Un parti pas si libéral que ça

Le parti de Philippe Couillard brandit fièrement le libellé « libéral » dans sa diatribe contre la Charte des valeurs québécoises du Parti Québécois.

Le Parti libéral du Québec prônait une latitude quasi-totale sur la question des signes religieux ostentatoires, mais la sortie fracassante de Fatima Houda-Pepin, une députée libérale de confession musulmane, lui a imposé de revenir aux racines mêmes du libéralisme politique en l’obligeant à opter pour des restrictions inspirées de la Commission Bouchard-Taylor – c’est à dire une interdiction des symboles religieux qu’aux agents coercitifs de l’État (policiers, juges, procureurs de la couronne).

Tout d’abord, l’ancienne position du PLQ s’inscrivait complètement en faux avec la notion libérale de séparation de l’État et de la religion.  En effet, John Locke (1632-1704), considéré comme le premier penseur du courant libéral, édictait clairement dans ses écrits la nécessité d’une séparation distincte du politique et des confessions religieuses dans le but évident d’éviter un absolutisme théocratique néfaste.  Nul doute alors que Locke se serait prononcé pour un interdit des signes religieux, surtout en ce qui concerne les personnes détenant un pouvoir coercitif sur leurs concitoyens.

Ensuite, nous pouvons constater plusieurs incohérences dans le fonctionnement interne du PLQ par rapport à un principe cher au libéralisme : la démocratie avec sa notion de contre-pouvoirs.

Étrangement, ce parti démontre une façade toujours monolithique et les dissensions y sont rares.  En tenant serré le collier de sa députation, l’establishment du parti étouffe les voix des contestataires.  La belle famille libérale montre toujours une image d’unité, mais, malheureusement, au détriment des préceptes démocratiques du libéralisme politique qu’elle défend théoriquement.

Plusieurs exemples le démontrent : l’ascendance autocratique bien connue de l’ancien chef et premier ministre, Jean Charest, sur ses militants et députés (dont Couillard continue la tradition); l’incident du rejet d’une motion sur la tenue d’une enquête sur la corruption en plein congrès libéral (la proposition a été rejetée dans le brouhaha sans débat ni vote); le refus du vote libre par Philippe Couillard à propos du projet de loi sur la Charte des valeurs; et bien sûr, les déclarations houleuses d’il y a quelques jours de Fatima Houda-Pepin qui voulait ainsi sortir du carcan imposé par son parti.

Pour mieux comprendre la mécanique du Parti libéral du Québec, il est utile de se référer à la classification des partis politiques de Maurice Duverger.

Selon ce juriste et politologue français, les partis politiques se divisent en deux groupes : les partis de cadres et les partis de masse. Le premier groupe se campe surtout à droite et la pyramide décisionnelle va de haut en bas, c’est-à-dire que les élus dictent les priorités à la base du parti.  Au contraire, le deuxième groupe donne une grande influence à l’organisation du parti et les élus sont soumis à ses orientations.

Nous pouvons alors affirmer, selon ce classement, que le Parti libéral du Québec est un parti de cadres dans lequel l’élite assied son pouvoir sur le reste de la formation politique… en contradiction des valeurs démocratiques libérales.

L’utopie du centrisme en politique

Tous les partis politiques majeurs au Québec et au Canada se prétendent de « centre », de centre droit ou de centre gauche, afin de susciter une confusion des genres favorable à une éventuelle prise du pouvoir.

Théoriquement, comme l’évoquait Maurice Duverger, tous les partis sont attirés vers le centre pour se permettre de recueillir un plus grand nombre de voix.  Cependant, ils conservent toujours leurs bases militantes et surtout leurs bailleurs de fonds qui financent leurs campagnes électorales.

Ainsi, les partis de droite, préconisant la conservation de l’ordre social existant, sont appuyés financièrement par les milieux d’affaires ou les mouvements conservateurs tandis que les partis de gauche, plus revendicateurs et demandeurs de changements sociaux, reçoivent des dons de groupes sociaux et de grandes centrales syndicales.

Au bout du compte, les partis politiques se proclamant de centre pencheront toujours du côté de leurs contributeurs financiers initiaux et tasseront sur le bas côté leurs prétentions centristes lorsqu’ils devront pendre position sur de lourds sujets publics.  En somme, à la croisée des chemins, les partis politiques montrent leur vraie affiliation.

Le centre “pur” est improbable en politique, voire même impossible. En fait, on ne peut qu’être de centre droit ou de centre gauche, ce qui revient à dire que l’on est de droite ou de gauche avec une petite teinte centriste dans l’intention d’attirer dans ses rangs des sympathisants de l’autre côté du spectre politique.

Historiquement, on a déjà pu constater que le centre ne peut se maintenir qu’en période de prospérité ou de stabilité économique.  Cette constatation a été palpable lors de la Grande Dépression des années 30 en Allemagne prénazie et en France avant l’accession au pouvoir du Front populaire.  Jadis, dans ces deux pays, les extrêmes se sont ravivés dû à la polarisation des intérêts et des conditions économiques.  Dans une telle situation socio-économique particulièrement problématique, le consensus ou le centrisme est impossible, car aucune véritable classe moyenne n’existe pour atténuer les extrêmes.

Reste à voir si la crise économique actuelle mènera à une telle polarisation politique dans l’avenir….

De plus, philosophiquement, une mouvance politique de “centre centre” suggérerait que la société est statique et n’évolue pas au gré des événements historiques ou des transformations des vecteurs sociaux.

Finalement, c’est justement ce va-et-vient entre le conservatisme et le progressisme ainsi que l’affiliation des partis politiques avec des groupes d’intérêts aux visées précises en corrélation avec le changement social qui rendent très difficile de maintenir une position de véritable centre.

À lire:

Entre deux extrêmes

À propos de la gauche et de la droite