De la pertinence des petits partis

Lors des dernières élections provinciales, certains ont jeté la faute sur les petits partis pour expliquer le fait que le Parti québécois n’ait pas obtenu une majorité parlementaire.

Néanmoins, l’apparition de formations politiques à l’extérieur des pâturages des partis traditionnels témoigne de la vivacité de notre démocratie qui se tonifie avec l’émergence de positions politiques différentes en chambre.

Le plus grand des petits partis, Québec solidaire, comportant 13 000 membres et ayant doublé sa députation avec l’élection de Françoise David, insuffle un vent de nouveauté sur le paysage politique québécois.  Madame David, femme de convictions, s’est élevée, par sa retenue et sa sagesse, au-dessus de la mêlée lors du débat des chefs –  des qualités qui ont su plaire à un électorat désabusé et rongé par le cynisme.

En science politique, il est admis que les partis aux portes du pouvoir ont une forte tendance à édulcorer leur programmes et à se diriger vers le centre pour séduire le plus d’électeurs possible.

Or, l’avènement de petits partis politiques produit l’effet inverse et tire les débats vers les idées et le contenu plutôt que sur la vieille rhétorique électorale populiste.

C’est ce que le récent scrutin général a démontré : le Parti québécois s’est clairement positionné vers le centre-gauche dès le début de la campagne afin de gruger des « parts de marché » sur la « clientèle » de Québec solidaire.

Par ailleurs, le nouveau gouvernement péquiste s’est empressé d’adopter par décrets des mesures normalement revendiquées par la gauche et s’éloigne ainsi du centre.

Avant de dénigrer les petits partis sur leur rôle de division du vote, il faut considérer leur apport dans notre régime parlementaire majoritaire uninominal à un tour déficient jusqu’au jour où une réforme des institutions démocratiques leur donnera la place qui leur est due.

L’effet CAQuiste sur la division du vote

Ce texte a été publié dans Métro Montréal le 7 août 2012

Jean Charest peut bien se rassurer sur l’effet avantageux de division du vote qu’engendrera la popularité de la CAQ lors de l’élection générale du 4 septembre. Comme il l’affirmait quelques mois auparavant, la Coalition Avenir Québec cannibaliserait les électeurs traditionnels du Parti Québécois, permettant aux libéraux, à son avis, de devancer les candidats du PQ dans plusieurs circonscriptions.

Néanmoins, les faits parlent autrement.

Tout d’abord les sondages montrent un phénomène inversement proportionnel : lorsque la CAQ perd des appuis dans la population, autant le PQ que le Parti libéral du Québec en profitent dans les intentions de votes.

Par ailleurs, le Parti libéral du Québec et la formation de François Legault sont au diapason sur plusieurs thématiques : tous deux sont à l’écoute du monde des affaires avec un penchant antisyndicaliste – la plupart de leurs candidats sont des notables ou des gens d’affaires – ; ils prônent le statu quo en matière constitutionnelle – malgré la prétention de Jean Charest de décrire la CAQ comme un parti souverainiste – ; et finalement, autant la CAQ que le PLQ sont d’accord sur la hausse marquée des droits de scolarité ainsi que sur l’application de la loi 78.

Sans compter que la CAQ attaque directement, avec les candidatures de Jacques Duchesneau et de Gaétan Barrette, les axes politiques constituant le talon d’Achille du parti au pouvoir, c’est-à-dire la lutte à la corruption et la santé, deux domaines où les libéraux ont échoué.

En santé plus particulièrement, les électeurs plus âgés, traditionnellement favorables au PLQ dans le passé, seront fortement tentés, cette fois-ci, de choisir la CAQ afin de s’assurer de services médicaux rapides dans l’avenir…

En somme, plusieurs électeurs libéraux déçus de l’administration de Jean Charest pourraient porter leur voix sur le parti de François Legault, plus spécialement dans la région de Québec où la lutte à deux se fera sans le PQ.

Avant de suggérer une division du vote favorable au PLQ, monsieur Charest, il faut considérer ces éléments…