Les contradictions de Stephen Harper et de ses conservateurs

Rarement a-t-on vu autant de contradictions dans une gouvernance fédérale.  Le Parti Conservateur de Stephen Harper brandit vainement la menace d’un gouvernement de coalition entre les libéraux, les « socialistes » de Jack Layton et les séparatistes en espérant cacher les incohérences de ses politiques et le péril d’une majorité conservatrice.

La prétention de transparence détonne avec l’opacité des décisions gouvernementales et la Loi sur la responsabilité votée en grande trompe par les conservateurs eux-mêmes après le scandale des commandites.  Conflits d’intérêts, trafics d’influence, nominations partisanes, clientélisme culturel, outrage au parlement, utilisation de l’État à des fins politiques démagogiques se placent en contraste avec l’image éthique et d’ouverture du premier ministre Harper qui contrôle l’accès à l’information et musèle ses ministres ou députés trop encombrants.  Évoquons aussi les fraudes électorales des élections de 2006 avec le stratagème du « In and Out » dénoncé par Élection Canada et les tentatives d’éliminer le financement public des partis politiques pouvant avantager grandement les conservateurs déjà hautement financés par les pétrolières ainsi que le monde des affaires.  Tout ça en parfaite antinomie avec l’allocution du ministre de la défense, Lawrence Cannon, prétendant promouvoir la démocratie à travers le monde tandis que son parti viole les processus démocratiques les plus élémentaires.

L’allégement des taxes aux grandes entreprises, la mesure privilégiée des conservateurs pour appuyer la reprise économique, se porte en porte-à-faux à l’efficacité de la relance. En effet,  il est démontré, selon diverses études, dont celles de Statistique Canada et de la fiscaliste Brigitte Alepin, que l’investissement, qui se doit d’être inversement proportionnel à l’abaissement de la taxation, n’est pas au rendez-vous depuis les années 80.    La cible est ratée quand on considère que ce sont les petites et moyennes entreprises qui contribuent à 80% dans la création d’emplois.

Leur animosité face à l’avortement occulte une inconsistance philosophique profonde de cet aspect du conservatisme social.  Les conservateurs stipulent que seuls les enfants issus d’un mariage sont acceptables, mais enlèvent le droit aux femmes de se faire avorter à la suite d’un viol ou d’une relation amoureuse passagère.  Si l’enfantement n’est digne que dans le cadre des vœux sacrés du mariage, pourquoi alors refuser ce droit à l’extérieur de ceux-ci?

Les conservateurs érigent la famille comme valeur suprême, mais mettent en péril celle-ci en négligeant la protection de l’environnement.  En déniant le réchauffement planétaire et en atténuant la réglementation environnementale à l’exploitation des sables bitumineux, par exemple, ils laisseront à leurs enfants une planète malade et en piteuse état.  Belle façon de protéger sa descendance.

La loi et l’ordre, le crédo conservateur, ne s’arrime pas avec la réalité sociale canadienne.  Le crime est en baisse partout au Canada depuis plusieurs années.  Aussi, leurs attaques incessantes contre le registre des armes à feux, pourtant très utile aux policiers dans leur lutte contre les délinquants, sont incompréhensibles dans une logique de répression du crime. Même la Fédération des policiers municipaux clame avec véhémence l’utilité de ce registre.  De plus, permettre à des jeunes fautifs de 14 ans de purger une peine de prison avec de grands criminels adultes ne fait que perpétuer les comportements antisociaux générant encore plus de criminalité.

La militarisation, dont sont friands les conservateurs, va à l’encontre de leur mantra de réduction de l’État –  le budget de la défense gonflant de manière pléthorique.  Sans compter que les contrats sont donnés à l’extérieur du pays, privant ainsi les travailleurs canadiens de nouveaux emplois, lorsqu’il serait possible, dans certains cas, de les octroyer à l’interne.    Le gouvernement conservateur affirme, pour se justifier, que la majeure partie de l’entretien des avions F-35, par exemple, sera effectué à l’intérieur des frontières, ce qui s’avère erroné selon le Pentagone.  Bilan : les déficits cumulés depuis l’accession au pouvoir du Parti Conservateur atteignent 100 milliards de dollars – même si l’héritage de la précédente administration libérale avait dégagé des surplus de 13 milliards en 2006.  En parallèle, plus de 93 milliards ont été dédiés à l’achat de nouveaux équipements militaires. Très bonne gestion des finances publiques pour un parti prônant la rigueur budgétaire!  Il est ainsi inconséquent d’endetter le pays pour satisfaire le bellicisme des conservateurs.

Face à autant de contradictions, on peut se questionner sur le genre d’électeurs se confortant dans le programme de ce parti politique de droite. Le clientélisme qu’opèrent les conservateurs visant à cibler des segments de l’électorat favorables à telles ou telles promesses électorales semble avoir été récemment porteur pour ces derniers.  Néanmoins, les limites d’une stratégie aussi éclatée cherchant à séduire les uns et les autres risquent d’apparaître sans une ligne directrice et cohérente au niveau pancanadien.  Ce qui manque cruellement pour la formation de Stephen Harper…

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication :  179 (universitaire)

Canada fasciste

Qui l’eut cru.

Le Canada, ce pays si respecté sur la scène mondiale pour son aide internationale, son respect des droits de l’homme, sa justice sociale et son respect des préceptes démocratiques glisse lentement, si la tendance se maintient, vers le fascisme sous l’égide des conservateurs.

Le gouvernement de Stephen Harper, fidèle à sa coutume depuis le début de sa gouvernance, ne se gène pas pour contourner les lois et profiter de toutes les occasions possibles pour faire avancer ses réformes de droite antidémocratiques.

Avec et depuis l’élection du Parti Conservateur en 2006, les citoyens canadiens ont vu progressivement leurs droits démocratiques reculés et la libre circulation de l’information brimée.

Tout d’abord, il y a la mainmise du bureau du premier ministre sur toute l’information émanant du gouvernement.  En effet, toute communication vers l’externe doit passer par les mains de Stephen Harper lui-même. Sans compter que ce dernier tient en laisse l’ensemble de ses ministres qui ne peuvent pas ouvrir leurs bouches sans son accord explicite.

Et, fait inquiétant, seuls les journalistes autorisés peuvent poser des questions lors de déroulement de conférences de presse!

Mais ce n’est pas tout : le groupe Journalistes canadiens pour la liberté d’expression s’est déclaré inquiet de la tournure que prend le cabinet Harper dans l’accès à l’information.  Selon un rapport du groupe, 43 % des requêtes d’accès à l’information n’ont pas été traitées à l’intérieur du délai prescrit de 30 jours. Par ailleurs, dans 23 % des cas, plus de 60 jours ont été nécessaires avant qu’une réponse soit donnée.

Autre dossier : les arrestations massives du dernier G20 à Toronto, avec la présence sur place de 5 000 agents de la GRC, font transpirer que le gouvernement fédéral actuel ne lésine pas avec la sécurité ainsi que sur son credo de « la loi et l’ordre ».

Et, cet été, le gouvernement conservateur essaie de faire passer incognito et insidieusement certains pans de son agenda en pleine période de vacances estivales dans laquelle les citoyens ne sont pas autant à l’affût de l’actualité politique.  On tente ainsi de nous en faire passer des « p’tites vîtes ».

Prenons le cas du changement du formulaire obligatoire de Statistique Canada en un caractère volontaire.  Ils ont annoncé ce changement en attestant qu’il s’agissait d’une demande expresse de l’organisme public.  Ce qui s’est avéré éminemment faux tout en suscitant la colère du statisticien en chef de Statistique Canada qui remit immédiatement sa démission.

Dans le même temps, Maxime Bernier, l’inimitable député de Beauce, renchérit en stipulant que des milliers de plaintes ont été adressé à son bureau de circonscription.   Monsieur Bernier proclame qu’il représente une « majorité silencieuse».  Or, celle-ci doit être vraiment silencieuse ou Bernier mythomane, car seulement trois personnes se sont plaintes au près de Statistique Canada depuis 2001!

Quoi qu’il en soit, on réalise très bien que cette décision est idéologique.  Quelques mois plus tôt, Statistique Canada, une institution reconnue mondialement pour sa neutralité et la justesse de ses sondages, a sorti une donnée démontrant la diminution de la criminalité au Canada, ce qui n’a évidemment pas plu aux conservateurs qui élèvent en dogme le « Law and order » et la sévérité des lois en matière criminelle.

Il est à noter que le passage à un formulaire volontaire réduit considérablement la précision des données de Statistique Canada et ainsi fait l’affaire des conservateurs.  Dans l’avenir, ils pourront alors mettre en doute la précision des conclusions de Statistique Canada.

Autre affaire épineuse : la fin de la discrimination positive dans l’embauche de la fonction publique fédérale.  Outre le fait que cette décision mettra fin à un rééquilibrage de la proportion de fonctionnaires fédéraux issus des minorités visibles –  ces dernières représentent 12,4% de la population active mais n’occupent seulement que 9,8% du fonctionnariat fédéral-  cela sonnera l’arrêt de mort d’une juste représentation culturelle et ethnique du pays dans la cohorte des employés de l’État.

Mais, plus précisément, cela traduit la volonté des conservateurs d’exclure le plus possible les minorités au sein de l’appareil gouvernemental.  Ce qui demeure, évidemment, un sentiment exclusif et xénophobe contraire aux valeurs fondamentales de ce pays.

Citons aussi l’octroi de 9 milliards de dollars à l’achat de 65 F-35  en pleine période de restrictions budgétaires.  La situation économique avec son lot de détresses personnelles ne demanderait-elle pas plutôt des investissements plus ciblés socialement?  De plus, pourquoi ainsi exporter ces milliards en dehors de nos frontières pour engraisser la compagnie américaine Lockheed Martin au-lieu de les investir directement dans l’économie canadienne?

La militarisation est à l’ordre du jour chez les conservateurs tandis qu’ils annoncent de prochaines coupes sombres dans la structure gouvernementale à la suite des coûteux programmes de relance de l’économie.  On voit dès lors où résident leurs priorités.

Un pays qui dérive vers l’exclusion des ethnies minoritaires, le contrôle de l’information, la répression et le militarisme ne vous rappelle-t-il pas un schème familier?

L’Histoire nous apprend que la déviation totalitaire ne s’est jamais opérée du jour au lendemain, mais, insidieusement, progressivement, pour finir par étendre son étreinte à toutes les sphères de la vie publique.

Il revient aux citoyens d’être vigilants car la démocratie ne doit jamais être tenue pour acquise.  Elle est un combat perpétuel devant les forces cherchant à la corrompre.

Les conservateurs ne sont même pas majoritaires, et déjà, ils tentent de modeler le corps social selon leurs paradigmes idéologiques.

Imaginez si le Parti Conservateur était majoritaire…

AJOUT : l’affaire du bateau de réfugiés tamouls confirme encore l’assertion que les conservateurs sont répulsifs aux minorités!