Un pacte avec le diable

Les stratèges du Parti Québécois devaient se réjouir d’avoir convaincu Pierre-Karl Péladeau de se porter comme candidat de leur formation politique dans la circonscription de St-Jérôme. Ils se disent, qu’enfin, un acteur important du milieu économique viendra appuyer la cause de la souveraineté avec tout le poids médiatique de son conglomérat : officiellement, il ne siège plus sur le conseil d’administration de Québecor, mais il a refusé de liquider ses actions dans l’entreprise, et donc, de facto, il conserve une grande influence sur sa direction.

Vu comme un véritable sauveur capable de mener à bien la quête souverainiste, Pierre-Karl Péladeau n’en conserve pas moins un passé conflictuel avec le monde syndical et penche plutôt vers une vision libertarienne de l’économie qui détonne avec la tradition sociale-démocrate du Québec et même du Parti québécois.

À cet égard, au lieu d’unir le PQ sous son aile, sa présence pourrait, au contraire, susciter la division parmi les troupes (certains sociaux démocrates, excédés, pourraient quitter le navire). Ou c’est peut-être ce que Pauline Marois désire dans la foulée des révélations de la Commission Charbonneau : détacher les anciens liens avec les syndicats et tenter de séduire les électeurs plus à droite avec le recrutement de l’un des plus importants hommes d’affaires de la province aux méthodes plutôt expéditives en relations de travail… ce qui n’augure rien de bon pour les employés de l’État.

Le PQ, selon certains, vient de pactiser avec le diable et il devra en payer le prix si son virage à droite ainsi annoncé engendre un conflit social larvé entre les tenants de la social-démocratie et les partisans d’un désengagement du gouvernement de la vie des citoyens conforme à la conception libertarienne de l’État et de la société.  Ainsi, à défaut d’unir le Québec dans la marche pour l’indépendance, Péladeau le divisera encore plus au grand plaisir des opposants fédéralistes.

Et, en admettant une victoire du PQ aux élections, quel genre de message ceci lancera-t-il aux pourfendeurs de la corruption et de la collusion affligeant les Québécois lorsque l’ancien président toujours propriétaire prédominant de l’une des plus grandes sociétés médiatiques du Québec vient de joindre l’équipe ministérielle? On ne peut que faire le parallèle avec le cas Silvio Berlusconi, autre grand prince des médias en Italie et ancien président de ce pays, dans lequel le règne fut marqué de corruption flagrante, de fraudes fiscales et électorales… ce qui nous prouve que pouvoir politique et concentration des médias sont toujours néfastes à la démocratie.

Pour plusieurs souverainistes, l’indépendance est louable et nécessaire… mais pas au prix de remettre les clés de la province ainsi que son avenir à un affairiste milliardaire très éloigné des préoccupations des gens ordinaires et qui n’entrevoit que le profit comme finalité ultime de la société.

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La mécanique libertarienne

Un mécanicien libertarien fait face à des problèmes de moteur.

Il dit à son client :  »  vous savez, la source du mal vient des pièces du véhicule.  Il y en a trop . »

Le client acquiesce en se disant qu’il doit connaître son affaire.

Alors, le mécano procède, éliminant ce qu’il considère comme inutile et, après son ouvrage, remet les clefs de l’automobile à son propriétaire.

« Voilà! Pourquoi faire compliquer quand on peut faire simple? », clame-t-il.

Le jour suivant, le client revient.  Il soutient que sa voiture est moins fonctionnelle qu’avant et fait un boucan d’enfer.

« Je vois.  Je connais la solution » affirme le mécanicien.  Ce dernier reprit la voiture devant un client exaspéré.

Et il appliqua sa solution.  Il enleva encore plus de boulons et amputa le moteur de plus de ses composantes,  tout fier de son accomplissement.

Le surlendemain, l’automobiliste reprit sa voiture en espérant que tout était en ordre.

Cette même journée, il eut un grave accident et se ramassa à l’hôpital pour plusieurs jours.

Colérique, le client téléphona à son mécanicien en lui lançant des bêtises.  Celui-là répondit : « Bien là. Ce n’est pas de ma faute si vous ne savez pas conduire . »

Wisconsin : la dictature de la liberté

Les événements du Wisconsin initiés par le programme d’austérité du jeune gouverneur républicain Scott Kevin Walker, en poste depuis seulement deux mois, constituent le premier jalon de la politique libertarienne du Tea Party.  Au grand plaisir des partisans du mouvement ultraconservateur, l’accession au pouvoir de l’un des leurs est une victoire inespérée et propulsera encore plus en avant leur dogmatisme ainsi que leur arrogance.

Ainsi donc, les diaboliques syndicats, ayant pris le contrôle de l’appareil de cet État du Middle West américain, sont mis en échec, malgré les protestations populaires réunissant, à plus d’une reprise, des centaines de milliers de personnes devant le Capitole du Wisconsin.  Pourtant, les syndicats ont déjà été passablement affaiblis depuis les trente dernières années et les leaders syndicaux du Wisconsin avaient déjà ouvert la porte à des compromis afin d’alléger le déficit de l’État. 

Mais que cela ne tienne.  Comme un éléphant entrant dans une boutique de porcelaine, on saccage tous les droits sociaux les plus élémentaires en usant de stratagèmes antidémocratiques frisant le despotisme. Cela donne aussi le ton que pourront employer les entreprises privées dans leurs pourparlers avec leurs salariés syndiqués.

Non seulement les républicains du Wisconsin ont empêché à des élus d’entrer dans la Chambre lors de l’adoption du contesté projet de loi, ils ont aussi fait fi des règles parlementaires au Sénat en contournant le quorum de l’assemblée par une entourloupette procédurale – 14 sénateurs démocrates ayant refusé de siéger à cette occasion.  On voit clairement ici que la démocratie passe bien loin derrière les velléités idéologiques des ultraconservateurs qui affichent donc comment ils régleront le cas de ceux qui osent s’opposer à leurs politiques.

Par ailleurs, toutes ces manœuvres autocratiques vont à contre sens de la pierre angulaire de l’idéologie des républicains du Tea Party : la liberté.  Ainsi donc, en bafouant le processus de négociation syndicale-patronale, ils contreviennent à la liberté d’association, un droit reconnu internationalement, ne laissant primer que les libertés individuelles afin de diviser pour mieux régner.  En reléguant l’individu comme seule entité morale capable de revendiquer la plénitude de ses droits, il le confine dans un coin en étant l’unique responsable de ses déboires ou de ses succès. 

La situation aurait été probablement moins explosive si le gouverneur Scott Walker avait réparti l’ensemble des coupures à une communauté plus large.  Ce qui n’a pas été le cas.  Un autre pan de son programme fut d’allégé les impôts sur les hauts revenus et d’abaisser la taxation aux entreprises –  la belle vieille rhétorique des républicains depuis les années Reagan stipulant que seuls les nantis peuvent créer de la richesse.  Une croyance qui a pourtant mené les États-Unis dans un criant état d’inégalité des revenus ayant généré la crise économique de grande ampleur qui perdure depuis 2008 par un taux d’endettement record.  De la pure pensée magique.  On préfère détrousser la classe moyenne pour satisfaire les envies des riches. 

La vague libertarienne commence à déferler sur une Amérique en désarroi économique. L’Ohio est la prochaine en liste. Elle visera à recroqueviller l’État sur lui-même, en sabrant dans les services et la fonction publique avec, comme effet, de laisser les individus seuls avec eux-mêmes et dépourvus de réseaux de protection sociale.  Autre conséquence : ces coupes sauvages auront tendance à faire vaciller la timide reprise économique car bien des personnes, dont les employés de l’État, perdront en pouvoir d’achat pour s’assurer des avantages sociaux de base (santé, assurance, pension) que le gouvernement ne leur fournira plus.

Trop de liberté, c’est comme pas assez.  En vérité, la liberté, sans l’égalité la soutenant, ne mène qu’à la dictature idiote de la liberté…

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication :  173 (universitaire)

Le paradis sur terre du libertarien

Oui, mes frères, le paradis sur terre au Québec est à notre portée.

Il se situe à l’exogène de l’État et de la dictature syndicalo-socialiste qui empêchent le Québec d’avancer dans la prospérité perpétuelle.

Depuis 40 ans, le peuple québécois est prisonnier du joug arbitraire gouvernemental associé à la mafia syndicale qui brime nos libertés individuelles et nous maintient sous sa coupe afin de nous accroupir dans les pires conditions de vie du continent nord-américain.

Cuba, Corée du Nord, ancienne URSS, Québec, du pareil au même.  La pauvreté du Québec n’a d’égale que celle des pires régimes communistes.

Ne croyez pas les indices de qualité de vie ou les rapports évoquant fallacieusement une juste répartition des richesses qui soutiennent que le Québec est un bon endroit où vivre.

Ne tenez pas compte des études démontrant que le ratio de la dette publique nette du Québec (c’est-à-dire en considérant les actifs) versus le PIB est dans la moyenne des nations occidentales, et même un peu en deçà.

Ne tombez pas dans le panneau des fanatiques de l’environnement.  Jacques Brassard l’a bien dit : le réchauffement planétaire repose sur des données erronées.  Il faut continuer le développement économique sans se soucier des conséquences environnementales.  La terre est pérenne et les humains ne perturbent nullement son équilibre.

Tout cela est mensonger, issu d’un vaste stratagème des réseaux tentaculaires des grandes centrales syndicales internationales et du complot socialiste qui manipulent tous les médias mondiaux.  Et encore pire, vos esprits.

La seule solution pour remettre le Québec sur les rails de la prospérité économique éternelle est d’ouvrir les vannes de l’exploitation de nos ressources naturelles et de notre main-d’œuvre sans contrepartie fiscale ainsi que de s’engager sur la même voie que l’Irlande et l’Islande ont emprunté : privatiser tous les services publics, abolir les impôts aux entreprises et en finir avec la racaille syndicale responsable de tous les maux de la terre.

Mais, ces deux nations sont présentement en faillite, me direz-vous? Oui, c’est justement l’œuvre des génies syndicaux qui ont magouillé et ont mis des bâtons dans les roues aux réformes émancipatrices afin de pousser ces pays à la banqueroute.  Leur ignominie n’a pas de limite.

Laissons l’individu gérer ses affaires lui-même en parfaite liberté.  Le despotisme du social sur la personne est voué à l’échec.  La chute du communisme l’a bien démontré.  Il faut alors éradiquer toute intervention du gouvernement désormais dépassée.

La main invisible et le divin marché régulateur régleront toutes nos difficultés. L’État, ce n’est pas la solution, mais le problème…

Le libertarien et son code de la route

Le libertarien n’aime pas les contraintes.

Il proclame une latitude individuelle quasi-absolue et pourfend hardiment toute initiative contraignante.

On connaît son idéologie politique : diminution des législations sociales, réduction ou même abolition de l’impôt, privatisation mur à mur des services publics et, bien sûr, castration de l’État ou même sa disparation complète.

Alors transposons cela dans un modèle théorique plus concret : le code de la route.

Avec l’assurance que la recherche rationnelle des intérêts individuels amène le bien collectif, le code de la route du libertarien ne mériterait même pas d’être rédigé.

Tout le monde étant gentil dans le meilleur des mondes issu de la pensée magique, chacun céderait le passage aux piétons, ne roulerait pas à une vitesse excessive, exécuterait son arrêt complet au coin de la rue même sans la présence voyante de l’affiche « arrêt-stop » et pourrait se faufiler sans problème à travers les dizaines d’automobiles qui croisent simultanément une intersection!

Dans la réalité, les gros poids lourds écrabouilleraient les petites voitures et surtout les piétons, ces « va-nu-pieds » incapables de se payer des véhicules.

Pas besoin d’une boule de cristal pour entrevoir qu’un code de la route libertarien ne peut permettre un flux constant et sécuritaire sur le réseau routier – les routes devenant engorgées de voitures accidentées et jonchées de cadavres.

Il en est de même pour un système social.

Une société sans garde-fou, sans contrepoids socio-économique aux envies privées, dénuée d’un minimum de cohésion et de justice sociale ne pourrait perdurer.

À l’image d’un code de la route caractérisé par le chaos, le corps social libertarien se scléroserait en poussant la communauté dans un vortex d’iniquité et d’exclusion.

Maxime Bernier et son « Quebec Bashing »

Maxime Bernier n’en rate pas une pour mousser sa popularité dans l’autre solitude. Maintenant, il fait du « Quebec Bashing » son cheval de bataille.

Il parcourt le Canada en dénigrant le Québec et en trainant dans la boue le modèle social-démocrate construit par nos ainés qui a permis à tous les québécois de jouir d’une qualité de vie exceptionnelle et à son père, un entrepreneur  homme d’affaires, de prospérer dans un milieu propice.

Il est le premier à avoir profité de ce Québec qu’il déteste tant et n’hésite pas à cracher sur celui-ci comme le ferait un enfant ingrat de la chance qu’il a eu.

Le Québec, selon lui, est dépendant du Canada et agit comme un assisté social en quémandant toujours plus d’argent à Ottawa.  La belle province croule sous la pauvreté la plus abjecte selon ses dires et se doit de tout privatiser afin de créer de la richesse (ce qui est en soit une antinomie).

Le député de Beauce devrait relire ses livres d’Histoire.  Il constaterait que jadis le Bas-Canada, l’ancêtre de la province de Québec, a été unie avec le Haut-Canada (c’est-à-dire l’Ontario) en absorbant sa dette colossale de 1 200 000 de livres sterling (soit 6 millions de dollars de 1840).  Ainsi, à l’époque, le Canada anglais agissait véritablement en assisté social envers le Canada français et monsieur Bernier oblitère ce fait historique avec ses déclarations caractérisées par des absurdités sans queue ni tête.

Et contemporainement, la situation ne semble pas avoir beaucoup changé.

L’Ontario a toujours reçu plus de subsides du gouvernement fédéral, notamment pour son industrie automobile et plus récemment pour son secteur aéronautique même si le Québec est à la fine pointe de la technologie dans ce domaine!  Peut-être que le Québec serait plus riche au goût de monsieur Bernier si le fédéral avait daigné subventionner son économie au même niveau que celle de l’Ontario!

De plus, le Québec est loin d’être la province la plus misérable dans la confédération canadienne.

En fait, le produit intérieur brut du Québec se situe au deuxième rang dans le classement des provinces canadiennes et ce depuis plusieurs décennies.  Par ailleurs, la rémunération hebdomadaire moyenne du québécois se positionne à la troisième place après l’ontarien et l’habitant de la Colombie-Britannique.  Pauvre le Québec? À d’autres!

En sujet de la soi-disante généreuse péréquation que reçoit le Québec d’Ottawa, qui se veut le principal argument de la diatribe du député Bernier contre sa province natale, on se doit de mettre les choses en perspective en précisant les montants reçus en rapport au nombre d’habitants.

Parmi les 5 provinces recevant de la péréquation (à l’exception de la nouvelle venue,  l’Ontario), le Québec se voit attribuer la plus petite portion d’aide fédérale en relation avec son poids démographique.

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Tableau des versements fédéraux de péréquation par rapport à la population en 2010

Île-du-Prince-Édouard             2 340$ par habitant

Nouveau-Brunswick                2 109$

Manitoba                                 1 309$

Nouvelle-Écosse                     1 183$

Québec                                   1 085$

Sources: Cyberpresse, Statistique Canada 

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À la lumière de ces statistiques, les dénigreurs du Québec, tel que Maxime Bernier, devraient modérer leurs propos.

Si l’on suit la logique de Bernier dans son élan de désengagement de l’État et de délestage des mécanismes de redistribution de la richesse, les véritables perdants ne seront pas les Québécois, mais surtout ces 4 provinces canadiennes beaucoup plus faibles économiquement et dépourvues de ressources abondantes.

Maxime Bernier espère susciter une effervescence de sa popularité dans le Canada par un plaidoyer inégalitaire dépourvu de sens social.  Ses idées vont à l’encontre des valeurs sociales du Québec et du reste du Canada sur lesquelles s’est bâti ce pays.

S’il espère, par cette manœuvre, bonifier sa carrière politique, il se trompe.

En se mettant à dos la moitié des provinces canadiennes qui comptent sur le support financier du fédéral, il ne fait que se discréditer davantage et miner son possible retour dans le cabinet ministériel.