Comptabilité de nature

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Un grand espoir résidait dans la lutte aux changements climatiques lorsque les cinq grandes banques du Canada ont annoncé, il y a quelques années, leur volonté de diminuer sensiblement leurs investissements dans les énergies fossiles afin d’atteindre une certaine carboneutralité dans leurs activités – ce qu’elles ont fait pendant un court lapse de temps.

Cependant, force est de constater que le naturel est rapidement revenu au galop. En effet, de récentes informations nous indiquent que le rythme de ces investissements bancaires dans les énergies fossiles au plan mondial a repris de plus belle en 2021, notamment dans le pétrole bitumineux de l’Ouest canadien dans le cas des banques canadiennes.

Il est tentant ici de mettre en parallèle l’agissement des grandes banques avec les principes de la comptabilité, avec ses bilans, ses actifs, ses passifs et son capital dont elles sont tributaires. De toute évidence, la terre est présentement « dans le rouge » et le sera davantage si l’on ne dévie pas de la course actuelle. Les richesses naturelles se raréfieront, la biomasse se rétractera et la crise climatique atteindra une ampleur inégalée qui fera peser sur l’économie mondiale un lourd tribut, comme l’a déjà mentionné le rapport Stern (2006), et cela sans compter le risque d’une accélération d’une 6e extinction de masse déjà en cours.

Pourtant, si les grands PDG de ces institutions financières appliquaient les mêmes raisonnements comptables aux écosystèmes et au climat, ils constateraient que la pertinence du capitalisme sous sa forme actuelle doit être plus que jamais remise en question. Ils instaureraient alors des mesures afin d’assurer la pérennité de leurs entreprises en changeant de paradigmes tout en modifiant les anciennes façons de faire.

Si, autrefois, le capitalisme tel que nous le connaissons créait de la richesse, dixit Adam Smith, désormais, il en détruit et pire encore, il risque de tout emporter avec lui…

En attendant le déluge…

Photo de Markus Spiske provenant de Pexels

Cet article a été publié dans Le Devoir le 16 novembre 2021 sous le titre « Bientôt le déluge »

L’année 2021 n’est même pas encore terminée que l’on conclut déjà qu’elle trônera probablement sur le podium des années les plus chaudes tandis qu’une cascade de catastrophes déferle sur le globe.

La montée des eaux océaniques ainsi que le recul des glaciers aux pôles continuent sans cesse et ne pourront être évités même si les émissions de gaz à effet de serre s’arrêtaient abruptement.  C’est ce que confirment plusieurs études soulignant que les glaciers réagissent avec des décennies et même des siècles de retard par rapport aux transformations du climat.

Un grain de sable s’est insinué dans les rouages de la mécanique climatique laissant craindre que le pire reste à venir face à l’accélération du rehaussement des températures, notamment par les émissions fugitives de méthane du pergélisol fondant ou des hydrates de carbone des mers qui feront perdre toute prise de l’homme sur l’accentuation du réchauffement planétaire et de ses conséquences sur le climat. Pourtant, le rapport Stern a bel et bien prévenu qu’il en coûterait 20 fois plus cher dans l’avenir pour protéger la planète contre les hausses de températures que si nous nous y attardions dès maintenant.

Et pendant ce temps, notre attentisme dans la prévention des périls écologiques futurs frise l’insouciance puérile malgré la tenue de maintes conférences sur le climat, comme celle de Glasgow récemment (COP26), qui ne débouchent toujours que sur de creuses promesses et des vœux pieux.

L’incrédulité ambiante et les intérêts contradictoires des nations développées contre ceux des pays émergents sont autant de freins à la résolution définitive de la problématique climatique. Sans compter la rivalité croissante entre les deux superpuissances planétaires, l’ancienne et la nouvelle, les États-Unis et la Chine, hypothéquant davantage les prochaines générations par le refus de ces dernières d’investir systématiquement dans la lutte aux changements climatiques considérée comme trop dispendieuse devant leur désir de domination économique et militaire.  Ces deux pays émettant à eux seuls près de la moitié des GES de causalité humaine.

Malgré les beaux laïus entendus lors des multiples conférences sur le climat, les dirigeants politiques se cantonnent dans l’immobilisme.  Les uns attendent que les autres bougent dans la crainte de perdre le moindre avantage économique dans ce féroce marché mondial globalisé dans lequel les nations les plus faibles mordent la poussière.

En ce monde dominé par l’implacable capital, peu importe les considérations environnementales ou la pérennité du genre humain.  L’important est de garnir son portefeuille d’actions immédiatement au détriment du prix qu’aura à payer la descendance.

Cela est bien symptomatique de notre époque consumériste: achetez maintenant, payez plus tard…

Un investissement perdant

La décision de la Caisse de dépôt et placement du Québec d’investir davantage (à hauteur de 16,7 milliards en 2016) dans les énergies fossiles, le secteur gazier, le pétrole des sables bitumineux et les pipelines fut plutôt à courte vue et insensée.

Cette stratégie financière de la Caisse contrevient à l’esprit de la politique environnementale de la province voulant s’attaquer aux gaz à effet de serre et hisser le Québec au niveau de champion de la lutte aux changements climatiques sur le continent.

Il s’agit aussi d’un placement à court terme qui se met en porte à faux avec le but ultime de l’investisseur institutionnel qui cherche à maximiser les rentes de retraite des Québécois. À quoi sert-il d’amasser des milliards de dollars pour la future retraite des citoyens si les placements que nous effectuons fragilisent le climat, polluent notre environnement et détériorent notre qualité de vie et celle des futures générations de retraités?

À cette époque de gains rapides et de maximisation des profits sans considération de l’avenir, la Caisse de dépôt et placement, au contraire, devrait être un moteur de changement vers une transition énergétique viable, car elle est de propriété publique et se doit d’être responsable envers ses actionnaires, les citoyens québécois.

À quoi bon épargner afin de jouir plus tard d’une retraite dorée si le futur n’est plus assuré ?

Une électrification improbable

Cet article a paru dans Le Devoir,  le 25 avril 2016 et dans Métro Montréal, le 26 avril 2016

On apprenait récemment que Québec désire instaurer l’obligation d’une borne de chargement à voiture électrique dans chaque construction résidentielle neuve dans la foulée du plan d’électrification des transports prévoyant la présence de 1,2 million de véhicules de ce type en 2030.

Un vœu louable, mais qui se heurte malheureusement à la réalité économique d’un marché du pétrole et de l’automobile peu enclin à une telle mutation de la flotte véhiculaire au Québec et même ailleurs.

En effet, il demeure peu probable que l’industrie et les consommateurs amorcent volontairement ce changement de cap avec les aléas du cours du pétrole: de l’un, la hausse éventuelle du prix de l’essence fait engranger des milliards de dollars de profits aux pétrolières acoquinées avec les constructeurs automobiles qui n’ont qu’à maintenir le statu quo à leur avantage au lieu de provoquer une transformation du secteur ; de l’autre, advenant la baisse du coût du carburant fossile, les clients retardent l’achat d’une voiture plus «  verte  » et vont même jusqu’à se procurer des véhicules utilitaires sport dispendieux pourtant très énergivores au grand bonheur des industriels.

Un cercle vicieux du marché qui ne se brisera qu’avec une conscientisation véritable de la population et une volonté politique concrète d’en finir avec le pétrole ou ultimement avec une crise environnementale telle que l’urgence de la situation forcera un changement de paradigme dans le domaine des énergies du transport…

Anti-Anticosti

La nouvelle de l’octroi à la compagnie Pétrolia de la prospection et de l’exploitation des gisements de pétrole récemment découvert sur l’île québécoise d’Anticosti révèle la triple inconséquence du gouvernement Charest.

Nous connaissons les axes d’ordre politique de l’administration libérale : gestion serrée des finances publiques – telle qu’évoquée dans le dernier budget Bachand; généralisation du modèle de partenariat public- privé (PPP) afin de réduire les coûts d’investissement de l’État endetté;  et, enfin, lutte aux gaz à effet de serre –  le Québec étant le champion canadien en ce domaine à la grande fierté de Jean Charest.

Or, l’aval donné à l’extraction de carburants fossiles sur cette ile et cette décision de léguer à une compagnie privée la totalité des opérations de cette aventure et, qui plus est,  sans la divulgation du taux de redevances à l’État par la ministre Nathalie Normandeau, traduisent une trahison de ce triplet idéologique (voir dernier paragraphe) si cher au Parti Libéral du Québec.

Premièrement, le dernier budget, prétendu comme « courageux », afin de rétablir la viabilité des finances publiques va à contre sens de cette prise de position dans ce dossier.  En remettant les clés du projet à une entreprise privée qui en récoltera apparemment la plus grande part des bénéfices  – le gouvernement hésitant à dévoiler les termes du contrat concernant les redevances – les libéraux empêchent le Québec d’engranger des revenus substantiels pouvant bonifier la situation financière de la province et imputent par le fait même un fardeau supplémentaire à la classe moyenne touchée par les hausses régressives de tarification du récent budget.

Deuxièmement, si ce gouvernement est tellement adepte du concept de PPP, son cheval de bataille en développement économique, pourquoi, ici,  n’a-t-il pas procédé selon la même méthode?  La Norvège offre pourtant un exemple d’exploitation pétrolière comportant une participation publique à 50% +1, laissant le reste de la tarte aux investisseurs privés.  Ainsi, l’État québécois aurait pu partager les risques ainsi que les bénéfices potentiels qui paraissent prometteurs sur l’ile d’Anticosti.  Il ne s’agit pas d’une politique économique socialiste, mais dictée par le bon sens.  Les ressources d’un territoire doivent rapporter concrètement aux habitants de ce dit territoire.

Troisièmement, le plus important, et ce qui aurait du être le premier motif de rejet de cette initiative, réside dans la contradiction entre les prétentions du gouvernement Charest de lutter contre les gaz à effet de serre et sa volonté de permettre d’extraire du pétrole d’Anticosti qui contribuerait au réchauffement planétaire par son utilisation!  Pourtant, d’autres voies énergétiques au transport se profilent à l’horizon, comme les véhicules électriques, dont le Québec pourrait être un chef de file.  Un vrai gouvernement « vert » opterait sans hésiter pour ces options.

Incohérence, quand tu nous tiens.

Finalement, malgré ses vœux pieux, l’administration libérale penche toujours du coté d’une économie libéralisée peu soucieuse de l’environnement ou des besoins collectifs des québécois.  Pour elle, seuls comptent les profits à court terme d’un monde des affaires, dont elle est la représentante, au prix d’une désagrégation du milieu écologique ou de la pérennité économique de la majorité.  On l’a déjà bien constaté avec les gaz de schiste…

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication :  214 (initié)

Cancun: un accord de façade

Le 11 novembre 2010, à Cancun, devant les cameras de journalistes internationaux, les représentants de 194 pays signèrent un accord international sur les moyens à prendre pour ralentir le réchauffement climatique,  voulant ainsi effacer des mémoires le souvenir du fiasco de Copenhague.

Enfin, les nations du monde sont parvenues à un accord, peut-on lire de part et d’autres dans les médias du globe.

Rien de moins certain.

Avant de pavoiser, sachons que cette entente, encore en gestation, n’impose aucune cible contraignante, contrairement à celle de Kyoto.  En fait, l’accord de Kyoto a été officieusement débouté lors de ces séances plénières car jugé trop encadrant.  Pourtant, cette entente constituait un strict minimum nécessaire à la lutte contre les modifications du climat.

On a évoqué le vœu pieu de réduire la hausse de la température moyenne de la planète à 2°C au-dessus des niveaux préindustriels.  Or, le texte de Cancun n’amène rien de nouveau sur le palier de réduction des émissions, considéré comme trop faible pour atteindre l’objectif de ces deux degrés maximums.

De plus, Cancun engage les pays développés à rapetisser leurs rejets carbones dans l’atmosphère… même si l’un des plus grands pollueurs de la planète, après la Chine, les États-Unis, vient de rejeter au Congrès une législation sur les gaz à effet de serre et utilise encore le charbon comme producteur d’énergie électrique dans nombre de ses États.  En effet, les élus démocrates du centre du pays ont voté contre ce projet de loi malgré la présence d’un président plus écologiste issu de leur formation politique.

À Cancun, on constate que la pensée magique a prédominé sur la réalité.

Il y a la future mise en place du REDD (Reducing Emissions from deforestation and degradation), un mécanisme basé sur les principes du marché concocté pour équilibrer la pollution de GES du nord en sauvegardant ou plantant des arbres au sud.  Ainsi, un grand pollueur américain pourra s’acheter bonne conscience en investissant dans un projet forestier au Brésil.  Les « hics» sont que les vautours de la spéculation risquent de s’emparer de ce nouvel eldorado du carbone,  qu’il sera difficile d’évaluer combien d’hectares de forêt il faut ensemencer pour contrecarrer les effets de milliards de tonnes de gaz à effet de serre et que les retards des dernières décennies dans ce dossier demandent des politiques beaucoup plus musclées.   Alors, pas surprenant que la socialiste Bolivie ait refusé de signer l’accord.

Par ailleurs, l’idée du Fonds vert, malgré son avant-gardisme, semble être une invention creuse car aucune source de financement n’a été stipulée.  On parle de taxes sur le transport ou les transactions boursières.  Mais, chacun sait qu’en période de grave récession économique et de crise des dettes souveraines, plus précisément en Europe, de telles taxes sont inenvisageables car elles entraveraient le commerce déjà affaibli par la chute générale de la demande en Occident.  Sans compter que la Chine et l’Inde verraient d’un mauvais œil une telle initiative pouvant nuire à leur développement économique.

Et, comble de ridicule, la Banque Mondiale se voit donner la gérance de cet éventuel Fonds pour une période de 3 ans!  Ce Fonds, devant aider les pays en développement à pallier à leurs problèmes de développement socio-économique dans la déférence envers l’environnement, sera sous l’égide d’une organisation qui, depuis 30 ans, applique un diktat économique néolibéral sur les pays en difficulté en les obligeant à des privatisations des services publics, diminutions des salaires, déréglementations de l’économie avec comme conséquence le bilan socio-économique désastreux que l’on observe aujourd’hui avec la crise économique!   La Banque Mondiale représente la dernière instance capable de gérer un tel Fonds vert car sa raison d’exister n’est pas la protection des habitats vivants, mais le bon déroulement du capitalisme sous la férule du marché.

Bref, l’entente de Cancun est aussi timide qu’incohérente.

On cherche à épater la galerie et à rassurer des citoyens désormais plus soucieux de l’écologie.

Cependant, la crise économique et les dissensions entre pays développés et en voie de développement enlèvent les moyens d’un véritable plan global sur l’atténuation du phénomène négatif des gaz à effet de serre.

Et déjà, à Kyoto, nous avions entendu ce refrain de quasi-consensus sur ce sujet.  Avec les résultats que l’on connaît.

En fait, considérant qu’il faudrait 4 planètes terre pour suffire à la demande de toute la population si chaque être humain vivait comme un nord-américain, l’unique alternative demeure de réduire notre consommation, de revenir à l’essentiel, de privilégier la production locale et de modifier notre système économique selon une approche de développement durable plus respectueuse de l’environnement.

Peut-être que la crise économique amènera ces changements….

À Lire:   En attendant le déluge…

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication :  174 (universitaire)

En attendant le déluge

Cet article a été publié le 7 décembre 2010 dans Métro Montréal

Un nouveau record vient d’être battu.

L’année 2010 n’est même pas encore terminée que l’on conclut déjà qu’elle trônera sur le podium des années les plus chaudes tandis qu’une cascade de catastrophes déferle sur le globe : de la canicule dévastatrice en Russie aux inondations meurtrières au Pakistan en passant par les grands froids en Europe conséquents à la perturbation du Gulf Stream par l’eau douce de la fonte de la calotte glaciaire de l’arctique.

La montée des eaux océaniques ainsi que le recul des glaciers au pôle arctique continuent sans cesse et ne pourront être évités même si  les émissions de gaz à effet de serre s’arrêtaient abruptement.  C’est ce que confirme une étude récente de l’École polytechnique de Zurich qui souligne que les glaciers réagissent avec des décennies et même des siècles de retard par rapport aux transformations du climat.

Un grain de sable s’est insinué dans les rouages de la mécanique climatique laissant craindre que le pire reste à venir face à l’accélération du rehaussement des températures par les émissions fugitives de méthane du pergélisol fondant ou des hydrates de carbone des mers qui feront perdre toute prise de l’homme sur l’accentuation du réchauffement planétaire.

Pourtant, le rapport Stern a bel et bien prévenu qu’il en coûtera 20 fois plus cher dans l’avenir pour protéger la planète contre les hausses de températures que si nous nous y attardions dès maintenant.

Et pendant ce temps, notre attentisme dans la prévention des périls écologiques futurs frise l’insouciance puérile malgré la tenue de la Conférence de Cancun.

L’incrédulité ambiante et les intérêts contradictoires des nations développées contre ceux des pays émergents sont autant de freins à la résolution définitive de la problématique climatique.

Sans compter la rivalité croissante entre les deux superpuissances planétaires, l’ancienne et la nouvelle,  les États-Unis et la Chine, hypothéquant davantage les prochaines générations par le refus de ces dernières d’investir systématiquement dans la lutte aux changements climatiques considérée comme trop dispendieuse devant leur désir de domination économique et militaire.  Ces deux pays émettant à eux seuls la moitié des GES de causalité humaine.

Malgré les beaux laïus entendus lors des multiples conférences sur le climat, les dirigeants politiques se cantonnent dans l’immobilisme.  Les uns attendent que les autres bougent dans la crainte de perdre le moindre avantage économique dans ce féroce marché mondial globalisé où les nations les plus faibles mordent la poussière.

En ce monde dominé par l’implacable capital, peu importe les considérations environnementales ou la pérennité du genre humain.  L’important est de garnir son portefeuille d’actions immédiatement au détriment du prix qu’aura à payer la descendance.

Cela est bien symptomatique de notre époque consumériste: achetez maintenant, payez plus tard…

À lire: Cancun: un accord de façade

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication :  209 (initié)

Les États-Unis doivent s’adapter ou disparaître

S’adapter ou disparaître disait Charles Darwin.

Si cet adage peut s’appliquer à une espèce animale, peut-on l’appliquer à des sociétés humaines?

Le flux de l’Histoire n’est qu’un débit constant d’empires se succédant les uns les autres dont les vestiges jonchent la terre, témoins d’un passé révolu mais tellement riche en enseignement pour l’avenir.

Le dernier empire en liste, les États-Unis d’Amérique, se maintient difficilement sur le fil de l’hégémonie planétaire tandis que s’effritent les attributs de sa puissance.

Les États-Unis ont eu tout pour eux.  Un pays presque continental enclavé par deux océans et détenant des richesses immenses. Au contraire des autres empires de jadis, un envahissement par des forces militaires étrangères est peu probable en raison de sa quasi-insularité et du relatif éloignement de son territoire.

Alors, comment une nation si bénie par les dieux et la géographie peut-elle être sur le point de connaître la sempiternelle chute qui attend toutes les sociétés dominantes?

Contrairement aux empires séculaires,  ce n’est pas les invasions barbares qui menacent les États-Unis de déclin, mais uniquement leur incapacité à gérer leur propre destiné.

D’abord, il y a l’idéologie mercantile et individualiste qui mine et fragilise la structure de toute leur pyramide sociale.  Sur des bases aussi frêles, avec ses conséquences sociales inégalitaires, la pérennité d’un tel empire ne peut être assurée.

Ensuite, il y a la tentation hégémonique ayant poussé les États-Unis à se militariser et à s’endetter ainsi de manière outrancière.

Mais, surtout, c’est l’impéritie de ce peuple à résoudre lui-même les défis auxquels il fait face.

Le cas des récentes législations sur le système financier, la couverture universelle en santé ainsi que l’échec de la loi sur l’énergie et le climat en témoignent.

Bien que Barack Obama ait réussi à l’arraché à faire adopter deux de ces lois devant moult opposition, au final, on doit conclure que ses réformes ont échoué malgré sa bonne volonté.

La réforme bancaire fut une grosse mascarade.  L’organisme chargé de surveiller les banques ressemble plus à un eunuque qu’à un chien de garde. On a éliminé la proposition de pare-feu entre les banques de dépôt et les banques d’investissement.  Rappelons que c’est en grande partie l’enchevêtrement entre ces deux types d’institutions financières qui fut à l’origine de la crise du crédit de 2008.

Pourtant, il serait plus qu’impératif de baliser le secteur financier afin d’assainir une économie vacillante marquée par des débalancements structurels inhérents à la déréglementation excessive des 30 dernières années.

La révision de la santé, elle aussi, ne vaudra pas le papier sur lequel est rédigée la loi.  Les débats houleux et les nombreux compromis ont édulcoré le sens de la réforme qui ne consiste maintenant qu’à un vœu pieux dénué de tout fondement véritable.  Et, déjà, on conteste ce qui reste de pertinence en cette loi en doutant de sa validité devant les tribunaux.  En effet, l’État de Virginie est le premier à contester sa constitutionnalité sur la prémisse que le gouvernement fédéral impose illégitimement l’obligation aux citoyens d’acheter quelque chose.

Bref, ça commence mal, malgré qu’une protection universelle en santé soit bénéfique aux États-Unis qui paient déjà le plus au pro rata pour les services de santé.  Pourtant, une telle initiative est capitale pour couper les coûts de santé et améliorer la condition physique des américains qui pourraient alors être plus productif au grand bénéfice de l’économie américaine.

Et signe que les américains manquent la bateau en matière de santé, la Chine a récemment instauré sa propre couverture universelle.  Elle a compris qu’une puissance mondiale se doit de soigner sa population afin de construire son empire sur des bases solides.

Soulignons aussi que l’échec de l’adoption du projet de loi sur l’énergie et le climat au Sénat fait preuve d’un manque de volonté et de laxisme des américains envers l’évolution vers une société plus écologique et saine. Le développement durable n’est pas du tout dans le viseur des élus du Congrès qui se cantonnent encore dans une vision rétrograde de la croissance économique appuyée par de nombreux lobbys énergétiques ne désirant pas de véritable progrès dans la lutte aux gaz à effet de serre. Pourtant, la durabilité d’un empire s’assoit sur le renouvellement de ses richesses naturelles ainsi que sur la qualité de son environnement.

Encore une fois, l’Oncle Sam rate le train tandis que la Chine a opté pour des politiques environnementales plus sévères.

Finalement, les États-Unis, sont à la merci des mêmes maux ayant contribué à la chute de l’ancien Empire romain.  En effet, l’importation l’emporte sur l’exportation, le renouvellement de leurs ressources n’est pas pris en considération par le gouvernement (Rome a épuisé ses terres arables sans pratiquer la jachère), l’inégalité dans la répartition des revenus s’étend – et encore plus avec le maintien du congé d’impôt pour les hauts revenus malgré la promesse électorale d’Obama de l’abolir – et la tendance à créer de la monnaie pour éviter la débâcle économique en dépit de l’hyperinflation que cela engendre sont tous des indices démontrant l’inéluctabilité du déclin de la première puissance économique et militaire du monde contemporain.

L’échec de Copenhague et l’argent

L’argent, voilà ce qui a empêché une conclusion positive et toute aussi vitale pour l’Humanité à la conférence de Copenhague sur le réchauffement climatique.

D’un côté, les pays occidentaux, plus particulièrement les États-Unis (et aussi le Canada), ont souhaité un accord édulcoré afin de maintenir leur style de vie et leur dépendance au pétrole, ce qu’ils ont finalement obtenu, tandis que de l’autre bord, la Chine, en plein développement accéléré, ne semble désirer aucune entente trop contraignante à son désir d’expansion économique.

Et sur le bas-côté, dindons de la farce, se trouvent les pays en voie de développement (disons plutôt les pays en stagnation), auxquels on a promis 100 milliards de dollars sur 10 ans pour lutter contre les effets du réchauffement, question de se faire bonne conscience, au-lieu d’entreprendre de réelles démarches de réduction des gaz à effet de serre.

Il est évidemment plus profitable de saupoudrer quelques milliards aux principales victimes de ce phénomène environnemental que d’engager une politique internationale astreignante et beaucoup plus onéreuse pouvant nuire à l’activité économique et à l’enrichissement des nations les plus prospères.

Pourtant, on estime que ce montant est nettement insuffisant pour faire face aux répercussions désastreuses qui s’annoncent, comme la montée accélérée du niveau des mers et la migration climatique.  Comme toujours, les pays riches se lavent les mains du sort des pays pauvres qui paieront la plus grosse part de la facture du laisser-aller dans le dossier du changement climatique.

À notre ère, tout se ramène aux valeurs pécuniaires.  Pour les affairistes et l’élite économique, tous les problèmes peuvent se régler avec l’argent, même le réchauffement climatique, comme si on pouvait donner quelques miséreux milliards de dollars à la planète en guise de compensation!

Mais, dans 100 ans, lorsque la détérioration du système climatique aura atteint un point de non-retour, la race humaine réalisera que tout ce qu’elle croyait jadis important, comme la croissance du PIB, le profit, le « développement » économique, ne sont que peu de choses en rapport à la qualité d’un environnement stable, sain et viable à long terme.

Les conservateurs s’attaquent encore aux changements climatiques

Le Devoir dévoilait mercredi dernier qu’Ottawa allait couper les vivres  à la Fondation canadienne pour les sciences du climat et de l’atmosphère.

En effet, cet organisme s’attardant à la recherche sur les changements climatiques ne recevra plus de financement fédéral et les scientifiques qui y sont rattachés perdront leurs rémunérations habituelles.

Fidèle à leurs habitudes, les conservateurs en ont passé une petite vite en pleine vacances de la construction afin d’éviter la médiatisation de cette décision et tout débat public.

On le sait, le gouvernement conservateur, très lié d’amitié avec les pétrolières, ne croit pas au réchauffement climatique ainsi qu’à l’implication humaine dans l’accentuation du phénomène.  En 2002, Stephen Harper lui-même, parlait à la Chambre des communes de « complot socialiste » à propos du protocole de Kyoto.

Ainsi, afin de couper l’herbe sous le pied aux écologistes et aux études attestant de la réalité du réchauffement climatique, l’administration conservatrice procède à un délestage du support monétaire fédéral en ce domaine.  Cette tactique est aisément plus pratique que de confronter les données et susciter un véritable dialogue sur ce sujet « chaud » pendant que l’industrie pétrolière en Alberta génère en énorme quantité des gaz à effet de serre dans la transformation des sables bitumineux.

Le plus incohérent dans toute cette histoire est que près de 200 scientifiques canadiens risquent de se retrouver sans emploi en temps de crise économique et pourraient fuir le pays vers des cieux plus cléments.

Le ministre de la Défense, Peter Mackay, n’a pas hésité à accorder, le 8 juillet dernier, 5 milliard$ au secteur de la défense malgré les prévisions d’un déficit budgétaire accumulé de 172 milliard$ sur cinq ans et le cabinet conservateur se permet d’éliminer ces misérables petits subsides de 10 millions de dollars dans les recherches sur le climat!!!

En fait,  les contraintes budgétaires ne sont évidemment pas les réels motifs de cette coupure, mais bien les prétentions idéologiques.