La fin de la mondialisation néolibérale?

La mondialisation néolibérale est en recul.

L’augmentation du prix du pétrole oblige nombre d’entreprises à produire leurs biens commerciaux et industriels à proximité de leurs bassins de consommateurs au lieu d’importer des produits et des ressources de l’autre bout du monde car les coûts de transport deviennent trop onéreux en cette année 2008.

Au cours des dernières décennies, la globalisation fut déclarée inéluctable selon les penseurs de droite du Consensus de Washington et de l’école monétariste de Chicago. Et bien, il faut reconsidérer cette prétention en rapport aux derniers événements en matière d’énergie.

L’histoire économique semble montrer que le libre-échangisme a toujours connu un retour en arrière lorsque les limites de sa viabilité ont été atteintes.

C’est ce que tentait de nous expliquer John Saul dans son livre : « La mort de la globalisation ». Dans cet essai, il mettait en lumière les cycles des politiques économiques dans l’histoire occidentale et jetait un doute sur la prétendue inéluctabilité de la globalisation économique. En se basant sur des faits historiques, il évoquait la récurrence périodique des mouvements protectionnistes et libre-échangistes tout en niant le dogme d’une inévitable intégration économique du monde.

Aussi, deux économistes de la CIBC, Jeff Rubin et Benjamin Tal, abondent dans le même sens en comparant l’explosion du tarif de l’énergie fossile à des nouvelles barrières tarifaires qui pousseront les entreprises à rechercher leurs matériaux ainsi qu’a établir leurs industries tout près des marchés.

Une théorie qui semble se confirmer.

Les statistiques des 12 derniers mois démontrent une chute de 20% de l’exportation de l’acier chinois pendant que les aciéries américaines ont accrue de 10% leur production. Il s’agirait d’un phénomène semblable à la première crise pétrolière de 1973 dans laquelle ont a assisté à un retrait des importations des pays étrangers.

Ici, au Québec, plusieurs entreprises rapatrient leurs activités industrielles dans la Belle Province.  Mario Lampron de la compagnie Les Accessoires de piscine Compétition a délocalisé de la Chine une grande partie de sa production pour la concentrer au Québec. Il n’était plus rentable avec la montée du prix du pétrole de maintenir la plupart de sa production en Extrême-Orient malgré la main-d’œuvre bon marché.

On craignait de voir complètement disparaître le secteur manufacturier chez nous, mais la tendance parait s’inverser.

Par ailleurs, devant une récession aux États-unis qui s’implante et l’accroissement du chômage, les politiciens américains doutent de plus en plus de la mondialisation néolibérale. La première puissance économique a payé cher son adhésion au libre-échange international en perdant des emplois au profit des pays émergents. La situation est telle que les démocrates de Barack Obama songent à recourir au protectionnisme et même à rouvrir l’ALENA advenant la prise du pouvoir.

Voir aussi: La pire crise économique depuis 1929

Le cul-de-sac américain

La récession, voire la dépression économique, guette les États-unis d’Amérique (Voir: Économie américaine: le point de rupture à l’horizon?, Une dépression économique à venir?, Une croissance à crédit, L’économie américaine au bord du gouffre).

Comment sortir de cette impasse?

Dans les années 30 du siècle dernier, les autorités publiques avaient injecté des fonds dans l’économie par de grands projets et l’établissement de programmes sociaux, quitte à endetter le gouvernement, afin de relancer la croissance et mettre fin à la grande dépression.

Aussi, dans les années 70, dans lesquelles on assista à deux crises pétrolières qui se résultèrent par une inflation galopante et l’avènement de la stagflation ébranlant les fondements mêmes de l’économie par un chômage chronique ainsi qu’une élévation de la dette publique, on procéda à une déréglementation des marchés, à un retrait de l’État par la privatisation des entreprises gouvernementales et au sabordement des acquis de l’État Providence jugés trop coûteux.

Maintenant, l’une et l’autre de ces alternatives en politique économique paraissent inappropriées dans le climat désastreux de l’économie américaine alimenté par la crise du crédit et la hausse du coût du carburant.

Appliquer le keynésianisme accroisserait encore plus la dette publique qui frôle maintenant les 9 100 milliards de dollars.

Mettre encore plus en vigueur les principes néolibéraux inspirés du monétarisme de l’école de Chicago se voudrait difficilement applicable car on a déjà sabrer dans les budgets socio-économiques de l’État fédéral depuis 30 ans et déréglementer à fond l’économie, ce qui a mené d’ailleurs à des pertes majeures de contrôle comme la crise financière du subprime.

L’enlisement de la première puissance économique mondiale se concrétise de plus en plus. Le taux directeur de la FED actuellement à près de 2% et qui ne cesse de décroître (diminution de 5% à 2,25% de juillet 2007 à mars 2008 ) afin de stimuler l’économie américaine laisse présager de sombres lendemains.

Qu’arrivera-t-il lorsque ce taux atteindra 0,25% et qu’aucun levier de relance ne sera à la portée des autorités?

Lire la suite: Le cul-de-sac-américain II: inflation, hausse du taux d’intérêt et subprime