Leçon de guerre

Ce texte a été publié dans Le Devoir, le 28 Février 2022

Photo de Karolina Grabowska provenant de Pexels

J’ai lu quelques livres de stratégie militaire dans ma vie, Sun Tzu, Clausewitz et autres. Un concept de base semble constant chez tous les auteurs : on ne s’engage pas dans une attaque sans être certain de vaincre à court ou à moyen terme.

Ici, Poutine a pris un dangereux pari en sous-estimant la résistance ukrainienne. Cette guerre d’invasion risque de s’enliser et de perdurer beaucoup plus longtemps que le pensait le maître du Kremlin, sans compter que les Occidentaux fournissent en armes et équipements les Ukrainiens dans leur lutte.

Pourtant, les exemples de conquêtes s’étiolant devant l’usure du temps et la volonté combative des indigènes sont nombreux dans l’histoire. Le Vietnam et l’Afghanistan en sont les cas les plus patents.

Soumettre une population contre son gré au diktat de l’envahisseur n’est pas chose facile et s’avère pratiquement impossible, surtout à notre époque avec les nouveaux moyens de communication. Nous ne sommes plus au temps de la guerre froide, et Poutine et ses sbires risquent de le réaliser amèrement…

Le Pacifiste-Guerrier

Quelle inconsistance!

On vient de remettre le prix Nobel de la Paix à un président américain ayant annoncé, une dizaine de jours plus tôt, l’envoi prochain de 30 000 soldats supplémentaires pour combattre les talibans en Afghanistan.

Barack Obama, qui se veut le représentant d’une certaine gauche américaine, pose de la sorte un geste qui va à l’encontre des principes internationalistes et pacifiques du progressisme.

Cependant, cette annonce ne constitue pas une surprise pour le monde car le nouveau président a clairement évoqué en campagne électorale son intention de concentrer l’effort militaire américain dans ce pays de l’Asie continental.

Ce genre de politiques contradictoires n’est pas une première pour un président situé plus à gauche sur le spectre politique américain.  En effet, John F. Kennedy, malgré son image apparemment pacifiste et égalitariste, axa la politique étrangère des États-Unis dans une lutte contre les acteurs internationaux opposés au mode de vie américain, c’est-à-dire, à cette époque, le mouvement communiste.  On se souviendra de l’intrusion  de troupes américaines au Viêt-Nam pendant son mandat…

Il paraît incohérent de vouloir se battre sur deux fronts à la fois et espérer être victorieux de part et d’autre. On ne peut essayer d’améliorer la vie des américains et faire la guerre aux ennemis de l’Amérique dans le même temps car les moyens logistiques et surtout l’argent ne sont pas assez abondants pour mener à bien les deux objectifs.  En fait, la faillite d’un tel paradigme idéologique est incontournable.

À prétendre vouloir tout dominer, jouer au policier du monde et imposer la paix par la violence, le président Obama prouve amplement que ce que l’on croit être la gauche aux États-Unis ne l’est pas véritablement, dû moins selon ce que les sciences politiques définissent comme telle.

Cette superpuissance demeure et reste un pays impérialiste et guerrier (même avec à sa tête un président dit « progressiste ») visant à défendre ainsi qu’à renforcer ses pions sur l’échiquier international au détriment des valeurs humanistes, inclusives et unitaires qui caractérisent la véritable gauche.

À lire: Barack Obama et sa politique conservatrice en éducation

Gaza et Israël à la cour d’école

Il y a deux garçons à la cour d’école du Proche-Orient qui ne cessent de se chamailler à la récréation.

L’un, Israël, est baraqué et l’autre, Gaza, est petit et chétif. Le premier arbore de beaux vêtements et le second est habillé de lambeaux.

À chaque jour, dès que la cloche de la récréation sonne, Israël harcèle Gaza en lui volant ses collations et en lui enlevant le ballon des mains. Ce dernier tente de répliquer de ses mains frêles mais il ne reçoit en conséquence qu’une bonne raclée à toutes les fois.

Son visage est contusionné, son nez saigne, des bleus apparaissent sur tout son corps. L’extrême violence et le mépris d’Israël envers Gaza sont évidents pour tous les élèves.

Alors le directeur de l’école réprimande verbalement le jeune agresseur à chaque occasion mais ne lui inflige jamais de punition corporelle car son papa est le puissant maire de la Ville…

Une chance que ce genre d’injustice ne se produit pas dans le monde des adultes…

La valeur d’une vie selon l’armée américaine

Le 6 juillet 2008, un bombardement américain en Afghanistan causa la mort de 47 civils lors d’un rassemblement précédent une cérémonie de mariage, dont des femmes, des enfants et la mariée elle-même. Le fait fut avoué par le gouvernement américain même si au départ l’armée avait dénié être responsable.

Afin de réparer la faute, on a fait parvenir aux proches des victimes un montant de 2000 $US par mort et 1000$ pour ce qui est de chaque blessé.

Une bien piètre compensation qui vise à racheter une erreur opérationnelle qui n’aurait jamais dû avoir lieu.

Mais, ce qui est le plus abjecte et le plus incohérent, fut de fournir des dollars américains dans un pays dénué d’un réseau commercial et délaissé par les grandes entreprises de consommation en raison de la guerre qui sévit.

Que vont faire les familles de ces victimes avec cet argent? Certains diront que la valeur du dollar américain en Afghanistan est très élevée, et que ces dons constituent donc une compensation appréciable. Mais, où vont-elles les utilisés? Au Wal-Mart ou au Brick de Kaboul?  Ils seraient plus utiles, finalement, en tant que source de chauffage.

Ce geste traduit encore la mentalité des américains de tout solutionner avec l’argent ou en bombardant tout ce qui bouge. C’est trop compliqué, selon eux, de bâtir une infrastructure urbaine, des écoles ou des hôpitaux en Afghanistan et ils pensent tout régler avec des rétributions monétaires qui ne serviront en rien dans ce cas précis.

Crise alimentaire mondiale : le calme avant la tempête

La hausse vertigineuse des prix des aliments sur l’ensemble de la planète laisse perplexe. En général, les tarifs de ces produits ont augmenté de 83% depuis 18 mois et celui du blé de 181%.

On connaît les principales causes : la flambée du prix du pétrole; la popularité de la production des biocarburants; les politiques économiques internationales des pays industrialisés envers les pays en développement leurs dictant les cultures a exploité sans considération des besoins des populations locales.

Aussi, il y a l’émergence de la Chine qui accroît notamment la demande de viandes et de lait et pousse ainsi les prix vers le haut.

Le raffinement des techniques agricoles a permis une production accrue des biens alimentaires, mais ces progrès ne peuvent plus combler la disette devant l’essor démographique planétaire.

Les réserves mondiales en nourriture ont aussi grandement diminué.   Le Programme alimentaire mondial des Nations unies quémande des milliards supplémentaires et prévient que la crise est encore loin d’être résorbée.

L’Occident mange trop, on le sait.  Notre apport calorique est disproportionné en relation à nos nécessités réelles, sans compter le gaspillage et le dumping.  Aussi, il n’est pas surprenant de voir alors de plus en plus de cas d’embonpoint ou d’obésité.  En fait, il faudrait revoir notre façon de manger.

Une trentaine de nations sont désormais frappées par la crise alimentaire et les problèmes sociaux qui s’en suivront pourraient mener à des révoltes populaires de plus en plus graves. 

Ainsi, les tensions internationales seront exacerbées.  De possibles changements de gouvernements issus de la grogne populaire pourraient glisser vers l’extrémisme et engendrer ultimement des conflits entre pays voisins. 

Mais, finalement, cela ne traduit que deux choses: les lois du marché, lorsque laissées à elles-mêmes, ne sont pas viables dans un contexte de rareté des ressources; et, les maîtres du monde, les capitaux-fascistes, ont démontré leur incompétence à gérer l’économie mondiale.

À quand des réglementations internationales sur les denrées alimentaires et l’énergie au service des gens au lieu des intérêts des grandes compagnies?

 

La guerre en Irak : un exutoire de la pauvreté américaine?

L’accroissement de la pauvreté aux États-unis est un problème social majeur. 

Selon un rapport du Bureau du recensement, la misère extrême a atteint son plus haut niveau depuis 30 ans.  En 2005, 12,6 % de la population, soit 37 millions de personnes, y compris 13 millions d’enfants, vivaient sous le seuil de pauvreté officiel.  Il est à noter que ce taux « officiel » n’est pas représentatif de la pauvreté réelle qui accable une grande proportion du peuple américain, particulièrement en ce qui concerne les chômeurs, les minorités, les femmes, les enfants et les personnes âgées.

Par ailleurs, il faut mettre en parallèle l’écart des revenus aux États-unis : de 1979 à 2001, les revenus des 20% les plus pauvres ont augmenté de seulement 8%, ceux de la classe moyenne de 17% tandis que ceux des 10% les plus riches de 69% et le premier 1% de 139%!  Cependant, ces données sont relatives car l’augmentation du coût de la vie, la forte inflation dans les domaines de l’énergie et la hausse virtigineuse des prix des maisons avant la crise immobilière du subprime se sont résultées en fait par une diminution du niveau de vie de la plupart des américains.

On prétend que le taux de chômage aux États-unis serait proche de ce qu’on appelle le « plein emploi », mais cet indicateur est souvent trompeur car celui-ci peut diminuer même si l’inactivité se répand car on ne décompte pas les chômeurs qui ne cherchent plus de travail.

En réponse à cette crise sociale à venir, les républicains néoconservateurs au pouvoir ont préféré ignorer le phénomène et poursuivre leur politique de désengagement social de l’État fédéral en dépit des signaux d’alarme de paupérisation qui font feu de partout.

Depuis le début de la présidence de George W. Bush, on a assisté à des coupures drastiques dans la santé publique (voir ce site et cet autre site), l’éducation (diminution de 2 milliards pour l’année fiscale 2006 seulement) ainsi que dans la sécurité sociale (voir ce site) qu’on envisage de privatiser afin de rationaliser encore plus les prestations pour garnir les coffres des entreprises privées qui en prendraient le relais.  Simultanément, on a outrageusement augmenté le budget du ministère de la défense de 5% (20 milliards) en 2006 afin de continuer l’occupation de l’Irak.

On se demande si les actions de l’administration Bush ne visent pas un dessein machiavélique.  En réduisant les ristournes sociales, on aggrave la pauvreté générale et les indigents bombardés de publicités pro-engagement militaire n’ont d’autres choix que de s’inscrire dans l’armée afin de se sortir de la misère et d’accroître les rangs des soldats disponibles pour se battre en Irak.  Une personne qui est satisfaite de son sort économique ne s’engage généralement  pas dans les forces armées au risque de perdre sa vie.  Il faut n’avoir rien à perdre et c’est justement sur ce sentiment que comptent Les va-t-en guerre républicains. 

De plus, on détourne l’attention des citoyens américains des lacunes sociales du pays en priorisant dans les médias les activités des militaires américains en Irak et la lutte au terrorisme.

En conclusion, les néoconservateurs font ainsi une pierre deux coups : ils ont de la chaire à canon pour leurs guerres impérialistes et diminuent alors le nombre de pauvres gênants aux États-Unis.

L’Histoire se répète encore : les pauvres font la guerre que les riches ont déclarée.

La nécessité d’un véritable gouvernement mondial


Le monde de l’avenir se devra d’être équitable, respectueux de l’environnement et empreint de justice, sinon, il ne pourra perdurer.

La montée de la population au niveau mondial, dans les pays démunis surtout, l’effervescence de l’intolérance religieuse, la rareté prochaine des sources d’énergie et des ressources ainsi que la paupérisation croissante des peuples ne faisant pas partie du club privé des nations développées ne sont que quelques éléments qui nous laissent présager que l’instabilité croissante ne peut se résorber sans un sérieux coup de barre. La destruction de l’environnement et les guerres incessantes seront les fruits de notre inaction.

Avant longtemps, l’humanité fera face à des problématiques difficilement solvables sans une concertation au niveau planétaire.

En ce sens, l’ONU est dépassée dans le contexte actuel et demande d’être réformée. Une nouvelle ONU serait capable de relancer le débat sur les décisions à prendre et de démocratiser encore plus sa propre organisation en éliminant les privilèges des cinq membres permanents. Une structure plus souple et incluant tous les pays du monde dans la consultation et la prise de décisions permettrait d’intégrer toutes les nations du monde sans préjudice. Tous les peuples, petits ou grands, faibles ou forts, pourront se faire entendre et s’impliquer en tant qu’égaux.

Au niveau politique, chaque pays élirait trois représentants nationaux et un nombre de représentants locaux au prorata de sa densité démographique.

Les partis politiques seraient aussi bienvenus dans cette nouvelle arène politique. Cela permettrait la diffusion des grands débats à une échelle globale par la création d’un véritable parlement mondial.

Aussi, une taxation sur les transactions boursières devrait servir à financer les budgets de la nouvelle ONU. Elle permettrait de créer un contrepoids envers la puissance des multinationales ainsi que de maintenir un équilibre entre intérêts privés et planétaires.

Le rôle de l’ONU serait revu et son influence de beaucoup augmentée. Elle pourrait remettre de lourdes amendes à toute entreprise dans n’importe quel pays membre qui ne se plierait pas à une très sévère charte internationale de la protection de l’environnement et de la biodiversité.

Par ailleurs, les paradis fiscaux seront éliminés. On établirait un seuil minimum d’imposition des revenus de particulier ou des profits des entreprises à la grandeur de la planète. De plus, toute compagnie devrait payer une taxation minimum selon son importance au Fond International de la protection de l’environnement et de la biodiversité afin de contrer l’impact écologique négatif de ses activités.

La nouvelle ONU aiderait financièrement les pays en difficultés avec des prêts sans intérêts agrémentés de plans de diversification de l’économie, d’établissement d’infrastructures modernes, de soutient aux familles pauvres et d’éducation intensive. En conséquence, la croissance démographique dans ces pays perdra en vitesse avec l’augmentation du niveau de vie.

Elle créerait aussi une cour internationale des conflits internationaux. Tout pays membre se livrant à une guerre contre un autre pays membre se verra exclu et subira un blocus économique.

Le gouvernement mondial peut sembler utopique, mais il est plus que jamais nécessaire.

Un monde, une nation!

Laisser aller les choses


Monsieur Charest vient d’en faire une belle. Il affirme, en plein Jour du Souvenir, que les québécois doivent soutenir les troupes canadiennes en Afghanistan. Ses racines conservatrices et fédéralistes ressortent ici au grand jour tandis qu’une majorité de la population québécoise est, selon de nombreux sondages, contre cette guerre. De plus, les québécois ont-ils été consultés lors de la prise de décision d’envoyer des militaires à l’autre bout du monde?

De l’arrogance ou de l’incompréhension? Peu importe.

Cette déclaration ne se conforme pas à sa fonction de premier ministre provincial et se veut totalement déplacée en cet anniversaire des anciens combattants pendant que de jeunes soldats canadiens meurent au combat.

Au lieu de prévenir des morts futiles dans une intervention militaire inutile, les politiciens comme Stephen Harper ou son ami conservateur Charest se pavanent en cette belle journée d’automne et laissent simplement aller les choses.

Ils fêteront, sans doute, les prochains tués au combat à cette même date en 2008 et laisseront encore une fois aller les choses pour que les pétrolières fassent encore plus de profits et que l’industrie militaire encaisse de gros bénéfices avec des contrats gouvernementaux juteux.

Une implication canadienne injustifiée en Afghanistan


Les derniers décès de soldats canadiens en sol afghan touchent particulièrement le Québec. Les morts inutiles de ces deux soldats de la base de Valcartier et (la blessure) d’un caméraman de Radio-Canada font prendre conscience aux Québécois que la guerre et l’occupation d’un pays, même pour les meilleures raisons soi-disantes humanitaires, ont un prix à payé, et c’est souvent au sacrifice des enfants de la patrie.

Que faisons-nous là? Pouvons-nous croire que notre seule présence en ce territoire changera quoi que ce soit à la réalité socio-politique de ce pays? Il existe en Afghanistan une franche extrémiste de religion musulmane et une occupation militaire intrusive par des forces étrangères n’atténuera pas la situation, au contraire. Une telle politique ne fera que faire détériorer les choses pendant que le nombre de soldats canadiens tués augmentera. Idéalement, il faudrait, afin de susciter l’acceptation de l’implication de forces occidentales, fournir une réelle aide économique pour relever le niveau de vie des afghans, mais cette démarche coûterait des milliards de dollars à très long terme et aucun pays industrialisé ne désire s’engager dans cette voie.

Derrière cette intervention occidentale et toutes les bonnes prétentions, il y a les intérêts pétroliers des pays développés et surtout des États-unis, qui désirent faire passer un oléoduc en Afghanistan pour permettre un accès des réserves de pétrole de l’Asie Centrale jusqu’au marché mondial.

Cessons de croire que le déploiement de troupes canadiennes sert à aider le peuple Afghan. C’est une illusion, au pire, un mensonge. On ne peut imposer nos valeurs à un peuple étranger sans, en premier lieu, tenter de lui faire comprendre nos motivations. Et dans ce cas présent, elles sont plus économiques qu’humanitaires, ce qui jette sûrement un doute dans l’esprit de nombreux afghans sur le caractère altruiste de cette mission.

Le plus troublant est que la jeunesse québécoise embarque dans le mouvement et s’engage de plus en plus dans les forces armées. Il faut croire que la propagande du gouvernement conservateur pro-militariste porte ses fruits, même au Québec.