L’inconséquence des économistes

Le temps des REER s’achève et de part et d’autre, on nous implore de cotiser afin de s’assurer une retraite heureuse car l’État ne pourra apparemment appuyer les salariés dans leurs vieux jours, si empêtré dans les déficits publics et les dettes colossales.

Et, de surcroît, n’oubliez pas de consommer pour faire rouler l’économie et encourager la reprise, targuent aussi les économistes.

Ainsi se veut la rhétorique des économistes de l’école classique.

Mais comment atteindre ce double objectif? L’incohérence des économistes est sans borne.

On n’arrête pas de presser le citron de la classe moyenne en surtaxant ses revenus tout en lui ajoutant des frais régressifs aux services publics pendant que les grandes compagnies engrangent des profits en ne versant pas leur juste valeur en impôt.

Par ailleurs, cela est sans considérer l’augmentation du prix des habitations qui est supérieure à la progression des salaires réels des travailleurs, la montée des tarifs des matières premières, dont le pétrole, et ceux des denrées alimentaires.  Encore plus de pression sur les revenus des gens ordinaires qui doivent alors s’endetter pour satisfaire leurs besoins essentiels. Pas étonnant, alors, que le taux d’endettement des Canadiens frôle le 150%, l’un des plus hauts en Occident.

Tous ces faits ont été maintes fois relatés par les études de Léo-Paul Lauzon et dans le livre « La crise fiscale qui vient » de la fiscaliste Brigitte Alepin.

Les économistes devraient arrêter de mettre toutes les responsabilités de la morosité économique sur le dos des consommateurs, c’est-à-dire la masse de la classe moyenne, et imputer le blâme sur les détenteurs de l’offre, autrement dit l’ensemble des compagnies commerciales et industrielles.

La panoplie d’économistes qui se campent dans la mouvance de l’économie de marché libéralisée ne tarie pas de faire la morale aux travailleurs au lieu de rechercher les causes profondes des déséquilibres économiques et fiscaux tout en rebâchant le discours répétitif que lui impose la droite économique représentée par les lobbys à sa solde, comme l’Institut Économique de Montréal (IEDM), au service des magnats du commerce et de l’industrie.

En agissant de la sorte, ils minent la fébrile reprise.

Écartelée de tous les côtés, la classe moyenne finira par se lasser d’être le dindon de la farce depuis ces trente dernières années qui ont vu ses revenus concrets diminués tandis que les privilégiés ont connu une multiplication de leurs richesses.

À ce rythme,  peut-être,  nous aussi, feront une révolution à l’arabe avant longtemps…

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication :  183 (universitaire)

Une étude incomplète de l’Institut Fraser

L’Institut Fraser affirme, dans une récente étude, que le niveau d’imposition accapare 41,7% des revenus des ménages canadiens en 2009, ce qui constitue une hausse significative par rapport à 1961 (33,5%) et 1981 (40,8%).

Une constatation d’une évidence plus que pléthorique qui est inutile de nous rappeler.

Seulement en 2003, 80% des revenus de l’État provenaient des particuliers.

Mais cette étude brille par l’absence de la détermination des causes de cet accroissement du boulet fiscal enchainé aux pieds des contribuables ordinaires.

La première raison de ce phénomène est l’allégement marqué des impôts payés par les entreprises canadiennes depuis plus de vingt ans (source).

La deuxième cause fut l’évasion fiscale qui s’est multipliée par huit de 1990 à 2003 pour atteindre présentement la coquette somme de 88 milliards par année en fuite de capitaux.

La troisième explication sont les subventions avantageuses fournies par les divers palliers de gouvernement dont profitent les compagnies ne retournant que des miettes une fois leurs profits encaissés.

Cependant, ce think tank de droite, comme tous ses semblables, dont l’Institut Économique de Montréal (IEDM), se dispense bien de révéler certains faits dans ses études afin de ne pas affaiblir ses positions douteuses.

L’objectif de ces groupes de réflexion de droite financés par le monde des affaires est clair : appeler à la dislocation des services publics et tenter de convaincre le citoyen qu’il vit au-dessus de ses moyens.  Ce qui est éminemment faux.  Chacun à droit à la santé, à une bonne éducation et à des services publics dignes d’une société moderne, surtout en cette période de vieillissement de la population et de perturbation économique.

Mais qu’entendent-ils par vivre au-dessus de ses moyens?  Que la santé universelle,  l’éducation publique ou le soutient aux chômeurs coûtent trop chers?  C’est bien là tout le leitmotiv de leurs discours.

Si les canadiens vivent plus haut que leurs moyens, c’est plutôt en rapport aux biens mercantiles offerts par ces mêmes compagnies qui financent l’Institut Fraser.

Consommez, consommez nous rabâchent-elles par leurs publicités omniprésentes tandis que les consommateurs s’endettent afin d’acquérir de plus en plus de produits matériels souvent inutiles.  Si les gens vivent au-dessus de leurs moyens, c’est bien plus en ce domaine que dans le financement des services collectifs plus qu’essentiels.  Par contre, cela, l’Institut Fraser ne l’évoquera pas.

L’éclectisme de ces think tanks n’a d’égal que leur manque de rigueur.  Ils ne montrent qu’un coté du miroir afin d’avantager leurs contributeurs financiers ne rêvant qu’à s’approprier les actifs de l’État providence.

Finalement, au sujet de la dite étude citée en début de billet, pourquoi les salaires des canadiens n’ont-t-il pas suivi la courbe de progression des profits des entreprises depuis deux décennies (source)?

En ce sens,  les contribuables auraient peut-être pu subvenir équitablement aux frais sociaux si les compagnies avaient été moins avares dans leur course aux profits.

Le Québec n’est pas dans le rouge

On nous rabat les oreilles sur le déficit du Québec et l’avenir apocalyptique qui attend les futures générations avec des reportages redondants sous l’entête « Le Québec dans le rouge ».

Quebecor via TVA, LCN, le Journal de Montréal, le Journal de Québec associé avec l’Institut Économique de Montréal (IEDM) ainsi que le groupe du Manifeste pour un Québec Lucide tapent sur le clou afin de faire gober à la population l’obligation de sabrer tout ce qui bouge dans la fonction publique et de réduire de façon appréciable la taille de l’État.

Et le gouvernement libéral acquiesce en cherchant encore plus d’argent dans les poches des contribuables et en promettant de réduire subséquemment les dépenses.

Mais, nous n’entendons qu’une version de la réalité, la leur, et ils négligent pertinemment de présenter l’autre coté du miroir.

Alors faisons un tableau de la dette réelle du Québec et démontrons qu’il existe une marge de manœuvre qui empêcherait de refiler encore une fois la facture à la classe moyenne avec une hausse des tarifs ou de la taxe de vente.

DETTE NETTE VERSUS DETTE BRUTE 

Dans tout calcul de l’avoir réel d’une entité comptable, que cela soit une personne, une entreprise ou même un État, il est de mise de calculer l’actif par rapport au passif.

L’actif, c’est tous les biens que possède une entité.  Le passif comprend toutes les dettes de la même entité.  La différence entre le total des éléments d’actif et le total des éléments du passif nous donne l’avoir du propriétaire.  On ne peut tracer un bilan financier d’une entité sans prendre en considération l’actif et le passif.

Ainsi, le Québec possède des actifs très importants tels qu’Hydro-Québec, Loto-Québec, la SAQ sans compter tout le patrimoine bâti de l’État québécois incluant les bâtiments hospitaliers et scolaires.  En fait, tous ces biens surpassent en valeur le montant de la dette publique du Québec.

En somme, la dette brute du Québec atteint 94% du PIB, soit 2% au-delà de la moyenne des pays de l’OCDE (92%).  Mais, en entrant les actifs dans l’équation, la dette nette se situe à 40% ou 42% du PIB, c’est-à-dire alors en-deçà de 6 à 11 points en relation à la moyenne des nations de l’OCDE (références 1 et 2).

Voilà de quoi remettre les choses dans leurs véritables perspectives…

IL EXISTE UNE MARGE DE MANOEUVRE 

Malgré ces faits comptables incontestables, la droite idéologique continue de chanter, à l’instar d’un disque rayé, le même refrain  « Le Québec est dans le Rouge! » afin de permettre une vente de feu des biens collectifs des québécois comme s’il n’existait aucune possible marge de manœuvre. Ils clament tous : «  privatisons », comme si cela était la seule et unique alternative.  Rien n’est plus faux.

Dressons un tableau des alternatives :

1. Hausse de l’imposition pour les plus hauts revenus

Les contribuables gagnant plus de 150 000$ par année ont vu leur taux d’imposition passé de 33% à 24% entre 1985 et 1988, c’est-à-dire le même niveau de taxation sur le revenu qu’une personne gagnant la moitié moins (76 770)$.

À l’époque, on stipulait que cette mesure aurait comme but de contingenter la fuite des « cerveaux » hors de la province.  Mais, en ces temps difficiles, tous doivent mettre l’épaule à la roue de manière équitable et la prétention de retenir les gens les plus instruits ne tient plus en cette période de crise économique car le Québec se tire très bien de la présente situation en offrant maintenant plus de possibilités d’emplois que dans le reste de l’Amérique du Nord gravement touché par le chômage.

Alors, ne serait-il pas temps de créer des paliers d’imposition supplémentaires afin de faire payer leur juste quota aux plus nantis de la société?

2. Augmentation de l’imposition sur les profits des entreprises

On peut lire sur le site d’Investissement Québec : «Au Québec, les taux d’imposition sont parmi les plus bas au Canada et même inférieurs à ceux de la plupart des états américains (…) Au Québec, le taux d’impôt des sociétés s’établit à 29,9 %. Ce taux sera graduellement réduit à 26,9 % en 2012, conférant au Québec le plus faible fardeau fiscal global sur les nouveaux investissements des entreprises du G7 d’ici 2011 et le taux d’imposition prévu par la loi le plus bas du G7 d’ici 2012. »

En outre, les contributions fiscales des grandes entreprises sont passées de 61 % à 21 % en quatre décennies.

Que l’on ne vient pas dire qu’il n’existe aucune marge de manœuvre avant d’appauvrir encore davantage les contribuables ordinaires!  Le Québec se targue d’avoir l’un des plus bas taux d’imposition des compagnies sur le continent!

De plus, la dette publique du Québec, qui fut de 2,2 milliards en 1971, augmenta jusqu’à 128,7 milliards en 2009 en complète synchronicité avec les élévations des bénéfices ainsi que des allégements d’impôt des entreprises privées canadiennes. De 1964 à 2004, les profits des compagnies furent multipliés par un facteur de 4,7 tandis que leurs contributions fiscales diminuèrent de 4,2% à 2,4% du PIB de 1984 à 2004 (soit 43% de moins)! En 1999, 52% des entreprises québécoises n’ont pas payé d’impôt alors qu’elles avaient enregistré plus de 9 milliards de bénéfices! De plus, en 2002, Québec a octroyé 4,2 milliards d’aide financière aux gens d’affaires tandis que leurs compagnies n’avaient contribué que 3 milliards aux deniers publics! Un manque à gagner de 1,2 milliard (source)!

Quel est le résultat de cette dynamique de transfert du fardeau fiscal des entreprises vers les petits citoyens? En 2003, 80% des revenus de l’État provenaient des particuliers!

3. Instauration de redevances sur l’exploitation des ressources naturelles

On apprenait, en juin dernier, que 22 entreprises minières ont échappé à l’impôt entre 2002 et 2008 en s’appuyant sur tel ou tel avantage fiscal douteux.

Les compagnies forestières, elles aussi, ne sont pas à plaindre. Après avoir rasé les aires forestières durant des décennies avec le consentement implicite des gouvernements tout en ne retournant que des miettes à la collectivité, elles ont reçu, en 2007, 351 millions de dollars en remboursement de travaux sylvicoles après avoir déboursé 228 M$ en redevances et 5 M$ en impôt sur les profits! Faites le calcul vous-même! À cela, il faut ajouter les centaines des millions de dollars d’aide à l’industrie forestière octroyés par le provincial!

Parlons de l’eau qui sera la ressource la plus convoitée dans l’avenir. Durant longtemps, Pepsi, Coca-Cola, Danone, Nestlé et Naya s’en sont donnés à cœur joie en pompant notre ressource hydrique sans contrôle ni perception monétaire de l’État. Devant le tollé général, la ministre du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs (MDDEP), Line Beauchamp, a annoncé qu’à partir de 2009 les grands exploitants d’eau seront soumis à une taxe pouvant rapporter un misérable 5,5 millions aux deniers publics!

Nous ne sommes plus à l’époque de Duplessis dans laquelle nous remettions nos ressources naturelles dans les mains de compagnies américaines en échange de quelques emplois temporaires peu rémunérés.  Plusieurs autres provinces et pays exigent une redevance sur l’exploitation de leurs richesses naturelles limitées.  Prenons en exemple l’Alberta : cette province a pu engranger plus de douze milliard$ en redevances  dans le domaine des sables bitumineux et cela pour une seule et unique ressource!

Qu’attendons-nous pour demander ce qui nous est dû? Personne ne devrait pouvoir venir chez-nous et extirper de notre sol l’eau, les minerais, la matière ligneuse sans une adéquate contrepartie.

NON AU CONCEPT D’UTILISATEUR-PAYEUR

La politique du gouvernement libéral d’accroitre les tarifs à l’accessibilité des services publics est une tactique empreinte d’injustice car elle est inéquitable.  Si Jean Charest va de l’avant avec ce projet lors du prochain budget, la classe moyenne devra encore et toujours supporter à elle seule la plus grande partie de l’assiette fiscale de l’État québécois.

Le concept de l’utilisateur-payeur est régressif et va à contre-sens de la justice sociale et de la juste répartition des richesses.

En fait, une hausse globale des tarifs frapperait plus durement les classes démunies et moyennes que les nantis de la société, car plus élevé est le revenu d’un individu ou d’un ménage, plus facilement il peut absorber des nouvelles taxations sans diminuer son niveau de vie et envisager de couper dans ce qui est le plus essentiel, comme la nourriture, le logement, les médicaments, etc.

Par conséquent, on se doit de dénicher l’argent là où il se trouve au-lieu de réduire le pouvoir d’achat des contribuables.  Une reprise économique se base toujours sur une croissance de la consommation et en appliquant une méthode de tarification régressive à la place d’un rehaussement de l’impôt sur les revenus des contribuables les plus aisés et les gains des entreprises, le gouvernement libéral ira à l’encontre des intérêts d’une majorité de ses électeurs et d’une reprise économique éventuelle.

LE QUÉBEC N’EST PAS DANS LE ROUGE

On nous fait fallacieusement croire que notre peuple est submergé de dettes. C’est ce que les bien-pensants et les sbires de l’élite financière et mercantile insufflent dans nos cerveaux lavés de publicités et de propagandes incessantes afin de nous subtiliser nos avoirs collectifs.

Depuis 30 ans, ils lorgnent nos services publics et salivent d’envie à l’idée des immenses bénéfices qu’ils pourraient engranger en ayant la mainmise sur l’appareil étatique et ses diverses ramifications.  La santé, par exemple, est un terreau très profitable pour les affairistes même s’il est avéré que la gestion privée des soins de santé est plus couteuse à un pays qu’une gestion publique.

Ce n’est pas le Québec qui est dans le rouge, mais le monde des affaires québécois qui a connu une chute de ses rendements lorsque la plupart des ménages acquirent tous les biens de consommation primaires et secondaires.  Maintenant, le seul secteur exploitable est l’ensemble des services publics et les business men entendent bien prendre tous les moyens nécessaires afin de s’approprier ce que les québécois se sont dotés depuis la révolution tranquille, avec ou sans leur consentement.

AJOUT: En 2008, les agences de notation Fitch Ratings et Moody’s ont rehaussé ou maintenu la cote du Québec.  État en faillite???Inconsistant avec le discours de la droite, non?

À lire: Dette publique : en finir avec la désinformation

La grande rupture sociétale : capital ne rime pas avec social

Convergence politico-médiatique

Le vol de la dette publique

Quebecor: une menace pour la démocratie

Rarement n’a-t-on vu une telle menace pour la démocratie au Québec.  La concentration des médias a atteint un tel niveau que la santé du processus démocratique et la liberté d’expression sont en péril.

Quebecor de Pierre-Karl Péladeau a réussi avec sa stratégie de« convergence » (un terme mielleux remplaçant « monopolisation ») à mettre la main sur un vaste réseau médiatique chevauchant l’imprimerie commerciale, la presse écrite, les médias télévisuels, la câblodistribution et les portails internet.

Qu’est-ce que Quebecor?

Faisons un portrait rapide de Quebecor.  Tout d’abord, il s’agit d’un amalgame d’entreprises de communication à concentration verticale.

Quebecor, c’est Videotron, le plus grand réseau câblé dans la province et Canoë, un portail internet bien connu.  C’est aussi le groupe télévisuel TVA, les librairies Archambault, les éditions CEC et Sogides incluant les Éditions de l’Homme ainsi que les Presses Libres.  Il ne faut surtout pas oublier Sun Media avec son éventail de journaux comprenant Le Journal de Montréal, le Journal de Québec, le Toronto Sun et bien d’autres quotidiens locaux.

Le tout générant près de 4 milliards de dollars de revenus annuellement.

Nous devons aussi inclure les imprimeries de Quebecor World, présentement sous la protection de la loi sur les arrangements avec les créanciers, qui rapportaient presque 7 milliards de dollars à la fin de l’exercice fiscal 2006 (source).

Les périls de la concentration et de la convergence

Au fil des années, Quebecor acquis de nombreuses entreprises afin d’étendre ses activités et d’opérer de la sorte des économies d’échelle.  En ayant la mainmise sur des compagnies aux fonctions complémentaires, elle a pu réduire ses coûts d’opération en contrôlant du bas jusqu’au haut tous les intermédiaires impliqués dans son processus de production.

Des presses de l’atelier d’imprimerie à la Une du Journal de Montréal, de l’enregistrement des nouvelles du soir à TVA jusqu’aux téléviseurs des clients câblés de Videotron,  Quebecor contrôle de A à Z l’ensemble des étapes d’exploitation.

La machine fonctionne tellement bien qu’une récente étude d’  Influence Communication révèle qu’ « en 2008, 36% de la couverture des quotidiens de l’empire Quebecor a porté sur des émissions diffusées par ses propres chaînes (TVA et LCN, entre autres) » et que plusieurs autres émissions issues d’autres réseaux ont été éclipsées.

Seulement, c’est que toute cette concentration indue pose un problème éthique évident.  Outre le fait que l’on impose un modèle culturel aux clients en privilégiant tel contenu provenant du même propriétaire au lieu d’un autre originaire d’un concurrent, il y aussi la problématique de la conservation de la liberté de presse et de l’objectivité des journalistes.

C’est ce qu’évoquait l’Institut de Recherche sur le Québec à la suite d’un avis du Conseil de Presse du Québec datant de 2003 : «  on constate que les salles de rédaction et les rédacteurs en chef sont en perte d’autonomie et d’indépendance face aux directives formelles et informelles des propriétaires ayant des visées certes économiques mais aussi idéologiques ».

Ingérence politique de Quebecor

Depuis les tentatives de rationalisation de Quebecor par son président, Pierre-Karl Péladeau, initiées avec l’ancien conflit au Journal de Québec et se continuant avec le présent lock-out au Journal de Montréal, nous avons pu constater de nombreuses attaques contre le modèle québécois et le mouvement syndical à TVA/LCN ainsi qu’au Journal de Montréal avec des campagnes propagandistes telle que « Le Québec dans le rouge » et les participations de ténors de droite comme Daniel Audet, Nathalie Elgrably, Joseph Facal et Richard Martineau dont certains sont collaborateurs à l’Institut Économique de Montréal.

Le patron de Quebecor cherche évidemment à dicter une direction idéologique à son empire en privilégiant les discours de la droite économique et en implantant  une nouvelle agence de presse de son cru dénommée QMI.

Plusieurs éléments de preuves peuvent appuyer ce constat :

–  Dans un récent article de QMI, une agence se prétendant de même qualité et aussi objective que la Presse Canadienne ou l’AFP, on a pu lire, dans un texte sans auteur, une phrase émettant clairement un jugement de valeurs contraire à la véritable objectivité journalistique : «  Les gouvernements ont-ils raison de sacrifier autant d’argent alors que les finances publiques sont à la dérive? Le déficit du Québec devrait se chiffrer à près de cinq milliards pour l’exercice 20092010 et celui d’Ottawa atteindra une cinquantaine de milliards. »

Le travail d’un journaliste se borne à rapporter les faits, pas à les interpréter.

–  En février 2010, un article du journaliste Dany Doucet du Journal de Québec, repoussait l’insolence et le dédain de la volonté populaire au delà de ses limites.  La trame et le titre de son torchon « Le Québec dans le rouge: dix solutions acceptées » laissent perplexe.

Se basant sur un sondage, il affirme que les recettes proposées pour s’attaquer aux « vaches sacrées » de la société québécoise sont approuvées par la population!

Depuis quand un sondage traduit la volonté d’un peuple? Depuis quand on remet l’expression des désirs d’une société à un média qui affirme sans équivoque qu’un consensus s’est dégagé sans à prime abord qu’un véritable débat public se soit déroulé ou qu’une implication des citoyens ait eu lieu?

On suggère carrément aux citoyens ce qu’ils doivent penser. Pure démagogie et propagande, voilà tout.

–  Le 28 octobre 2009, on publiait le prétendu témoignage d’un papa québécois qui s’inquiète de la dette publique refilée à son bambin.  Ce que le Journal de Montréal a évité de dire dans cet article est que ce père, Yannick Labrie, est un chercheur associé à l’Institut Économique de Montréal, un groupe de réflexion de droite!

Quebecor est vraiment prompt à faire toutes les bassesses et joue sur la fibre sentimentale ainsi que sur la fourberie afin de faire passer son message doctrinal et propagandiste.

En conclusion

L’arrogance du prince des médias ne s’arrête donc plus à la sphère communicationnelle, son terreau naturel, mais déborde maintenant sur la vie publique et politique du peuple québécois. Jamais le pouvoir d’un seul homme n’a autant menacé la viabilité démocratique du Québec.

Une menace qu’a mis en lumière la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) : « Le président de la Fédération, Bryan Myles, considère que le droit du public à une information complète et diversifiée est menacé ».

Même constation de la part de l’Institut de Recherche sur le Québec : « l’uniformisation et la standardisation du contenu fait en sorte que le pluralisme idéologique et la libre circulation des idées inhérents à la bonne santé démocratique d’un pays sont mis en péril. Cette situation constitue un danger puisque la diffusion de différents points de vue sur un enjeu est réduite »

Les autorités publiques devraient se pencher sur ce dossier et envisager un démantèlement de Quebecor pour assurer une véritable pluralité de l’information et des opinions mais aussi pour empêcher une domination des points de vue et conséquemment des intérêts particuliers de certains individus sur ceux de la population en général.

La vie démocratique du Québec en dépend.

Mise à jour au 21 février :  le nouveau président du Conseil de presse du Québec évoque le problème:  »  John Gomery entend proposer des décisions plus tranchées lorsque des dérives journalistiques surviendront. Il y a quelques jours, un article signé Agence QMI dans le Journal de Montréal faisait carrément la promotion d’articles dérivés de la téléréalité Montréal-Québec diffusée sur les ondes de TVA. Ce genre d’article est-il un dérapage aux yeux du nouveau président? « Si un journaliste prône une certaine attitude, c’est son droit. S’il a été engagé pour faire la promotion, ce n’est plus du journalisme, mais bien du lobbying. Je pense que ça devient une [faute] en matière de déontologie et le reporter doit être critiqué », a-t-il répondu.

http://www.ruefrontenac.com/nouvelles-generales/55-enjeux/18208-gomery-conseil-de-presse

À lire:

Convergence politico-médiatique

Le vol de la dette publique

Convergence politico-médiatique

Le rideau est levé.  La grande pièce théâtrale de la tragédie grecque de la dette publique du Québec peut enfin être jouée.

Le gouvernement Charest entame le premier acte avec l’annonce d’un déficit projeté de 4,7 milliards pour 2009.  Et Quebecor via TVA et l’antisyndical Journal de Montréal dramatise la scène en amplifiant pernicieusement le sujet avec des semaines de reportages titrés « Le Québec dans le rouge », question de faire « freaker » encore plus les contribuables et de les préparer à la suite des choses qu’élaborent les metteurs en scène de cette campagne propagandiste.

On le sait, les 475 000 employés du gouvernement provincial regroupés sous le front commun syndical (Secrétariat intersyndical des services publics (SISP), Confédération des syndicats nationaux (CSN), Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec(FTQ)) rentrent désormais en période de négociation avec l’État québécois.

Les frictions s’annoncent intenses: d’un coté, le gouvernement libéral qui n’apprécie guère le mouvement syndical mais plutôt les intérêts de grandes entreprises privées telle que Power Corporation;  et de l’autre, les salariés de l’État qui réclament 11,25% sur trois ans et qui en ont gros sur le cœur avec le décret de 2005 les ayant antérieurement amputé de deux années de hausses salariales.

Alors, il est de mise de mettre de la pression sur les syndiqués gouvernementaux en martelant encore et encore dans les médias que le pauvre petit Québec s’enlise dans un trou noir financier et qu’il faut limiter et même dépecer le budget de l’État coûte que coûte car notre endettement menace le bien-être des générations futures.

Comme toujours, la faute revient évidemment aux méchants parasites syndiqués ainsi qu’à nos services sociaux trop dispendieux, et non pas à la diminution au fil des années des quotes-parts des compagnies privées aux coffres de l’État, à l’évasion fiscale ou au pillage de nos ressources naturelles par les grands capitalistes sans ristourne véritable au peuple québécois. Bien sur que non!

En fait, la dette publique du Québec, qui fut de 2,2 milliards en 1971, augmenta jusqu’à 128,7 milliards en 2009 en complète synchronicité avec les élévations des bénéfices ainsi que des allégements d’impôt des entreprises privées canadiennes.  De 1964 à 2004, les profits des compagnies furent multipliés par un facteur de 4,7 tandis que leurs contributions fiscales diminuèrent de 4,2% à 2,4% du PIB de 1984 à 2004 (soit 43% de moins)! En 1999, 52% des entreprises québécoises n’ont pas payé d’impôt alors qu’elles avaient enregistré plus de 9 milliards de bénéfices! De plus, en 2002, Québec a octroyé 4,2 milliards d’aide financière aux gens d’affaires tandis que leurs compagnies n’avaient contribué que 3 milliards aux deniers publics!  Un manque à gagner de 1,2 milliard (source)!  Et les mercantiles ne cessent de se plaindre qu’ils sont trop taxés au Québec!

Quel est le résultat de cette dynamique de transfert du fardeau fiscal des entreprises vers les petits citoyens? En 2008, 80% des revenus de l’État provenaient des particuliers!

C’est alors que Quebecor, dirigé par l’infâme Pierre-Karl Péladeau (ex-sympathisant communiste et maintenant gros capitaliste avare), rentre en scène et jette de l’huile sur le feu en utilisant son empire médiatique afin de faire gober à la population les vertus de la recette des Lucides de Lucien Bouchard et compagnie.   Avec tout le poids de ses journaux, de ses magazines et de son réseau de télédiffusion, Pierre-Karl Péladeau cherche à éclipser les vraies raisons de l’explosion de la dette publique en blâmant nos acquis collectifs et le mouvement syndical afin de détourner l’attention des citoyens de ses véritables causes.

En outre, PKP fait d’une pierre deux coups en privilégiant dans ses médias les propos dogmatiques des « grands penseurs » de la droite économique qui pullulent à l’Institut Économique de Montréal.

En premier lieu, il emploie de soi-disant collaborateurs au Journal de Montréal (qui ne sont, en fait, que des émissaires de l’IEDM) en les utilisant comme briseurs de grève (scabs) durant le lock-out imposé aux syndiqués de ce quotidien.

Pensons à Daniel Audet, membre du conseil d’administration de l’IEDM, qui nous déverse par sa chronique quotidienne le même discours creux et répétitif de dégraissage de l’État ou à l’inimitable Nathalie Elgrably-Lévy dont les travers démagogiques sont bien connus.

Plus récemment, c’est-à-dire le 28 octobre 2009, on publiait le prétendu témoignage d’un papa québécois qui s’inquiète de la dette refilée à son bambin.  Ce que le Journal de Montréal a évité de dire dans cet article est que ce père, Yannick Labrie, est un chercheur associé à l’Institut Économique de Montréal!  Quebecor est vraiment prompt à faire toutes les bassesses et joue sur la fibre sentimentale ainsi que sur la fourberie afin de faire passer son message doctrinal et propagandiste.

En second lieu, avec cette collaboration de l’Institut Économique de Montréal, Pierre-Karl Péladeau attaque de front et dénigre tout le mouvement syndical québécois en propageant les vils mensonges de l’IEDM pour en finir avec les syndicats présents dans ses entreprises qui gênent ses activités commerciales.  En affaiblissant l’ensemble des syndicats québécois, il espère nuire à ceux qui l’empêchent de mener sa shop à sa guise.

C’est dans ce contexte que débutent les négociations dans le secteur public.  En trame de fond, une concentration indue des médias au Québec contrôlée par un homme d’affaire sans scrupule poussant à une privatisation accrue des services collectifs ainsi qu’à la décapitation des « vaches sacrées » et un gouvernement libéral trop heureux du tapage médiatique autour de la question de la dette publique qui lui donnera les coudées franches pour dicter par décret la future convention collective des fonctionnaires.

Il s’agit d’une véritable complicité entre deux acteurs dont les intérêts coïncident.  Une collusion naturelle entre un empire médiatique dominant peu préoccupé par les conditions des travailleurs au Québec avec un gouvernement au parti pris pro-patronal et antisyndical.

Après la convergence médiatique, voilà la convergence politico-médiatique!

Tout est en place!  Que le spectacle commence!

À lire:

Le combat des employés du Journal de Montréal est le combat de tous les travailleurs

Pierre-Karl Péladeau : l’avarice du parvenu des médias

Pierre-Karl Péladeau se maintient dans sa mégalomanie

À l’attaque des programmes sociaux!

Les motivations cachées de Nathalie Elgrably

La pseudo-économiste Nathalie Elgrably, déesse néolibérale de l’Institut Économique de Montréal et de l’Institut Fraser, s’est attaquée dernièrement aux régimes publics de retraite qu’elle qualifie de frauduleux au même titre que l’escroquerie de l’affaire Madoff, comme si l’État était un bandit de grands chemins.

 

Pour ce chantre du libre-marché, le régime des rentes du Québec (RRQ) ainsi que le fond de pension du Canada constituent du vol caractérisé. Elle stipule que les travailleurs devraient se voir dégager des paiements de la RRQ car ce régime est depuis toujours déficitaire.  C’est pourtant le lot de tous les fonds de pension par les temps qui courent.

 

Néanmoins, bien que ce fond ait été mal établi depuis sa fondation ( les premiers prestataires n’ont pas déboursé un sous dans leurs vies de travail), il n’en demeure pas moins que le RRQ est une mesure sociale d’équité qui permet à ceux n’ayant pas les moyens de se payer un fond de pension privé de recevoir des revenus décents durant leurs retraites.

 

Un fait qu’elle a oublié de plein gré. 

Cependant, la réelle motivation de madame Elgrably se cachant derrière cet article n’est pas le bien-être des futurs retraités québécois, comme elle semble le prétendre, mais bien d’accroître encore plus les profits des capitalistes.

 

En effet, les employeurs contribuent eux-aussi, comme leurs employés, au régime des rentes du Québec.  Une réalité qu’elle ne dévoile pas dans sa chronique car son objectif est de libérer le patronat de ce boulet anti-profit au détriment de leurs employés qui devront alors contribuer seuls dans leurs plans de retraite.  

 

De plus, sa position est totalement incohérente en période de crise économique. 

Pendant qu’on cherche à diminuer les salaires et les avantages sociaux pour renflouer les coffres des entreprises en difficulté, on devrait, selon elle, en plus, retirer ce filet social minimal à l’ensemble des travailleurs pour permettre à une minorité de s’enrichir encore plus. 

 

Elle vise ainsi à détourner l’argent dû aux salariés vers les poches des plus nantis en exacerbant le fossé entre les classes sociales et en aggravant conséquemment la crise par une diminution de la demande générale.

 

Finalement, toutes les interventions de madame Elgrably ne servent qu’à avantager unilatéralement toujours et encore la caste des richissimes en faisant fallacieusement croire au commun des mortels que ce qui est bon pour les privilégiés économiques est aussi bon pour toute la société. 

Lire:

La mauvaise foi de Nathalie Elgrably

Les contre-vérités environnementales de Nathalie Elgrably

L’inconsistance de Nathalie Elgrably

La petite démagogue

Donnons une chance aux idées de Nathalie Elgrably!

Un vent antisyndical

Ce texte a été publié dans Le Devoir le 16 décembre 2003

Les commentaires antisyndicaux que l’on peut lire ces derniers temps sur certains blogues sont déconcertants. C’est à croire que les syndicats sont responsables de tous les maux du Québec et des penseurs de droite comme Martin Masse ou Nathalie Elgrably de l’École de l’Institut Économique de Montréal jettent de l’huile sur le feu en montrant du doigt les grandes centrales comme des boucs émissaires de la crise économique actuelle.

Les syndicats ne sont pas parfaits, certes, et comme toutes les organisations humaines, ils commettent parfois des erreurs.  Les récentes nouvelles concernant les dérives de la FTQ-Construction entachent le mouvement syndical, mais il ne faut pas s’empresser d’affubler des mêmes travers tous les syndicats.  La plupart sont transparents et s’impliquent positivement dans leurs communautés.

Au bout du compte, le rôle de redistribution des richesses du mouvement syndical l’emporte sur ses possibles effets négatifs. Citons un exemple concret: les États-Unis ont un faible taux de syndicalisation (13 % contre 41 % au Québec), mais l’écart économique entre riches et pauvres dans ce pays est le plus élevé de tous les pays industrialisés selon l’économiste Alain Lipietz.

De plus, de récentes études socio-économiques montrent que le Québec est la société en Amérique du nord avec l’écart le plus faible entre les classes sociales.

La problématique est simple: voulons-nous un développement économique hors de contrôle qui ne permettrait pas une bonne répartition des revenus comme aux États-Unis, ou, au contraire, devrions-nous rechercher une politique économique plus équitable teintée d’une meilleure redistribution des richesses?

La société idéale devrait, en principe, chercher à rapprocher les individus et ne pas accentuer les inégalités sociales, surtout en ces temps de crise économique.

Donnons une chance aux idées de Nathalie Elgrably!

Nathalie Elgrably évoque depuis plusieurs semaines dans ses chroniques la futilité de l’interventionnisme de l’État dans l’économie qui endetterait davantage les nations et aggraverait encore plus la situation économique difficile.

 

Elle doute des effets stimulants de l’injection de capitaux gouvernementaux bien que le passé démontre qu’une présence accrue de l’État dans la sphère économique permet une certaine stabilité sociale. 

 

Le laisser-faire économique est exactement ce qui nous a mené à cette crise et elle persiste et signe pour continuer dans cette direction. 

Alors je dis : appliquons ce qu’elle préconise.

 

Laissons les entreprises en déroute se démerder seules.  Laissons jouer la sacro-sainte loi de l’offre et de la demande et donnons la possibilité au libre-marché de démontrer ses mérites.

 

Et lorsque que l’économie mondiale sera à terre, que l’échec du mercantilisme nous sautera au visage, que les miséreux deviendront la majorité, que les conflits sociaux seront le lot de notre quotidien, peut-être enfin verrons-nous que le besoin collectif l’emporte sur le besoin individuel et que l’avenir se définit plus par le « nous » que par le « moi ».

Ajout : le meilleur aboutissement à la résolution d’un problème est de le confronter jusqu’à ses derniers recoins et alors d’envisager une alternative.

Lire:

La mauvaise foi de Nathalie Elgrably

Les contre-vérités environnementales de Nathalie Elgrably

L’inconsistance de Nathalie Elgrably

La petite démagogue

La mauvaise foi de Nathalie Elgrably

La reine de la démagogie néolibérale au Québec remet ça dans sa dernière chronique du 4 septembre 2008 (L’inspecteur inspecté) dans le Journal de Montréal. Elle se surpasse une fois de plus en contradictions et en incohérences.

Selon cette prétendue sainte oracle de l’économie de marché, l’État est le seul responsable des cas de listériose. Elle accuse au passage l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) pour l’inefficacité de son travail.

Mais, ce qu’elle ne dit pas, c’est que les conservateurs, ses comparses, ont usé de laxisme dans la réglementation de l’industrie alimentaire depuis leur arrivée au pouvoir. C’est ce que témoigne le Globe and Mail : « Le quotidien (…) rapportait mercredi que, selon un document dont il a obtenu copie, l’Agence canadienne d’inspection des aliments aurait déjà commencé à laisser l’industrie procéder elle-même aux contrôles de qualité … »

Le gouvernement conservateur de Stephen Harper a fait aveuglement confiance aux industries alimentaires en matière d’hygiène en conformité avec ses préceptes de déréglementation, mais les faits démontrent que le relâchement d’un contrôle public entraine inévitablement des coûts mortels pour l’ensemble de la société. Ne soyons pas dupes. Les cas de listériose ne se rapportent pas seulement aux produits Maple Leaf, mais à un ensemble de produits provenant de sources diverses. En somme, les entreprises de production de denrées ont coupé les coins ronds en surveillance bactériologique en l’absence d’un encadrement étatique afin d’arrondir encore plus leurs profits.

En conséquence,  ces faits ont été complètement oblitérés par cette « haute » idéologue de droite. Elle propose ainsi une solution vide de sens afin de soutenir les propagandistes de droite acoquinés avec le monde des affaires assoiffé d’une réduction de la taille de l’État : abolir l’ACIA,  même si cela entraîne encore plus de décès en rapport aux intoxications alimentaires! Le privé sait tellement mieux agir de manière responsable. Laissons les businessmen faire encore plus de profits et ne s’occupons pas de la santé publique! Quelques centaines de morts n’ont que peu d’importance face aux bénéfices des entreprises!

Quand le comprendrons-nous enfin? Les activités des entreprises privées vont à l’encontre de l’intérêt collectif, particulièrement en ce qui a trait à l’alimentation constituant un service essentiel. Les affairistes ne recherchent que le profit, quitte à sabrer dans les dépenses de contrôle de qualité.

Et cette petite démagogue ne s’arrête pas là. Tant qu’à frapper sur les institutions gouvernementales, elle y va gaiement. Madame Elgrably avait sûrement quelques paragraphes à remplir pour sa chronique, donc elle les a comblés avec les inepties habituelles qu’on lui connaît. Elle s’attaque alors à la qualité de l’eau provenant des aqueducs publics. Pourtant, plusieurs experts stipulent que l’eau traitée par les municipalités est généralement de bonne qualité, même supérieure à celle embouteillée.

Par ailleurs, madame Elgrably cite en exemple le scandale de Walkerton pour étayer sa thèse de l’incompétence de l’État en matière de distribution d’eau! Cette dame doit vivre sur une autre planète ou être complètement malhonnête intellectuellement pour mettre en avant ce cas. Tout le monde sait que la cause de cette tragédie ayant entrainé plusieurs morts par une infection à la bactérie E. coli a été les coupures dans l’hygiène publique d’un ancien gouvernement conservateur ontarien affilié à sa propre idéologie! Bonjour la contradiction!

Peu importe les agissements des gouvernements conservateurs qui sabrent dans l’État et mettent en péril la vie de nos concitoyens, cela est sans considération pour madame Elgrably.

Comme toujours, elle idolâtre le secteur privé au lieu de se questionner sur ses propos purement délirants et son argumentaire dénué de toute logique.

Pire encore. Elle blâme insidieusement l’institution gouvernementale dans le dossier de la listériose ou dans celui de Walkerton après que la « gang » conservatrice et néolibérale dont elle fait partie ait tout fait depuis sa prise du pouvoir pour miner la confiance des citoyens envers les services publics par des politiques de déréglementation. Du grand art et une preuve de mauvaise foi : mettre les fautes des conservateurs sur le dos des institutions au lieu d’admettre leurs torts par leurs agissements.

Ce n’est pas l’État qu’Elgrably devrait dénigrer, mais ses petits amis conservateurs, pour leurs gestions déficientes des affaires publics, notamment en alimentation.

Voir aussi: Les contre-vérités environnementales de Nathalie Elgrably,  L’inconsistance de Nathalie Elgrably,  La petite démagogue

La santé n’est pas une marchandise

Cet article a paru le 21 août 2008 dans le journal “Le Devoir”

Des médecins se positionnent enfin contre la privatisation en santé.

En effet, à ce jour, une trentaine d’entre eux se sont regroupés dans une organisation appelée « Médecins québécois pour le régime public (MQRP) ». Avec la déclaration de Montréal qui y est rattachée, on a réitéré la faveur pour un régime de santé public empreint de justice sociale et d’équité.

Selon le président de ce regroupement, le Dr Simon Turcotte, la dérive vers le privé du système de santé à la suite du jugement Chaoulli et du rapport Castonguay est dangereuse pour l’universalité des soins. Il soutient qu’on laisse la situation se dégrader dans le public afin de favoriser l’émergence d’assurances privées pour des soins déjà couverts par le régime universel. De plus, selon diverses études, l’apparition dans d’autres pays de cliniques privées en concurrence avec les institutions publiques n’a pas amélioré les services au plus grand nombre, bien au contraire.

Enfin, il termine par cette affirmation pleine de bon sens : « Ce n’est pas parce qu’une minorité de médecins-entrepreneurs, qui occupent des postes importants et qui font la promotion de leur option dans les médias, que cela représente la majorité de l’opinion des médecins. Comme on le dit dans notre déclaration, ils sont majoritairement guidés par des valeurs d’équité, de justice et de compassion pour la majorité de leurs patients qui n’ont pas les moyens de se payer des soins privés ou une assurance privée»

Ces déclarations constituent une lueur d’espoir pour les partisans de la préservation d’un réseau public et confirment le parti pris flagrant du gouvernement Libéral de Jean Charest pour une intrusion progressive du privé malgré le fait que cette mouvance est plus onéreuse pour une société qu’un système public (Voir Le système de santé américain : onéreux et peu efficace).

La majorité des médecins au Québec sont des employés de l’État et on comprend ainsi la tardivité de leur implication dans ce dossier épineux. Cependant, certains ont bien saisi le dilemme éthique qu’une privatisation entraînerait. Les rétributions monétaires pour ces services sont en flagrante contradiction avec le serment d’Hippocrate, comme le soulignait Sébastien Robert dans le Soleil :

« Ce serment stipule qu’un médecin doit défendre la vie en aidant les malades dans leur guérison. Un système de santé privé veut donc dire pour eux la trahison de ce serment puisqu’un seul type de patient pourra être aidé : celui qui est capable de payer. »

Par ailleurs, en France, pays où le privé est présent seulement en complémentarité tout en étant strictement contrôlé sous la gouverne de l’État, on a poussé encore plus loin l’éthique médicale en réactualisant le fameux serment : « Je donnerai mes soins gratuits à l’indigent et n’exigerai jamais un salaire au dessus de mon travail (…) Même sous la contrainte, je ne ferai pas usage de mes connaissances contre les lois de l’humanité (…) Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire. »

Voici des préceptes dont le Parti Libéral du Québec, les médecins aux tendances mercantiles (par exemple Philippe Couillard) et les grands penseurs de la droite comme ceux de l’Institut Économique de Montréal devraient s’inspirer.

Qu’on le répète encore une fois : LA SANTÉ N’EST PAS UNE MARCHANDISE.