Pierre Moreau et l’éducation

Le candidat à la chefferie du Parti libéral du Québec, Pierre Moreau, ne cesse de nous surprendre avec ses positions plus que contestables, surtout en ce qui a trait au domaine de l’éducation.

On le sait, il veut abolir les cégeps, qui constituent pour lui un vecteur sans équivoque dans la faible diplomation universitaire du Québec… mais oblitère l’apport positif de la présence des collèges dans la première place au Canada qu’occupe La Belle Province dans la proportion de diplômés en enseignement supérieur.

Et, de plus, Moreau est le seul des trois candidats qui persiste et signe sur la pertinence de la hausse marquée des droits universitaires suggérée par son mentor, Jean Charest, mais serait aussi favorable à une modulation de ceux-ci selon le programme, comme ses deux adversaires par ailleurs, Raymond Bachand et Philippe Couillard.

Ainsi, les formations en médecine, par exemple, étant plus coûteuses que celles en sciences sociales ou en éducation, les frais y seraient plus élevés. Or, on sait qu’une grille de tarifs selon les programmes se veut inégalitaire, car elle écarte les étudiants issus de familles moins nanties – ce que démontre la récente expérience ontarienne à cet égard.

On ne peut que douter de la volonté de Pierre Moreau de bonifier le bilan de l’éducation au Québec.  De l’un, il détruira le réseau collégial qui fournit un nombre élevé de diplômés en enseignement supérieur et de l’autre, il doublera pratiquement les droits universitaires tout en modulant ces derniers pour certains programmes plus pointus et donc plus rémunérateurs, allant ainsi à contre-sens d’un accès favorisé à l’université et d’une plus grande mobilité entre les classes sociales.

La lutte des âges

La grève étudiante, à propos des droits de scolarité, opposant la jeunesse au gouvernement libéral de Jean Charest, nous laisse présager une « lutte des âges ».

Le cycle initié par le baby boom arrive bientôt à sa fin.  Avec son achèvement, les contrecoups d’une démographie vieillissante se révéleront tels qu’un fossé entre les générations et un risque d’une détérioration du climat social.

En effet, en 2056, plus du quart de la population sera formé de personnes de 65 ans et plus et, en 2031, il n’y aura que deux travailleurs pour un retraité.

En ce sens, il existera une dichotomie entre le poids démographique et politique d’un segment plus âgé de la population et le fardeau fiscal incombé aux contribuables plus jeunes pour subvenir à la demande croissante en soins de santé et en hébergement de longue durée.

Ainsi, un véritable antagonisme entre les intérêts propres des plus de 50 ans et ceux des moins de 50 ans se révélera pour encore des décennies à venir.

La lutte des âges est cependant des plus particulières et se différencie de la traditionnelle lutte des classes des marxistes basée sur le sempiternel conflit entre la riche bourgeoisie et le pauvre prolétariat – se traduisant par le concept de l’axe gauche-droite.

Cette nouvelle lutte comporte sa propre dynamique, car, elle ne se maintient pas dans un carcan idéologique fermé tant dans les moyens que les paradigmes – comme la lutte des classes.  En fait, elle évolue, au gré des besoins ponctuels et des intérêts des générations sans dogmatisme et n’hésite pas à prendre des moyens contraires à ceux du passé afin d’atteindre ses objectifs.

Par exemple, les parents et grands-parents, les plus de 45 ans, se disent fortement favorables, selon les sondages, à la hausse de droits de scolarité, bien que, il y a 30 ou 40 ans, ils eurent réclamés, eux aussi, un accès facile aux études universitaires.  De peur de voir leur impôt augmenter et de sacrifier un peu de leur bien-être matériel, ces derniers adoptent ici une position de droite contrairement à leur profession de foi de gauche d’antan – tandis que leurs enfants et petits-enfants sont résolument à gauche en 2012.

Le passé étant généralement garant de l’avenir, nous pouvons prophétiser que le même épiphénomène s’opérera dans deux ou trois décades.

La surcharge fiscale qui écrasera les travailleurs de demain, les étudiants d’aujourd’hui,  pour faire face au défi social du vieillissement de la population, incitera ces derniers à se libérer de leurs chaînes.  Alors, l’idée d’une privatisation de la santé deviendra de plus en plus alléchante pour les moins âgés tandis que les retraités s’y opposeront, bien évidemment, avec véhémence.

Le principe d’utilisateur-payeur en éducation, décrié par la jeunesse étudiante et appuyé par leurs ainés, redeviendra d’actualité dans l’avenir, cette fois-ci dans le domaine de la santé, sanctifiant encore la divergence entre les groupes d’âges et confirmant les aléas sinueux des générations, parfois antinomiques avec le passé.

Cette lutte des âges est loin d’être terminée…

Texte relié:  Une révolution… grise?

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication : 205 (initié)

Fin de régime Charest

Voici le résultat de 9 ans d’un gouvernement libéral déconnecté de la population sous la tutelle de Jean Charest.

Après la réingénierie manquée de l’État, les modifications à l’article 45 du Code du travail, les dérives environnementales (Suroît, gaz de schiste, port méthanier, etc.), les nominations douteuses des juges, les mesures fiscales inéquitables et régressives (comme la taxe santé), la collusion dans le milieu de la construction et dans les travaux d’infrastructures provinciales sans compter la corruption généralisée incarnée par la proximité du monde des affaires des plus hautes instances du pouvoir, voici que la goutte faisant déborder le vase origine d’une hausse des droits de scolarité ébranlant le consensus social progressiste de la société québécoise.

Sous le couvert de calmer le jeu et d’imposer le futur retour en classe des étudiants le désirant, Jean Charest prépare le terrain, avec la loi spéciale 78, pour des élections difficiles en faisant taire à l’avance toute contestation potentielle et en jouant le champion de la loi et l’ordre dans l’espoir de gagner quelques points de pourcentage dans les suffrages sur le dos des étudiants.

Les parallèles souvent évoqués entre la gouverne actuelle et l’ancien régime de Maurice Duplessis paraissent de plus en plus évidents – Jean Charest étant lui aussi un ancien chef conservateur -, tels que le mépris envers toute forme d’opposition organisée et le dédain du droit à la liberté d’association.

Jean-Jacques Rousseau disait dans Du contrat social : « Convenons donc que force ne fait pas droit, et qu’on est obligé d’obéir qu’aux puissances légitimes ».

La légitimé de ce gouvernement est de plus en plus mal en point, comme semble le confirmer son taux de satisfaction famélique. Et, en étendant ainsi la répression à l’encontre des libertés, Jean Charest démontre la faiblesse de sa position et de sa gouvernance en assoyant sa primauté sur la force.

Des effluves de fin de régime se font sentir.

Une chose de positif devrait toutefois ressortir de toute cette malheureuse situation : la politisation d’une jeunesse que l’on croyait indolente prépare le chemin à des lendemains meilleurs….

Casser les étudiants

Toute cette saga entourant la hausse des droits de scolarité ne nous ramène qu’à une chose : le gouvernement libéral de Jean Charest, représentant les segments les plus âgés de la population ainsi que le monde des affaires, cherche à casser l’émancipation politique des jeunes étudiants.

En effet, ignorer les revendications des travailleurs de demain – en refusant toute véritable négociation – revient à nier leurs droits de citoyen pleins et entiers.

C’est simplement les considérer avec condescendance.  C’est les inférioriser en les traitant comme des citoyens de seconde classe.

Mais, surtout, c’est les préparer à un avenir politique dans lequel leurs voix ne compteront guère.

En fait, il s’agit de les formater, de les conditionner, de les modeler à devenir des êtres apolitiques, déconnectés des autres, recroquevillés sur eux-mêmes et incapables de tout mouvement collectif –  tout ça pour maintenir la prédominance future des élites… mais à quel prix?

Une démocratie qui ne considère pas sa relève est vouée à disparaître…

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication : 161 (universitaire)

Droits de scolarité et Plan Nord

Ce texte a été publié dans Métro Montréal le 10 avril 2012

Les libéraux de Charest croient dur comme fer à la pertinence de la hausse des droits de scolarité, tout comme ils mettent leur confiance dans la rentabilité de leur Plan Nord censé rapporter à l’économie québécoise, selon des estimations plus qu’optimistes de la firme Secor, près de 150 milliards de dollars et plus de 20 milliards en revenus fiscaux sur 25 ans.

Or, pourquoi si insister sur l’augmentation des frais universitaires lorsque le Plan Nord rapportera autant d’argent selon les dires du gouvernement?  Un montant qui comblerait aisément ce que les universités ont besoin, et plus encore.

De quoi faire douter de la bonne foi des libéraux en leur propre projet de développement du nord québécois et du bien-fondé de la hausse des droits de scolarité…

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication : 210 (initié)

Défendre le futur

Peu de Québécois comprennent l’importance du combat contre la hausse des droits de scolarité.  Au-delà des calculs et des coûts, le nœud du débat se situe ailleurs, c’est-à-dire dans l’avenir d’une société juste et équitable que nous voudrions léguer à nos enfants et petits-enfants.

L’éducation est le premier et le dernier jalon de l’établissement de la démocratie politique, mais aussi le fondement de la justice sociale dont dépend la pérennité de la culture démocratique.

Sans la diffusion tous azimuts de l’éducation supérieure dans la population, le phénomène de polarisation des richesses, d’accaparation de privilèges au seul bénéfice des élites et l’abrutissement de la masse devenue servile deviennent la norme.

Nous, Québécois, devrions pourtant bien le savoir. Sous la Grande Noirceur, l’analphabétisme et l’ignorance populaire maintenaient la nation québécoise sous le joug du clergé et des notables tandis que des compagnies américaines pillaient nos ressources avec comme seule base de redevance le principe duplessiste « d’une cenne la tonne ».

La démocratisation de l’éducation supérieure implantée dans les années 60 a fait sortir les Québécois de leur rôle de porteur d’eau et a permis leur appropriation des leviers du développement économique.  Ce retour du pendule dans l’autre sens avec cette hausse des droits de scolarité minerait tout ce que nous avons accompli : le Ministère de l’Éducation lui-même estime que celle-ci empêchera 7 000 personnes d’accéder à des études universitaires. Qui plus est, selon les Nations Unies, plus les droits de scolarité sont élevés, plus l’indice du développement humain (IDH) est faible.  Comme quoi l’éducation est et demeure la richesse la plus importante de chaque nation.

Mais n’essayez pas de faire entendre raison au gouvernement libéral de Jean Charest.  Plusieurs avenues étaient possibles pour renflouer les coffres des universités –  comme faire le ménage dans la bureaucratie et les avantages princiers des recteurs -, surtout lorsqu’on considère que la nouvelle contribution estudiantine demandée ne correspond qu’à un minime 5% du budget total des universités.

Le choix est donc purement idéologique, malgré les sorties lénifiantes de la ministre Line Beauchamp.

L’opposition à ce renchérissement des tarifs universitaires n’est donc pas anodine.  C’est le premier front de l’équité sociale ainsi que de la préservation des idéaux solidaires sur un continent nord-américain où tout ce qui a de la valeur doit nécessairement avoir un prix exorbitant.

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication : 180 (universitaire)

L’oubli du passé

Ce texte a été publié dans Métro Montréal le 13 mars 2012

Les pourfendeurs de la grève étudiante sont souvent les mêmes qui décriaient, il n’y a pas si longtemps, l’apathie sociale et la dépolitisation de la jeunesse québécoise.

Or, cette dernière vient de démontrer, avec l’élargissement de la protestation, qu’elle est bel et bien capable de se mobiliser face à des politiques aux antipodes des valeurs sociales ayant jadis été portées par leurs prédécesseurs qui croyaient à un idéal de société juste permettant un accès facile aux études supérieures, garantes de la formation de citoyens éclairés et conscientisés aux enjeux sociopolitiques, si nécessaire à la santé de la démocratie.

Maintenant, un bon nombre de ces mêmes prédécesseurs – parents et grands-parents –  regardent du haut de leur piédestal, et avec une certaine condescendance, leurs progénitures se battre pour préserver ce qu’ils ont autrefois réclamé et obtenu. 

Force est de constater que ces étudiants d’hier ont vite oublié que l’éducation est la principale arme contre l’asservissement d’un peuple et que l’ignorance permet à un régime autocratique de s’installer dans la passivité populaire – comme sous Duplessis.

En fait, ironiquement, ce sont désormais eux qui sont enclins à l’apathie sociale et à la dépolitisation…     

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication : 270 (initié)