Extinction inc.

S’il y a un marché dans lequel vous devriez investir vos billes, c’est bien celui de l’extinction des espèces qui connaît un taux de croissance phénoménale dépassant toutes les espérances.

image

En effet, la disparition des populations des oiseaux, poissons, reptiles et mammifères s’accélère à un rythme effréné depuis plus de 40 ans. Selon le Fonds mondial pour la nature (WWF), 58 % de ceux-ci ont été rayés de la carte du monde depuis 1970 et, d’ici 4 ans, ce taux pourrait grimper à 67 % en raison de l’activité humaine. Ajoutons aussi les changements climatiques qui bouleverseront éventuellement des milliers d’habitats et qui fragiliseront ainsi encore plus d’espèces. Devant la surexploitation du globe et la croissance démographique – nous consommons environ l’équivalent des ressources de 1,6 planète – l’organisme lance un cri d’alarme.

Et pourtant, ce qui devrait passer à la Une des journaux et des canaux de nouvelles se voit relégué à une information anodine sans conséquence.

L’humanité se cantonne encore dans l’axiome fallacieux que le capitalisme est la seule voie possible – une foi inébranlable que le développement de l’économie de marché sera toujours infini sans qu’il ne rencontre d’obstacle à sa course dans un monde fini où les ressources sont limitées.

Mais, la pensée magique finira par se dissiper lorsqu’elle rencontrera brusquement le mur de la réalité… et, à ce moment, il sera peut-être trop tard pour réparer ce qui ne peut pas être réparé.

Cependant, ce n’est pas la première fois que les voyants rouges s’illuminent. En 1972, le premier rapport du Club de Rome (Rapport Meadows) sonnait l’alarme sur les conséquences de la croissance économique sur l’environnement, prédisant même une chute brutale de l’économie mondiale vers 2030. En 2012, une version actualisée de cette étude confirme le postulat précédent en implorant les responsables politiques d’opérer un changement de paradigme socio-économique incontournable pour assurer la suite de notre civilisation et de notre race.

La finalité de la route que nous avons empruntée aboutira à une raréfaction des ressources et à un effondrement de la chaîne alimentaire dont nous tirons notre subsistance. Et, en bout de course, c’est l’humanité tout entière qui disparaîtra, car on aura dérobé sous ses pieds les fondations de sa pérennité.

En fin de compte, le capitalisme – système par excellence du consumérisme – réalisera probablement sa plus grande réussite en ayant consommé pratiquement tout ce qui existe de vivant sur cette terre, tel un trou noir dont rien ne s’échappe…

Économie de nature

De nouvelles informations sur l’état de la planète ont été récemment dévoilées.

La menace sur la pérennité de la biodiversité et donc sur la capacité à nous nourrir est en péril.

Voici les grandes lignes :

–         le rythme actuel d’extinction des espèces est de 1000 fois supérieur à la normale.

–         De 1970 à 2006,  près du tiers de la masse animale a été rayée de la carte.

–         45% des espèces d’amphibiens sont en danger d’extinction, ce qui laisse présager une explosion de la population des insectes pouvant répandre plusieurs infections chez l’Homme, telle que la malaria.

–         25% des mammifères sont menacés de disparition.

–        Les abeilles sont atteintes de maladies dues à l’épandage massif d’insecticides et ainsi la pollinisation si vitale en agriculture risque de fléchir dangereusement.

–         en 2010, la consommation annuelle de l’être humain a dépassé la capacité de régénérescence des ressources terrestres.

Mais, que faisons-nous en réponse à ces malheurs annoncés?  Rien du tout.

Nous perpétuons un système économique autodestructeur sans se poser de questions.

Pourtant, si les adeptes des théories du marché et de la rentabilité appliquaient les mêmes raisonnements théoriques aux écosystèmes et au fonctionnement de la nature, ils constateraient que la faillite du capitalisme sous sa forme actuelle est imminente.

En effet, selon les préceptes de la comptabilité, avec ses actifs et ses passifs, si chers aux gourous du mercantilisme, la terre est présentement dans le rouge et le sera davantage si l’on ne dévie pas de la course actuelle.  Les richesses se raréfieront et la biomasse se rétractera jusqu’à faire vaciller toute la vie sur la planète.

Et quelles actions entreprendraient des administrateurs de compagnies privées dans une telle situation?  Ils limiteraient les dégâts.  Ils instaureraient des mesures afin d’assurer la survivance de l’entreprise en changeant de paradigmes tout en modifiant les anciennes méthodes de faire.

Alors, pourquoi ces petits génies de la finance et du commerce ne constatent-ils pas ce parallèle entre économie de marché et économie de nature et ne se contraignent donc pas à remettre en question tout leurs schèmes de pensée?

Le capitalisme a désormais atteint ses limites.  Si, autrefois, il créait de la richesse, dixit Adam Smith, maintenant, il en détruit.