Lucien Bouchard, Dessau et les gaz de schiste

Que fait-t-on, lorsqu’un expert à l’allégeance douteuse, comme André Caillé, se casse la gueule en tentant de faire avaler aux québécois la pertinence et la sécurité de l’exploitation des gaz de schiste?  Tout simple. On envoie le larbin des affairistes, Lucien Bouchard, à la rescousse.

L’Association pétrolière et gazière du Québec espère, par la nomination de ce nouveau président, amadouer la population en propulsant à l’avant-scène l’ancien premier ministre le plus populaire de l’histoire récente du Québec.

Pourtant, Lucien Bouchard se situe à des millions d’années lumière des préoccupations du citoyen québécois ordinaire.

Toute sa carrière, il pencha du bord du monde des affaires, sans compter ses va-et-vient constants entre foi souverainiste et fédéraliste démontrant à maintes reprises son caractère frivole et ambivalent.

Que cela soit clair : Bouchard n’est pas là comme médiateur dans ce dossier, mais comme représentant de commerce pour l’oligopole énergétique fossile.

Et cela lui sied bien.

En fait, Bouchard couche avec les gens d’affaires depuis toujours.

Comme député et ministre de l’environnement sous les conservateurs de Mulroney – c’est un comble! – il marcha main dans la main avec la communauté d’affaire.

Parlons aussi de ses coupures sauvages en éducation et particulièrement en santé pendant son règne de premier ministre du Québec dont on ressent encore les effets en 2011.

Par ailleurs, son adhésion, en 2005, au Manifeste pour un Québec Lucien….lucide,  confirma ses positions conservatrices en économie souvent aux antipodes des besoins sociaux de la population.

Et souvenons-nous de sa déclaration outrageante sur le manque d’ardeur au travail des salariés québécois.  En somme, « travaillez plus pour moins », comme il l’a dit aux employés d’Olymel dans son rôle de négociateur de la partie patronale – preuve ultime de son aversion pour la populace laborieuse.

Plus récemment,  il siège sur de nombreux conseils d’administration de grandes compagnies, comme Saputo, Transforce, Transcontinental et surtout Dessau (Conseil consultatif) qui est partenaire en règle de l’Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ), instigateur du projet des gaz de schiste!!!

Quand on parle du jupon qui dépasse!

Ne soyons pas dupe.  Le Québec ne doit pas tomber dans le panneau des gaz de schiste.

Lucien Bouchard n’est pas impliqué là-dedans pour des considérations altruistes ou pour faire avancer le Québec.  Il débarque dans ce dossier uniquement pour appuyer ses  petits copains et récolter en prime les 700$ de l’heure que lui paiera l’APGQ.  À ce tarif, n’importe quel opportuniste pourrait vendre sa propre mère.

Il sera intéressant de voir planer Bouchard sur les vapeurs des gaz de schiste avec la nouvelle information dévoilée concernant les fuites importantes sur les sites de Leclercville et de La Présentation de la compagnie albertaine Talisman en parallèle avec l’arrêt de ses projets gaziers aux États-Unis suite à un grave incident en Pennsylvanie … au risque de le voir perdre encore plus de crédibilité parmi ses compatriotes.

Le Québec n’est pas dans le rouge

On nous rabat les oreilles sur le déficit du Québec et l’avenir apocalyptique qui attend les futures générations avec des reportages redondants sous l’entête « Le Québec dans le rouge ».

Quebecor via TVA, LCN, le Journal de Montréal, le Journal de Québec associé avec l’Institut Économique de Montréal (IEDM) ainsi que le groupe du Manifeste pour un Québec Lucide tapent sur le clou afin de faire gober à la population l’obligation de sabrer tout ce qui bouge dans la fonction publique et de réduire de façon appréciable la taille de l’État.

Et le gouvernement libéral acquiesce en cherchant encore plus d’argent dans les poches des contribuables et en promettant de réduire subséquemment les dépenses.

Mais, nous n’entendons qu’une version de la réalité, la leur, et ils négligent pertinemment de présenter l’autre coté du miroir.

Alors faisons un tableau de la dette réelle du Québec et démontrons qu’il existe une marge de manœuvre qui empêcherait de refiler encore une fois la facture à la classe moyenne avec une hausse des tarifs ou de la taxe de vente.

DETTE NETTE VERSUS DETTE BRUTE 

Dans tout calcul de l’avoir réel d’une entité comptable, que cela soit une personne, une entreprise ou même un État, il est de mise de calculer l’actif par rapport au passif.

L’actif, c’est tous les biens que possède une entité.  Le passif comprend toutes les dettes de la même entité.  La différence entre le total des éléments d’actif et le total des éléments du passif nous donne l’avoir du propriétaire.  On ne peut tracer un bilan financier d’une entité sans prendre en considération l’actif et le passif.

Ainsi, le Québec possède des actifs très importants tels qu’Hydro-Québec, Loto-Québec, la SAQ sans compter tout le patrimoine bâti de l’État québécois incluant les bâtiments hospitaliers et scolaires.  En fait, tous ces biens surpassent en valeur le montant de la dette publique du Québec.

En somme, la dette brute du Québec atteint 94% du PIB, soit 2% au-delà de la moyenne des pays de l’OCDE (92%).  Mais, en entrant les actifs dans l’équation, la dette nette se situe à 40% ou 42% du PIB, c’est-à-dire alors en-deçà de 6 à 11 points en relation à la moyenne des nations de l’OCDE (références 1 et 2).

Voilà de quoi remettre les choses dans leurs véritables perspectives…

IL EXISTE UNE MARGE DE MANOEUVRE 

Malgré ces faits comptables incontestables, la droite idéologique continue de chanter, à l’instar d’un disque rayé, le même refrain  « Le Québec est dans le Rouge! » afin de permettre une vente de feu des biens collectifs des québécois comme s’il n’existait aucune possible marge de manœuvre. Ils clament tous : «  privatisons », comme si cela était la seule et unique alternative.  Rien n’est plus faux.

Dressons un tableau des alternatives :

1. Hausse de l’imposition pour les plus hauts revenus

Les contribuables gagnant plus de 150 000$ par année ont vu leur taux d’imposition passé de 33% à 24% entre 1985 et 1988, c’est-à-dire le même niveau de taxation sur le revenu qu’une personne gagnant la moitié moins (76 770)$.

À l’époque, on stipulait que cette mesure aurait comme but de contingenter la fuite des « cerveaux » hors de la province.  Mais, en ces temps difficiles, tous doivent mettre l’épaule à la roue de manière équitable et la prétention de retenir les gens les plus instruits ne tient plus en cette période de crise économique car le Québec se tire très bien de la présente situation en offrant maintenant plus de possibilités d’emplois que dans le reste de l’Amérique du Nord gravement touché par le chômage.

Alors, ne serait-il pas temps de créer des paliers d’imposition supplémentaires afin de faire payer leur juste quota aux plus nantis de la société?

2. Augmentation de l’imposition sur les profits des entreprises

On peut lire sur le site d’Investissement Québec : «Au Québec, les taux d’imposition sont parmi les plus bas au Canada et même inférieurs à ceux de la plupart des états américains (…) Au Québec, le taux d’impôt des sociétés s’établit à 29,9 %. Ce taux sera graduellement réduit à 26,9 % en 2012, conférant au Québec le plus faible fardeau fiscal global sur les nouveaux investissements des entreprises du G7 d’ici 2011 et le taux d’imposition prévu par la loi le plus bas du G7 d’ici 2012. »

En outre, les contributions fiscales des grandes entreprises sont passées de 61 % à 21 % en quatre décennies.

Que l’on ne vient pas dire qu’il n’existe aucune marge de manœuvre avant d’appauvrir encore davantage les contribuables ordinaires!  Le Québec se targue d’avoir l’un des plus bas taux d’imposition des compagnies sur le continent!

De plus, la dette publique du Québec, qui fut de 2,2 milliards en 1971, augmenta jusqu’à 128,7 milliards en 2009 en complète synchronicité avec les élévations des bénéfices ainsi que des allégements d’impôt des entreprises privées canadiennes. De 1964 à 2004, les profits des compagnies furent multipliés par un facteur de 4,7 tandis que leurs contributions fiscales diminuèrent de 4,2% à 2,4% du PIB de 1984 à 2004 (soit 43% de moins)! En 1999, 52% des entreprises québécoises n’ont pas payé d’impôt alors qu’elles avaient enregistré plus de 9 milliards de bénéfices! De plus, en 2002, Québec a octroyé 4,2 milliards d’aide financière aux gens d’affaires tandis que leurs compagnies n’avaient contribué que 3 milliards aux deniers publics! Un manque à gagner de 1,2 milliard (source)!

Quel est le résultat de cette dynamique de transfert du fardeau fiscal des entreprises vers les petits citoyens? En 2003, 80% des revenus de l’État provenaient des particuliers!

3. Instauration de redevances sur l’exploitation des ressources naturelles

On apprenait, en juin dernier, que 22 entreprises minières ont échappé à l’impôt entre 2002 et 2008 en s’appuyant sur tel ou tel avantage fiscal douteux.

Les compagnies forestières, elles aussi, ne sont pas à plaindre. Après avoir rasé les aires forestières durant des décennies avec le consentement implicite des gouvernements tout en ne retournant que des miettes à la collectivité, elles ont reçu, en 2007, 351 millions de dollars en remboursement de travaux sylvicoles après avoir déboursé 228 M$ en redevances et 5 M$ en impôt sur les profits! Faites le calcul vous-même! À cela, il faut ajouter les centaines des millions de dollars d’aide à l’industrie forestière octroyés par le provincial!

Parlons de l’eau qui sera la ressource la plus convoitée dans l’avenir. Durant longtemps, Pepsi, Coca-Cola, Danone, Nestlé et Naya s’en sont donnés à cœur joie en pompant notre ressource hydrique sans contrôle ni perception monétaire de l’État. Devant le tollé général, la ministre du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs (MDDEP), Line Beauchamp, a annoncé qu’à partir de 2009 les grands exploitants d’eau seront soumis à une taxe pouvant rapporter un misérable 5,5 millions aux deniers publics!

Nous ne sommes plus à l’époque de Duplessis dans laquelle nous remettions nos ressources naturelles dans les mains de compagnies américaines en échange de quelques emplois temporaires peu rémunérés.  Plusieurs autres provinces et pays exigent une redevance sur l’exploitation de leurs richesses naturelles limitées.  Prenons en exemple l’Alberta : cette province a pu engranger plus de douze milliard$ en redevances  dans le domaine des sables bitumineux et cela pour une seule et unique ressource!

Qu’attendons-nous pour demander ce qui nous est dû? Personne ne devrait pouvoir venir chez-nous et extirper de notre sol l’eau, les minerais, la matière ligneuse sans une adéquate contrepartie.

NON AU CONCEPT D’UTILISATEUR-PAYEUR

La politique du gouvernement libéral d’accroitre les tarifs à l’accessibilité des services publics est une tactique empreinte d’injustice car elle est inéquitable.  Si Jean Charest va de l’avant avec ce projet lors du prochain budget, la classe moyenne devra encore et toujours supporter à elle seule la plus grande partie de l’assiette fiscale de l’État québécois.

Le concept de l’utilisateur-payeur est régressif et va à contre-sens de la justice sociale et de la juste répartition des richesses.

En fait, une hausse globale des tarifs frapperait plus durement les classes démunies et moyennes que les nantis de la société, car plus élevé est le revenu d’un individu ou d’un ménage, plus facilement il peut absorber des nouvelles taxations sans diminuer son niveau de vie et envisager de couper dans ce qui est le plus essentiel, comme la nourriture, le logement, les médicaments, etc.

Par conséquent, on se doit de dénicher l’argent là où il se trouve au-lieu de réduire le pouvoir d’achat des contribuables.  Une reprise économique se base toujours sur une croissance de la consommation et en appliquant une méthode de tarification régressive à la place d’un rehaussement de l’impôt sur les revenus des contribuables les plus aisés et les gains des entreprises, le gouvernement libéral ira à l’encontre des intérêts d’une majorité de ses électeurs et d’une reprise économique éventuelle.

LE QUÉBEC N’EST PAS DANS LE ROUGE

On nous fait fallacieusement croire que notre peuple est submergé de dettes. C’est ce que les bien-pensants et les sbires de l’élite financière et mercantile insufflent dans nos cerveaux lavés de publicités et de propagandes incessantes afin de nous subtiliser nos avoirs collectifs.

Depuis 30 ans, ils lorgnent nos services publics et salivent d’envie à l’idée des immenses bénéfices qu’ils pourraient engranger en ayant la mainmise sur l’appareil étatique et ses diverses ramifications.  La santé, par exemple, est un terreau très profitable pour les affairistes même s’il est avéré que la gestion privée des soins de santé est plus couteuse à un pays qu’une gestion publique.

Ce n’est pas le Québec qui est dans le rouge, mais le monde des affaires québécois qui a connu une chute de ses rendements lorsque la plupart des ménages acquirent tous les biens de consommation primaires et secondaires.  Maintenant, le seul secteur exploitable est l’ensemble des services publics et les business men entendent bien prendre tous les moyens nécessaires afin de s’approprier ce que les québécois se sont dotés depuis la révolution tranquille, avec ou sans leur consentement.

AJOUT: En 2008, les agences de notation Fitch Ratings et Moody’s ont rehaussé ou maintenu la cote du Québec.  État en faillite???Inconsistant avec le discours de la droite, non?

À lire: Dette publique : en finir avec la désinformation

La grande rupture sociétale : capital ne rime pas avec social

Convergence politico-médiatique

Le vol de la dette publique

Lucien Bouchard n’a jamais été réellement souverainiste

Les derniers commentaires de Lucien Bouchard à propos de sa perte de foi en l’indépendance du Québec et au soi-disant virage radical identitaire du Parti Québécois confirment une fois pour toute que notre Lulu national n’a jamais été souverainiste.

Malgré son adhésion à l’option du « OUI » en 1980 et 1995, la somme de son implication politique concrète laisse transpirer en fait un fort penchant pro-fédéraliste.

En véritable girouette politique, il n’a cessé de passer d’un extrême à l’autre de l’axe souverainiste-fédéraliste.

Notons trois mouvements de ce genre :

– Il fut tout d’abord un partisan actif du Parti Libéral du Québec lors de la campagne de 1970 et rejoint le camp souverainiste en 1980 après les événements de la crise d’octobre.

– En 1988, il rallie le Parti progressiste-conservateur dans l’espoir de ramener le Québec dans le concert de la confédération canadienne mais crée le Bloc Québécois après l’échec du Lac Meech.

– En 1995, année du deuxième référendum, il s’implique dans la campagne et permet de rehausser la popularité de l’alternative souverainiste. Succédant à Jacques Parizeau à la tête du Parti Québécois en 1996, il porte le flambeau du nationalisme québécois jusqu’à sa démission en 2001 où il baisse les bras en déclarant qu’il n’a pu ranimer la flamme de la cause de la souveraineté du Québec.

Et, cette semaine, voici cette déclaration vitriolique dans laquelle il qualifie la recherche de la souveraineté comme un objectif chimérique. Il affirme même qu’il ne verra pas l’accession du Québec à son indépendance de son vivant et donc qu’elle est désormais futile.

Après moi le déluge…

On reconnaît bien là l’arrogance et la prétention de supériorité morale de cette ancienne icône du nationalisme québécois.

Lucien Bouchard fut un souverainiste par circonstance, non par conviction.

En 2001, il a déserté la chefferie du PQ devant l’insistance d’une franche de ce parti qui demandait une attitude plus agressive dans la promotion de l’idée de la souveraineté car sa propre conviction n’était pas aussi vivante que celle des vrais souverainistes. À la première occasion, il a courbé l’échine et n’a pu continuer le combat.

Par ailleurs, on est en droit de se demander si ce personnage est vraiment un nationaliste convaincu après sa participation à l’élaboration du Manifeste pour un Québec Lucide. Dans ce document teinté d’une pensée néolibérale, il acquiesce à un délestage des services publics québécois et des instruments de contrôle du peuple Québécois sur sa destinée économique. Mais comment permettre l’émancipation du Québec en vendant au capital international toutes les institutions publiques dont les Québécois se sont dotés depuis la Révolution tranquille? N’était-ce justement pas pour réaliser cette émancipation que nous les avions érigées?

Et que dire de sa sortie peu élégante de 2006 demandant aux Québécois de travailler plus comme si notre peuple était une bande de fainéants. Pourtant, nous avons réussi en moins d’une génération à passer d’une communauté à caractère agricole à une société industrielle moderne. De plus, y-a-t-il un mal à vouloir jouir de la vie en profitant d’un temps en famille ou dans les loisirs après une semaine complète de travail? Devrions-nous, comme le suggère Saint-Lucien, sacrifier nos vies pour satisfaire les impératifs du capital?

En fait, monsieur Bouchard est un conservateur économique avant d’être un souverainiste.

Pour lui, l’économie prime sur les velléités indépendantistes des Québécois, comme son ancien mentor Robert Bourassa qui croyait que la souveraineté politique passait derrière la satisfaction des besoins matériels et économiques. Apparemment, il revient présentement à ses premiers amours.

Comme si ce n’était pas suffisant, Lulu agit en revanchard en entremêlant ses intérêts familiaux avec ceux de la population du Québec tout en minant la crédibilité des forces souverainistes. Il faut remarquer que cette attaque peu subtile a suivi les déclarations de Pauline Marois, l’actuelle cheffe du Parti Québécois, qui comparaient son frère (Gérard Bouchard) au personnage fétiche d’Elvis Gratton en relation à son attachement au multiculturalisme. Une allusion maladroite de Marois, certes, mais qui ne valait pas cette louche affabulation de radicalisme nationaliste, voire même racial, envers le Parti québécois au sujet de son questionnement identitaire. Ce parti est depuis toujours tolérant envers les immigrants et n’a jamais fait preuve d’une xénophobie comparable à l’Action Démocratique du Québec comme l’affirme monsieur Bouchard.

Finalement, Lucien Bouchard est un bien pensant qui nous dicte quoi penser, nous pauvres Québécois incultes et ignorants. Maintes fois il retourna sa veste et il ose aujourd’hui nous faire encore la morale.

Mais je lui pose une question : si la solution est d’éclipser la souveraineté et de s’attarder entièrement aux problèmes du Québec tels que les finances publiques, l’éducation et la santé, pourquoi le Parti libéral du Québec, qui n’est pas astreint par des contraintes nationalistes,  n’a-t-il pu réussir à résoudre aisément ces maux en 7 ans de pouvoir?