Retour vers l’avenir

Le virage nationaliste de la CAQ et la venue récente parmi ses rangs d’un transfuge du Parti québécois, le conseiller politique Stéphane Gobeil, suscitent l’espoir d’un regain de popularité de ce parti vivotant dans le paysage politique québécois.

Mais cette image revampée – ultime tentative de relancer la formation politique – ne constitue en rien une nouveauté. On tente simplement d’appliquer une nouvelle couche de vernis sur un tableau déjà bien craquelé. En fait, cette nouvelle allégeance «  nationaliste  » n’est point différente de la position de l’ADQ, son ancêtre, et aussi de la défunte Union nationale.  L’une comme l’autre prônaient une politique autonomiste – c’est-à-dire un nationalisme mou prétendant défendre les intérêts du Québec dans la Confédération canadienne.

De plus, ce nationalisme de droite, disons-le, s’aligne dans la même pensée de l’ancien premier ministre Maurice Duplessis de tendance très conservatrice: donner un appui exclusif à l’entreprise privée locale ou étrangère, rapetisser un État jugé trop tentaculaire et s’opposer aux revendications syndicales.

Ce changement cosmétique de la Coalition Avenir Québec ne cache pas sa véritable intention, soit «  retourner vers le passé  » – tout comme l’Action démocratique du Québec affichait fièrement l’adjectif «  démocratique  » dans son appellation pendant qu’elle proposait ni plus ni moins une politique économique de droite qui aurait favorisé indubitablement un écart croissant entre riches et pauvres.

Fin de régime Charest

Voici le résultat de 9 ans d’un gouvernement libéral déconnecté de la population sous la tutelle de Jean Charest.

Après la réingénierie manquée de l’État, les modifications à l’article 45 du Code du travail, les dérives environnementales (Suroît, gaz de schiste, port méthanier, etc.), les nominations douteuses des juges, les mesures fiscales inéquitables et régressives (comme la taxe santé), la collusion dans le milieu de la construction et dans les travaux d’infrastructures provinciales sans compter la corruption généralisée incarnée par la proximité du monde des affaires des plus hautes instances du pouvoir, voici que la goutte faisant déborder le vase origine d’une hausse des droits de scolarité ébranlant le consensus social progressiste de la société québécoise.

Sous le couvert de calmer le jeu et d’imposer le futur retour en classe des étudiants le désirant, Jean Charest prépare le terrain, avec la loi spéciale 78, pour des élections difficiles en faisant taire à l’avance toute contestation potentielle et en jouant le champion de la loi et l’ordre dans l’espoir de gagner quelques points de pourcentage dans les suffrages sur le dos des étudiants.

Les parallèles souvent évoqués entre la gouverne actuelle et l’ancien régime de Maurice Duplessis paraissent de plus en plus évidents – Jean Charest étant lui aussi un ancien chef conservateur -, tels que le mépris envers toute forme d’opposition organisée et le dédain du droit à la liberté d’association.

Jean-Jacques Rousseau disait dans Du contrat social : « Convenons donc que force ne fait pas droit, et qu’on est obligé d’obéir qu’aux puissances légitimes ».

La légitimé de ce gouvernement est de plus en plus mal en point, comme semble le confirmer son taux de satisfaction famélique. Et, en étendant ainsi la répression à l’encontre des libertés, Jean Charest démontre la faiblesse de sa position et de sa gouvernance en assoyant sa primauté sur la force.

Des effluves de fin de régime se font sentir.

Une chose de positif devrait toutefois ressortir de toute cette malheureuse situation : la politisation d’une jeunesse que l’on croyait indolente prépare le chemin à des lendemains meilleurs….