Débats sans fin

Cet article a été publié dans le journal Métro Montréal le 20 février 2019

Je commence à être las de ces débats sans fin sur les valeurs culturelles, la nation, les ethnies, de ce que certains conçoivent comme étant correct au plan culturel.

Il y a des choses tellement plus importantes qui nous rejoignent tous, comme un monde sans pollution, sans discrimination et la problématique du réchauffement climatique.

On cherche en soufflant ainsi sur les braises de la haine et de l’incompréhension à nous détourner des problèmes fondamentaux de notre époque qui impliquent pourtant la survie même du genre humain en nous dressant les uns contre les autres.

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Le mirage Legault

Une oasis s’offre aux Québécois dans le désert de la politique provinciale. Apparaissant à l’horizon comme un havre de changement, la Coalition Avenir Québec (CAQ) attire les électeurs désabusés de la sempiternelle alternance entre les deux partis traditionnels que sont le Parti libéral du Québec et le Parti québécois. Cet asile politique que représente le parti de François Legault empreint d’une image de « nouveauté » (la CAQ est en fait une ADQ 2.0) ne constitue qu’un mirage dans lequel les citoyens peuvent se laisser berner.

Derrière la façade consensuelle de la CAQ se cache un parti autocratique centré sur le chef qui prend la plupart du temps les décisions, ce qui amène souvent des déclarations controversées, car aucune consultation n’est réellement faite avec les membres du parti. Formation politique possédant peu de structures démocratiques, le chef, François Legault, nomme directement les candidats du parti dans chaque circonscription, contrairement aux autres grands partis qui permettent aux membres de désigner démocratiquement leur candidat dans chaque comté. Notons aussi que la CAQ a l’effectif de membres le moins élevé (beaucoup moins) des quatre principaux partis. Ce parti peut être ainsi considéré comme un parti de notables au lieu d’un parti de masse.

En fait, ce genre de parti est calqué sur un modèle d’entreprise dans lequel le haut de la pyramide dicte ses volontés à toute l’organisation. La CAQ s’avère dès lors comme une formation politique non démocratique et centralisatrice. Notons aussi que François Legault est un ancien d’homme d’affaires ayant dirigé Air Transat et que plusieurs de ses candidats proviennent du monde des affaires.

Si la CAQ prend les rênes du pouvoir, elle imposera ce modèle à l’appareil gouvernemental en tentant de changer la philosophie de l’État dans un but de rentabilité à tout prix, comme cela se fait dans le domaine privé. Pour ce faire, Legault a déjà implicitement déclaré en 2012 qu’il remplacerait les hauts fonctionnaires et les dirigeants des sociétés publiques qui ne penseraient pas comme lui, c’est-à-dire avec une logique mercantile. Dans la présente élection, « L’aspirant premier ministre compte confier à la vérificatrice générale du Québec la tâche de passer au peigne fin le curriculum vitae des premiers fonctionnaires de chacun des ministères » selon Le Devoir – ce qui pourrait servir de prétexte pour faire le coup de balai tant préconisé.

Par ailleurs, il faut souligner le caractère « amateur » de François Legault, lui, pourtant, qui navigue dans les eaux de la politique québécoise depuis longtemps. Il a fait preuve d’une méconnaissance de plusieurs dossiers, notamment sur les politiques fédérales en immigration, sur l’abolition des commissions scolaires (l’une de ses promesses phares) qui serait difficile, car elles sont enchâssées dans la constitution canadienne, parce que linguistiques et rappelons-nous son ancienne déclaration dans laquelle il promettait d’obliger les médecins ayant étudié au Québec de demeurer dans la province même si cela contrevient à la Charte des droits et libertés.

Venons-en maintenant à l’idéologie politique de la CAQ: résolument à droite sur le plan économique, elle préfère un État moins interventionniste afin de laisser se développer à sa guise la loi du marché et du même coup favoriser le monde entrepreneurial dont sont issus François Legault et plusieurs des membres de son équipe. Dans la foulée, elle prévoit réduire progressivement le nombre de fonctionnaires, donc réduire la taille du gouvernement, mais simultanément promet de bonifier les services à la population (?). Ensuite, Legault désire « mettre au pas » les centrales syndicales comme il le promettait jadis afin d’émasculer le principal contrepoids au grand capital dont il est le digne représentant. Ajoutons qu’Air Transat, ancienne entreprise de Legault, fut soutenue financièrement par le Fonds de solidarité FTQ et que l’actuel chef de la CAQ les a remercié vingt ans plus tard en pointant directement les syndicats comme les responsables de la collusion dans la construction lorsqu’en vérité ce fut des entrepreneurs comme lui qui en ont été la source principale.

Un autre des aspects les plus malsains de la CAQ reste son caractère démagogique. La crainte du chef de la CAQ que nos petits-enfants ne parlent pas français joue sur une corde sensible de l’identité nationale, même si l’affirmation est sans fondement. Mais cela permet de faire des gains chez une frange de l’électorat plus réceptive à ces messages populistes. Demeure aussi en parallèle la question de l’immigration, dont la CAQ veut resserrer les vannes, même si le Québec a besoin de nouveaux travailleurs pour combler les nombreuses retraites à venir – des travailleurs issus de l’immigration qui occupent déjà pourtant 50% des nouveaux emplois créés depuis 2006.

Comme l’affirmait autrefois le chef de l’Action démocratique du Québec, ancêtre de la CAQ, Mario Dumont, le Québec serait la province la plus pauvre de la Confédération canadienne et François Legault répète ce mantra à qui veut l’entendre en espérant que les électeurs lui donnent le mandat de revitaliser un Québec selon lui moribond. Mais c’est oublier que le Québec, malgré les salaires plus bas, a un coût de la vie beaucoup moins élevé qu’en Ontario et que les services à la population sont plus généreux. Sans compter que l’écart entre les classes sociales est moins prononcé qu’ailleurs sur le continent.

Legault appelle à une nouvelle révolution tranquille à la sauce néolibérale, c’est-à-dire avec plus de privé, moins de réglementations et moins d’État afin de faire rouler le business – ce qui constitue en somme une antithèse du programme original de Lesage qui préconisait, au contraire, une intervention plus poussée de l’État dans toutes les sphères de la société afin d’être maîtres chez nous.

Changeant de direction au gré du vent, accolée à un monde des affaires plus soucieux de ses bénéfices que du bien-être de la population et infestée d’arrivistes de tout acabit reniflant la prise éventuelle du pouvoir, la CAQ est tout sauf un choix politique viable.

Retour vers l’avenir

Le virage nationaliste de la CAQ et la venue récente parmi ses rangs d’un transfuge du Parti québécois, le conseiller politique Stéphane Gobeil, suscitent l’espoir d’un regain de popularité de ce parti vivotant dans le paysage politique québécois.

Mais cette image revampée – ultime tentative de relancer la formation politique – ne constitue en rien une nouveauté. On tente simplement d’appliquer une nouvelle couche de vernis sur un tableau déjà bien craquelé. En fait, cette nouvelle allégeance «  nationaliste  » n’est point différente de la position de l’ADQ, son ancêtre, et aussi de la défunte Union nationale.  L’une comme l’autre prônaient une politique autonomiste – c’est-à-dire un nationalisme mou prétendant défendre les intérêts du Québec dans la Confédération canadienne.

De plus, ce nationalisme de droite, disons-le, s’aligne dans la même pensée de l’ancien premier ministre Maurice Duplessis de tendance très conservatrice: donner un appui exclusif à l’entreprise privée locale ou étrangère, rapetisser un État jugé trop tentaculaire et s’opposer aux revendications syndicales.

Ce changement cosmétique de la Coalition Avenir Québec ne cache pas sa véritable intention, soit «  retourner vers le passé  » – tout comme l’Action démocratique du Québec affichait fièrement l’adjectif «  démocratique  » dans son appellation pendant qu’elle proposait ni plus ni moins une politique économique de droite qui aurait favorisé indubitablement un écart croissant entre riches et pauvres.

Un gouvernement de coalition?

Ce texte a été publié dans Métro Montréal le 4 octobre 2012

Chantal Hébert évoque depuis un certain temps dans Les coulisses du pouvoir ainsi que dans sa chronique dans L’actualité la probabilité d’une coalition du Parti libéral du Québec (PLQ) avec la Coalition avenir Québec (CAQ).

Bien que cela soit possible sur le plan constitutionnel, si le lieutenant-gouverneur du Québec le permet, je ne suis pas d’accord avec une telle assertion.

Politiquement, ça se joue mal face à l’électorat.

À court terme, on voit mal une alliance entre ces deux formations politiques sans qu’un chef du Part libéral n’ait été désigné. Dans cette éventualité, Legault deviendrait premier ministre parce qu’il est le seul chef à avoir été élu en tant que tel.  Peu probable.

De plus, advenant une coalition avec un nouveau chef libéral, qui n’a pas été plébiscité en tant que premier ministre lors d’une élection générale, je vois mal la légitimité de ce possible gouvernement.

Par ailleurs, si un vote de confiance défait le gouvernement sur le budget et provoque des élections générales hâtives, l’odieux risque de revenir aux partis d’opposition qui pourraient y perdre des plumes.

Au fédéral, on avait évoqué une telle possibilité d’alliance pour éjecter les conservateurs du pouvoir sur une question budgétaire, sans jamais le faire.

Bref, il faut vraiment une crise majeure pour valider ce genre de « putsch » et ce ne semble pas être le cas ici.

L’effet CAQuiste sur la division du vote

Ce texte a été publié dans Métro Montréal le 7 août 2012

Jean Charest peut bien se rassurer sur l’effet avantageux de division du vote qu’engendrera la popularité de la CAQ lors de l’élection générale du 4 septembre. Comme il l’affirmait quelques mois auparavant, la Coalition Avenir Québec cannibaliserait les électeurs traditionnels du Parti Québécois, permettant aux libéraux, à son avis, de devancer les candidats du PQ dans plusieurs circonscriptions.

Néanmoins, les faits parlent autrement.

Tout d’abord les sondages montrent un phénomène inversement proportionnel : lorsque la CAQ perd des appuis dans la population, autant le PQ que le Parti libéral du Québec en profitent dans les intentions de votes.

Par ailleurs, le Parti libéral du Québec et la formation de François Legault sont au diapason sur plusieurs thématiques : tous deux sont à l’écoute du monde des affaires avec un penchant antisyndicaliste – la plupart de leurs candidats sont des notables ou des gens d’affaires – ; ils prônent le statu quo en matière constitutionnelle – malgré la prétention de Jean Charest de décrire la CAQ comme un parti souverainiste – ; et finalement, autant la CAQ que le PLQ sont d’accord sur la hausse marquée des droits de scolarité ainsi que sur l’application de la loi 78.

Sans compter que la CAQ attaque directement, avec les candidatures de Jacques Duchesneau et de Gaétan Barrette, les axes politiques constituant le talon d’Achille du parti au pouvoir, c’est-à-dire la lutte à la corruption et la santé, deux domaines où les libéraux ont échoué.

En santé plus particulièrement, les électeurs plus âgés, traditionnellement favorables au PLQ dans le passé, seront fortement tentés, cette fois-ci, de choisir la CAQ afin de s’assurer de services médicaux rapides dans l’avenir…

En somme, plusieurs électeurs libéraux déçus de l’administration de Jean Charest pourraient porter leur voix sur le parti de François Legault, plus spécialement dans la région de Québec où la lutte à deux se fera sans le PQ.

Avant de suggérer une division du vote favorable au PLQ, monsieur Charest, il faut considérer ces éléments…

Le buffet à volonté de Legault

On peut prétendre tout et n’importe quoi en même temps. Voilà ce que nous apprend la Coalition pour l’Avenir du Québec (CAQ) de François Legault.

Choisissez votre menu.  Il y en a pour tous les goûts dans le buffet à volonté de la CAQ : un peu beaucoup de droite, un tantinet de gauche, un grain de sel d’écologisme, un soupçon de nationalisme et une pincée de fédéralisme.

Cependant, un tel amalgame d’idéologies hétéroclites ne perdure jamais bien longtemps sur la houle des vérités politiques car une formation politique ne peut affirmer être tout ainsi que son contraire.

En effet, un parti politique se veut intrinsèquement la réunion de citoyens ayant les mêmes croyances politiques dans l’objectif d’une action commune.  D’où la pluralité des partis représentants moult courants politiques présents dans la société.

Au mieux, ce nouveau né de la politique québécoise tanguera à droite et ne sera qu’une refonte de l’Action Démocratique du Québec en perte de vitesse.

Au pire, il se disloquera sous le poids de ses contradictions idéologiques…

Inversion des pôles politiques

Ce texte a été publié dans Métro Montréal le 13 juin 2011

Pareille sclérose politique n’avait imprégné la société québécoise depuis l’époque de la fin du régime de l’Union Nationale.  Les temps sont de nouveau mûrs pour un changement de paradigme et l’éclosion d’une nouvelle génération d’hommes et de femmes politiques.

Bien qu’elle couve depuis le début du nouveau millénaire en sol québécois, cette mouvance novatrice capable d’assainir le faune politique a été exacerbée par un projet de loi privé concernant un certain amphithéâtre dans la capitale nationale.

La chef du Parti québécois ne devait pas s’attendre à une telle flambée de départs parmi ses troupes à la suite de l’appui inconditionnel de son parti à l’accord du maire de Québec, Régis Labeaume, avec le conglomérat médiatique Quebecor de Pierre-Karl Péladeau.  Une étincelle de trop a mis le feu aux poudres dans une formation politique profondément tiraillée entre un courant souverainiste jusqu’au-boutisme et un autre plus étapiste pendant qu’en coulisses se prépare un nouveau joueur de gauche pouvant ravir quelques ou plusieurs députés et électeurs à l’ancien porte-étendard parlementaire de l’émancipation nationale.  En effet, Québec Solidaire parasite de plus en plus l’électorat traditionnellement péquiste tout en se présentant comme la véritable alternative aux indépendantistes et aux progressistes anciennement très favorables au parti de Pauline Marois – cette dernière ayant annoncé sa volonté de dégraisser l’État et de placer au second rang les velléités souverainistes au grand dam des récents quatre élus insatisfaits ayant quitté la famille péquiste.

Et, en parallèle, le Parti Libéral du Québec s’enfonce dans l’impopularité tandis qu’un parti politique encore au stade embryonnaire le talonne sur sa droite et gruge un appui populaire lui faisant cruellement défaut.  François Legault et son comparse entrepreneur Charles Sirois avec leur plateforme électorale – à ce jour virtuelle –  pourraient séduire bien des libéraux avec les principes de délestage temporaire de l’objectif souverainiste et de recentrage sur des priorités plus économiques si chères au monde des affaires et à la droite.  En fait, le Parti Libéral du Québec risque de subir le même sort que son cousin fédéral lui aussi jadis miné par les scandales.

Par ailleurs, la formation fantôme de Legault agrippera-t-elle quelques péquistes au passage? Probablement, mais très peu, et surtout dans les franges minoritaires des souverainistes mous et des adeptes du libre marché sans entrave.  Pour preuve : François Legault n’a attiré aucun autre député du PQ avec lui lors de son claquement de porte.

De part et d’autre du monde politique québécois, la carte du ciel se reconfigurera de nouveau en conséquence d’une inversion inébranlable des pôles politiques, tant à gauche qu’à droite.

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication :  230 (initié)