Impérialisme et intégrisme

Les opérations militaires françaises au Mali ainsi qu’en Somalie contre des milices intégristes – paradoxalement ordonnées par un gouvernement de gauche censé défendre des valeurs humanistes – révèlent une fois de plus l’attitude impérialiste de l’Occident envers les pays de confession musulmane dont l’occupation de la Palestine par Israël est le paroxysme ultime.

Tout pour nous rappeler le chauvinisme occidental envers une grande civilisation qui fleurissait pendant que l’Occident rampait dans son Moyen Âge.

Les origines de cet impérialisme de l’Occident envers les peuples musulmans remontent au colonialisme du XIXe siècle et, malgré la décolonisation un siècle plus tard, des régimes autocratiques, au service des puissances occidentales assoiffées de ressources et de pétrole, ont dirigé ces pays d’une main de fer jusqu’au récent Printemps arabe qui a sonné le glas de plusieurs de ces dictatures.

Il nous faut alors ne pas s’étonner de l’émergence depuis une trentaine d’années de mouvements intégristes, tel qu’Al-Qaïda, qui représentaient et représentent encore une réaction envers l’impérialisme des nations occidentales et leurs hommes de paille autrefois assis dans les officines du pouvoir.

Finalement, les nouveaux gouvernements composés de factions intégristes, comme les Frères musulmans, constituent un retour de balancier face à la condescendance d’un monde occidental trop convaincu de sa supériorité…

Le Printemps occidental

Ce texte a été publié dans Métro Montréal le 18 octobre 2011

Les divers mouvements « d’occupation » initiés par les « indignés »sur Wall Street à New York se répandent comme une trainée de poudre dans tout l’Occident et au-delà.

Les temps sont mûrs à la contestation populaire transnationale.  La hausse des prix des aliments partout sur le globe et la débâcle financière – ayant dégénéré en crise systémique du capitalisme –  ont planté les germes d’une opposition à l’ordre socio-économique existant.  Les chômeurs – souvent de jeunes diplômés – prennent d’assaut les temples de la finance et réclament plus de justice sociale.

Cependant,  le fait le plus ironique, au niveau historique de cet événement, est que ce « Printemps occidental » a succédé aux révoltes du « Printemps arabe », comme si le monde arabo-musulman avait allumé la mèche d’une révolution du paradigme social dans la civilisation voisine au nord.

Ironique, car la période du Moyen-âge occidental dans laquelle l’Europe fut plongée – se caractérisant par une noirceur philosophique et une perte de connaissances techniques – côtoyait un monde musulman fleurissant et qui conservait le savoir que l’Occident avait jadis perdu et qu’il se réappropriera quelques siècles plus tard grâce à lui.

Aujourd’hui, la civilisation occidentale s’enfonce dans une pénombre sociale dominée par les nouveaux prêtres de la finance et de l’argent, et c’est les voisins arabes qui nous éclairent encore une fois sur la voie à emprunter…

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication : 220 (initié)

De l’évolution des sociétés humaines

Depuis l’antiquité, penseurs et philosophes ont cogité sur la mécanique de l’évolution des sociétés avec des théories plus ou moins hétéroclites.

Néanmoins, dans tout ce capharnaüm idéologique,  nous pouvons distinguer deux groupes distincts opposés par leurs paradigmes particuliers.

Le premier énonce le caractère cyclique ou circulaire du parcours des communautés humaines tandis que le second se campe dans une vision linéaire ou évolutive de la course des sociétés.

Ainsi, dans la première tendance, Platon élabore un mouvement circulaire des États (l’aristocratie, la timocratie, l’oligarchie, la démocratie et la tyrannie) pendant que Vico, penseur italien du  18e siècle, insiste sur des cycles historiques se répétant sans cesse : l’âge divin, où règne la pensée magique et prérationnelle; l’âge héroïque ou ère féodale; et enfin l’âge humain dans lequel prédomine la raison et le contrôle du milieu.

De l’autre côté, Hegel et Marx donne le ton à l’évolutionnisme historique malgré leur opposition dichotomique.

Hegel, qu’Alain surnomme « l’Aristote des temps modernes », pense avec sa dialectique historique que l’Histoire est rationnelle et conduit systématiquement à l’avènement de la société parfaite sous l’égide de Dieu.

Au contraire, Marx, bien qu’il souscrit à la même logique dialectique, quoi que inversée, souligne que la volonté divine est absente du cheminement historique et que seule la réalité matérielle, c’est-à-dire les conditions économiques des hommes, d’où la lutte des classes, est le véritable moteur de changement pouvant amener une société juste et équitable concrétisant alors la « fin de l’Histoire » – un concept d’ailleurs emprunté à Hegel.

Difficile de dégager une synthèse de toutes ces théories.  Mais essayons tout de même.

Certes, les cycles dans le mouvement de l’Histoire sont récurrents.  La prédominance du rationalisme à l’époque antique, particulièrement hellénique et romaine, qui a cédé la place à une période obscurantiste que fut le Moyen-âge pour ensuite revenir aux Lumières, en est la preuve.

Cependant, au final, l’évolution positive de l’Histoire laisse aussi des traces : l’esclavage, très répandu dans l’antiquité, a pratiquement disparu à l’ère contemporaine et l’analphabétisme caractérisant le Moyen-âge a reculé foncièrement partout en Occident depuis quelques siècles.

Disons simplement que l’Histoire progresse, mais cycliquement…