Jeunes libéraux : la société à péage

Quelle bonne idée des jeunes libéraux de proposer des péages sur tous les axes autoroutiers du Québec et de revoir l’ensemble des tarifications afin de regarnir les coffres de l’État!

Débutons par le plat principal, c’est-à-dire les péages sur les autoroutes.

Il est difficile d’envisager comment une telle mesure peut s’avérer pertinente en période de crise économique prolongée.

Avec les pertes d’emplois et le rétrécissement de la marge de manœuvre financière des ménages québécois,  tout accroissement du poids fiscal des contribuables de classe moyenne au budget de l’État handicaperait la consommation et entraverait encore plus une relance économique éventuelle.

De plus, bien que l’idée proposée puisse permettre une possible rentrée de revenus supplémentaires dans les coffres publics, cette manœuvre permettrait d’habituer lentement et insidieusement le citoyen au concept d’utilisateur-payeur qui est si chère aux jeunes libéraux au détriment du principe de l’universalité qu’ils détestent tant.

Une fois cette tarification routière établie, il deviendra « normal » pour le contribuable de débourser quelques ou plusieurs dollars lorsqu’il sollicitera l’utilisation d’un service public dont il paie, pourtant déjà, les coûts inhérents par ses taxes et ses impôts.

Alors, après que cette étape primordiale de modification des mentalités soit franchie, il sera facile de généraliser l’établissement de péages à toutes les « routes » menant à une destination de service collectif : péage à l’entrée de la porte de chambre de l’hôpital; péage au bureau d’admission de l’école; etc.

Cependant, les jeunes libéraux n’ont pas considéré qu’une tarification à grande échelle de l’utilisation des services gouvernementaux apporterait inexorablement une accentuation des inégalités sociales, que cela soit pour les autoroutes, la santé ou l’éducation postsecondaire (dont les jeunes libéraux veulent depuis toujours hausser les coûts pour les étudiants).

En fait, la mise en œuvre de tout ce beau plan demanderait un effort fiscal supplémentaire à une classe moyenne déjà étranglée et constituerait un frein à l’accès général de nombreux services publics essentiels, comme les soins médicaux ou l’enseignement, car bien des gens moins nantis préféreront rester chez eux au lieu de voyager sur les routes du Québec, de demander des soins de santé ou d’envisager des études dispendieuses.

Mario Dumont succédera-t-il à Jean Charest?

On se doute bien que Jean Charest quittera la politique après la terminaison de son présent mandat. 

Le chef des libéraux québécois tirera sûrement sa révérence après trois mandats consécutifs au pouvoir qui constituent déjà un exploit dans l’histoire politique récente du Québec.

 

Alors, qui lui succédera à la tête du Parti Libéral du Québec dans 4 ans? 

 

Claude Béchard est sûrement le nom qui vous vient à l’esprit.  Un politicien jeune, diplômé en sciences politiques et en administration publique.  Un possible dauphin, certes.

 

Mais, celui qui possède le plus d’expérience en tant que chef et le plus de popularité est sans aucun doute l’ancien leader de l’Action Démocratique du Québec. 

Après tout, Mario Dumont a fait ses premières armes au PLQ en tant que président de la commission jeunesse libérale et son retour au bercail plaira probablement grandement à la nouvelle génération des libéraux qui épouse son idéologie de déréglementation teintée d’anti-syndicalisme, comme le témoignait le dernier congrès des jeunes libéraux.

 

Plusieurs anciens sondages ont démontré que le personnage Dumont était apprécié dans la population pour son verbe et son charisme, mais on lui reprochait son jeune âge et son inexpérience du pouvoir.  Il n’a pas réussi à accéder au titre de premier ministre pour ces raisons. Mais cela pourrait changer avec le temps qui s’écoule et la maturité qu’il acquerra dans les prochaines années.

Les dangers d’un gouvernement libéral majoritaire

Pour la première fois depuis les années 30, le Parti Libéral du Québec (PLQ) se dirige vers un troisième mandat consécutif. Une victoire électorale que l’on pourrait qualifier d’historique pour les troupes libérales.

 

Mais doit-on désirer une telle éventualité?

 

Rappelons-nous les faits d’armes du premier mandat majoritaire de Jean Charest : la pierre angulaire de son programme de l’époque était le dégraissage de l’État en roulant sur le corps du mouvement syndical et des groupes sociaux. On faisait planer la menace d’une privatisation généralisée des services publics ainsi qu’une modification du rapport de force entre travail et capital par un amendement au code du travail favorisant la sous-traitance. Bref, le privé était devenu le nouveau veau d’or et l’État le mal incarné.

 

On a pu constater une certaine modération de la part du chef libéral suite à l’élection de 2007. Il a dû recentrer ses politiques face à une opposition majoritaire et à une grogne générale dans la population envers son gouvernement.

 

Maintenant, dans la présente campagne électorale, on a vu le chef du Parti Libéral se présenter en tant que défenseur des services publics, particulièrement en santé, et de l’interventionnisme étatique en économie à l’aide de grands travaux publics en complète dissonance avec son idéologie d’autrefois.

 

Pouvons-nous réellement croire que l’ancien chef conservateur canadien ait autant changé en quelques années?

 

On a pourtant bien constaté à Ottawa que lorsqu’on chasse le naturel chez les conservateurs, il revient au galop aussitôt. Ils se drapent d’un costume de brebis afin de séduire l’électorat modéré, mais à la première opportunité, le loup refait surface.

 

Prenons l’exemple de la santé : les cliniques privées depuis le jugement Chaoulli ne cessent de croitre en nombre et le départ précipité de l’ex-ministre Couillard pour une firme conseil en santé démontre que les nouvelles prétentions progressistes du PLQ ne tiennent pas à grand-chose. Couillard a jeté les bases d’une privatisation en santé et lorsque que sa job a été terminée il s’est empressé de rejoindre les rangs de ses nouveaux copains entrepreneurs.

 

Et parlons dont des jeunes libéraux (nous devrions plutôt parler des jeunes conservateurs) qui ont proposé des mesures plus conservatrices que libérales à faire frémir. Charest peut bien essayer de cacher l’idéologie réactionnaire des jeunesses libérales, il n’en demeure pas moins que ces jeunes membres influenceront grandement les décisions de ce parti dans l’avenir.

 

Que se passera-t-il quand les revenus de l’État commenceront à fléchir en conséquence de la crise et que les compagnies demanderont toujours plus d’aide financière de la part de l’État? Vous verrez alors le gouvernement Charest retourner à ses anciens amours dogmatiques en sabrant dans les budgets sociaux et en réprimant les centrales syndicales ainsi que les mouvements sociaux en colère.

 

Il y a un réel danger à élire un gouvernement majoritaire libéral au Québec, particulièrement par les temps qui courent. L’arrogance du premier mandat réapparaitra de nouveau et la nécessité de gérer la crise économique sera une justification de plus pour imposer encore une fois des lois par décrets au nom du bien-être national.

Les visées réactionnaires des jeunes libéraux

Malgré une certaine modération dans les résolutions des jeunes libéraux lors de leur dernier congrès, notamment concernant le refus de l’exportation de l’eau et l’implantation d’une attitude gouvernementale plus écologique, les réflexes réactionnaires, antinationalistes et néolibéraux ont encore dominé.

La suggestion d’imposer le bilinguisme dès les premières années du primaire a été battue de justesse et traduit ainsi le sentiment peu nationaliste des participants de ce forum. Les jeunes libéraux se sont plutôt rabattus sur une idée d’immersion en anglais des élèves de 6e année pour la moitié du calendrier scolaire. On désire nettement angliciser encore plus les jeunes francophones pendant que ceux-ci ont de la difficulté à maitriser leur langue maternelle.

Que dire au sujet de la motion soutenant une hausse par un multiple de trois des frais de scolarité afin d’atteindre la moyenne nationale? Mais, en quoi de faibles tarifs universitaires sont-t-ils néfastes à une société? C’est une mesure de démocratisation de l’éducation qui élève le savoir dans la population en favorisant la mobilité entre les classes sociales. Un étudiant issu d’un milieu modeste peut ainsi espérer obtenir un travail bien rémunéré au lieu de demeurer enchainé à la condition sociale dans laquelle il est né. De plus, toute la société en profite car on bonifie les compétences des travailleurs qui deviennent alors plus aptes à l’emploi et paient éventuellement plus d’impôts.

C’est à croire que les jeunes libéraux ont des parents bien garnis financièrement pour proposer une telle chose. Ils ne considèrent pas du tout les étudiants dont les parents ont peine à joindre les deux bouts en raison de la hausse des prix à la consommation.

Aussi, le concept d’un impôt post-universitaire (IPU) est dénué de tout sens. Si l’on accepte que les prêts et bourses seront éventuellement remplacés par ce nouveau programme, cela reviendrait au même ou, au pire, l’on pourrait s’en servir pour éliminer l’attribution de bourses et faire débourser encore plus les étudiants aux revenus modestes.

Cependant, la proposition la plus à droite est sans aucun doute la volonté de mettre en échec le mouvement syndical. On cherche à diviser pour régner en montant les syndiqués contre leurs propres organisations. Les jeunes libéraux diabolisent au maximum les syndicats et les considèrent carrément comme des groupes criminels qui oppriment leurs membres. En plein la rhétorique de Pierre-Karl Péladeau qui a du se réjouir de ces déclarations.

C’est comme si on plaçait sur un pied d’estale les saints patrons qui eux ne font jamais d’erreurs et cherchent toujours le bien-être de leurs salariés.

Pourtant, les salaires sont en moyenne de 20% plus élevés pour les employés syndiqués en comparaison de ceux non-syndiqués. Par ailleurs, les syndicats ont une structure démocratique et protègent contre les abus patronaux ainsi que les licenciements injustifiés. Mais cela ne rentre pas en ligne de compte pour les jeunes loups libéraux.

Il s’agit en fait d’une vision purement unilatérale des jeunes libéraux qui confirme leur inexpérience du monde du travail et leur attachement à leurs statuts sociaux. Ils devraient pourtant appuyer les syndicats qui permettront pour certains d’entre eux d’obtenir dans l’avenir des salaires décents et de bons avantages sociaux.

Le plus inquiétant est qu’une partie de cette jeunesse libérale aux visées réactionnaires sera les décideurs de demain. Une éventualité qui laisse présager un sombre avenir pour ceux qui ne seront pas de cette richissime élite québécoise.