agence canadienne de développement international (ACDI). Désormais, les investissements privés seront privilégiés dans les dossiers traités par cet organisme gouvernemental au détriment des subsides autrefois octroyés aux acteurs de la société civile à but non-lucratif.

Également, l’ACDI a aussi annoncé en 2011, par l’entremise de Stephen Harper, la création de l’Institut canadien international pour les industries extractives et la coopération – abus de langage et termes complètement antinomiques, s’il en est.  Ce qui inquiète le Conseil canadien pour la coopération internationale (CCCI) qui y voit un danger pour les pays en développement en matière de protection de l’environnement,  des droits des collectivités ainsi que pour l’aide aux entreprises locales, pierre angulaire dans l’élévation du niveau de vie des nations les plus pauvres.

Or, pourquoi qualifier ce changement de cap de l’ACDI comme un mouvement rétrograde en relation internationale? C’est simple.

Tout d’abord, associer le secteur des minerais à la coopération internationale constitue un sophisme éhonté.  Ceci contredit le principe d’émancipation des peuples.

Les compagnies minières étrangères ayant des activités dans les pays du sud ne permettent en rien un développement optimal de l’économie.  Elles peuvent créer quelques emplois, souvent peu rémunérés, en raison de l’absence ou de la faible réglementation en matière de travail.  Mais, surtout, ces compagnies transnationales pillent les richesses minières de ces nations avec, plus souvent qu’autrement, l’appui du FMI et de la Banque mondiale qui dictent, à leur avantage, les politiques économiques, les conditions du marché et les normes du travail à coup de menaces de sanctions économiques.

Bref, avec les conservateurs se drapant de bonnes intentions, l’on nage en plein colonialisme digne des siècles passés dans lesquels les conquérants exploitaient sans vergogne les ressources des pays colonisés…

Flaherty 2012: le budget du mensonge

Certains poussèrent un soupir de soulagement.  Le premier budget conservateur majoritaire n’a pas été aussi draconien que prévu dans son austérité –  les conservateurs ayant sciemment choisi de couper la poire en deux afin de ne pas nuire à la relance de l’économie.  Mais le pire est sûrement à venir.

Le budget consacre des coupures dans tous les ministères, laissant croire à une certaine forme d’équité interministérielle dans la méthode.  En fait, c’est mensonger.

Le plus inconcevable est l’émasculation du ministère de l’Environnement qui deviendra un simple organisme de certification des études-maison des entreprises d’exploitation de ressources naturelles, ainsi que la hausse future de l’âge de l’accès aux prestations de la sécurité de la vieillesse et du supplément de revenu garanti pénalisant les travailleurs à faible revenu.

Notons aussi les révisions des crédits d’impôt aux organismes caritatifs ou écologistes qui pourront être suspendues s’ils critiquent trop ouvertement le gouvernement et le retranchement de 378 millions $ en aide internationale.

Cependant, malgré les coupures généralisées dans l’ensemble de l’appareil gouvernemental, les subsides des ministères de la Sécurité Publique et de la Défense Nationale, eux, continueront à augmenter.

En effet, le fédéral a annoncé, il y a à peine quelques mois, la construction de nouvelles prisons à un coût de 4,8 milliards $ rendant risibles les 688 millions $ de restrictions budgétaires demandées par le gouvernement au ministère de la Sécurité Publique.

Même logique pour les Forces Armées : près de 100 milliards $ – ajoutés à la dette publique du pays – ont été injectés dans l’achat d’équipements militaires depuis l’accession des conservateurs au pouvoir et des augmentations de 2% par année sont prévu par le cabinet Harper.  En soustrayant les 1,1 milliard $ de coupes d’ici 2015, le budget de la Défense Nationale haussera tout de même de 300 millions $ au terme de l’exercice.

Soulignons aussi le maintien des subventions de 1,4 milliard $ à l’industrie pétrolière proche des conservateurs. Stephen Harper a vraiment le sens des priorités!

Apparemment, le principe « faire sa juste part » est aussi relatif dans la gérance des deniers fédéraux qu’il l’a été au Québec avec le dernier budget Bachand…

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication : 173 (universitaire)

Une société de prisonniers

On le sait. Les conservateurs de Stephen Harper prétendent haut et fort lutter contre le crime et envoyer illico presto dans leurs prisons revampées les délinquants en tout genre afin de satisfaire leur électorat traditionnel de l’Ouest préconisant la répression plutôt que la réinsertion sociale des criminels, même s’ils ne sont âgés que de 14 ans.

Or, leurs divers projets de loi resserrant les peines de détention auront comme répercussion un coût supplémentaire au niveau fédéral et surtout pour les provinces qui accueilleront par ricochet un nombre plus élevé de prisonniers – mais sans de subsides supplémentaires provenant du gouvernement fédéral.

Devant les récriminations des provinces,  notamment le Québec, le ministre fédéral de la Sécurité publique, Vic Toews, a simplement rétorqué que les provinces devront couper dans les services sociaux (santé, éducation, aide sociale) afin de financer l’accroissement de la population carcérale suscité par les orientations du cabinet de Stephen Harper.

En suggérant aux États provinciaux de sabrer plus dans les dépenses sociales en cette période de déficits budgétaires dus au ralentissement de l’économie, les conservateurs engendreront plus de pauvreté et en conséquence plus de criminalité qui dirigeront encore plus de citoyens vers le système pénitencier parasitant alors davantage les finances publiques qui injecterons plus d’argent vers l’administration des prisons et ainsi de suite…

Comme toujours, les conservateurs démontrent leur jugement sans faille et leur grande vision sociale.

À croire que les conservateurs espèrent que le Canada batte le record peu enviable du plus haut taux d’incarcération des pays développés détenu aujourd’hui par les États-Unis…

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication : 302 (initié)

R.I.P. Parti libéral du Québec

Ce texte a été publié dans Métro Montréal le 20 septembre 2011

Jean Charest n’aurait pas pu mieux poser le dernier clou sur le cercueil du Parti Libéral du Québec que par sa dernière conférence de presse au sujet du rapport Duchesneau de l’Unité anti-collusion.

En ignorant ce document choc qu’il a lui-même commandé –  et qu’il n’a même pas parcouru-, Jean Charest démontre encore une fois sa nonchalance lorsqu’il est temps de s’occuper des dossiers de corruption qui assaillent son administration.

La mainmise de certaines compagnies privées sur le ministère des Transports ainsi que les liens dévoilés entre le gouvernement actuel et les firmes de génie-conseil sautent aux yeux du rédacteur du rapport, mais n’ébranlent en rien Jean Charest.

Il garde les yeux fermés et espère s’en tirer à bon compte en espérant que le cynisme de la population et ses récurrents trous de mémoire politique le maintiennent encore une fois au pouvoir.

Pourtant, s’il avait étudié l’histoire du parti dont il est présentement le chef et appris de celle-ci, il devrait se rappeler la cuisante défaite de Robert Bourassa en 1976 dans une aura de malversations dans la construction.

Et, pis encore, en tant qu’ancien ministre fédéral sous les conservateurs de Brian Mulroney, Jean Charest aurait dû être mieux avisé dans sa réaction à ce rapport dévastateur.

On se remémorera que les tories ont été pratiquement rayés de la carte électorale fédérale en 1993 après une succession de scandales et c’est exactement ce qui risque d’arriver au PLQ lors des prochaines élections provinciales, malgré le déni du premier ministre québécois.

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication :  167 (universitaire)

Le pire ennemi de Stephen Harper

Nous y voilà.  Stephen Harper a réussi son pari.  Il a mené sa formation politique à un pouvoir majoritaire en mettant en échec une opposition divisée et maintenant incapable de contrevenir à ses projets de loi.

Cependant, il devra faire face à un autre ennemi, malgré sa nouvelle omnipotence à la Chambre des Communes.

Désormais, suite aux élections, le chef de l’exécutif, contrôlant autocratiquement tout l’organe du pouvoir et muselant ses députés et ministres depuis son premier mandat,  répondra seul de ses politiques et de leurs conséquences, bonnes ou mauvaises, et ne pourra blâmer quiconque pour ses déboires.

La nouvelle confiance acquise ne comportera pas que des avantages, mais apportera aussi son lot de dérives et de dérapages.  Car, après tout, qui peut s’affirmer réellement conservateur dans l’âme au Canada, à part les Albertains?  Qui remettrait en question le droit des femmes à l’avortement?  Qui approuverait un sabordage de l’État fédéral initié par des coupes sombres dans les programmes sociaux qui ont bâti la société canadienne?  Probablement beaucoup moins de citoyens que Stephen Harper le croit.

Depuis 2006, les partis d’opposition faisaient contrepoids aux velléités trop conservatrices du premier ministre et de ses acolytes.

Après le 2 mai, la situation a changé.

Il devra alors user de retenu et de sagesse dans ses prises de décision, sinon, il s’aliénera rapidement sa base électorale.   Mais cela s’avérera difficile, puisque de nombreux groupes de pression de droite, tels que les dogmatiques religieux ou les associations de libertariens, pousseront d’un seul élan sur celui qu’ils ont appuyé pendant toutes ses années pour faire avancer leurs agendas.

Dès lors, on peut affirmer que son pire ennemi n’est plus l’ensemble de ses détracteurs ou des autres partis, mais bien Stephen Harper lui-même.