La prochaine grande rupture sociétale : capital ne rime pas avec social

On la sent dans l’air. Elle est palpable. La grande rupture sociétale arrive.

Bientôt, les sociétés occidentales seront au prise avec un dilemme incontournable: maintenir le balancement des finances publiques ou respecter leurs engagements en services publics ainsi qu’en protection sociale.

En raison de la diminution des rentrées fiscales des États conséquente à la crise et surtout des plans d’aide économique ayant pompé les deniers publics à la hauteur de milliers de milliards, les gouvernements de part et d’autres sont de plus en plus acculés à la banqueroute.

On le voit déjà : le ratio endettement public/produit intérieur brut (PIB) atteint des proportions inquiétantes dans plusieurs pays développés.

En fait, selon l’OCDE, les 30 nations les plus économiquement avancées connaitront une hausse pouvant atteindre 100% de leur PIB en 2010, ce qui signifie un doublement du fardeau des dettes publiques en deux décennies. De plus, de 2007 à 2010, la période correspondant au sommet actuel de la crise économique, le gonflement de celles-ci aurait atteint 45% (source).

Un danger plus que réel, comme le souligne Cinzia Alcidi, du Centre for European Policy Studies : « Une dette à 100 % du PIB signifie que tout ce qui a été produit pendant un an devrait être consacré au remboursement. Les gouvernements sont-ils en situation de le faire?  »

Certains États sont désormais au bord de la faillite : l’Islande, l’Irlande, l’Espagne et surtout la Grèce. Un effet domino pourrait bien entrainer plus de pays dans cette spirale infernale.

En considération de ces faits troublants, quelle est la suite?

Comment aligner les impératifs budgétaires des États avec les besoins sociaux et communautaires des populations de ces États? La solution paraît hors de portée avec la timide reprise économique que l’on connaît.

Dans le passé, c’est-a-dire après la deuxième guerre mondiale, les énormes dettes contractées à la suite de la grande dépression des années 30 et des frais militaires dus à l’effort de guerre ont été remboursés lors de la période de prospérité appelée les « Trente Glorieuses ». À cette époque, la reconstruction de l’Europe avec le plan Marshall a permis de dévier l’immense potentiel industriel des États-Unis développé pendant la guerre vers la consommation de masse.

Mais, en 2011, alors que les dettes publiques éclatent encore une fois, aucune période de forte croissance ne pointe à l’horizon. Bien au contraire. Le système semble sclérosé et même la Chine commence à s’étouffer avec son inflation galopante et son secteur immobilier au bord d’un dégonflement.

Par ailleurs, on ne doit plus compter sur la croissance du PIB pour réduire le poids des dettes publiques comme dans les années 40 à 70 du siècle dernier. Le fort ralentissement économique amenant une cadence moindre de la progression du PIB n’est pas à l’avantage des États tout comme une possible déflation ne serait pas positive pour tous les débiteurs de la planète car cela contribuera à alourdir la pesanteur des dettes au delà de leur valeur nominale.

Le point de rupture va bientôt être atteint et des choix difficiles et paradoxaux se présenteront.

Les gouvernements occidentaux auront tendance à couper sauvagement dans les dépenses et les services sociaux comme cela se passe actuellement en Grèce. Mais, en agissant de la sorte, ils entraineront l’éclosion d’une grogne populaire de la part de leurs électeurs habitués à une qualité de vie adéquate et à un certain niveau de services publics. Il faut aussi mettre en perspective que le vieillissement de la population fera accroitre la demande pour plus d’investissement public en soins de santé et que les hausses de demandes d’assistance au chômage résultantes de la crise actuelle plomberont encore plus l’’équilibre budgétaire des États.

Bref, ça va brasser (et ça brasse déjà comme on a pu voir dernièrement en Grèce), et seul un rétablissement d’un équilibre entre les forces économiques privées et la sphère du domaine public peut désamorcer une situation plus qu’explosive socialement.

C’est d’ailleurs ce que tente de mettre en marche le nouveau président américain, Barack Obama, en essayant de rehausser l’imposition et la taxation sur les hauts revenus et les grandes compagnies en dépit de la forte opposition républicaine qui ne cesse de lui mettre des bâtons dans les roues. Le président essaie tout bien que mal d’initier un nouveau mouvement en politique fiscale en incitant les autres nations industrialisées à faire de même.

Le plus ironique ainsi qu’hypocrite est que ce sont les républicains qui multiplièrent la dette publique américaine depuis Reagan et qu’ils montent les premiers aux barricades lorsque le présent président démocrate tente de redresser la situation en dénichant de nouveaux revenus chez les classes très aisées ayant profité le plus des règnes républicains.

Les prochaines années seront déterminantes pour l’économie mondiale. Les défenseurs d’un marché libre dépourvu de toute entrave ou de toute ingérence étatique ne pourront plus se mettre la tête sous le sable.

La grande rupture sociétale entre les pouvoirs économiques transnationaux et les aspirations concrètes des populations humaines est à notre porte.

Peut-être comprendront-ils et comprendrons-nous enfin que capital ne rime pas avec social.

Léo-Paul Lauzon et la désinformation‏

Voici une entrevue qui résume bien ma pensée.  Écoutez-la jusqu’à la fin!!!

http://www.985fm.ca/audioplayer.php?mp3=77643

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Nous autres, les sales gauchistes qui n’y connaissent rien à rien, sont toujours dénigrés par les médias qui favorisent les positions des grandes compagnies et des banques tout en brainwashant l’esprit du citoyen ordinaire.

Vous n’aimez pas la politique?  Vous dites que tous les politiciens sont des crosseurs?   Mais, ciboire, c’est normal!!!  Vous votez pour les partis des nantis (libéraux, conservateurs, etc.) au-lieu de voter pour des gens qui représentent réellement votre position sociale!!   Ce n’est que de votre faute si le cynisme se répand en politique!  Faites les bons choix et arrêtez de croire toutes les peurs que vous chantent les médias privés!

Vous voulez que la politique change?  Mettez au pouvoir les bonnes personnes qui vous comprennent!  Pas des parvenus qui se crissent bien de vos difficiles fins de mois et qui se vautrent dans la richesse tandis que vous avez peine à rejoindre les deux bouts!

Le Québec n’est pas dans le rouge

On nous rabat les oreilles sur le déficit du Québec et l’avenir apocalyptique qui attend les futures générations avec des reportages redondants sous l’entête « Le Québec dans le rouge ».

Quebecor via TVA, LCN, le Journal de Montréal, le Journal de Québec associé avec l’Institut Économique de Montréal (IEDM) ainsi que le groupe du Manifeste pour un Québec Lucide tapent sur le clou afin de faire gober à la population l’obligation de sabrer tout ce qui bouge dans la fonction publique et de réduire de façon appréciable la taille de l’État.

Et le gouvernement libéral acquiesce en cherchant encore plus d’argent dans les poches des contribuables et en promettant de réduire subséquemment les dépenses.

Mais, nous n’entendons qu’une version de la réalité, la leur, et ils négligent pertinemment de présenter l’autre coté du miroir.

Alors faisons un tableau de la dette réelle du Québec et démontrons qu’il existe une marge de manœuvre qui empêcherait de refiler encore une fois la facture à la classe moyenne avec une hausse des tarifs ou de la taxe de vente.

DETTE NETTE VERSUS DETTE BRUTE 

Dans tout calcul de l’avoir réel d’une entité comptable, que cela soit une personne, une entreprise ou même un État, il est de mise de calculer l’actif par rapport au passif.

L’actif, c’est tous les biens que possède une entité.  Le passif comprend toutes les dettes de la même entité.  La différence entre le total des éléments d’actif et le total des éléments du passif nous donne l’avoir du propriétaire.  On ne peut tracer un bilan financier d’une entité sans prendre en considération l’actif et le passif.

Ainsi, le Québec possède des actifs très importants tels qu’Hydro-Québec, Loto-Québec, la SAQ sans compter tout le patrimoine bâti de l’État québécois incluant les bâtiments hospitaliers et scolaires.  En fait, tous ces biens surpassent en valeur le montant de la dette publique du Québec.

En somme, la dette brute du Québec atteint 94% du PIB, soit 2% au-delà de la moyenne des pays de l’OCDE (92%).  Mais, en entrant les actifs dans l’équation, la dette nette se situe à 40% ou 42% du PIB, c’est-à-dire alors en-deçà de 6 à 11 points en relation à la moyenne des nations de l’OCDE (références 1 et 2).

Voilà de quoi remettre les choses dans leurs véritables perspectives…

IL EXISTE UNE MARGE DE MANOEUVRE 

Malgré ces faits comptables incontestables, la droite idéologique continue de chanter, à l’instar d’un disque rayé, le même refrain  « Le Québec est dans le Rouge! » afin de permettre une vente de feu des biens collectifs des québécois comme s’il n’existait aucune possible marge de manœuvre. Ils clament tous : «  privatisons », comme si cela était la seule et unique alternative.  Rien n’est plus faux.

Dressons un tableau des alternatives :

1. Hausse de l’imposition pour les plus hauts revenus

Les contribuables gagnant plus de 150 000$ par année ont vu leur taux d’imposition passé de 33% à 24% entre 1985 et 1988, c’est-à-dire le même niveau de taxation sur le revenu qu’une personne gagnant la moitié moins (76 770)$.

À l’époque, on stipulait que cette mesure aurait comme but de contingenter la fuite des « cerveaux » hors de la province.  Mais, en ces temps difficiles, tous doivent mettre l’épaule à la roue de manière équitable et la prétention de retenir les gens les plus instruits ne tient plus en cette période de crise économique car le Québec se tire très bien de la présente situation en offrant maintenant plus de possibilités d’emplois que dans le reste de l’Amérique du Nord gravement touché par le chômage.

Alors, ne serait-il pas temps de créer des paliers d’imposition supplémentaires afin de faire payer leur juste quota aux plus nantis de la société?

2. Augmentation de l’imposition sur les profits des entreprises

On peut lire sur le site d’Investissement Québec : «Au Québec, les taux d’imposition sont parmi les plus bas au Canada et même inférieurs à ceux de la plupart des états américains (…) Au Québec, le taux d’impôt des sociétés s’établit à 29,9 %. Ce taux sera graduellement réduit à 26,9 % en 2012, conférant au Québec le plus faible fardeau fiscal global sur les nouveaux investissements des entreprises du G7 d’ici 2011 et le taux d’imposition prévu par la loi le plus bas du G7 d’ici 2012. »

En outre, les contributions fiscales des grandes entreprises sont passées de 61 % à 21 % en quatre décennies.

Que l’on ne vient pas dire qu’il n’existe aucune marge de manœuvre avant d’appauvrir encore davantage les contribuables ordinaires!  Le Québec se targue d’avoir l’un des plus bas taux d’imposition des compagnies sur le continent!

De plus, la dette publique du Québec, qui fut de 2,2 milliards en 1971, augmenta jusqu’à 128,7 milliards en 2009 en complète synchronicité avec les élévations des bénéfices ainsi que des allégements d’impôt des entreprises privées canadiennes. De 1964 à 2004, les profits des compagnies furent multipliés par un facteur de 4,7 tandis que leurs contributions fiscales diminuèrent de 4,2% à 2,4% du PIB de 1984 à 2004 (soit 43% de moins)! En 1999, 52% des entreprises québécoises n’ont pas payé d’impôt alors qu’elles avaient enregistré plus de 9 milliards de bénéfices! De plus, en 2002, Québec a octroyé 4,2 milliards d’aide financière aux gens d’affaires tandis que leurs compagnies n’avaient contribué que 3 milliards aux deniers publics! Un manque à gagner de 1,2 milliard (source)!

Quel est le résultat de cette dynamique de transfert du fardeau fiscal des entreprises vers les petits citoyens? En 2003, 80% des revenus de l’État provenaient des particuliers!

3. Instauration de redevances sur l’exploitation des ressources naturelles

On apprenait, en juin dernier, que 22 entreprises minières ont échappé à l’impôt entre 2002 et 2008 en s’appuyant sur tel ou tel avantage fiscal douteux.

Les compagnies forestières, elles aussi, ne sont pas à plaindre. Après avoir rasé les aires forestières durant des décennies avec le consentement implicite des gouvernements tout en ne retournant que des miettes à la collectivité, elles ont reçu, en 2007, 351 millions de dollars en remboursement de travaux sylvicoles après avoir déboursé 228 M$ en redevances et 5 M$ en impôt sur les profits! Faites le calcul vous-même! À cela, il faut ajouter les centaines des millions de dollars d’aide à l’industrie forestière octroyés par le provincial!

Parlons de l’eau qui sera la ressource la plus convoitée dans l’avenir. Durant longtemps, Pepsi, Coca-Cola, Danone, Nestlé et Naya s’en sont donnés à cœur joie en pompant notre ressource hydrique sans contrôle ni perception monétaire de l’État. Devant le tollé général, la ministre du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs (MDDEP), Line Beauchamp, a annoncé qu’à partir de 2009 les grands exploitants d’eau seront soumis à une taxe pouvant rapporter un misérable 5,5 millions aux deniers publics!

Nous ne sommes plus à l’époque de Duplessis dans laquelle nous remettions nos ressources naturelles dans les mains de compagnies américaines en échange de quelques emplois temporaires peu rémunérés.  Plusieurs autres provinces et pays exigent une redevance sur l’exploitation de leurs richesses naturelles limitées.  Prenons en exemple l’Alberta : cette province a pu engranger plus de douze milliard$ en redevances  dans le domaine des sables bitumineux et cela pour une seule et unique ressource!

Qu’attendons-nous pour demander ce qui nous est dû? Personne ne devrait pouvoir venir chez-nous et extirper de notre sol l’eau, les minerais, la matière ligneuse sans une adéquate contrepartie.

NON AU CONCEPT D’UTILISATEUR-PAYEUR

La politique du gouvernement libéral d’accroitre les tarifs à l’accessibilité des services publics est une tactique empreinte d’injustice car elle est inéquitable.  Si Jean Charest va de l’avant avec ce projet lors du prochain budget, la classe moyenne devra encore et toujours supporter à elle seule la plus grande partie de l’assiette fiscale de l’État québécois.

Le concept de l’utilisateur-payeur est régressif et va à contre-sens de la justice sociale et de la juste répartition des richesses.

En fait, une hausse globale des tarifs frapperait plus durement les classes démunies et moyennes que les nantis de la société, car plus élevé est le revenu d’un individu ou d’un ménage, plus facilement il peut absorber des nouvelles taxations sans diminuer son niveau de vie et envisager de couper dans ce qui est le plus essentiel, comme la nourriture, le logement, les médicaments, etc.

Par conséquent, on se doit de dénicher l’argent là où il se trouve au-lieu de réduire le pouvoir d’achat des contribuables.  Une reprise économique se base toujours sur une croissance de la consommation et en appliquant une méthode de tarification régressive à la place d’un rehaussement de l’impôt sur les revenus des contribuables les plus aisés et les gains des entreprises, le gouvernement libéral ira à l’encontre des intérêts d’une majorité de ses électeurs et d’une reprise économique éventuelle.

LE QUÉBEC N’EST PAS DANS LE ROUGE

On nous fait fallacieusement croire que notre peuple est submergé de dettes. C’est ce que les bien-pensants et les sbires de l’élite financière et mercantile insufflent dans nos cerveaux lavés de publicités et de propagandes incessantes afin de nous subtiliser nos avoirs collectifs.

Depuis 30 ans, ils lorgnent nos services publics et salivent d’envie à l’idée des immenses bénéfices qu’ils pourraient engranger en ayant la mainmise sur l’appareil étatique et ses diverses ramifications.  La santé, par exemple, est un terreau très profitable pour les affairistes même s’il est avéré que la gestion privée des soins de santé est plus couteuse à un pays qu’une gestion publique.

Ce n’est pas le Québec qui est dans le rouge, mais le monde des affaires québécois qui a connu une chute de ses rendements lorsque la plupart des ménages acquirent tous les biens de consommation primaires et secondaires.  Maintenant, le seul secteur exploitable est l’ensemble des services publics et les business men entendent bien prendre tous les moyens nécessaires afin de s’approprier ce que les québécois se sont dotés depuis la révolution tranquille, avec ou sans leur consentement.

AJOUT: En 2008, les agences de notation Fitch Ratings et Moody’s ont rehaussé ou maintenu la cote du Québec.  État en faillite???Inconsistant avec le discours de la droite, non?

À lire: Dette publique : en finir avec la désinformation

La grande rupture sociétale : capital ne rime pas avec social

Convergence politico-médiatique

Le vol de la dette publique

La Grèce : berceau de l’Occident et initiatrice d’un nouveau changement civilisationnel?

Il y a de ces redondances dans l’Histoire qui surprennent toujours.

Après avoir été le berceau de l’Occident nous ayant apporté plusieurs de nos us et coutumes architecturelles, culturelles et politiques, voici que la Grèce redevient le centre de notre civilisation avec sa crise économique qui questionne la pertinence de tous les paradigmes sociaux que nous connaissons.

En effet, la Grèce est la première nation occidentale depuis la dernière grande dépression dans laquelle sévit une remise en question du modèle sociétal se basant sur l’économie de marché.

Grève générale des syndicats publics et privés, grogne des citoyens qui voient les tarifs et la taxation augmenter de façon significative et immobilisation totale des activités économiques de la Grèce sont le lot de cette situation causée par un trop lourd endettement du gouvernement.

L’état catastrophique des finances publiques de ce pays avec une dette publique s’élevant à 133% du PIB, le deuxième plus haut taux en Occident, est peut-être précurseur d’une vague de crises budgétaires pouvant frapper de plein fouet l’ensemble des pays industrialisés.  C’est ce que soulignait dernièrement l’OCDE.

La source de tout ce mal se retrouve dans le caractère dysfonctionnel du capitalisme qui ne peut survivre sans l’apport d’une quantité gigantesque de fonds publics.

En examinant bien l’évolution des 40 dernières années, on constate que les dettes n’ont cessé d’alourdir les comptes des États tandis qu’explosaient les bénéfices des grandes entreprises.  En fait, le libre marché est intrinsèquement incapable de maintenir des profits avantageux aux compagnies sans pomper des milliards aux deniers publics afin de compenser le déficit structurel existant entre offre et demande (c’est-à-dire que la totalité des biens produits ne peut être consommée par la totalité des revenus des consommateurs/travailleurs).

Ainsi donc, la crise hellénique est le premier épisode d’une tempête sociale se profilant à l’horizon. Tel qu’énoncé dans mon billet La grande rupture sociétale : capital ne rime pas avec social    : « La grande rupture sociétale entre les pouvoirs économiques transnationaux et les aspirations concrètes des populations humaines est à notre porte. ».

La résolution ou la non-résolution et les conséquences de la présente condition en Grèce se répercuteront par la suite aux autres pays occidentaux qui connaîtront sous peu la même problématique.  Le précédent sera créé et inspirera alors les autres nations.

Ce pays se dirigera-t-il vers la gauche ou la droite afin de résoudre ses problèmes?  Nul ne le sait encore.  Mais une chose demeure certaine : la Grèce, comme jadis dans l’antiquité, redeviendra un phare d’un imminent renouveau civilisationnel.

Dette publique : en finir avec la désinformation

La droite idéologique tente de nous faire avaler que le Québec est l’un des États les plus surendettés de la planète afin de nous faire entrer dans un délire de privatisations qui profiterait au monde des affaires.

Même Quebecor de Pierre-Karl Péladeau s’en mêle avec sa campagne propagandiste: Le Québec dans le rouge.

Cette entrevue de Paul Houde au 98,5 avec Louis Gill, économiste et membre du groupe Économie Autrement, tend à mettre en perspective notre endettement collectif en rapport à nos actifs financiers.

Selon son analyse et aussi celle de Léo-Paul Lauzon, notre dette NETTE approche les 42% du PIB, bien en deçà de la moyenne des pays de l’OCDE.

À écouter attentivement!    Entretien avec Louis Gill

À lire aussi:

Le Québec n’est pas dans le rouge

Lettre à bébé Soliane de Léo-Paul Lauzon

Quebecor: une menace pour la démocratie

Convergence politico-médiatique

La grande rupture sociétale : capital ne rime pas avec social

On la sent dans l’air.  Elle est palpable.  La grande rupture sociétale arrive.

Bientôt, les sociétés occidentales seront au prise avec un dilemme incontournable: maintenir le balancement des finances publiques ou respecter leurs engagements en services publics ainsi qu’en protection sociale.

En raison de la diminution des rentrées fiscales des États conséquente à la crise et surtout des plans d’aide économique ayant pompé les deniers publics à la hauteur de milliers de milliards, les gouvernements de part et d’autres sont de plus en plus acculés à la banqueroute.

On le voit déjà : le ratio endettement public/produit intérieur brut (PIB) atteint des proportions inquiétantes dans plusieurs pays développés.

En fait, selon l’OCDE, les 30 nations les plus économiquement avancées connaitront une hausse pouvant atteindre 100% de leur PIB en 2010, ce qui signifie un doublement du fardeau des dettes publiques en deux décennies.  De plus, de 2007 à 2010, la période correspondant au sommet actuel de la crise économique, le gonflement de celles-ci  aurait atteint 45% (source).

Un danger plus que réel, comme le souligne Cinzia Alcidi, du Centre for European Policy Studies : « Une dette à 100 % du PIB signifie que tout ce qui a été produit pendant un an devrait être consacré au remboursement. Les gouvernements sont-ils en situation de le faire?  »

Certains États sont désormais au bord de la faillite : l’Islande, l’Irlande, l’Espagne et surtout la Grèce. Un effet domino pourrait bien entrainer plus de pays dans cette spirale infernale.

En considération de ces faits troublants, quelle est la suite?

Comment aligner les impératifs budgétaires des États avec les besoins sociaux et communautaires des populations de ces États?  La solution paraît hors de portée avec la timide reprise économique que l’on connaît.

Dans le passé, c’est-a-dire après la deuxième guerre mondiale, les énormes dettes contractées à la suite de la grande dépression des années 30 et des frais militaires dus à l’effort de guerre ont été remboursés lors de la période de prospérité appelée les « Trente Glorieuses ».  À cette époque, la reconstruction de l’Europe avec le plan Marshall a permis de dévier l’immense potentiel industriel des États-Unis développé pendant la guerre vers la consommation de masse.

Mais, en 2010, alors que les dettes publiques éclatent encore une fois, aucune période de forte croissance ne pointe à l’horizon.  Bien au contraire.  Le système semble sclérosé et même la Chine commence à s’étouffer avec son inflation galopante et son secteur immobilier au bord d’un dégonflement.

Par ailleurs, on ne doit plus compter sur la croissance du PIB pour réduire le poids des dettes publiques comme dans les années 40 à 70 du siècle dernier.  Le fort ralentissement économique amenant une cadence moindre de la progression du PIB n’est pas à l’avantage des États tout comme une possible déflation ne serait pas positive pour tous les débiteurs de la planète car cela contribuera à alourdir la pesanteur des dettes au delà de leur valeur nominale.

Le point de rupture va bientôt être atteint et des choix difficiles et paradoxaux se présenteront.

Les gouvernements occidentaux auront tendance à couper sauvagement dans les dépenses et les services sociaux comme cela se passe actuellement en Grèce. Mais, en agissant de la sorte, ils entraineront l’éclosion d’une grogne populaire de la part de leurs électeurs habitués à une qualité de vie adéquate et à un certain niveau de services publics. Il faut aussi mettre en perspective que le vieillissement de la population fera accroitre la demande pour plus d’investissement public en soins de santé et que les hausses de demandes d’assistance au chômage résultantes de la crise actuelle plomberont encore plus l’’équilibre budgétaire des États.

Bref, ça va brasser (et ça brasse déjà comme on a pu voir dernièrement en Grèce), et seul un rétablissement d’un équilibre entre les forces économiques privées et la sphère du domaine public peut désamorcer une situation plus qu’explosive socialement.

C’est d’ailleurs ce que tente de mettre en marche le nouveau président américain, Barack Obama, en essayant de rehausser l’imposition et la taxation sur les hauts revenus et les grandes compagnies en dépit de la forte opposition républicaine qui ne cesse de lui mettre des bâtons dans les roues. Le président essaie tout bien que mal d’initier un nouveau mouvement en politique fiscale en incitant les autres nations industrialisées à faire de même.

Le plus ironique ainsi qu’hypocrite est que ce sont les républicains qui multiplièrent la dette publique américaine depuis Reagan et qu’ils montent les premiers aux barricades lorsque le présent président démocrate tente de redresser la situation en dénichant de nouveaux revenus chez les classes très aisées ayant profité le plus des règnes républicains.

Les prochaines années seront déterminantes pour l’économie mondiale.  Les défenseurs d’un marché libre dépourvu de toute entrave ou de toute ingérence étatique ne pourront plus se mettre la tête sous le sable.

La grande rupture sociétale entre les pouvoirs économiques transnationaux et les aspirations concrètes des populations humaines est à notre porte.

Peut-être comprendront-ils et comprendrons-nous enfin que capital ne rime pas avec social.

Convergence politico-médiatique

Le rideau est levé.  La grande pièce théâtrale de la tragédie grecque de la dette publique du Québec peut enfin être jouée.

Le gouvernement Charest entame le premier acte avec l’annonce d’un déficit projeté de 4,7 milliards pour 2009.  Et Quebecor via TVA et l’antisyndical Journal de Montréal dramatise la scène en amplifiant pernicieusement le sujet avec des semaines de reportages titrés « Le Québec dans le rouge », question de faire « freaker » encore plus les contribuables et de les préparer à la suite des choses qu’élaborent les metteurs en scène de cette campagne propagandiste.

On le sait, les 475 000 employés du gouvernement provincial regroupés sous le front commun syndical (Secrétariat intersyndical des services publics (SISP), Confédération des syndicats nationaux (CSN), Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec(FTQ)) rentrent désormais en période de négociation avec l’État québécois.

Les frictions s’annoncent intenses: d’un coté, le gouvernement libéral qui n’apprécie guère le mouvement syndical mais plutôt les intérêts de grandes entreprises privées telle que Power Corporation;  et de l’autre, les salariés de l’État qui réclament 11,25% sur trois ans et qui en ont gros sur le cœur avec le décret de 2005 les ayant antérieurement amputé de deux années de hausses salariales.

Alors, il est de mise de mettre de la pression sur les syndiqués gouvernementaux en martelant encore et encore dans les médias que le pauvre petit Québec s’enlise dans un trou noir financier et qu’il faut limiter et même dépecer le budget de l’État coûte que coûte car notre endettement menace le bien-être des générations futures.

Comme toujours, la faute revient évidemment aux méchants parasites syndiqués ainsi qu’à nos services sociaux trop dispendieux, et non pas à la diminution au fil des années des quotes-parts des compagnies privées aux coffres de l’État, à l’évasion fiscale ou au pillage de nos ressources naturelles par les grands capitalistes sans ristourne véritable au peuple québécois. Bien sur que non!

En fait, la dette publique du Québec, qui fut de 2,2 milliards en 1971, augmenta jusqu’à 128,7 milliards en 2009 en complète synchronicité avec les élévations des bénéfices ainsi que des allégements d’impôt des entreprises privées canadiennes.  De 1964 à 2004, les profits des compagnies furent multipliés par un facteur de 4,7 tandis que leurs contributions fiscales diminuèrent de 4,2% à 2,4% du PIB de 1984 à 2004 (soit 43% de moins)! En 1999, 52% des entreprises québécoises n’ont pas payé d’impôt alors qu’elles avaient enregistré plus de 9 milliards de bénéfices! De plus, en 2002, Québec a octroyé 4,2 milliards d’aide financière aux gens d’affaires tandis que leurs compagnies n’avaient contribué que 3 milliards aux deniers publics!  Un manque à gagner de 1,2 milliard (source)!  Et les mercantiles ne cessent de se plaindre qu’ils sont trop taxés au Québec!

Quel est le résultat de cette dynamique de transfert du fardeau fiscal des entreprises vers les petits citoyens? En 2008, 80% des revenus de l’État provenaient des particuliers!

C’est alors que Quebecor, dirigé par l’infâme Pierre-Karl Péladeau (ex-sympathisant communiste et maintenant gros capitaliste avare), rentre en scène et jette de l’huile sur le feu en utilisant son empire médiatique afin de faire gober à la population les vertus de la recette des Lucides de Lucien Bouchard et compagnie.   Avec tout le poids de ses journaux, de ses magazines et de son réseau de télédiffusion, Pierre-Karl Péladeau cherche à éclipser les vraies raisons de l’explosion de la dette publique en blâmant nos acquis collectifs et le mouvement syndical afin de détourner l’attention des citoyens de ses véritables causes.

En outre, PKP fait d’une pierre deux coups en privilégiant dans ses médias les propos dogmatiques des « grands penseurs » de la droite économique qui pullulent à l’Institut Économique de Montréal.

En premier lieu, il emploie de soi-disant collaborateurs au Journal de Montréal (qui ne sont, en fait, que des émissaires de l’IEDM) en les utilisant comme briseurs de grève (scabs) durant le lock-out imposé aux syndiqués de ce quotidien.

Pensons à Daniel Audet, membre du conseil d’administration de l’IEDM, qui nous déverse par sa chronique quotidienne le même discours creux et répétitif de dégraissage de l’État ou à l’inimitable Nathalie Elgrably-Lévy dont les travers démagogiques sont bien connus.

Plus récemment, c’est-à-dire le 28 octobre 2009, on publiait le prétendu témoignage d’un papa québécois qui s’inquiète de la dette refilée à son bambin.  Ce que le Journal de Montréal a évité de dire dans cet article est que ce père, Yannick Labrie, est un chercheur associé à l’Institut Économique de Montréal!  Quebecor est vraiment prompt à faire toutes les bassesses et joue sur la fibre sentimentale ainsi que sur la fourberie afin de faire passer son message doctrinal et propagandiste.

En second lieu, avec cette collaboration de l’Institut Économique de Montréal, Pierre-Karl Péladeau attaque de front et dénigre tout le mouvement syndical québécois en propageant les vils mensonges de l’IEDM pour en finir avec les syndicats présents dans ses entreprises qui gênent ses activités commerciales.  En affaiblissant l’ensemble des syndicats québécois, il espère nuire à ceux qui l’empêchent de mener sa shop à sa guise.

C’est dans ce contexte que débutent les négociations dans le secteur public.  En trame de fond, une concentration indue des médias au Québec contrôlée par un homme d’affaire sans scrupule poussant à une privatisation accrue des services collectifs ainsi qu’à la décapitation des « vaches sacrées » et un gouvernement libéral trop heureux du tapage médiatique autour de la question de la dette publique qui lui donnera les coudées franches pour dicter par décret la future convention collective des fonctionnaires.

Il s’agit d’une véritable complicité entre deux acteurs dont les intérêts coïncident.  Une collusion naturelle entre un empire médiatique dominant peu préoccupé par les conditions des travailleurs au Québec avec un gouvernement au parti pris pro-patronal et antisyndical.

Après la convergence médiatique, voilà la convergence politico-médiatique!

Tout est en place!  Que le spectacle commence!

À lire:

Le combat des employés du Journal de Montréal est le combat de tous les travailleurs

Pierre-Karl Péladeau : l’avarice du parvenu des médias

Pierre-Karl Péladeau se maintient dans sa mégalomanie

À l’attaque des programmes sociaux!

Le vol de la dette publique

Nous jouissons, au Québec, d’une qualité de vie exceptionnelle.  Des services sociaux à faire pâlir de jalousie un grand nombre d’américains, surtout en ces temps de disette économique, et un environnement social généralement paisible dans lequel on peut évoluer sans avoir peur de se faire agresser au tournant de la rue ou au dépanneur du coin.

Par ailleurs, le coefficient de Gini, mesurant le niveau d’inégalité économique dans une société donnée, a récemment fait ressortir que le Québec a connu depuis vingt ans une moindre accentuation de l’iniquité sociale en comparaison des autres provinces canadiennes ou des États-Unis.  Il en est de même pour les pays à tendance social-démocrate de la Scandinavie et de l’Europe de l’Ouest qui ont su freiner l’aggravation des écarts de revenus dans leurs populations respectives.

Certains rétorquent que le poids d’un tel ensemble de mesures d’aplanissement socio-économique est trop lourd à porter et que celui-ci se maintient au prix d’un endettement public dangereusement élevé. Ceci est l’éternelle rhétorique de la pensée mercantile qui réduit tout ce qui est social à la plus simple expression monétaire sans apprécier le facteur humain de l’équation sociétale.

Même si l’on admet que la dette publique de l’état du Québec demeure l’une des plus élevées en Amérique du nord, on est en droit de se demander comment en est-on arrivé là?

Depuis la grande noirceur de Duplessis jusqu’au présent gouvernement libéral de Jean Charest, le Québec a toujours plié les genoux devant les multinationales, particulièrement américaines, et a éternellement hésité à demander de véritables redevances sur l’exploitation abusive de ses ressources dont l’objectif aurait été d’assurer la préservation de celles-ci et l’enrichissement de la nation.

On apprenait, en juin dernier, que 22 entreprises minières ont échappé à l’impôt entre 2002 et 2008 en s’appuyant sur tel ou tel avantage fiscal douteux.

Les compagnies forestières, elles aussi, ne sont pas à plaindre.  Après avoir rasé les aires forestières durant des décennies avec le consentement implicite des gouvernements tout en ne retournant que des miettes à la collectivité, elles ont reçu, en 2007,  351 millions de dollars en remboursement de travaux sylvicoles après avoir déboursé 228 M$ en redevances et 5 M$ en impôt sur les profits! Faites le calcul vous-même!  À cela, il faut ajouter les centaines des millions de dollars d’aide à l’industrie forestière octroyés par le provincial!

Parlons de l’eau qui sera la ressource la plus convoitée dans l’avenir.  Durant longtemps, Pepsi, Coca-Cola, Danone, Nestlé et Naya s’en sont donnés à cœur joie en pompant notre ressource hydrique sans contrôle ni perception monétaire de l’État. Devant le tollé général, la ministre du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs (MDDEP), Line Beauchamp, a annoncé qu’à partir de 2009 les grands exploitants d’eau seront soumis à une taxe pouvant rapporter un misérable 5,5 millions aux deniers publics!  Pourtant, Québec devrait taxer davantage ces compagnies qui aspirent l’eau de nos rivières, de nos lacs, de notre nappe phréatique sans créer le moindre emploi de qualité et concourir à la prospérité économique du Québec.

Notons qu’en Alberta, seulement dans le domaine des sables bitumineux, la province a pu engranger plus de douze milliard$ en redevances – douze milliard$!- et cela pour une seule et unique ressource!

Le peuple québécois, jadis colonisé de la couronne britannique et maintenant colonisé du capital américain, a constamment su courber l’échine comme une bonne populace servile habituée à se faire piétiner en vendant ses richesses naturelles pour une bouchée de pain à des intérêts étrangers.

Une dette publique de l’ordre de celle que nous possédons actuellement est une aberration.  Il existe un véritable décalage entre notre capital de trésors naturels et la condition de nos états financiers publics.

Après tout, le territoire du Québec regorgeait et regorge encore de richesses naturelles et nous devrions, en rapport à notre petite population et notre faible occupation du sol, n’avoir aucune dette de la dimension de celle qui accable actuellement nos finances publiques.

Une somme colossale a été tirée de nos poches au fil des décades et s’est enfuit hors de nos frontières à notre plus grand désavantage.  Et maintenant, nous payons l’addition de notre laisser-faire et de notre laxisme.

Ce n’est pas le filet social dont notre peuple s’est doté qui est la cause de notre endettement collectif, comme tente de nous faire croire la bien pensante élite mercantile nord-américaine qui a le culot de nous culpabiliser pour notre solidarité sociale, mais bien le vol de nos ressources naturelles par cette dernière.