Le Québec n’est pas dans le rouge

On nous rabat les oreilles sur le déficit du Québec et l’avenir apocalyptique qui attend les futures générations avec des reportages redondants sous l’entête « Le Québec dans le rouge ».

Quebecor via TVA, LCN, le Journal de Montréal, le Journal de Québec associé avec l’Institut Économique de Montréal (IEDM) ainsi que le groupe du Manifeste pour un Québec Lucide tapent sur le clou afin de faire gober à la population l’obligation de sabrer tout ce qui bouge dans la fonction publique et de réduire de façon appréciable la taille de l’État.

Et le gouvernement libéral acquiesce en cherchant encore plus d’argent dans les poches des contribuables et en promettant de réduire subséquemment les dépenses.

Mais, nous n’entendons qu’une version de la réalité, la leur, et ils négligent pertinemment de présenter l’autre coté du miroir.

Alors faisons un tableau de la dette réelle du Québec et démontrons qu’il existe une marge de manœuvre qui empêcherait de refiler encore une fois la facture à la classe moyenne avec une hausse des tarifs ou de la taxe de vente.

DETTE NETTE VERSUS DETTE BRUTE 

Dans tout calcul de l’avoir réel d’une entité comptable, que cela soit une personne, une entreprise ou même un État, il est de mise de calculer l’actif par rapport au passif.

L’actif, c’est tous les biens que possède une entité.  Le passif comprend toutes les dettes de la même entité.  La différence entre le total des éléments d’actif et le total des éléments du passif nous donne l’avoir du propriétaire.  On ne peut tracer un bilan financier d’une entité sans prendre en considération l’actif et le passif.

Ainsi, le Québec possède des actifs très importants tels qu’Hydro-Québec, Loto-Québec, la SAQ sans compter tout le patrimoine bâti de l’État québécois incluant les bâtiments hospitaliers et scolaires.  En fait, tous ces biens surpassent en valeur le montant de la dette publique du Québec.

En somme, la dette brute du Québec atteint 94% du PIB, soit 2% au-delà de la moyenne des pays de l’OCDE (92%).  Mais, en entrant les actifs dans l’équation, la dette nette se situe à 40% ou 42% du PIB, c’est-à-dire alors en-deçà de 6 à 11 points en relation à la moyenne des nations de l’OCDE (références 1 et 2).

Voilà de quoi remettre les choses dans leurs véritables perspectives…

IL EXISTE UNE MARGE DE MANOEUVRE 

Malgré ces faits comptables incontestables, la droite idéologique continue de chanter, à l’instar d’un disque rayé, le même refrain  « Le Québec est dans le Rouge! » afin de permettre une vente de feu des biens collectifs des québécois comme s’il n’existait aucune possible marge de manœuvre. Ils clament tous : «  privatisons », comme si cela était la seule et unique alternative.  Rien n’est plus faux.

Dressons un tableau des alternatives :

1. Hausse de l’imposition pour les plus hauts revenus

Les contribuables gagnant plus de 150 000$ par année ont vu leur taux d’imposition passé de 33% à 24% entre 1985 et 1988, c’est-à-dire le même niveau de taxation sur le revenu qu’une personne gagnant la moitié moins (76 770)$.

À l’époque, on stipulait que cette mesure aurait comme but de contingenter la fuite des « cerveaux » hors de la province.  Mais, en ces temps difficiles, tous doivent mettre l’épaule à la roue de manière équitable et la prétention de retenir les gens les plus instruits ne tient plus en cette période de crise économique car le Québec se tire très bien de la présente situation en offrant maintenant plus de possibilités d’emplois que dans le reste de l’Amérique du Nord gravement touché par le chômage.

Alors, ne serait-il pas temps de créer des paliers d’imposition supplémentaires afin de faire payer leur juste quota aux plus nantis de la société?

2. Augmentation de l’imposition sur les profits des entreprises

On peut lire sur le site d’Investissement Québec : «Au Québec, les taux d’imposition sont parmi les plus bas au Canada et même inférieurs à ceux de la plupart des états américains (…) Au Québec, le taux d’impôt des sociétés s’établit à 29,9 %. Ce taux sera graduellement réduit à 26,9 % en 2012, conférant au Québec le plus faible fardeau fiscal global sur les nouveaux investissements des entreprises du G7 d’ici 2011 et le taux d’imposition prévu par la loi le plus bas du G7 d’ici 2012. »

En outre, les contributions fiscales des grandes entreprises sont passées de 61 % à 21 % en quatre décennies.

Que l’on ne vient pas dire qu’il n’existe aucune marge de manœuvre avant d’appauvrir encore davantage les contribuables ordinaires!  Le Québec se targue d’avoir l’un des plus bas taux d’imposition des compagnies sur le continent!

De plus, la dette publique du Québec, qui fut de 2,2 milliards en 1971, augmenta jusqu’à 128,7 milliards en 2009 en complète synchronicité avec les élévations des bénéfices ainsi que des allégements d’impôt des entreprises privées canadiennes. De 1964 à 2004, les profits des compagnies furent multipliés par un facteur de 4,7 tandis que leurs contributions fiscales diminuèrent de 4,2% à 2,4% du PIB de 1984 à 2004 (soit 43% de moins)! En 1999, 52% des entreprises québécoises n’ont pas payé d’impôt alors qu’elles avaient enregistré plus de 9 milliards de bénéfices! De plus, en 2002, Québec a octroyé 4,2 milliards d’aide financière aux gens d’affaires tandis que leurs compagnies n’avaient contribué que 3 milliards aux deniers publics! Un manque à gagner de 1,2 milliard (source)!

Quel est le résultat de cette dynamique de transfert du fardeau fiscal des entreprises vers les petits citoyens? En 2003, 80% des revenus de l’État provenaient des particuliers!

3. Instauration de redevances sur l’exploitation des ressources naturelles

On apprenait, en juin dernier, que 22 entreprises minières ont échappé à l’impôt entre 2002 et 2008 en s’appuyant sur tel ou tel avantage fiscal douteux.

Les compagnies forestières, elles aussi, ne sont pas à plaindre. Après avoir rasé les aires forestières durant des décennies avec le consentement implicite des gouvernements tout en ne retournant que des miettes à la collectivité, elles ont reçu, en 2007, 351 millions de dollars en remboursement de travaux sylvicoles après avoir déboursé 228 M$ en redevances et 5 M$ en impôt sur les profits! Faites le calcul vous-même! À cela, il faut ajouter les centaines des millions de dollars d’aide à l’industrie forestière octroyés par le provincial!

Parlons de l’eau qui sera la ressource la plus convoitée dans l’avenir. Durant longtemps, Pepsi, Coca-Cola, Danone, Nestlé et Naya s’en sont donnés à cœur joie en pompant notre ressource hydrique sans contrôle ni perception monétaire de l’État. Devant le tollé général, la ministre du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs (MDDEP), Line Beauchamp, a annoncé qu’à partir de 2009 les grands exploitants d’eau seront soumis à une taxe pouvant rapporter un misérable 5,5 millions aux deniers publics!

Nous ne sommes plus à l’époque de Duplessis dans laquelle nous remettions nos ressources naturelles dans les mains de compagnies américaines en échange de quelques emplois temporaires peu rémunérés.  Plusieurs autres provinces et pays exigent une redevance sur l’exploitation de leurs richesses naturelles limitées.  Prenons en exemple l’Alberta : cette province a pu engranger plus de douze milliard$ en redevances  dans le domaine des sables bitumineux et cela pour une seule et unique ressource!

Qu’attendons-nous pour demander ce qui nous est dû? Personne ne devrait pouvoir venir chez-nous et extirper de notre sol l’eau, les minerais, la matière ligneuse sans une adéquate contrepartie.

NON AU CONCEPT D’UTILISATEUR-PAYEUR

La politique du gouvernement libéral d’accroitre les tarifs à l’accessibilité des services publics est une tactique empreinte d’injustice car elle est inéquitable.  Si Jean Charest va de l’avant avec ce projet lors du prochain budget, la classe moyenne devra encore et toujours supporter à elle seule la plus grande partie de l’assiette fiscale de l’État québécois.

Le concept de l’utilisateur-payeur est régressif et va à contre-sens de la justice sociale et de la juste répartition des richesses.

En fait, une hausse globale des tarifs frapperait plus durement les classes démunies et moyennes que les nantis de la société, car plus élevé est le revenu d’un individu ou d’un ménage, plus facilement il peut absorber des nouvelles taxations sans diminuer son niveau de vie et envisager de couper dans ce qui est le plus essentiel, comme la nourriture, le logement, les médicaments, etc.

Par conséquent, on se doit de dénicher l’argent là où il se trouve au-lieu de réduire le pouvoir d’achat des contribuables.  Une reprise économique se base toujours sur une croissance de la consommation et en appliquant une méthode de tarification régressive à la place d’un rehaussement de l’impôt sur les revenus des contribuables les plus aisés et les gains des entreprises, le gouvernement libéral ira à l’encontre des intérêts d’une majorité de ses électeurs et d’une reprise économique éventuelle.

LE QUÉBEC N’EST PAS DANS LE ROUGE

On nous fait fallacieusement croire que notre peuple est submergé de dettes. C’est ce que les bien-pensants et les sbires de l’élite financière et mercantile insufflent dans nos cerveaux lavés de publicités et de propagandes incessantes afin de nous subtiliser nos avoirs collectifs.

Depuis 30 ans, ils lorgnent nos services publics et salivent d’envie à l’idée des immenses bénéfices qu’ils pourraient engranger en ayant la mainmise sur l’appareil étatique et ses diverses ramifications.  La santé, par exemple, est un terreau très profitable pour les affairistes même s’il est avéré que la gestion privée des soins de santé est plus couteuse à un pays qu’une gestion publique.

Ce n’est pas le Québec qui est dans le rouge, mais le monde des affaires québécois qui a connu une chute de ses rendements lorsque la plupart des ménages acquirent tous les biens de consommation primaires et secondaires.  Maintenant, le seul secteur exploitable est l’ensemble des services publics et les business men entendent bien prendre tous les moyens nécessaires afin de s’approprier ce que les québécois se sont dotés depuis la révolution tranquille, avec ou sans leur consentement.

AJOUT: En 2008, les agences de notation Fitch Ratings et Moody’s ont rehaussé ou maintenu la cote du Québec.  État en faillite???Inconsistant avec le discours de la droite, non?

À lire: Dette publique : en finir avec la désinformation

La grande rupture sociétale : capital ne rime pas avec social

Convergence politico-médiatique

Le vol de la dette publique

Quebecor: une menace pour la démocratie

Rarement n’a-t-on vu une telle menace pour la démocratie au Québec.  La concentration des médias a atteint un tel niveau que la santé du processus démocratique et la liberté d’expression sont en péril.

Quebecor de Pierre-Karl Péladeau a réussi avec sa stratégie de« convergence » (un terme mielleux remplaçant « monopolisation ») à mettre la main sur un vaste réseau médiatique chevauchant l’imprimerie commerciale, la presse écrite, les médias télévisuels, la câblodistribution et les portails internet.

Qu’est-ce que Quebecor?

Faisons un portrait rapide de Quebecor.  Tout d’abord, il s’agit d’un amalgame d’entreprises de communication à concentration verticale.

Quebecor, c’est Videotron, le plus grand réseau câblé dans la province et Canoë, un portail internet bien connu.  C’est aussi le groupe télévisuel TVA, les librairies Archambault, les éditions CEC et Sogides incluant les Éditions de l’Homme ainsi que les Presses Libres.  Il ne faut surtout pas oublier Sun Media avec son éventail de journaux comprenant Le Journal de Montréal, le Journal de Québec, le Toronto Sun et bien d’autres quotidiens locaux.

Le tout générant près de 4 milliards de dollars de revenus annuellement.

Nous devons aussi inclure les imprimeries de Quebecor World, présentement sous la protection de la loi sur les arrangements avec les créanciers, qui rapportaient presque 7 milliards de dollars à la fin de l’exercice fiscal 2006 (source).

Les périls de la concentration et de la convergence

Au fil des années, Quebecor acquis de nombreuses entreprises afin d’étendre ses activités et d’opérer de la sorte des économies d’échelle.  En ayant la mainmise sur des compagnies aux fonctions complémentaires, elle a pu réduire ses coûts d’opération en contrôlant du bas jusqu’au haut tous les intermédiaires impliqués dans son processus de production.

Des presses de l’atelier d’imprimerie à la Une du Journal de Montréal, de l’enregistrement des nouvelles du soir à TVA jusqu’aux téléviseurs des clients câblés de Videotron,  Quebecor contrôle de A à Z l’ensemble des étapes d’exploitation.

La machine fonctionne tellement bien qu’une récente étude d’  Influence Communication révèle qu’ « en 2008, 36% de la couverture des quotidiens de l’empire Quebecor a porté sur des émissions diffusées par ses propres chaînes (TVA et LCN, entre autres) » et que plusieurs autres émissions issues d’autres réseaux ont été éclipsées.

Seulement, c’est que toute cette concentration indue pose un problème éthique évident.  Outre le fait que l’on impose un modèle culturel aux clients en privilégiant tel contenu provenant du même propriétaire au lieu d’un autre originaire d’un concurrent, il y aussi la problématique de la conservation de la liberté de presse et de l’objectivité des journalistes.

C’est ce qu’évoquait l’Institut de Recherche sur le Québec à la suite d’un avis du Conseil de Presse du Québec datant de 2003 : «  on constate que les salles de rédaction et les rédacteurs en chef sont en perte d’autonomie et d’indépendance face aux directives formelles et informelles des propriétaires ayant des visées certes économiques mais aussi idéologiques ».

Ingérence politique de Quebecor

Depuis les tentatives de rationalisation de Quebecor par son président, Pierre-Karl Péladeau, initiées avec l’ancien conflit au Journal de Québec et se continuant avec le présent lock-out au Journal de Montréal, nous avons pu constater de nombreuses attaques contre le modèle québécois et le mouvement syndical à TVA/LCN ainsi qu’au Journal de Montréal avec des campagnes propagandistes telle que « Le Québec dans le rouge » et les participations de ténors de droite comme Daniel Audet, Nathalie Elgrably, Joseph Facal et Richard Martineau dont certains sont collaborateurs à l’Institut Économique de Montréal.

Le patron de Quebecor cherche évidemment à dicter une direction idéologique à son empire en privilégiant les discours de la droite économique et en implantant  une nouvelle agence de presse de son cru dénommée QMI.

Plusieurs éléments de preuves peuvent appuyer ce constat :

–  Dans un récent article de QMI, une agence se prétendant de même qualité et aussi objective que la Presse Canadienne ou l’AFP, on a pu lire, dans un texte sans auteur, une phrase émettant clairement un jugement de valeurs contraire à la véritable objectivité journalistique : «  Les gouvernements ont-ils raison de sacrifier autant d’argent alors que les finances publiques sont à la dérive? Le déficit du Québec devrait se chiffrer à près de cinq milliards pour l’exercice 20092010 et celui d’Ottawa atteindra une cinquantaine de milliards. »

Le travail d’un journaliste se borne à rapporter les faits, pas à les interpréter.

–  En février 2010, un article du journaliste Dany Doucet du Journal de Québec, repoussait l’insolence et le dédain de la volonté populaire au delà de ses limites.  La trame et le titre de son torchon « Le Québec dans le rouge: dix solutions acceptées » laissent perplexe.

Se basant sur un sondage, il affirme que les recettes proposées pour s’attaquer aux « vaches sacrées » de la société québécoise sont approuvées par la population!

Depuis quand un sondage traduit la volonté d’un peuple? Depuis quand on remet l’expression des désirs d’une société à un média qui affirme sans équivoque qu’un consensus s’est dégagé sans à prime abord qu’un véritable débat public se soit déroulé ou qu’une implication des citoyens ait eu lieu?

On suggère carrément aux citoyens ce qu’ils doivent penser. Pure démagogie et propagande, voilà tout.

–  Le 28 octobre 2009, on publiait le prétendu témoignage d’un papa québécois qui s’inquiète de la dette publique refilée à son bambin.  Ce que le Journal de Montréal a évité de dire dans cet article est que ce père, Yannick Labrie, est un chercheur associé à l’Institut Économique de Montréal, un groupe de réflexion de droite!

Quebecor est vraiment prompt à faire toutes les bassesses et joue sur la fibre sentimentale ainsi que sur la fourberie afin de faire passer son message doctrinal et propagandiste.

En conclusion

L’arrogance du prince des médias ne s’arrête donc plus à la sphère communicationnelle, son terreau naturel, mais déborde maintenant sur la vie publique et politique du peuple québécois. Jamais le pouvoir d’un seul homme n’a autant menacé la viabilité démocratique du Québec.

Une menace qu’a mis en lumière la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) : « Le président de la Fédération, Bryan Myles, considère que le droit du public à une information complète et diversifiée est menacé ».

Même constation de la part de l’Institut de Recherche sur le Québec : « l’uniformisation et la standardisation du contenu fait en sorte que le pluralisme idéologique et la libre circulation des idées inhérents à la bonne santé démocratique d’un pays sont mis en péril. Cette situation constitue un danger puisque la diffusion de différents points de vue sur un enjeu est réduite »

Les autorités publiques devraient se pencher sur ce dossier et envisager un démantèlement de Quebecor pour assurer une véritable pluralité de l’information et des opinions mais aussi pour empêcher une domination des points de vue et conséquemment des intérêts particuliers de certains individus sur ceux de la population en général.

La vie démocratique du Québec en dépend.

Mise à jour au 21 février :  le nouveau président du Conseil de presse du Québec évoque le problème:  »  John Gomery entend proposer des décisions plus tranchées lorsque des dérives journalistiques surviendront. Il y a quelques jours, un article signé Agence QMI dans le Journal de Montréal faisait carrément la promotion d’articles dérivés de la téléréalité Montréal-Québec diffusée sur les ondes de TVA. Ce genre d’article est-il un dérapage aux yeux du nouveau président? « Si un journaliste prône une certaine attitude, c’est son droit. S’il a été engagé pour faire la promotion, ce n’est plus du journalisme, mais bien du lobbying. Je pense que ça devient une [faute] en matière de déontologie et le reporter doit être critiqué », a-t-il répondu.

http://www.ruefrontenac.com/nouvelles-generales/55-enjeux/18208-gomery-conseil-de-presse

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Le rideau est levé.  La grande pièce théâtrale de la tragédie grecque de la dette publique du Québec peut enfin être jouée.

Le gouvernement Charest entame le premier acte avec l’annonce d’un déficit projeté de 4,7 milliards pour 2009.  Et Quebecor via TVA et l’antisyndical Journal de Montréal dramatise la scène en amplifiant pernicieusement le sujet avec des semaines de reportages titrés « Le Québec dans le rouge », question de faire « freaker » encore plus les contribuables et de les préparer à la suite des choses qu’élaborent les metteurs en scène de cette campagne propagandiste.

On le sait, les 475 000 employés du gouvernement provincial regroupés sous le front commun syndical (Secrétariat intersyndical des services publics (SISP), Confédération des syndicats nationaux (CSN), Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec(FTQ)) rentrent désormais en période de négociation avec l’État québécois.

Les frictions s’annoncent intenses: d’un coté, le gouvernement libéral qui n’apprécie guère le mouvement syndical mais plutôt les intérêts de grandes entreprises privées telle que Power Corporation;  et de l’autre, les salariés de l’État qui réclament 11,25% sur trois ans et qui en ont gros sur le cœur avec le décret de 2005 les ayant antérieurement amputé de deux années de hausses salariales.

Alors, il est de mise de mettre de la pression sur les syndiqués gouvernementaux en martelant encore et encore dans les médias que le pauvre petit Québec s’enlise dans un trou noir financier et qu’il faut limiter et même dépecer le budget de l’État coûte que coûte car notre endettement menace le bien-être des générations futures.

Comme toujours, la faute revient évidemment aux méchants parasites syndiqués ainsi qu’à nos services sociaux trop dispendieux, et non pas à la diminution au fil des années des quotes-parts des compagnies privées aux coffres de l’État, à l’évasion fiscale ou au pillage de nos ressources naturelles par les grands capitalistes sans ristourne véritable au peuple québécois. Bien sur que non!

En fait, la dette publique du Québec, qui fut de 2,2 milliards en 1971, augmenta jusqu’à 128,7 milliards en 2009 en complète synchronicité avec les élévations des bénéfices ainsi que des allégements d’impôt des entreprises privées canadiennes.  De 1964 à 2004, les profits des compagnies furent multipliés par un facteur de 4,7 tandis que leurs contributions fiscales diminuèrent de 4,2% à 2,4% du PIB de 1984 à 2004 (soit 43% de moins)! En 1999, 52% des entreprises québécoises n’ont pas payé d’impôt alors qu’elles avaient enregistré plus de 9 milliards de bénéfices! De plus, en 2002, Québec a octroyé 4,2 milliards d’aide financière aux gens d’affaires tandis que leurs compagnies n’avaient contribué que 3 milliards aux deniers publics!  Un manque à gagner de 1,2 milliard (source)!  Et les mercantiles ne cessent de se plaindre qu’ils sont trop taxés au Québec!

Quel est le résultat de cette dynamique de transfert du fardeau fiscal des entreprises vers les petits citoyens? En 2008, 80% des revenus de l’État provenaient des particuliers!

C’est alors que Quebecor, dirigé par l’infâme Pierre-Karl Péladeau (ex-sympathisant communiste et maintenant gros capitaliste avare), rentre en scène et jette de l’huile sur le feu en utilisant son empire médiatique afin de faire gober à la population les vertus de la recette des Lucides de Lucien Bouchard et compagnie.   Avec tout le poids de ses journaux, de ses magazines et de son réseau de télédiffusion, Pierre-Karl Péladeau cherche à éclipser les vraies raisons de l’explosion de la dette publique en blâmant nos acquis collectifs et le mouvement syndical afin de détourner l’attention des citoyens de ses véritables causes.

En outre, PKP fait d’une pierre deux coups en privilégiant dans ses médias les propos dogmatiques des « grands penseurs » de la droite économique qui pullulent à l’Institut Économique de Montréal.

En premier lieu, il emploie de soi-disant collaborateurs au Journal de Montréal (qui ne sont, en fait, que des émissaires de l’IEDM) en les utilisant comme briseurs de grève (scabs) durant le lock-out imposé aux syndiqués de ce quotidien.

Pensons à Daniel Audet, membre du conseil d’administration de l’IEDM, qui nous déverse par sa chronique quotidienne le même discours creux et répétitif de dégraissage de l’État ou à l’inimitable Nathalie Elgrably-Lévy dont les travers démagogiques sont bien connus.

Plus récemment, c’est-à-dire le 28 octobre 2009, on publiait le prétendu témoignage d’un papa québécois qui s’inquiète de la dette refilée à son bambin.  Ce que le Journal de Montréal a évité de dire dans cet article est que ce père, Yannick Labrie, est un chercheur associé à l’Institut Économique de Montréal!  Quebecor est vraiment prompt à faire toutes les bassesses et joue sur la fibre sentimentale ainsi que sur la fourberie afin de faire passer son message doctrinal et propagandiste.

En second lieu, avec cette collaboration de l’Institut Économique de Montréal, Pierre-Karl Péladeau attaque de front et dénigre tout le mouvement syndical québécois en propageant les vils mensonges de l’IEDM pour en finir avec les syndicats présents dans ses entreprises qui gênent ses activités commerciales.  En affaiblissant l’ensemble des syndicats québécois, il espère nuire à ceux qui l’empêchent de mener sa shop à sa guise.

C’est dans ce contexte que débutent les négociations dans le secteur public.  En trame de fond, une concentration indue des médias au Québec contrôlée par un homme d’affaire sans scrupule poussant à une privatisation accrue des services collectifs ainsi qu’à la décapitation des « vaches sacrées » et un gouvernement libéral trop heureux du tapage médiatique autour de la question de la dette publique qui lui donnera les coudées franches pour dicter par décret la future convention collective des fonctionnaires.

Il s’agit d’une véritable complicité entre deux acteurs dont les intérêts coïncident.  Une collusion naturelle entre un empire médiatique dominant peu préoccupé par les conditions des travailleurs au Québec avec un gouvernement au parti pris pro-patronal et antisyndical.

Après la convergence médiatique, voilà la convergence politico-médiatique!

Tout est en place!  Que le spectacle commence!

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