Une ombre sur nos libertés

Avec le pire attentat terroriste depuis le 11 septembre 2001, l’horreur s’étend désormais des deux côtes de l’Atlantique, mais au lieu de venir du ciel, elle vient cette fois-ci des rues.

Il s’agit d’un cocktail contextuel explosif qui laisse craindre une réponse politique extrême de la part des électeurs en proie au désarroi et à l’impuissance.

On connaissait déjà depuis quelque temps la montée d’un certain populisme de droite en Europe et cet événement devrait mousser encore plus son ascendance… avec toutes les dérives que cela comporte  : instauration d’un État policier, effritement des libertés fondamentales et racisme rampant.

Jadis, les nazis avaient pu susciter une peur irrationnelle envers les Juifs avec de la propagande mur à mur. Imaginons alors ce qui peut arriver à une société avec un «  ennemi  » déambulant dans les mêmes rues et avenues que le simple citoyen et procédant à des exécutions de masse.

Le choix de Paris par les terroristes n’était pas fortuit. Au niveau de la psyché occidentale, elle est un peu le berceau de la modernité.

Dans la «  Ville lumière  » des terroristes de l’État islamique ont semé la mort et peut-être du même coup planté les graines de l’érosion du concept même de liberté sur lequel s’est érigée notre civilisation occidentale…

Le fil d’Ariane de la violence

Cet article a paru dans Le Devoir,  le 23 janvier 2015 et dans Métro Montréal, le 27 janvier 2015

Comment ne pas voir de relation entre les écarts extrêmes de richesse étalés par Oxfam ces derniers jours et la prolifération de groupes intégristes islamiques dans les zones les plus démunies de la planète?

La misère et le désespoir frappant le Moyen-Orient déstabilisé par les conséquences de l’intervention américaine en Irak ainsi que le Nigeria où environ deux tiers de la population vivent en dessous du seuil de la pauvreté grandissent sans cesse les rangs de l’État islamique et de Boko Haram dans ces régions du globe.

Au lieu d’évoquer encore et encore une « guerre au terrorisme » exacerbant la haine et la violence, il devient de plus en plus nécessaire de remonter enfin le fil d’Ariane liant la pauvreté à l’extrémisme religieux tout en s’interrogeant sur la problématique des inégalités sociales dans le monde…

Antiterrorisme 101

L’attentat perpétré au Charlie Hebdo élève à un nouveau paroxysme ce conflit séculaire entre l’Occident et le monde musulman qui fait rage depuis les premières batailles entre chrétiens et dévots d’Allah au VIIIe siècle de notre ère.

Les motifs et les blâmes fusent de part et d’autre pour expliquer ce feu sanglant perpétuel – les deux côtés croyant posséder l’unique vérité.

Les intégristes dénoncent l’occupation de la Palestine, le néocolonialisme, l’ingérence de l’Occident, les occupations militaires et les bombardements parfois indiscriminés sur leurs pays.

Le monde occidental, lui, s’offusque de l’obscurantisme et du barbarisme sans nom des tenants de cet islamisme radical échappant à la raison.

Devant cette escalade de la haine, plusieurs se demandent comment mettre un terme au terrorisme.

Certains suggèrent une réponse avec plus de répression et d’interventions militaires dans les zones où pullule la «  main-d’œuvre terroriste  ». Mais ce serait une erreur. Répondre à la violence par la violence ne fait que perpétuer ce cercle vicieux dont la fin ne sera jamais à notre portée si nous continuons à emprunter cette voie.

L’alternative la plus positive serait de s’attaquer directement aux racines du terrorisme.

Premièrement, rappelons-nous les déclarations récentes du Pape François qui pointait «  la pauvreté, le sous-développement, l’exclusion  » comme les principales sources de la genèse du terrorisme contemporain. Il souligne ainsi les défauts de notre capitalisme implacable laissant sur le bas-côté les moins chanceux de la vie. Il serait alors de plus en plus pressant d’organiser une véritable social-démocratie planétaire soutenant les oubliés du système économique afin d’éradiquer les germes du terrorisme.

Deuxièmement, il deviendrait nécessaire d’atteindre un nouveau moment tournant dans les relations internationales entre les démocraties libérales et la sphère musulmane en y incluant un paradigme de respect mutuel. L’impérialisme occidental dans cette région devrait céder le terrain à une entente sur le développement et les riches élites des pays arabo-musulmans, principalement celles de la péninsule arabique, devraient arrêter de faire double jeu et de financer subrepticement les organisations terroristes.

Évidemment, il demeure difficile d’oublier la haine ainsi que les fantômes du passé et les forces de l’immobilisme combinées à la pluralité des acteurs rendent pratiquement utopique l’application de ces solutions. Mais, au moins, elles sont énoncées ici…

Soupçon de démocratie

Cet article a paru dans Le Devoir,  le 31 octobre 2014

Il faut éviter de tomber dans le piège tendu par les actes des deux forcenés s’en étant pris à des militaires et à la Chambre des communes la semaine dernière.

Et c’est exactement ce qu’entend faire le gouvernement conservateur avec l’aide de la Gendarmerie royale du Canada en réponse à ces attentats. En effet, on songe à donner aux forces policières le pouvoir de surveiller ou d’arrêter les personnes soupçonnées de terrorisme, et ce, sans l’aval du procureur général qui vise normalement à faire contrepoids aux enquêteurs dans le but d’empêcher des violations aux droits et libertés de la personne.

Une telle législation viendrait affaiblir les fondations démocratiques en y créant une brèche qui ne ferait que s’accentuer avec le temps et édulcorer les principes mêmes de l’État de droit sur lesquels s’est érigée notre société…. et c’est exactement cela que recherchent ces nouveaux convertis à l’islamisme radical.

Les conséquences d’une telle dérive sont multiples et dangereuses : violation des droits de la personne; abus policiers; nouvelle forme d’inquisition à la maccarthysme et délation entre les citoyens; autocensure nuisant à la liberté d’expression des citoyens sur leurs opinions plus contestataires ou non-conformistes…

L’un de mes professeurs à l’université clamait que la démocratie est une belle porcelaine fine, et que si l’on n’y prend pas soin en l’échappant sur le sol, jamais les morceaux ne pourront être recollés.

Nous devons alors rester sur nos gardes pour conserver nos acquis démocratiques afin de ne pas devenir, contre notre gré, un «  soupçon de démocratie  »…