La vacuité du vote obligatoire

Ce texte a été publié dans Métro Montréal le 16 août 2012

On peut saluer l’Institut du Nouveau Monde (INM) pour sa proposition du vote obligatoire afin de susciter une augmentation de la présence des jeunes électeurs aux urnes.

Cependant, cette solution, que l’on peut qualifier de « magique », fut imaginée jadis par beaucoup de penseurs politiques et appliquée dans quelques rarissimes pays, sans jamais devenir la panacée à la chute de l’implication des citoyens à la vie publique en Occident.  Et cela pour de nombreuses raisons.

Tout d’abord, dans notre contexte proprement québécois, une telle mesure coercitive avec possibilité d’amende au délinquant viendrait choquer les jeunes déjà épris d’un libre arbitre que la société leur a inculqué dès leur tendre enfance.

Ainsi, le succès du résultat du vote obligatoire est loin d’être garanti : contraindre la participation électorale des citoyens peut amener l’élection de dirigeants populistes car certains électeurs, peu intéressés par la chose politique, voteraient sans trop réfléchir pour les candidats leurs promettant mer et monde.

Finalement, l’INM prend le problème du mauvais côté.  On ne peut imposer l’intérêt envers les choses de l’État dans la Polis.  Il faut le créer, le stimuler, le mousser dès le début de la vie du citoyen jusqu’à son décès.  Ceci engendre des citoyens plus éclairés et donc une démocratie plus saine.

La suggestion de l’INM de cours d’éducation civique va en ce sens.  Il devrait s’y tenir et insister davantage sur ce point…

L’effet CAQuiste sur la division du vote

Ce texte a été publié dans Métro Montréal le 7 août 2012

Jean Charest peut bien se rassurer sur l’effet avantageux de division du vote qu’engendrera la popularité de la CAQ lors de l’élection générale du 4 septembre. Comme il l’affirmait quelques mois auparavant, la Coalition Avenir Québec cannibaliserait les électeurs traditionnels du Parti Québécois, permettant aux libéraux, à son avis, de devancer les candidats du PQ dans plusieurs circonscriptions.

Néanmoins, les faits parlent autrement.

Tout d’abord les sondages montrent un phénomène inversement proportionnel : lorsque la CAQ perd des appuis dans la population, autant le PQ que le Parti libéral du Québec en profitent dans les intentions de votes.

Par ailleurs, le Parti libéral du Québec et la formation de François Legault sont au diapason sur plusieurs thématiques : tous deux sont à l’écoute du monde des affaires avec un penchant antisyndicaliste – la plupart de leurs candidats sont des notables ou des gens d’affaires – ; ils prônent le statu quo en matière constitutionnelle – malgré la prétention de Jean Charest de décrire la CAQ comme un parti souverainiste – ; et finalement, autant la CAQ que le PLQ sont d’accord sur la hausse marquée des droits de scolarité ainsi que sur l’application de la loi 78.

Sans compter que la CAQ attaque directement, avec les candidatures de Jacques Duchesneau et de Gaétan Barrette, les axes politiques constituant le talon d’Achille du parti au pouvoir, c’est-à-dire la lutte à la corruption et la santé, deux domaines où les libéraux ont échoué.

En santé plus particulièrement, les électeurs plus âgés, traditionnellement favorables au PLQ dans le passé, seront fortement tentés, cette fois-ci, de choisir la CAQ afin de s’assurer de services médicaux rapides dans l’avenir…

En somme, plusieurs électeurs libéraux déçus de l’administration de Jean Charest pourraient porter leur voix sur le parti de François Legault, plus spécialement dans la région de Québec où la lutte à deux se fera sans le PQ.

Avant de suggérer une division du vote favorable au PLQ, monsieur Charest, il faut considérer ces éléments…