Jacques Chaoulli et la santé privée

On se souvient du médecin Jacques Chaoulli dont le jugement du même nom a mené à une brèche dans le système de santé public en introduisant la possibilité de soins privés en dehors du régime.

 

À l’époque, monsieur Chaoulli s’était indigné de la piètre qualité des soins dans le réseau public et s’élevait en tant que défenseur des droits des malades.

 

Or, on apprenait dernièrement, que ce même docteur était sommé de comparaitre aux audiences d’une enquête publique au sujet d’un patient mort dans la salle d’attente de la clinique privée dans laquelle il pratique.

 

Les médias nous apprenaient que le malade s’était présenté à cette clinique pour une blessure mineure et a été mis sur une liste d’attente avant de se faire prier de s’asseoir. 

 

Mais le hic, c’est qu’une demi-heure plus tard, le monsieur dont la santé semblait fragile, est apparemment décédé sur un banc de la salle d’attente. Suite à tout ça, Jacques Chaoulli est venu examiner le patient et a conclu qu’il était trop tard.  Pourtant, lors des audiences, un témoin expert a témoigné du contraire.

 

Devant l’inertie des responsables de la clinique, une cliente a essayé d’appliquer la technique de réanimation cardiaque au malheureux et a dû appeler elle-même le 911! Mais les infirmières de l’endroit ont empêché celle-ci de lui porter secours!

 

Certains patients présents sur place ont tellement été choqués par les événements qu’ils affirment ne plus vouloir mettre le pied dans cette clinique(selon le Journal de Montréal)!

 

Qui a bien pu dire que la santé privée était meilleure que celle du public? Qui a dit qu’il n’avait pas d’attente dans le privé?  

 

Voilà que le champion de la privatisation médicale laisse mourir un patient et ne tente rien pour le sauver de la mort. 

 

Imaginez si cela s’était produit dans un hôpital public!  Le scandale aurait fait le tour du pays!

 

Monsieur Chaoulli semble avoir oublié qu’il y a deux qualités essentielles à la profession de la médecine : celle d’avoir du cœur et de l’empathie.  Si une personne nécessite une intervention médicale, même si elle parait superflue, il est du devoir du médecin d’essayer tout ce qui est en son pouvoir pour sauvegarder la vie de cette personne.

 

On est en droit de se demander : ce médecin a-t-il décidé de ne pas intervenir parce que cet acte ne serait pas comptabilisé sur son chèque de paie?  Il avait peut-être à ce moment précis des clients bien plus nantis dans son bureau.

 

Si ça ressemble à ça, les soins de santé privés, il vaut mieux s’en passer…

 

Voir: La santé n’est pas une marchandise; S’endetter pour la santé

 

 

Une médecine à double tranchant

Cet article a paru le 29 juin 2005 dans le journal “Le Devoir”.

Les médecins pourraient, comme certains l’ont suggéré, être obligés de respecter un certain nombre d’heures de pratique ou de rendez-vous au réseau public avant d’aller soigner des patients dans un système privé. Le service public s’en trouverait alors allégé. Les partisans de cette option ont peut-être partiellement raison. Mais ils devraient pousser un peu plus loin leur réflexion: qu’en est-il des infirmières, des techniciens en réadaptation ou en anesthésie, des préposés aux bénéficiaires ou même du personnel de soutien?

La croyance populaire veut que seuls les médecins soient la pièce maîtresse de la santé. Mais il n’en est rien. On peut leur imposer un quota, mais en serait-il de même pour les autres professionnels de la santé? Je crois que non. Rien ne retient l’infirmière ou le technicien de quitter le système public pour un système privé plus rémunérateur. Sous cet angle, l’affirmation selon laquelle la médecine privée ne drainera pas de main-d’oeuvre du secteur public, en manque chronique de personnel, semble incertaine.

De plus, les salariés de plus bas niveau, comme les préposés aux bénéficiaires, qui, disons-le, n’ont pas la vie facile dans les services de santé, risqueraient de voir leur salaire diminuer dans le privé, comme c’est le cas aujourd’hui dans les centres d’accueil semi-privés. Ce qui revient à dire que les hausses de revenu des infirmières, des techniciens et des médecins dans un réseau privé se feraient sur le dos du personnel auxiliaire et de soutien.

Enfin, les rémunérations plus élevées des infirmières et des techniciens dans un cadre privé mettront de la pression sur le réseau public pour qu’il augmente les revenus des mêmes catégories de personnel. Ainsi, la crise financière du secteur public s’aggravera.

La médecine à deux vitesses incarne une lame à double tranchant: d’un côté, elle permettra, souhaitons-le, une rapidité de service dans les listes du système public tout en améliorant les conditions de travail de certains professionnels au privé; de l’autre, les professionnels, à l’exception des médecins, risquent de migrer vers le réseau privé, aucune mesure de rétention n’étant prévue à ce jour, et les travailleurs moins spécialisés écoperont d’une baisse des conditions de travail tandis que les meilleures salaires des travailleurs spécialisés au privé auront tendance à faire augmenter les coûts de ces classes d’employés dans le réseau public.