Loto-Jack Layton

Ce texte a été publié dans Métro Montréal le 2 mai 2011

Faites vos jeux.

La roue orange de la chance politique du Nouveau Parti Démocratique (NPD) de Jack Layton tourne et tourne encore.  Misez peu et récoltez gros.  Serez-vous le gagnant?

Si vous vous dites souverainiste, la vague orange pourra faire naître un fédéralisme renouvelé respectant les particularités québécoises ou, au contraire, démontra l’incapacité du Canada à comprendre les demandes du Québec dans le cas d’un nouvel échec du fédéralisme, cette fois-ci à la sauce NPD.

Si vous êtes un jeune révolté contre l’establishment politique, une victoire de ce parti vous réconciliera possiblement avec les affaires publiques ou, à l’opposé, vous fera sombrer encore plus dans le cynisme une fois votre euphorie confrontée à la triste réalité du monde politique.

Si vous vous proclamez progressiste, la montée de cette formation politique de gauche vous ravira par son intention de promouvoir la justice sociale ou vous décevra si celle-ci glisse lentement vers le centre une fois au pouvoir, comme tous les autres gouvernements provinciaux néo-démocrates au cours de l’histoire du Canada.

Rien ne va plus.

Vous serez peut-être gagnant un temps, mais perdrez probablement au change plus tard…

Note:  J’adore Jack Layton.  Mais, le Bloc Québécois est le meilleur allié des Québécois.  Le NPD a toujours voté en bon parti fédéraliste dans le même sens que le PLC ou le PC dans les projets de loi contrevenants aux intérêts du Québec même si l’Assemblée Nationale du Québec ait démontré à l’unanimité et à maintes reprises son opposition envers ceux-ci.  Il faut voter stratégique.  

Les contradictions de Stephen Harper et de ses conservateurs

Rarement a-t-on vu autant de contradictions dans une gouvernance fédérale.  Le Parti Conservateur de Stephen Harper brandit vainement la menace d’un gouvernement de coalition entre les libéraux, les « socialistes » de Jack Layton et les séparatistes en espérant cacher les incohérences de ses politiques et le péril d’une majorité conservatrice.

La prétention de transparence détonne avec l’opacité des décisions gouvernementales et la Loi sur la responsabilité votée en grande trompe par les conservateurs eux-mêmes après le scandale des commandites.  Conflits d’intérêts, trafics d’influence, nominations partisanes, clientélisme culturel, outrage au parlement, utilisation de l’État à des fins politiques démagogiques se placent en contraste avec l’image éthique et d’ouverture du premier ministre Harper qui contrôle l’accès à l’information et musèle ses ministres ou députés trop encombrants.  Évoquons aussi les fraudes électorales des élections de 2006 avec le stratagème du « In and Out » dénoncé par Élection Canada et les tentatives d’éliminer le financement public des partis politiques pouvant avantager grandement les conservateurs déjà hautement financés par les pétrolières ainsi que le monde des affaires.  Tout ça en parfaite antinomie avec l’allocution du ministre de la défense, Lawrence Cannon, prétendant promouvoir la démocratie à travers le monde tandis que son parti viole les processus démocratiques les plus élémentaires.

L’allégement des taxes aux grandes entreprises, la mesure privilégiée des conservateurs pour appuyer la reprise économique, se porte en porte-à-faux à l’efficacité de la relance. En effet,  il est démontré, selon diverses études, dont celles de Statistique Canada et de la fiscaliste Brigitte Alepin, que l’investissement, qui se doit d’être inversement proportionnel à l’abaissement de la taxation, n’est pas au rendez-vous depuis les années 80.    La cible est ratée quand on considère que ce sont les petites et moyennes entreprises qui contribuent à 80% dans la création d’emplois.

Leur animosité face à l’avortement occulte une inconsistance philosophique profonde de cet aspect du conservatisme social.  Les conservateurs stipulent que seuls les enfants issus d’un mariage sont acceptables, mais enlèvent le droit aux femmes de se faire avorter à la suite d’un viol ou d’une relation amoureuse passagère.  Si l’enfantement n’est digne que dans le cadre des vœux sacrés du mariage, pourquoi alors refuser ce droit à l’extérieur de ceux-ci?

Les conservateurs érigent la famille comme valeur suprême, mais mettent en péril celle-ci en négligeant la protection de l’environnement.  En déniant le réchauffement planétaire et en atténuant la réglementation environnementale à l’exploitation des sables bitumineux, par exemple, ils laisseront à leurs enfants une planète malade et en piteuse état.  Belle façon de protéger sa descendance.

La loi et l’ordre, le crédo conservateur, ne s’arrime pas avec la réalité sociale canadienne.  Le crime est en baisse partout au Canada depuis plusieurs années.  Aussi, leurs attaques incessantes contre le registre des armes à feux, pourtant très utile aux policiers dans leur lutte contre les délinquants, sont incompréhensibles dans une logique de répression du crime. Même la Fédération des policiers municipaux clame avec véhémence l’utilité de ce registre.  De plus, permettre à des jeunes fautifs de 14 ans de purger une peine de prison avec de grands criminels adultes ne fait que perpétuer les comportements antisociaux générant encore plus de criminalité.

La militarisation, dont sont friands les conservateurs, va à l’encontre de leur mantra de réduction de l’État –  le budget de la défense gonflant de manière pléthorique.  Sans compter que les contrats sont donnés à l’extérieur du pays, privant ainsi les travailleurs canadiens de nouveaux emplois, lorsqu’il serait possible, dans certains cas, de les octroyer à l’interne.    Le gouvernement conservateur affirme, pour se justifier, que la majeure partie de l’entretien des avions F-35, par exemple, sera effectué à l’intérieur des frontières, ce qui s’avère erroné selon le Pentagone.  Bilan : les déficits cumulés depuis l’accession au pouvoir du Parti Conservateur atteignent 100 milliards de dollars – même si l’héritage de la précédente administration libérale avait dégagé des surplus de 13 milliards en 2006.  En parallèle, plus de 93 milliards ont été dédiés à l’achat de nouveaux équipements militaires. Très bonne gestion des finances publiques pour un parti prônant la rigueur budgétaire!  Il est ainsi inconséquent d’endetter le pays pour satisfaire le bellicisme des conservateurs.

Face à autant de contradictions, on peut se questionner sur le genre d’électeurs se confortant dans le programme de ce parti politique de droite. Le clientélisme qu’opèrent les conservateurs visant à cibler des segments de l’électorat favorables à telles ou telles promesses électorales semble avoir été récemment porteur pour ces derniers.  Néanmoins, les limites d’une stratégie aussi éclatée cherchant à séduire les uns et les autres risquent d’apparaître sans une ligne directrice et cohérente au niveau pancanadien.  Ce qui manque cruellement pour la formation de Stephen Harper…

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication :  179 (universitaire)

Le gouvernement-enfant

Bien voilà. Le gouvernement conservateur de Stephen Harper a déposé son budget tant attendu avec l’appui subséquent des libéraux de Michael Ignatieff.   

 

Après avoir reçu une sérieuse tape sur les doigts en novembre dernier de la part de l’opposition majoritaire, le premier ministre et son cabinet ont acquiescé à des mesures de stimulation économique plus que jamais nécessaire devant la tempête qui s’annonce. 

 

Mais, comme un enfant que l’on réprimande à la moindre incartade, les conservateurs ont besoin d’être constamment surveillés, car dès que la population ou les partis d’opposition ont le dos tourné,  ils recommencent à fomenter leurs mauvais coups. 

 

Nous l’avons vu encore et encore dans le passé depuis l’accession au pouvoir du Parti réformi… euh pardon, conservateur : il s’agit d’un gouvernement immature et dogmatique cherchant toujours à imposer son agenda de droite en dépit des traditions sociale-démocrates de l’ensemble du pays. 

 

Heureusement, les puissants partis d’opposition agissent sur lui comme des parents envers leur enfant trop turbulent jusqu’à l’atteinte de sa « majorité ». 

 

Espérons qu’il en retiendra les leçons, ce qui serait surprenant pour ce gamin indiscipliné, si un jour il détenait totalement les rênes du pouvoir.   

 

À lire: Stephen Harper est-il schizophrène?