Le fil d’Ariane de la violence

Cet article a paru dans Le Devoir,  le 23 janvier 2015 et dans Métro Montréal, le 27 janvier 2015

Comment ne pas voir de relation entre les écarts extrêmes de richesse étalés par Oxfam ces derniers jours et la prolifération de groupes intégristes islamiques dans les zones les plus démunies de la planète?

La misère et le désespoir frappant le Moyen-Orient déstabilisé par les conséquences de l’intervention américaine en Irak ainsi que le Nigeria où environ deux tiers de la population vivent en dessous du seuil de la pauvreté grandissent sans cesse les rangs de l’État islamique et de Boko Haram dans ces régions du globe.

Au lieu d’évoquer encore et encore une « guerre au terrorisme » exacerbant la haine et la violence, il devient de plus en plus nécessaire de remonter enfin le fil d’Ariane liant la pauvreté à l’extrémisme religieux tout en s’interrogeant sur la problématique des inégalités sociales dans le monde…

La Pétrocratie

Ce que démontre le prix élevé de l’essence à la pompe, souvent sans corrélation au cours du baril du pétrole brut, est que la traditionnelle démocratie libérale ayant assise en Occident n’est plus qu’une vue de l’esprit.

En effet, les pétrolières – détenant parfois l’exploitation de la ressource et toujours les raffineries servant à traiter la matière brute – assoient leur pouvoir économique ainsi que leurs politiques en imposant leurs velléités implacables.

Lorsque le président des États-Unis, Barack Obama, – l’homme supposément le plus puissant de la planète –  admet son impuissance face aux montées du coût de l’essence lorsque celui-ci ne cesse de progresser depuis trois semaines dans son pays au risque de miner une reprise économique plus qu’attendue, on est en droit de s’interroger.

Et n’oublions pas son prédécesseur, Georges W. Bush, digne fils de son papa lui aussi ancien président à la solde des magnats du pétrole, qui déclencha une guerre en Irak pour le motif évident de mettre la main sur ses puits d’or noir.

Au Canada, l’homme de paille des géants pétroliers, Stephen Harper, fait fi des risques environnementaux apparentés à l’exploitation des sables bitumineux pour alimenter le puissant voisin du Sud si avide du pétrole nécessaire à son économie.  Rappelons-nous que le traité de libre-échange, l’ALENA, signé par un autre ancien premier ministre conservateur, Brian Mulroney, contraint le Canada à fournir les États-Unis du quart de sa production de cette ressource.  Pendant ce temps, en pure incohérence, l’Est du pays doit s’approvisionner à l’extérieur même si la logique dicte qu’un pays aussi pourvu en pétrole devrait être autarcique en ce domaine et ainsi pouvoir contrôler le prix à la pompe à l’avantage de ses citoyens avec un peu de volonté politique.

En somme, la souveraineté politique des États a migré vers des organisations transnationales se souciant peu de l’équité ou de la justice.

Oubliez la démocratie représentative. Elle est désormais désuète et surannée.  Dites bonjour à la pétrocratie!

Le vrai pouvoir n’est plus dans les assemblées législatives ou les cabinets exécutifs.  Il siège maintenant, derrière des portes-clauses, dans les conseils d’administration de l’oligarchie des grandes pétrolières….

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication : 172 (universitaire)

Barack Obama n’a pas les moyens de ses ambitions

Le candidat démocrate à la présidence a le vent des les voiles à quelques jours des élections avec son programme qualifié de gauche en politique américaine.

Des idées d’un système universel de santé, surtout applicable aux enfants, de grands travaux publics comparables aux politiques keynésiennes des années 30 et de baisses d’impôts à la classe moyenne assorties d’une hausse de la participation à l’assiette fiscale des plus nantis séduisent un électorat désespéré devant la crise financière et économique frappant les États-Unis.

Mais Barack Obama a-t-il réellement la possibilité de mettre en pratique ses politiques socio-économiques?

L’éventuel futur président américain héritera d’une économie délabrée et d’une dette étatique incommensurable. Le compteur de l’endettement public américain ne cesse de tourner depuis l’accession de G.W.Bush à la présidence et le début de sa guerre au terrorisme ayant culminé avec l’invasion de l’Irak.

En fait, à ce jour, on estime à 10 000 milliards$ le niveau de la dette fédérale américaine. Alors comment, dans ce contexte, Obama pourrait-t-il financer ses projets de relance de l’économie et de renouveau du « rêve américain »?

Il propose d’alléger le fardeau fiscal de l’américain moyen en promettant de percevoir l’argent là où il se trouve, c’est-à-dire dans les riches corporations et dans le haut de la pyramide des revenus individuels. Mais cela ne ferait-il pas fuir le capital loin du territoire américain? C’est après tout le jeu des compagnies et des fortunés dans cette mondialisation néolibérale.

Barack Obama semble vouloir aligner son pays dans une nouvelle voie et ses intentions sont louables. Cependant, il est douteux que ses stratégies rapportent les buts escomptés. Il n’a simplement pas les moyens économiques de ses ambitions…

Le public toujours à la rescousse du privé

Certains penseurs de droite se plaignent que les pauvres se tournent toujours vers l’État lorsque les choses vont mal pour eux.

Mais le sauvetage du monde financier américain par le président américain G.W. Bush à coup de centaines de milliards de dollars aux frais des contribuables américains prouve que mêmes les capitalistes de Wall Street quémandent aussi du coté du gouvernement lorsque leurs portefeuilles d’actions sont menacés.

Pourtant, ce sont les premiers à réclamer une déréglementation de l’économie afin que l’État ne soit pas trop dans leurs pattes en laissant le champ libre aux affairistes. Leurs marionnettes républicaines ayant investi la maison blanche se détournent de la situation économiquement précaire de plusieurs concitoyens en leur coupant les vivres par des réductions de programmes sociaux tout en stipulant que ceux-ci sont trop onéreux, mais lorsqu’une crise financière frappe leurs riches contributeurs électoraux de plein fouet, ils n’hésitent pas alors à modifier leurs propres règles à leur avantage.

C’est pour cela que Bush et sa clique néoconservatrice renient leur philosophie économique de non-intervention car ils ne sont que les pantins d’une caste économico-financière qui s’est mise elle-même dans le pétrin. Ils instaurent un plan d’urgence afin de maintenir debout une maison qui branle sous ses fondations et ce seront encore les contribuables américains issus de la classe moyenne qui paieront la facture tandis que les plus nantis ne contribueront presque rien car l’administration républicaine a allégé leur fardeau fiscal depuis l’accession de G.W. Bush au pouvoir!

Les américains ne sont pas sortis du bois. Les États-Unis sont au bord de la faillite avec une dette accumulée astronomique dépassant les 9 000 milliards de dollars pendant que le déficit commercial des États-Unis atteignait 711,6 milliards en 2007, un quasi-record de tous les temps (le record s’est établi en 2006 avec 758,5 milliards).

Mais la droite américaine n’est pas responsable de cette débâcle, bien sûr que non. Elle n’avouera jamais ses torts. Elle attaque depuis toujours la gauche en l’accusant de proposer des mesures socio-économiques trop dispendieuses à la collectivité, mais elle-même n’a guère fait mieux en imposant des politiques économiques désastreuses et une coûteuse guerre impérialiste en Irak dont les motivations sont loin d’être louables.

Son règne a consacré la chute de la première puissance mondiale s’effondrant sous le poids d’un endettement étatique et personnel qui ne s’était jamais vu auparavant. Et l’on dit que la gauche est dépensière et irresponsable…

La guerre en Irak : un exutoire de la pauvreté américaine?

L’accroissement de la pauvreté aux États-unis est un problème social majeur. 

Selon un rapport du Bureau du recensement, la misère extrême a atteint son plus haut niveau depuis 30 ans.  En 2005, 12,6 % de la population, soit 37 millions de personnes, y compris 13 millions d’enfants, vivaient sous le seuil de pauvreté officiel.  Il est à noter que ce taux « officiel » n’est pas représentatif de la pauvreté réelle qui accable une grande proportion du peuple américain, particulièrement en ce qui concerne les chômeurs, les minorités, les femmes, les enfants et les personnes âgées.

Par ailleurs, il faut mettre en parallèle l’écart des revenus aux États-unis : de 1979 à 2001, les revenus des 20% les plus pauvres ont augmenté de seulement 8%, ceux de la classe moyenne de 17% tandis que ceux des 10% les plus riches de 69% et le premier 1% de 139%!  Cependant, ces données sont relatives car l’augmentation du coût de la vie, la forte inflation dans les domaines de l’énergie et la hausse virtigineuse des prix des maisons avant la crise immobilière du subprime se sont résultées en fait par une diminution du niveau de vie de la plupart des américains.

On prétend que le taux de chômage aux États-unis serait proche de ce qu’on appelle le « plein emploi », mais cet indicateur est souvent trompeur car celui-ci peut diminuer même si l’inactivité se répand car on ne décompte pas les chômeurs qui ne cherchent plus de travail.

En réponse à cette crise sociale à venir, les républicains néoconservateurs au pouvoir ont préféré ignorer le phénomène et poursuivre leur politique de désengagement social de l’État fédéral en dépit des signaux d’alarme de paupérisation qui font feu de partout.

Depuis le début de la présidence de George W. Bush, on a assisté à des coupures drastiques dans la santé publique (voir ce site et cet autre site), l’éducation (diminution de 2 milliards pour l’année fiscale 2006 seulement) ainsi que dans la sécurité sociale (voir ce site) qu’on envisage de privatiser afin de rationaliser encore plus les prestations pour garnir les coffres des entreprises privées qui en prendraient le relais.  Simultanément, on a outrageusement augmenté le budget du ministère de la défense de 5% (20 milliards) en 2006 afin de continuer l’occupation de l’Irak.

On se demande si les actions de l’administration Bush ne visent pas un dessein machiavélique.  En réduisant les ristournes sociales, on aggrave la pauvreté générale et les indigents bombardés de publicités pro-engagement militaire n’ont d’autres choix que de s’inscrire dans l’armée afin de se sortir de la misère et d’accroître les rangs des soldats disponibles pour se battre en Irak.  Une personne qui est satisfaite de son sort économique ne s’engage généralement  pas dans les forces armées au risque de perdre sa vie.  Il faut n’avoir rien à perdre et c’est justement sur ce sentiment que comptent Les va-t-en guerre républicains. 

De plus, on détourne l’attention des citoyens américains des lacunes sociales du pays en priorisant dans les médias les activités des militaires américains en Irak et la lutte au terrorisme.

En conclusion, les néoconservateurs font ainsi une pierre deux coups : ils ont de la chaire à canon pour leurs guerres impérialistes et diminuent alors le nombre de pauvres gênants aux États-Unis.

L’Histoire se répète encore : les pauvres font la guerre que les riches ont déclarée.