De l’évolution des sociétés humaines

Depuis l’antiquité, penseurs et philosophes ont cogité sur la mécanique de l’évolution des sociétés avec des théories plus ou moins hétéroclites.

Néanmoins, dans tout ce capharnaüm idéologique,  nous pouvons distinguer deux groupes distincts opposés par leurs paradigmes particuliers.

Le premier énonce le caractère cyclique ou circulaire du parcours des communautés humaines tandis que le second se campe dans une vision linéaire ou évolutive de la course des sociétés.

Ainsi, dans la première tendance, Platon élabore un mouvement circulaire des États (l’aristocratie, la timocratie, l’oligarchie, la démocratie et la tyrannie) pendant que Vico, penseur italien du  18e siècle, insiste sur des cycles historiques se répétant sans cesse : l’âge divin, où règne la pensée magique et prérationnelle; l’âge héroïque ou ère féodale; et enfin l’âge humain dans lequel prédomine la raison et le contrôle du milieu.

De l’autre côté, Hegel et Marx donne le ton à l’évolutionnisme historique malgré leur opposition dichotomique.

Hegel, qu’Alain surnomme « l’Aristote des temps modernes », pense avec sa dialectique historique que l’Histoire est rationnelle et conduit systématiquement à l’avènement de la société parfaite sous l’égide de Dieu.

Au contraire, Marx, bien qu’il souscrit à la même logique dialectique, quoi que inversée, souligne que la volonté divine est absente du cheminement historique et que seule la réalité matérielle, c’est-à-dire les conditions économiques des hommes, d’où la lutte des classes, est le véritable moteur de changement pouvant amener une société juste et équitable concrétisant alors la « fin de l’Histoire » – un concept d’ailleurs emprunté à Hegel.

Difficile de dégager une synthèse de toutes ces théories.  Mais essayons tout de même.

Certes, les cycles dans le mouvement de l’Histoire sont récurrents.  La prédominance du rationalisme à l’époque antique, particulièrement hellénique et romaine, qui a cédé la place à une période obscurantiste que fut le Moyen-âge pour ensuite revenir aux Lumières, en est la preuve.

Cependant, au final, l’évolution positive de l’Histoire laisse aussi des traces : l’esclavage, très répandu dans l’antiquité, a pratiquement disparu à l’ère contemporaine et l’analphabétisme caractérisant le Moyen-âge a reculé foncièrement partout en Occident depuis quelques siècles.

Disons simplement que l’Histoire progresse, mais cycliquement…

La Grèce : berceau de l’Occident et initiatrice d’un nouveau changement civilisationnel?

Il y a de ces redondances dans l’Histoire qui surprennent toujours.

Après avoir été le berceau de l’Occident nous ayant apporté plusieurs de nos us et coutumes architecturelles, culturelles et politiques, voici que la Grèce redevient le centre de notre civilisation avec sa crise économique qui questionne la pertinence de tous les paradigmes sociaux que nous connaissons.

En effet, la Grèce est la première nation occidentale depuis la dernière grande dépression dans laquelle sévit une remise en question du modèle sociétal se basant sur l’économie de marché.

Grève générale des syndicats publics et privés, grogne des citoyens qui voient les tarifs et la taxation augmenter de façon significative et immobilisation totale des activités économiques de la Grèce sont le lot de cette situation causée par un trop lourd endettement du gouvernement.

L’état catastrophique des finances publiques de ce pays avec une dette publique s’élevant à 133% du PIB, le deuxième plus haut taux en Occident, est peut-être précurseur d’une vague de crises budgétaires pouvant frapper de plein fouet l’ensemble des pays industrialisés.  C’est ce que soulignait dernièrement l’OCDE.

La source de tout ce mal se retrouve dans le caractère dysfonctionnel du capitalisme qui ne peut survivre sans l’apport d’une quantité gigantesque de fonds publics.

En examinant bien l’évolution des 40 dernières années, on constate que les dettes n’ont cessé d’alourdir les comptes des États tandis qu’explosaient les bénéfices des grandes entreprises.  En fait, le libre marché est intrinsèquement incapable de maintenir des profits avantageux aux compagnies sans pomper des milliards aux deniers publics afin de compenser le déficit structurel existant entre offre et demande (c’est-à-dire que la totalité des biens produits ne peut être consommée par la totalité des revenus des consommateurs/travailleurs).

Ainsi donc, la crise hellénique est le premier épisode d’une tempête sociale se profilant à l’horizon. Tel qu’énoncé dans mon billet La grande rupture sociétale : capital ne rime pas avec social    : « La grande rupture sociétale entre les pouvoirs économiques transnationaux et les aspirations concrètes des populations humaines est à notre porte. ».

La résolution ou la non-résolution et les conséquences de la présente condition en Grèce se répercuteront par la suite aux autres pays occidentaux qui connaîtront sous peu la même problématique.  Le précédent sera créé et inspirera alors les autres nations.

Ce pays se dirigera-t-il vers la gauche ou la droite afin de résoudre ses problèmes?  Nul ne le sait encore.  Mais une chose demeure certaine : la Grèce, comme jadis dans l’antiquité, redeviendra un phare d’un imminent renouveau civilisationnel.

La route est longue vers l’équilibre

La route est longue vers l’équilibre.

Elle est parsemée d’embuches, d’égarements, de retours en arrière, de crises et de conflits.

Le parcours est hasardeux, le cap difficile à maintenir et la lumière au bout du tunnel paraît inaccessible.

Mais, au long de cette route, nous forgerons notre identité et nous apprendrons de nos erreurs passées et, conséquemment, nous sortirons grandis et plus fort du voyage qui est le nôtre.