Un protectionnisme à deux tranchants

Cet article a été publié le 10 janvier 2017 dans le journal Métro Montréal

Donald Trump n’est même pas encore au pouvoir que ses menaces d’un protectionnisme agressif influent déjà sur la direction des grands constructeurs automobiles américains qui revoient tranquillement leurs politiques de production au Mexique.

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Certains applaudissent cette initiative de Trump dans le monde ouvrier américain devant sa résultante escomptée d’un rapatriement de milliers de bons emplois sur le territoire.

Nous pouvons affirmer que le protectionnisme peut s’avérer viable dans des domaines essentiels, comme l’agriculture ou les ressources naturelles. Cependant, l’application de telles mesures ne s’annonce pas sans répercussions dans d’autres secteurs plus industriels.

En effet, la montée généralisée de barrières tarifaires sur les importations étrangères de biens de consommation aux États-Unis pourrait amorcer une nouvelle guerre commerciale avec des partenaires commerciaux importants, comme la Chine, l’Inde ou l’Union européenne, dont les conséquences peuvent se résulter par une spirale inflationniste plombant le pouvoir d’achat de millions de travailleurs.

Une stratégie plus efficace reposerait sur un plan concret d’achat local par les autorités municipales, étatiques et fédérales ou par un programme réglementé de subventions à des entreprises locales aboutissant vraiment à des créations d’emplois – il faut noter que de tels programmes ont déjà été mis en place depuis la crise de 2008, mais que le manque de restrictions et de suivi de ceux-ci n’a pas mené à de véritables nouveaux emplois.

Côté politique, Donald Trump suscite encore plus la dissension avec les bonzes républicains sur ce sujet. Bien qu’il ait tenté de satisfaire son parti avec des nominations de personnages très à droite en politique étrangère et en sécurité, sa fixation protectionniste sur le plan économique détonne avec l’héritage pro-libre-échange et non tarifaire de sa formation politique depuis le début des années 80. La suite sera intéressante…

 

deuxtranchants

Détournement de démocratie


Encore une fois, on tente d’en passer une vite à la population québécoise et canadienne avec le projet de Partenariat nord-américain pour la sécurité et la prospérité (PSP). Le sommet de Montebello aura lieu cette semaine dans cette municipalité du Québec qui réunira les présidents américain et mexicain, George W. Bush et Felipe Calderon ainsi que le premier ministre Stephen Harper. De plus, une brochette de dirigeants d’entreprises triés sur le volet y seront aussi présents.

Il s’agit en fait d’une tentative de création d’un supra-gouvernement bicéphale englobant le Canada, les États-unis et le Mexique, qui serait constitué d’un cabinet fantôme composé de 2 ministres par pays et d’un Conseil nord-américain de la compétitivité qui regrouperait 30 des plus grandes entreprises du continent. Lors du dernier sommet tenu au Texas en 2005, on avait prévu de mettre en place un commandement militaire unifié pour l’Amérique du Nord et la libre exploitation des ressources naturelles, telles que le pétrole ou l’eau, dont les américains auront grandement besoin dans l’avenir.

Ici, l’unification du commerce et des enjeux de sécurité nationale est établie. On ne fait pas de bonnes affaires dans un climat d’incertitude terroriste, alors on associe le monde des affaires aux prises de décisions politico-militaires. Mais, la démocratie, là-dedans, que devient-elle? Sera-t-elle assujettie aux intérêts des grandes entreprises plutôt qu’à la volonté du peuple ?

Les trois chefs d’État du continent étant de farouches partisans du néolibéralisme (ils sont tous de droite) tentent de détourner la démocratie à l’avantage de ceux qui les supportent. On élève le monde des affaires au-dessus de la libre détermination des peuples en écartant du processus tout les autres acteurs sociaux, comme les groupes communautaires, écologistes et syndicaux, qui auraient sûrement mots à dire dans un sommet de ce genre. Par ailleurs, pourquoi les partis d’opposition officielle de ces trois pays ne seraient-ils pas présents lors des négociations ? De plus, avant toute ratification, pourquoi ne pas soumettre l’entente par référendums aux citoyens ?

Le manque de transparence de cet événement et les mesures de sécurité hors du commun (des centaines de policiers américains seront sur place) traduisent un réel danger pour la démocratie.

P.S.: Merci à Radio-Canada d’avoir cité ce texte dans sa chronique « Sur Le Web » de son édition du 20 août. http://www.radio-canada.ca/nouvelles/surLeWeb/2007/08/20/index.shtml