La neutralité des officiers de l’État

Cet article a été publié dans le journal Métro Montréal le 15 octobre 2018

Dans tout ce débat sur les symboles religieux, nous devons nous rappeler un concept fondamental. En sciences politiques, il existe des principes constitutionnels de base datant de l’époque des Lumières.

L’un d’entre eux est la séparation de l’État et de la religion. Donc, en tant qu’officiers de l’État avec un pouvoir coercitif, les juges et les policiers ne doivent pas montrer d’affiliation religieuse. Ils doivent montrer une apparence de neutralité, comme l’État. En France, la République a établi cela depuis longtemps.

Toutefois, en ce qui concerne les enseignants et les gardiennes de CPE, cela ne s’applique pas. Ce ne sont pas des officiers de l’État, mais seulement des employés.

 

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La droite xénophobe

Une tendance inquiétante balaie la droite politique dans le monde occidental.

De l’Europe à l’Amérique du nord, l’ancienne droite libérale multiculturaliste cède la place à une droite conservatrice réactionnaire et xénophobe.

Les représentants du pouvoir exécutif des trois grandes nations européennes, tous conservateurs, tournent le dos à l’intégration des immigrants qu’ils qualifient comme étant un échec: le président de la France, Nicolas Sarkozy; la chancelière allemande, Angela Merkel; le premier ministre britannique, David Cameron.  À ce stade, il n’y a qu’un pas à franchir pour parler de xénophobie, voire de racisme.

De plus, en Suède, un parti d’extrême droite a réussi à faire élire des députés au parlement tandis qu’en Hongrie, un régime fasciste contrôle le pays d’une main de fer.

Et, en Amérique du nord, le Tea Party de Sarah Palin, mouvement politique ultraconservateur, accusé de racisme, prend de l’ampleur en dénigrant fanatiquement le premier président américain noir de l’Histoire, Barack Obama.

Lentement, mais sûrement, l’Occident s’éloigne des principes démocratiques et d’ouverture sur les autres cultures de la planète tandis que le monde musulman s’éveille aux principes du libéralisme politique, pourtant issu de la sphère occidental, dans sa propre Renaissance en pleine ébullition, notamment en Libye, Tunisie et en Égypte.

Une situation plus que paradoxale.

D’un coté, un glissement vers l’extrême droite est en train de s’opérer dans les sociétés occidentales et de l’autre, les pays musulmans, qui s’ouvrent à la démocratie et à l’éveil des libertés individuelles, dont celles des femmes.

Par ailleurs, sociologiquement, le paradoxe est encore plus prononcé.  Une jeune population musulmane aspirant à plus de liberté et de justice s’oppose à une communauté vieillissante en Occident cherchant à protéger à tout prix ses prérogatives et ses paradigmes culturels face à une immigration étrangère en progression, beaucoup composée de personnes de confession musulmane.

Cependant, on peut se questionner sur les véritables motifs de cette montée de l’extrême droite en Occident.  Le multiculturalisme a connu bien des heurts, exacerbés par les médias aux penchants sensationnalistes, mais, globalement, on ne peut parler implicitement de fiasco.  Sans compter que les nations occidentales ont besoin d’immigrants pour contrer l’implosion de ses populations générée par leur déficit de régénération démographique.

Mais, surtout, les motivations de la droite conservatrice doivent être mises en examen.

En propageant la crainte de l’étranger à la nation ou d’une immigration menaçante et agressive contre les caractéristiques culturelles de l’Occident via la propagande des conglomérats médiatiques privés souvent sous son contrôle idéologique, la nouvelle droite xénophobe espère susciter la peur afin de maintenir sa mainmise sur le pouvoir politique et même de l’accentuer encore plus.

C’est pourtant vieux comme le monde.  Adolf Hitler a déjà usé du même stratagème dans le but d’obtenir l’autocratie totale en échafaudant l’incident de l’incendie du Reichstag tout en rejetant sa paternité sur la communauté juive après avoir monté son peuple contre elle…

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication :  191 (initié)

La sainte croisade de Richard Martineau

Richard Martineau dans son « Franc-parler » publié le 11 septembre 2010 dans Le Journal de Montréal élève sur un piédestal la sainte chrétienté, tout en dénigrant au passage un monde musulman dangereux par son intégrisme et ses exactions sommaires.

En premier lieu, affubler de barbarisme une religion qui englobe près de 1,8 milliard d’individus sur la planète est tout autant irrespectueux que démagogique.

Tous les musulmans ne sont pas des terroristes ou des intégristes en puissance.  Martineau use d’une généralisation malsaine qui traduit son étroitesse d’esprit et ses préjugés xénophobes.

En second lieu, Martineau semble occulter l’héritage de l’histoire chrétienne qui elle aussi n’a pas brillé pour son humanisme.  A-t-il oublié les bûchés de l’inquisition qui carbonisaient les « hérétiques »?  A-t-il oublié les croisades avec son lot de massacres de musulmans au Proche-Orient?  Et se souvient-il de la prise de Constantinople par les croisés contre d’autres chrétiens de confession orthodoxe?

Pas très reluisant comme passé, n’est-ce pas?

Ainsi, nous sommes mal placés pour faire la morale aux musulmans.

Et surtout, il faut démontrer de l’empathie envers ces peuples de foi musulmane qui ont subi la brutale colonisation européenne pendant des siècles.  De plus, la création de l’État d’Israël et les occupations de la Palestine, de l’Irak ainsi que de l’Afghanistan sont des constants rappels de l’impérialisme occidental qui domine dans l’ensemble de la sphère musulmane.

Difficile alors de jouer la vierge offensée.

Martineau ne prouve pas son intelligence ici en sortant une telle diatribe antimusulmane la journée même de l’anniversaire des événements du World Trade Center.

Il dénonce le sectarisme de l’Islam, mais en fait lui aussi preuve, tout comme les croisés du Moyen-âge…

Des origines et de l’utilité des religions

Quelle est la source de l’éclosion d’un phénomène religieux?  La révélation divine à un messie ou un simple contexte historique favorisant son apparition?

De prime abord, l’Homme a toujours tenté d’expliquer ce qu’il ne saisissait pas des phénomènes naturels ou des grandes questions existentielles par des références surnaturelles, mythiques ou divines.  Une réaction anthropologiquement normale qui permettait et permet encore à l’Humain de combler le vide dont ce qu’il ne peut expliquer l’existence.

Par ailleurs, les religions ont toujours joué un rôle social prépondérant dans les sociétés plus primitives.  Dès les débuts de la vie en collectivité, les communautés humaines cherchaient à définir les rapports sociaux entre les individus.  Aucun État de droit n’étant présent, les groupes humains devaient édicter un code de conduite applicable à tout un chacun pour le bien commun.  Ainsi, toutes les religions possèdent un ensemble de règles morales qui ont inspiré d’une façon ou d’une autre les lois qui régissent actuellement les civilisations contemporaines.

De plus, l’avènement et l’expansion d’une religion peuvent trouver leurs origines en réaction à un environnement d’oppression ou d’indigence.

Par exemple, le christianisme est né de l’opposition au joug romain et au barbarisme de l’Empire.  À la force et la violence, les Chrétiens proposaient la compassion et la paix. Ainsi, il semble plus plausible que Jésus-Christ ait été un agitateur politique et l’un des premiers révolutionnaires de l’Histoire que l’improbable fils de Dieu affirmé par la Bible.  Tout ce qui a été écrit par la suite à son sujet n’est probablement qu’exagération et fabulation tirées de la pensée rudimentaire régnant dans les siècles subséquents.

Un autre exemple est la popularité et l’extension de l’Islam aux XXe et XXIe siècles.  Cette religion monothéiste se renforce à l’époque contemporaine et accueille progressivement un nombre croissant de fidèles, particulièrement en Afrique où la misère est grande.  Encore ici, il s’agit d’un réflexe à une situation historique et socio-économique particulière.  Devant l’extrême pauvreté, bien des populations se refugient dans la foi en un dieu protecteur dans l’espoir d’une après-vie meilleure.

Quel est l’avenir des religions?  En face des temps difficiles au niveau social, géopolitique, économique ou environnemental que nous entrevoyons par la porte embrouillée du futur, nous pouvons assister à une recrudescence de la fibre ecclésiastique, chez-nous, en Occident.  La crainte de l’avenir, la plus grande inconnue de toute, surtout à notre ère perturbée, alimente les religions et ravive la flamme croyante au risque de s’éloigner de la raison et de la logique.

Les fondements socio-économiques de la crise politique en Iran

Voici un excellent article publié dans Le Devoir concernant les fondements socio-économiques de la crise politique en Iran. 

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L’Iran en crise – Les signes de fissure se multiplient

Le grand soulèvement populaire qui a suivi l’annonce de la victoire écrasante de Mahmoud Ahmadinejad aux élections présidentielles du 12 juin en Iran, parmi des accusations de fraudes, d’irrégularités et d’infractions, est allé bien au-delà des enjeux mêmes de ces élections. Celles-ci mettaient en compétition des candidats qui avaient déjà fait leurs preuves en exerçant des fonctions clés au sein du régime clérical issu de la révolution de 1979.

Ce mouvement de contestation en scandant des slogans tels que «marg bar dictator» (mort au dictateur) a pris l’ampleur d’un véritable débordement qui en dit long sur la gravité de la crise que connaît aujourd’hui la société iranienne, trois décennies après l’usurpation du pouvoir par le clergé fondamentaliste.

Mir Hossein Moussavi, le chef de l’opposition, a été le premier ministre de la République islamique d’Iran de 1981 à 1989, une période pendant laquelle, sous prétexte de la guerre contre l’Irak, toutes les forces politiques laïques ou religieuses dissidentes qui avaient participé au renversement du régime du shah ont été brutalement écartées et réduites au silence les unes après les autres. C’est au cours de cette période sanglante — caractérisée par des exécutions sommaires des opposants, leur emprisonnement en masse ou leur fuite à l’étranger — que la République islamique s’est imposée comme appareil d’État.

Réforme du régime

Surpris par l’ampleur insoupçonnée des manifestations de ces derniers jours, qui se sont soldées jusqu’à présent par une vingtaine de morts et plusieurs centaines d’arrestations, M. Moussavi s’est empressé d’affirmer que son objectif n’était pas de renverser ou d’affaiblir la République islamique, mais plutôt de la débarrasser de ses mensonges et de ses hypocrisies. Mais peut-on vraiment réformer un régime qui, au fil des années, s’est transformé en un véritable despotisme religieux?

En effet, Ali Khamenei, le guide de la révolution ou le guide suprême, qui est également le chef de l’État, concentre entre ses mains un immense pouvoir qui lui permet de diriger à la fois les forces armées, le système judiciaire, le Conseil des gardiens qui veille à la compatibilité des lois à la Constitution et à l’islam, etc. Bien que théoriquement il puisse être démis de ses fonctions par l’Assemblée des experts, il jouit d’un mandat à vie qui lui confère un pouvoir illimité. Par ailleurs, tous les candidats pour les élections au suffrage universel, à commencer par le président de la République, les députés du Parlement (Majles) et les membres de l’Assemblée des experts, sont sélectionnés par le Conseil des gardiens, qui a un droit de veto sur leur nomination.

Cette structure pyramidale du pouvoir qui ne laisse aucune place à la dissidence s’est accompagnée d’une économie polarisée par les revenus d’exportation du pétrole qui est à l’origine des mécontentements populaires et des frustrations accumulés depuis 30 ans.

Rôle du pétrole

Le pétrole en Iran, comme dans tout autre pays pétrolier du Moyen-Orient, a depuis toujours joué un rôle clé dans le maintien de l’équilibre social et politique. La mobilisation de la rente pétrolière en faveur de la classe moyenne avait, par exemple, permis au régime du shah de créer une assise sociale qui légitimait son pouvoir dictatorial.

Après la révolution de 1979, ce sont les dirigeants religieux qui se sont approprié les revenus du pétrole et qui ont tenté de créer leur propre assise sociale en mettant en place de nouvelles institutions, Bonyad (fondations), et en redistribuant ces revenus à leur clientèle telle que les Pasdaran (les Gardiens de la révolution) et les Basiji (force paramilitaire) qui ont servi de leviers de répression aux mollahs. Le vol, la corruption, les détournements et les commissions occultes associés à ces revenus ont permis à certains membres du clergé de s’enrichir rapidement. Il en est par exemple ainsi de l’ayatollah Akbar Hashemi Rafsanjani, président de la République islamique de 1989 à 1997, considéré aujourd’hui comme l’homme le plus riche du pays.

La politique économique suivie par Mahmoud Ahmadinejad, considéré comme un ultraconservateur, pendant son premier mandat présidentiel entre 2005 et 2009 ne lui a pas permis de résoudre les problèmes hérités de son prédécesseur «libéral» Mohammad Khatami et de mettre un terme au scandale de l’utilisation des revenus du pétrole à des fins d’enrichissement personnel.

Gestion médiocre

La forte augmentation du prix mondial du brut pendant cette période a en effet permis au nouveau président de redistribuer la manne pétrolière aux couches sociales appauvries sous forme d’aides et de subventions diverses et en abaissant les taux d’intérêt. Cette politique économique populiste a cependant provoqué une forte poussée inflationniste, de 25 à 30 % par an, maîtrisée en partie par un taux de change artificiellement surévalué, ce qui a favorisé les importations en décourageant la création des emplois dans un pays qui compte pourtant un grand nombre de chômeurs parmi ses jeunes.

Mahmoud Ahmadinejad a tenté de minimiser la médiocrité de sa gestion économique en mettant l’accent sur le succès de ses programmes nucléaire et spatial et en multipliant des propos incendiaires à l’encontre de l’Occident, d’Israël et de l’oppression mondiale.

Répression

La grande récession mondiale de 2008 qui a fait chuter le prix du baril — de près de 150 dollars atteint en juillet à environ 35 dollars en décembre — a sonné le glas de la politique suivie par le président iranien. Ce dernier a depuis été forcé de prendre des mesures impopulaires pour faire face à ses déficits budgétaires. Il n’a cependant pas réussi à imposer la TVA de 3 % annoncée en octobre dernier à la suite de la grève organisée par les marchands du bazar.

Contrairement aux pays pétroliers peu peuplés du golfe Persique, l’Iran ne dispose pas de réserves importantes de devises pour faire face à ses problèmes économiques qui sont l’inflation et le chômage pendant les années de vache maigre. Tout porte donc à croire qu’en l’absence d’une opposition organisée et crédible, les mollahs n’hésiteront pas à resserrer l’étau de la répression pour venir à bout des mécontentements populaires qui sont désormais impossibles à contenir.

Nirou Eftekhari, Chercheur-économiste indépendant
Source: http://www.ledevoir.com/2009/06/25/256480.html