La chute du mur de… Wall Street

Ce texte a été publié dans Le Devoir le 26 octobre 2011

Berlin, 1989 : le mur de la honte tombe et sonne le glas de l’Union Soviétique et du bloc de l’est.  Tout un ordre social s’effaca devant la faillite d’un système sclérosé et usé par le temps.

New York, 2008 : la plus grande crise financière du capitalisme frappe Wall Street ainsi que les places boursières du monde et fait vaciller sur lui-même le système bancaire de l’Occident.    Une crise systémique s’installe avec le chômage structurel, l’endettement massif des consommateurs et les problèmes liés aux dettes souveraines.

De part et d’autre, les anciennes grandes idéologies porteuses d’idéaux de prospérité et d’équité s’effondrent laissant un grand vide à combler.

Le communisme à la soviétique n’a pas rempli ses promesses de justice sociale et son antagoniste, le capitalisme, a failli à répartir les richesses malgré ses prétentions pérennes.

Ainsi, le marché se révèle comme imparfait, en dépit de la « main invisible » censée tout réguler indéfectiblement.  Une caste dirigeante s’est formée, bien
protégée dans les châteaux modernes que sont les gratte-ciel, et les serfs
contemporains se paupérisant protestent devant autant d’accumulation pécuniaire.

Encore une fois, la fin d’un système se profile à l’horizon.  En conséquence, un nouveau mur s’effritera…

Les leçons de l’histoire sont limpides : trop de laisser-aller est aussi inefficace que trop de concentration des pouvoirs.  Une société éclairée doit choisir une voie intermédiaire constituant un juste milieu entre planification globale et
libertés des individus.

L’impasse économique

La présente crise économique est particulière et diffère de la Grande Dépression des années 30.

Bien qu’elle présente des similitudes avec cette dernière – crédits élevés des consommateurs et écart des richesses-, elle se distingue par l’endettement chronique des États.

En effet, à la troisième décennie du siècle dernier, les gouvernements furent mieux équipés pour faire face à une crise que ceux du début du troisième millénaire, car leurs finances n’étaient pas ankylosées par d’énormes dettes publiques, en raison du faible interventionnisme étatique qui prévalait dans les « années folles » d’avant le Krach de 1929.

Mais, de nos jours, les États, devenus plus interventionnistes justement en conséquence de la première dépression et du second conflit mondial, ont hérité d’une charge fiscale accrue avec un transfert de l’assiette fiscale – sévissant depuis les années 80 – des entreprises aux simples contribuables qui réduisit leurs revenus.

Donc, non seulement la perturbation économique actuelle comporte un gonflement dangereux du crédit chez les particuliers qui ont dû s’endetter pour maintenir leur niveau de vie en raison des écarts de revenus croissants et de la hausse du coût de la vie, elle se combine aussi avec des mauvaises créances des États.

Les anciennes recettes de stimulation économique ne marchent plus.  Elles ne donnent aucun résultat.  La crise est si systémique et la demande si atone, qu’une potentielle reprise économique est de plus en plus éloignée.

Contrairement à la dernière débâcle économique, aucune reconstruction de l’Europe, aucun Plan Marshall, aucune « Trente glorieuses », ne viendront sauver la mise d’un ordre économique ayant lui-même creusé sa propre tombe avec des politiques néolibérales inadéquates.

Peut-être, enfin, l’humanité cessera de confier aveuglément sa destinée aux lois du marché et se réappropriera la mainmise sur son avenir….

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication :  202 (initié)

La Chine s’effondrera

La crise des dettes souveraines européennes et américaines rattrape la nouvelle puissance économique montante.

Malgré ses réserves de devises étrangères de 3200 milliards de dollars, le Pays du Milieu a contracté une dette colossale afin de stimuler la demande locale après l’effondrement financier mondial de 2008 et ses impacts sur ses exportations.

À l’image de l’autoroute faisant la liaison avec le terminal 2 de l’aéroport de Hongqiao à Shanghai, les autorités chinoises tentent de booster la croissance  en modernisant les infrastructures – mais à un prix très élevé.

Indépendamment de sa richesse relative, sa nombreuse population requiert des installations urbaines très onéreuses et la Chine se doit alors de s’endetter afin de répondre à l’afflux de nombreux habitants ruraux de l’arrière-pays cherchant du travail dans les villes côtières.

Mais laissons parler les chiffres : en 2010,  les dettes cumulées des collectivités locales atteignirent officiellement 2120 milliards de dollars – plus les dettes de 2011 qui s’élèveraient à 3566 milliards de dollars selon l’agence Fitch.

Donc, au total, près de 5700 milliards de dollars d’endettement et le compteur continue de tourner face au ralentissement de l’exportation en conséquence de la crise économique mondiale –la Chine essayant de relancer son économie par une stimulation de la consommation intérieure générant des dettes astronomiques.

À moins d’une reprise de la croissance mondiale, ces dettes deviendront un véritable boulet à son pied.

Et il faut aussi tenir compte de la guerre des monnaies qui fait rage entre les États-Unis et l’Europe contre le géant chinois qui refuse de laisser balloter sa monnaie – le yuan – selon le marché monétaire mondial.  Une situation presqu’explosive qui risque de nuire encore plus aux exportations chinoises devant la menace d’une levée des barrières tarifaires de ses principaux partenaires commerciaux.

L’État Chinois n’est donc pas à l’abri des soubresauts de l’économie mondiale.

S’il fut un géant, il est désormais un géant au pied d’argile…

Source: http://www.lexpress.fr/actualites/1/economie/l-economie-chinoise-un-modele-plus-fragile-qu-il-n-y-parait_1014213.html

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication :  201 (initié)

La faillite des nations II

La débâcle se poursuit.

La séance boursière du 4 août 2011 se termine en nouveau « jeudi noir » face à la problématique des dettes souveraines s’étendant maintenant aux quatre coins de l’Occident.  Après la Grèce, l’Irlande, le Portugal, l’Espagne, et prochainement l’Italie, voilà désormais que les États-Unis – encore première puissance économique du monde – voient leur cote de crédit ramener à la baisse par les agences de notation dont la compétence est remise en doute depuis quelques années car elles n’ont pu prévenir l’effondrement financier même si celles-ci détenaient tous les outils d’estimation et de régulation par ricochet du crédit.

Mêmes les marchés boursiers des pays émergents ont été affectés par cette débandade généralisée – signe que la reprise tant annoncée par les experts des instances économiques internationales – les mêmes qui n’ont jamais vu venir la crise financière de 2008-  n’est pas pour demain.

Difficile, dès lors, de soutenir en même temps une économie chancelante lorsque les États surendettés, au bord de la faillite, doivent instaurer une fois de plus des onéreux programmes de relance économique tandis que plusieurs banques américaines, et surtout européennes, ont peine à passer les « stress tests » imposés par les autorités publiques –  à un point tel que les États de l’Union européenne ont convenu de soutenir les institutions bancaires en difficulté avec encore plus de fonds publics.  Tout ça dans un environnement macroéconomique précaire exacerbé par une crise des dettes souveraines raréfiant encore plus le crédit disponible et haussant les taux d’intérêt.

Pendant que les investisseurs se désintéressent du marché, la classe moyenne – déjà amochée par la crise et les pertes d’emplois conséquentes – subit les frais de l’effondrement financier d’un capitalisme néolibéral déréglé ayant perdu les pédales.

Au-lieu de trouver de nouvelles sources de financement chez les plus nantis, les États – aux mains des mêmes groupes ayant mené à cette crise – serrent la vis sur les programmes sociaux et les prestations de retraite des gens ordinaires – nous rapprochant encore plus d’une prochaine rupture sociétale qui ébranlera jusqu’à ses fondations toute la civilisation occidentale et au-delà.

À lire:  La faillite des nations I , La grande rupture sociétale

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication :  302 (initié)

Wisconsin : la dictature de la liberté

Les événements du Wisconsin initiés par le programme d’austérité du jeune gouverneur républicain Scott Kevin Walker, en poste depuis seulement deux mois, constituent le premier jalon de la politique libertarienne du Tea Party.  Au grand plaisir des partisans du mouvement ultraconservateur, l’accession au pouvoir de l’un des leurs est une victoire inespérée et propulsera encore plus en avant leur dogmatisme ainsi que leur arrogance.

Ainsi donc, les diaboliques syndicats, ayant pris le contrôle de l’appareil de cet État du Middle West américain, sont mis en échec, malgré les protestations populaires réunissant, à plus d’une reprise, des centaines de milliers de personnes devant le Capitole du Wisconsin.  Pourtant, les syndicats ont déjà été passablement affaiblis depuis les trente dernières années et les leaders syndicaux du Wisconsin avaient déjà ouvert la porte à des compromis afin d’alléger le déficit de l’État. 

Mais que cela ne tienne.  Comme un éléphant entrant dans une boutique de porcelaine, on saccage tous les droits sociaux les plus élémentaires en usant de stratagèmes antidémocratiques frisant le despotisme. Cela donne aussi le ton que pourront employer les entreprises privées dans leurs pourparlers avec leurs salariés syndiqués.

Non seulement les républicains du Wisconsin ont empêché à des élus d’entrer dans la Chambre lors de l’adoption du contesté projet de loi, ils ont aussi fait fi des règles parlementaires au Sénat en contournant le quorum de l’assemblée par une entourloupette procédurale – 14 sénateurs démocrates ayant refusé de siéger à cette occasion.  On voit clairement ici que la démocratie passe bien loin derrière les velléités idéologiques des ultraconservateurs qui affichent donc comment ils régleront le cas de ceux qui osent s’opposer à leurs politiques.

Par ailleurs, toutes ces manœuvres autocratiques vont à contre sens de la pierre angulaire de l’idéologie des républicains du Tea Party : la liberté.  Ainsi donc, en bafouant le processus de négociation syndicale-patronale, ils contreviennent à la liberté d’association, un droit reconnu internationalement, ne laissant primer que les libertés individuelles afin de diviser pour mieux régner.  En reléguant l’individu comme seule entité morale capable de revendiquer la plénitude de ses droits, il le confine dans un coin en étant l’unique responsable de ses déboires ou de ses succès. 

La situation aurait été probablement moins explosive si le gouverneur Scott Walker avait réparti l’ensemble des coupures à une communauté plus large.  Ce qui n’a pas été le cas.  Un autre pan de son programme fut d’allégé les impôts sur les hauts revenus et d’abaisser la taxation aux entreprises –  la belle vieille rhétorique des républicains depuis les années Reagan stipulant que seuls les nantis peuvent créer de la richesse.  Une croyance qui a pourtant mené les États-Unis dans un criant état d’inégalité des revenus ayant généré la crise économique de grande ampleur qui perdure depuis 2008 par un taux d’endettement record.  De la pure pensée magique.  On préfère détrousser la classe moyenne pour satisfaire les envies des riches. 

La vague libertarienne commence à déferler sur une Amérique en désarroi économique. L’Ohio est la prochaine en liste. Elle visera à recroqueviller l’État sur lui-même, en sabrant dans les services et la fonction publique avec, comme effet, de laisser les individus seuls avec eux-mêmes et dépourvus de réseaux de protection sociale.  Autre conséquence : ces coupes sauvages auront tendance à faire vaciller la timide reprise économique car bien des personnes, dont les employés de l’État, perdront en pouvoir d’achat pour s’assurer des avantages sociaux de base (santé, assurance, pension) que le gouvernement ne leur fournira plus.

Trop de liberté, c’est comme pas assez.  En vérité, la liberté, sans l’égalité la soutenant, ne mène qu’à la dictature idiote de la liberté…

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication :  173 (universitaire)

La fin du libre marché

Les lois du marché sont éternelles, nous disent les adeptes du libéralisme économique.

Ah oui? Rien n’est moins certain.

Il semble évident que ces soi-disant lois sont malmenées dans ce monde postmoderne.

La population est croissante sur le globe.  L’industrialisation des pays émergents et leur volonté d’atteindre le modèle de la société de consommation à l’occidental s’accélèrent.  Les richesses naturelles du globe commencent à être déficitaires car la planète a désormais atteint, en 2010, le point de bascule de non-régénérescence des ressources terrestres.

Alors, que nous réserve l’avenir selon ces paramètres?

Les prix ne cesseront d’augmenter, en raison de la demande haussière et de la raréfaction des matériaux, de l’énergie et des denrées.  Ainsi, la pression deviendra forte entre offre et demande, et cela à un point tel que l’inflation sera galopante et engendrera des révolutions comme celles ayant présentement cours dans le monde arabo-musulman.  Des mouvements populaires d’insurrection ayant étés justement suscités par un gonflement effréné des prix des aliments.

Et partout ailleurs, en 2011 et à postériori, l’inflation globale frappera de plein fouet les différentes nations, selon des experts.  On peut déjà le constater avec la montée fulgurante du pétrole.

Dans ce contexte, les États connaitront une baisse de leurs rentrées fiscales en corrélation avec le ralentissement de l’activité économique suscité par l’accroissement de l’inflation.  Déjà, des États américains sont au bord de la faillite, comme la Californie ou l’Illinois, et des pays européens sont dans la même situation avec la problématique des dettes souveraines.  Les autres surnagent tant bien que mal enchainés à un endettement public colossal.  Imaginez la suite si la crise économique est exacerbée par une lutte pour les ressources rares – d’autres nations plongeront dans le gouffre de la banqueroute.

À cet égard, il faudra changer nos façons de faire et de concevoir l’économie.

Dès lors, il n’est pas vain de dire que le diktat du libre marché ne pourra encore perdurer bien longtemps…

À lire:  La fin de la logique comptable et La faillite des nations

L’inconséquence des économistes

Le temps des REER s’achève et de part et d’autre, on nous implore de cotiser afin de s’assurer une retraite heureuse car l’État ne pourra apparemment appuyer les salariés dans leurs vieux jours, si empêtré dans les déficits publics et les dettes colossales.

Et, de surcroît, n’oubliez pas de consommer pour faire rouler l’économie et encourager la reprise, targuent aussi les économistes.

Ainsi se veut la rhétorique des économistes de l’école classique.

Mais comment atteindre ce double objectif? L’incohérence des économistes est sans borne.

On n’arrête pas de presser le citron de la classe moyenne en surtaxant ses revenus tout en lui ajoutant des frais régressifs aux services publics pendant que les grandes compagnies engrangent des profits en ne versant pas leur juste valeur en impôt.

Par ailleurs, cela est sans considérer l’augmentation du prix des habitations qui est supérieure à la progression des salaires réels des travailleurs, la montée des tarifs des matières premières, dont le pétrole, et ceux des denrées alimentaires.  Encore plus de pression sur les revenus des gens ordinaires qui doivent alors s’endetter pour satisfaire leurs besoins essentiels. Pas étonnant, alors, que le taux d’endettement des Canadiens frôle le 150%, l’un des plus hauts en Occident.

Tous ces faits ont été maintes fois relatés par les études de Léo-Paul Lauzon et dans le livre « La crise fiscale qui vient » de la fiscaliste Brigitte Alepin.

Les économistes devraient arrêter de mettre toutes les responsabilités de la morosité économique sur le dos des consommateurs, c’est-à-dire la masse de la classe moyenne, et imputer le blâme sur les détenteurs de l’offre, autrement dit l’ensemble des compagnies commerciales et industrielles.

La panoplie d’économistes qui se campent dans la mouvance de l’économie de marché libéralisée ne tarie pas de faire la morale aux travailleurs au lieu de rechercher les causes profondes des déséquilibres économiques et fiscaux tout en rebâchant le discours répétitif que lui impose la droite économique représentée par les lobbys à sa solde, comme l’Institut Économique de Montréal (IEDM), au service des magnats du commerce et de l’industrie.

En agissant de la sorte, ils minent la fébrile reprise.

Écartelée de tous les côtés, la classe moyenne finira par se lasser d’être le dindon de la farce depuis ces trente dernières années qui ont vu ses revenus concrets diminués tandis que les privilégiés ont connu une multiplication de leurs richesses.

À ce rythme,  peut-être,  nous aussi, feront une révolution à l’arabe avant longtemps…

Niveau de difficulté de texte selon Scolarius d’Influence Communication :  183 (universitaire)

L’Irlande et les apprentis-sorciers

Séculairement et plus récemment, l’Irlande a connu ses sorciers.

Au temps antique des royaumes celtiques, le druide fut dépositaire des paroles divines et faisait office de guide spirituel.  Le suzerain et ses vassaux étaient soumis aux geis et aux maléfiques glam dicinn du druide, seul détenteur de la vérité et gardien du savoir ancestral.

De même, à l’époque contemporaine, les chantres du libéralisme économique à tout crin ont subjugué la populace à leur culte avec la promesse de lendemains meilleurs.

L’Irlande de l’après-guerre détonnait par rapport au reste des pays d’Europe occidental.

En effet, la mortalité infantile et la pauvreté pullulèrent tandis que l’espérance de vie et le développement économique atteignirent des bas-fonds.

Alors arrivèrent les apprentis-sorciers, ces druides modernes, consacrés dans le néolibéralisme et l’antiétatisme.

Ils jetèrent alors les sorts de la privatisation des services publics, de la déréglementation, de l’attrition des impôts, surtout pour les nantis et leurs compagnies.

Le sortilège fonctionna pendant un temps.  La richesse cognait à la porte de l’Irlande.  Mais,  la contrepartie ne se fit attendre et le tribut sera lourd à porter pour des générations à venir.

De telle sorte, qu’au début 2011, des mesures drastiques de réduction des dépenses sociales de l’État seront entreprises et le petit peuple en paiera la note afin de se soumettre aux volontés du FMI.

Et les acolytes des apprentis-sorciers, les suzerains contemporains, s’en sortiront sans trop de dégât avec les poches bien remplies…