Du vert conservateur

Cet article a été publié dans le journal Métro Montréal le 16 septembre 2019

À une lointaine époque, j’ai milité pour le Parti vert du Québec, car je croyais à un certain progressisme social et environnemental. Mais, les récentes prises de position de son cousin fédéral me font douter de voter vert au prochain scrutin pancanadien.

Les verts canadiens semblent bien différents de leurs collègues québécois situés plus à gauche. Sa base principale se trouvant dans l’Ouest canadien, ce parti vert peut être considéré comme une aberration au plan idéologique.

En effet, le mouvement politique vert se place idéologiquement à gauche sur le spectre politique, car le programme environnemental qu’il soutient implique nécessairement une réforme socio-économique profonde de la société. Ce n’est manifestement pas le cas ici pour le Parti vert canadien qui s’est positionné, pour sa part, ouvertement pour l’exploitation des sables bitumineux à moyen terme, pour une privatisation des infrastructures d’eau des Premières Nations et pour permettre à ses éventuels députés de voter librement lors d’un possible projet de loi des conservateurs sur le droit à l’avortement – bien que la cheffe Elizabeth May se soit rétractée récemment dans la confusion la plus totale.

D’aucuns pourraient penser qu’avec un parti vert comme ça, nous n’avons pas vraiment besoin d’un parti conservateur…

Un acteur manquant

Une autre conférence sur le réchauffement climatique (COP 24) vient de se conclure à Katowice en Pologne et les divers représentants des nations du monde retourneront dans leur capitale respective sans avoir, comme d’habitude, de réelles capacités à respecter les ententes signées. Ils se rencontrent et pondent à chaque fois des résolutions qui tomberont dans l’oubli une fois le sommet terminé sous la pression des impératifs économiques dictés par la concurrence internationale en dépit des voyants rouges clignotant de plus en plus fort appuyés par la fonte rapide des pôles et aussi par l’avènement d’épisodes climatiques extrêmes aux quatre coins du globe.

Et si, en fait, il manquait une variable à l’équation de la solution du réchauffement climatique? On évoque toujours une participation accrue des États, du politique, mais presque jamais de l’économique, c’est-à-dire des efforts que l’on devrait demander aux sociétés commerciales nationales et multinationales. Évidemment, le monde des affaires prétend faire sa part, mais force est de constater que ses initiatives sont bien timides et bien en deçà de ce qu’il devrait faire. Certains diraient même qu’une grande partie de la responsabilité repose désormais sur les épaules de ces organisations dont est issue la prolifération des gaz à effets de serre, c’est-à-dire les sociétés commerciales et industrielles qui produisent nos biens de consommation multiples, tels les voitures et tous les autres biens.

En tant qu’entreprises prétendument responsables et soucieuses de l’environnement, celles-ci ne devraient-elles pas franchir le cap et entreprendre d’elles-mêmes le changement des habitudes de consommation? Au lieu de cela, l’offre demeure la même et ignore une demande pour des produits plus écologiques. Par exemple, on nous propose encore des véhicules VUS énergivores. On rétorquera que les technologies alternatives de véhicules autres qu’à explosion ne sont pas encore prêtes, mais si l’on avait investi en environnement autant de centaines de milliards de dollars que nous l’avons fait dans l’industrie de l’armement et de la guerre ces dernières décennies, notre problème actuel serait bien près de la solution. Toutefois, il est bien plus rentable de fabriquer des armes à court terme que de préparer un avenir meilleur à l’humanité à long terme.

Aussi, on s’étonne de constater le manque de vision des multinationales quant à l’urgence de la situation. Pourtant, elles devraient être les premières à user du principe de précaution afin d’assurer leur propre pérennité. Après tout, une terre dévastée en permanence par les bouleversements climatiques n’est pas bonne pour les affaires.

Le Pacte pour la transition, par exemple, est une bonne initiative, mais la situation climatique actuelle dépasse la simple sphère de la société civile ou même de la politique. Il manque un acteur important dans la résolution globale de cette problématique. Sans une attitude proactive du monde des affaires à l’international dans le changement de paradigme de consommation, jamais nous ne pourrons opérer le changement de cap si escompté…

Un investissement perdant

La décision de la Caisse de dépôt et placement du Québec d’investir davantage (à hauteur de 16,7 milliards en 2016) dans les énergies fossiles, le secteur gazier, le pétrole des sables bitumineux et les pipelines fut plutôt à courte vue et insensée.

Cette stratégie financière de la Caisse contrevient à l’esprit de la politique environnementale de la province voulant s’attaquer aux gaz à effet de serre et hisser le Québec au niveau de champion de la lutte aux changements climatiques sur le continent.

Il s’agit aussi d’un placement à court terme qui se met en porte à faux avec le but ultime de l’investisseur institutionnel qui cherche à maximiser les rentes de retraite des Québécois. À quoi sert-il d’amasser des milliards de dollars pour la future retraite des citoyens si les placements que nous effectuons fragilisent le climat, polluent notre environnement et détériorent notre qualité de vie et celle des futures générations de retraités?

À cette époque de gains rapides et de maximisation des profits sans considération de l’avenir, la Caisse de dépôt et placement, au contraire, devrait être un moteur de changement vers une transition énergétique viable, car elle est de propriété publique et se doit d’être responsable envers ses actionnaires, les citoyens québécois.

À quoi bon épargner afin de jouir plus tard d’une retraite dorée si le futur n’est plus assuré ?

Extinction inc.

S’il y a un marché dans lequel vous devriez investir vos billes, c’est bien celui de l’extinction des espèces qui connaît un taux de croissance phénoménale dépassant toutes les espérances.

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En effet, la disparition des populations des oiseaux, poissons, reptiles et mammifères s’accélère à un rythme effréné depuis plus de 40 ans. Selon le Fonds mondial pour la nature (WWF), 58 % de ceux-ci ont été rayés de la carte du monde depuis 1970 et, d’ici 4 ans, ce taux pourrait grimper à 67 % en raison de l’activité humaine. Ajoutons aussi les changements climatiques qui bouleverseront éventuellement des milliers d’habitats et qui fragiliseront ainsi encore plus d’espèces. Devant la surexploitation du globe et la croissance démographique – nous consommons environ l’équivalent des ressources de 1,6 planète – l’organisme lance un cri d’alarme.

Et pourtant, ce qui devrait passer à la Une des journaux et des canaux de nouvelles se voit relégué à une information anodine sans conséquence.

L’humanité se cantonne encore dans l’axiome fallacieux que le capitalisme est la seule voie possible – une foi inébranlable que le développement de l’économie de marché sera toujours infini sans qu’il ne rencontre d’obstacle à sa course dans un monde fini où les ressources sont limitées.

Mais, la pensée magique finira par se dissiper lorsqu’elle rencontrera brusquement le mur de la réalité… et, à ce moment, il sera peut-être trop tard pour réparer ce qui ne peut pas être réparé.

Cependant, ce n’est pas la première fois que les voyants rouges s’illuminent. En 1972, le premier rapport du Club de Rome (Rapport Meadows) sonnait l’alarme sur les conséquences de la croissance économique sur l’environnement, prédisant même une chute brutale de l’économie mondiale vers 2030. En 2012, une version actualisée de cette étude confirme le postulat précédent en implorant les responsables politiques d’opérer un changement de paradigme socio-économique incontournable pour assurer la suite de notre civilisation et de notre race.

La finalité de la route que nous avons empruntée aboutira à une raréfaction des ressources et à un effondrement de la chaîne alimentaire dont nous tirons notre subsistance. Et, en bout de course, c’est l’humanité tout entière qui disparaîtra, car on aura dérobé sous ses pieds les fondations de sa pérennité.

En fin de compte, le capitalisme – système par excellence du consumérisme – réalisera probablement sa plus grande réussite en ayant consommé pratiquement tout ce qui existe de vivant sur cette terre, tel un trou noir dont rien ne s’échappe…

Un monde sans gouvernail

L’humanité est à la dérive et personne n’ose sortir la tête du sable.

Les croyances religieuses des communautés pastorales d’antan ont cédé le pas à une nouvelle divinité contemporaine: le marché.

Le genre humain ne pouvant se passer d’idéalisme, la main divine a été remplacée par la « main invisible » du libre marché – comme s’il ne pouvait décider de sa propre destinée sans appeler à des forces intangibles.

Tel un nouveau prosélytisme – cette fois-ci économique -,  les prêtres de la nouvelle idole répandirent la bonne nouvelle à un point tel que tout un chacun de part et d’autre de la planète finirent par s’agenouiller devant l’autel du productivisme capitaliste.

En conséquence, de nos jours, cette nouvelle confession consumériste acceptée comme dominante empiète désormais sur l’écosystème global et menace la pérennité même de l’humanité.

Ainsi, les ressources s’épuisent, de nombreuses espèces animales et végétales sont en voie de disparition, le climat planétaire se dérègle, la pollution de la biosphère atteint des sommets inquiétants –  générant de plus en plus de cancers et de maladies.

Au niveau social, les écarts de revenus et les iniquités économiques s’accentuent.

Les tensions géopolitiques, suscitées par les velléités d’accaparation de ressources naturelles par les nations,  pouvant dégénérer en conflits régionaux ou mondiaux, se multiplient proportionnellement à la raréfaction de celles-ci.

Cependant, tout semble être pour le mieux dans le meilleur des mondes. Les médias corporatistes se taisent devant de telles évidences et nous proposent des émissions insipides et futiles nous détournant des véritables enjeux.

Le monde a pourtant besoin de planification afin de faire face aux défis de demain.

Mais, nous nous fiions toujours sur la « main invisible » – en pure pensée magique -, censée tout contrôler et qui réglera tous nos problèmes.

Pourtant, le sacro-saint marché a maintes fois montré ses limites.

La crise financière de 2008 – dont on ressent encore les secousses -, les prix élevés de l’alimentation et du pétrole et les oligopoles antinomiques à la libre concurrence travestissant les lois du marché sont autant de preuves de la faillite du nouveau dogme mercantiliste.

Semblable à un navire sans boussole, la course de la race humaine risque de s’échouer sur les rivages toujours renouvelés de l’histoire…

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication : 168 (universitaire)

Une bouteille de plastique à la mer

L’eau potable devient de plus en plus une ressource convoitée et le mouvement fut fort pour la commercialiser.  En effet, depuis plusieurs années, la consommation de l’eau embouteillée a crû de manière exponentielle sous une étiquette de pureté et de qualité encensée par de grandes compagnies commerciales comme Nestlé, Pepsi, Coca-Cola ou Danone.

Pourtant, considérant que le quart de l’eau en bouteille provient des réseaux d’aqueduc municipaux(1), on doit s’interroger sur la pertinence de cette tendance moussée par la publicité incessante.  Et cela est sans considérer le coût d’une bouteille d’eau pouvant être jusqu’à 1 000 fois plus dispendieuse que l’eau fournit par une desserte publique(2) ainsi que la proportion de bactéries y étant par deux fois supérieure : l’eau du robinet contiendrait en moyenne 1,6 million de bactéries par 100 ml d’eau pendant que l’eau embouteillée atteindrait les trois millions par 100 ml(3).

Au-delà de toutes ces considérations, la principale problématique de l’eau en bouteille est son caractère pollueur.

À chaque année, en Amérique du Nord, près de 70 millions de bouteilles de plastique sont jetées dans les sites d’enfouissement et, au Canada, 80% de celles-ci ne sont pas recyclées.  Elles prendront un millénaire avant de se décomposer entièrement (4).

Ici, au Québec, selon Recyc-Québec, 166 millions de bouteilles vides auraient été, à ce jour, expédiées aux dépotoirs ou dans des incinérateurs nuisibles pour l’environnement.

Par ailleurs, l’empreinte écologique est substantielle en raison du transport physique des bouteilles dégageant des gaz à effet de serre et aussi du coût onéreux en énergie et matériaux pour la production du contenant plastique.  Par exemple, il faut 3 litres d’eau pour manufacturer une bouteille d’un litre.

Et dans les océans, la situation est d’autant plus désastreuse.  Les berges et les plages reçoivent des centaines de kilos de détritus, dont surtout du plastique, repoussés par les courants marins (5).  Pis encore : une récente étude américaine dévoile que 35% des poissons du monde seraient contaminés par des matériaux plastiques(6)!  Des animaux que nous ingurgitons et qui nous transmettent ainsi ces mêmes particules au risque de notre santé.

Conséquence paradoxale pour un produit clamant vendre la santé tandis que les embouteilleurs s’objectent catégoriquement à imposer une consigne sur leurs bouteilles car la résine de plastique recyclée coûte 65% de plus à produire que la résine vierge.

Plus que jamais, face à cet état d’urgence, nous sommes contraints, comme consommateurs, d’orienter nos choix d’achat afin de pallier à cette dangereuse dérive.

En vérité, il est mille fois plus écologique et économique d’utiliser un filtre à charbon à la maison pour assainir encore plus une eau du robinet déjà d’excellente qualité…

Sources :

1. Eau Secours

2. Pierre Payment, microbiologiste et professeur à l’INRS-Institut Armand-Frappier       

3. Protégez-Vous

4. www.filtrezpourlavie.ca/

 5. http://www.oceanattitude.org/index.php?post/2011/02/08/iuhiluhgiughiou

6. http://glissespirit.com/wordpress/2011/04/14/le-plastique-present-dans-35-des-poissons/

 

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication :  178 (universitaire)

La nouvelle utopie

Ce texte a été publié dans Métro Montréal le 5 avril 2011

L’autre soir, m’endormant dans les bras de Morphée, un rêve étrange s’empara de moi. Le monde n’était plus ce qu’il est.

Tous roulaient en petites voitures électriques. Des éoliennes pullulaient sur toute la surface du globe, autant sur les océans que sur les continents. D’immenses panneaux solaires couvraient les zones désertiques et on captait l’énergie des mers à l’aide de grandes palmes marémotrices.

Les villes, parsemées d’espaces verts ainsi que de petits plans d’eau, étaient traversées par des lignes de trains électriques tout en étant ceinturées de terres arables. Les dépotoirs n’empilaient plus de déchets. Tout était recyclé, et ce qui ne pouvait l’être était flanqué d’illégalité. L’argent n’existait plus. La communauté fournissait le nécessaire à tout un chacun en échange d’une participation active à la vie et à la prospérité de la cité.

Les politiciens avaient disparu. Comme dans le meilleur de l’antique république athénienne, les fonctions politiques étaient attribuées par tirage au sort. Les lois étaient entérinées par le peuple via des référendums populaires englobant de multiples projets de législation.

Tout à coup, je fus brusquement réveillé par mon réveille-matin et, déçu de ne pouvoir vivre dans ce monde issu d’un tel délire onirique, je bus mon café en regardant, comme toujours, les tristes nouvelles quotidiennes à la télé…

Réaction en chaîne nucléaire

Avec la découverte de la puissance de l’atome, les hommes se sont approprié le Feu de Prométhée.   Semblables à des dieux, ils croyaient avoir dominé la nature.

Cependant, la nature ne se soumet pas ni ne se dompte.  Elle ne se plie pas aux velléités de la race humaine.  Dotée de sa propre volonté, elle est capable de rétablir brusquement sa primauté à la grande stupeur de l’Humanité.

 

C’est ce que nous avons pu constater avec l’incident nucléaire au Japon.

Ce que dévoile cette nouvelle est la problématique énergétique auquelle font face les sociétés humaines de plus en plus énergivores : toujours plus de déplacements motorisés, toujours plus de gadgets électroniques coûteux en énergie, toujours plus de besoins pour assurer le confort de la multitude en dépit des risques environnementaux d’une telle exploitation énergétique massive.

Voilà ce que démontrent les récents événements.  Certains diront que le Japon mérite ce qui lui arrive.  Une nation ayant connu deux explosions atomiques, à l’issue de la deuxième guerre mondiale, aurait dû être mieux avisée malgré ses ressources énergétiques limitées. Mais, en fait, ce que cela met en lumière sont les aléas que notre espèce est prête à encourir afin de maintenir son style de vie, indépendamment de l’avenir des générations futures.

Tout comme le pétrole ou le charbon avec leurs gaz à effet de serre et leurs émanations toxiques dans l’écosystème planétaire, le nucléaire n’est que l’ultime aboutissement de cette volonté avec ses menaces radioactives.

Il n’est donc plus possible de continuer dans cette voie.  Les richesses énergétiques étant contingentées dans le temps et l’espace, plus que jamais,  nous devons changer nos paradigmes sociétaux ancrés dans la surconsommation afin de réduire notre soif en énergie.  Pour ce faire, on doit évaluer nos besoins énergétiques, non en lien à notre demande vorace conséquente à notre mode de vie, mais en rapport à ce que la nature peut nous procurer de façon pérenne et sécuritaire.

En ce sens, les énergies éolienne, solaire, géothermique, et même marémotrice, seront des alternatives renouvelables à privilégier dans un futur rapproché.

Finalement, cette catastrophe entrainera une réaction en chaine.  Pas celle nécessaire à la viabilité d’un réacteur ou d’une déflagration nucléaire, mais une réaction en chaine dans la conscientisation des limites ainsi que des périls de cette énergie dite « propre ».

À propos de Pour que Demain soit

Ce blogue se veut un exercice de prise de conscience ainsi qu’un réquisitoire dans le but d’éveiller les esprits, bien que cela semble plutôt irréaliste ou utopique dans cette société imprégnée par le mercantilisme.

Un environnement sain, une qualité de vie sociale et une bonne éducation, bien des choses qui semblent incertaines dans l’avenir pour une majorité de nos descendants.

Mais je conserve l’espoir.

L’espérance que le monde revienne à la raison dans cet empire de la surconsommation, de l’excès et de l’achat de biens superflus.

Une espérance qui replacera enfin les valeurs à leur place, au-delà des envies matérielles et de la vanité des élites économiques trop confiantes en elles-mêmes.

À vrai dire, un monde à l’endroit, à la différence du monde à l’envers que nous connaissons présentement.

Au contraire d’une planète qui dilapide ses ressources limitées et pollue son écosystème sans penser au futur de l’humanité.

En opposition d’un univers où le profit à court terme est le seul motif et qui laissera le genre humain dans un état déplorable et sans lendemain…

Cancun: un accord de façade

Le 11 novembre 2010, à Cancun, devant les cameras de journalistes internationaux, les représentants de 194 pays signèrent un accord international sur les moyens à prendre pour ralentir le réchauffement climatique,  voulant ainsi effacer des mémoires le souvenir du fiasco de Copenhague.

Enfin, les nations du monde sont parvenues à un accord, peut-on lire de part et d’autres dans les médias du globe.

Rien de moins certain.

Avant de pavoiser, sachons que cette entente, encore en gestation, n’impose aucune cible contraignante, contrairement à celle de Kyoto.  En fait, l’accord de Kyoto a été officieusement débouté lors de ces séances plénières car jugé trop encadrant.  Pourtant, cette entente constituait un strict minimum nécessaire à la lutte contre les modifications du climat.

On a évoqué le vœu pieu de réduire la hausse de la température moyenne de la planète à 2°C au-dessus des niveaux préindustriels.  Or, le texte de Cancun n’amène rien de nouveau sur le palier de réduction des émissions, considéré comme trop faible pour atteindre l’objectif de ces deux degrés maximums.

De plus, Cancun engage les pays développés à rapetisser leurs rejets carbones dans l’atmosphère… même si l’un des plus grands pollueurs de la planète, après la Chine, les États-Unis, vient de rejeter au Congrès une législation sur les gaz à effet de serre et utilise encore le charbon comme producteur d’énergie électrique dans nombre de ses États.  En effet, les élus démocrates du centre du pays ont voté contre ce projet de loi malgré la présence d’un président plus écologiste issu de leur formation politique.

À Cancun, on constate que la pensée magique a prédominé sur la réalité.

Il y a la future mise en place du REDD (Reducing Emissions from deforestation and degradation), un mécanisme basé sur les principes du marché concocté pour équilibrer la pollution de GES du nord en sauvegardant ou plantant des arbres au sud.  Ainsi, un grand pollueur américain pourra s’acheter bonne conscience en investissant dans un projet forestier au Brésil.  Les « hics» sont que les vautours de la spéculation risquent de s’emparer de ce nouvel eldorado du carbone,  qu’il sera difficile d’évaluer combien d’hectares de forêt il faut ensemencer pour contrecarrer les effets de milliards de tonnes de gaz à effet de serre et que les retards des dernières décennies dans ce dossier demandent des politiques beaucoup plus musclées.   Alors, pas surprenant que la socialiste Bolivie ait refusé de signer l’accord.

Par ailleurs, l’idée du Fonds vert, malgré son avant-gardisme, semble être une invention creuse car aucune source de financement n’a été stipulée.  On parle de taxes sur le transport ou les transactions boursières.  Mais, chacun sait qu’en période de grave récession économique et de crise des dettes souveraines, plus précisément en Europe, de telles taxes sont inenvisageables car elles entraveraient le commerce déjà affaibli par la chute générale de la demande en Occident.  Sans compter que la Chine et l’Inde verraient d’un mauvais œil une telle initiative pouvant nuire à leur développement économique.

Et, comble de ridicule, la Banque Mondiale se voit donner la gérance de cet éventuel Fonds pour une période de 3 ans!  Ce Fonds, devant aider les pays en développement à pallier à leurs problèmes de développement socio-économique dans la déférence envers l’environnement, sera sous l’égide d’une organisation qui, depuis 30 ans, applique un diktat économique néolibéral sur les pays en difficulté en les obligeant à des privatisations des services publics, diminutions des salaires, déréglementations de l’économie avec comme conséquence le bilan socio-économique désastreux que l’on observe aujourd’hui avec la crise économique!   La Banque Mondiale représente la dernière instance capable de gérer un tel Fonds vert car sa raison d’exister n’est pas la protection des habitats vivants, mais le bon déroulement du capitalisme sous la férule du marché.

Bref, l’entente de Cancun est aussi timide qu’incohérente.

On cherche à épater la galerie et à rassurer des citoyens désormais plus soucieux de l’écologie.

Cependant, la crise économique et les dissensions entre pays développés et en voie de développement enlèvent les moyens d’un véritable plan global sur l’atténuation du phénomène négatif des gaz à effet de serre.

Et déjà, à Kyoto, nous avions entendu ce refrain de quasi-consensus sur ce sujet.  Avec les résultats que l’on connaît.

En fait, considérant qu’il faudrait 4 planètes terre pour suffire à la demande de toute la population si chaque être humain vivait comme un nord-américain, l’unique alternative demeure de réduire notre consommation, de revenir à l’essentiel, de privilégier la production locale et de modifier notre système économique selon une approche de développement durable plus respectueuse de l’environnement.

Peut-être que la crise économique amènera ces changements….

À Lire:   En attendant le déluge…

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication :  174 (universitaire)